‏ John 12:21-32

HOSANNA.

Après la résurrection de Lazare, une foule de peuple vint au-devant de lui, le saluant du nom de Fils de David, etc, et Jésus entra à Jérusalem sur une ânesse accompagnée de son ânon, figure de ceux d’Israël qui ne croiraient pas et de ceux qui croiraient en lui. Alors s’approchèrent de lui des Gentils qui étaient venus à la fête, et il en prit occasion de parler de sa glorification précédée de sa passion. Promettant une participation à sa gloire à ceux qui renonceraient même à leur vie pour le servir.

1. Après que le Seigneur eut, au grand étonnement des Juifs, ressuscité Lazare mort depuis quatre jours, les uns crurent en lui parce qu’ils l’avaient vu, les autres en conçurent contre lui une envie qui les fit périr, à cause de la bonne odeur, qui est une odeur de vie pour les uns, et une odeur de mort pour les autres a ; Jésus se mit donc à table dans la demeure, et en compagnie de Lazare qui était mort et qu’il avait ressuscité ; un parfum, dont l’odeur remplit toute la maison, fut répandu sur ses pieds, et les Juifs, dans leur cœur corrompu, formèrent le projet aussi cruel que vain et insensé de tuer Lazare. Nous vous avons parlé de tout cela comme nous avons pu, dans les discours précédents, et selon que le Seigneur nous a donné de le faire. Maintenant, que votre charité veuille bien remarquer quel fruit, même avant sa passion, avait produit la prédication du Seigneur, et combien était grand le troupeau des brebis perdues de la maison d’Israël qui avaient entendu la voix du pasteur.

2. En effet, l’Évangile, dont vous venez d’entendre la lecture, s’exprime ainsi : « Le lendemain, une grande foule qui était venue à la fête ayant appris que Jésus se rendait à Jérusalem, prit des branches de palmier et s’avança au-devant de lui, en criant : « Hosanna, béni soit le Roi d’Israël qui vient au nom du Seigneur ». Les branches de palmier sont les louanges et sont l’emblème de la victoire ; car, en mourant, le Seigneur allait vaincre la mort, et, par sa croix, triompher du diable, prince de la mort. « Hosanna », comme disent quelques-uns qui connaissent la langue hébraïque, est une exclamation de prière ; elle indique un sentiment plutôt qu’une chose précise : ainsi sont les mots que, dans la langue latine, on appelle interjections : par exemple, dans la douleur, nous disons : hélas ! ou dans la joie nous disons : oh ! ou bien dans l’admiration nous disons : ô la grande chose ! car alors le terme ô ne signifie rien, si ce n’est le sentiment, l’admiration où nous sommes. Ce qui doit nous faire croire qu’il en est ainsi, c’est que ni la version grecque ni la version latine n’ont pu traduire ce mot, non plus que cet autre : « Celui qui aura dit à son frère : Racha b ». Ce dernier mot semble être aussi une interjection qui indique un mouvement de colère.

3. Mais « béni soit le roi d’Israël qui vient « au nom du Seigneur » ; il semble que par « au nom du Seigneur », il faille entendre au none de Dieu le Père : quoiqu’on puisse l’entendre aussi de son nom à lui, car il est aussi le Seigneur. C’est pourquoi ailleurs il est écrit : « Le Seigneur fit pleuvoir par la puissance du Seigneur c ». Mais elles dirigent bien mieux notre intelligence, les paroles de Celui qui a dit : « Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne m’avez pas reçu ; un autre viendra en son nom, et vous le recevrez d ». Jésus-Christ, en effet, est le docteur de l’humilité, car il s’est humilié lui-même, en se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix e. Mais il ne perd pas sa nature divine, quand il nous enseigne l’humilité : par la divinité, il est égal au Père ; par l’humilité, il nous est semblable. En tant qu’il est égal au Père, il nous a créés pour nous faire exister ; en tant qu’il nous est semblable, il nous a rachetés pour ne pas nous laisser périr.

4. La foule lui adressait ces louanges « Hosanna, béni soit le roi d’Israël qui vient au nom du Seigneur ». Quel cruel tourment de cœur devaient souffrir dans leur envie les princes des Juifs, quand une si grande multitude proclamait roi Jésus-Christ ? Mais qu’était-ce pour le Seigneur que d’être roi d’Israël ? Quel avantage y avait-il pour le roi des siècles de devenir roi des hommes ? Jésus-Christ n’était pas roi d’Israël pour exiger des tributs, pour former des armées et combattre des ennemis visibles : il était roi d’Israël pour gouverner les âmes, préparer les biens éternels et conduire au royaume des cieux ceux qui croient et espèrent en lui et qui l’aiment. Le Fils de Dieu égal au Père, le Verbe par qui toutes choses ont été faites, a voulu être roi d’Israël, mais c’est par condescendance et non pour s’élever : c’est de sa part une marque de bonté, et non pas une augmentation de pouvoir. Car celui qu’on appelait, sur la terre, roi des Juifs, est dans les cieux le Seigneur des anges.

5. « Et Jésus trouva un ânon et s’assit dessus ». Jean rapporte ce fait en peu de mots : pour les autres Évangélistes, ils racontent très au long comment la chose se fit f ; seulement Jean cite le passage du prophète qui a prédit cet événement, afin de montrer que c’était par malice que les princes des Juifs ne reconnaissaient pas Celui en qui s’accomplissait ce qu’ils lisaient. « Jésus trouva » donc « un ânon et s’assit dessus, ainsi qu’il est écrit : Ne crains point, fille de Sion, voici ton roi qui vient assis sur le poulain d’une ânesse ». Au milieu de ce peuple était donc la fille de Sion ; et Sion, c’est Jérusalem. Dans ce peuple, dis-je, réprouvé et aveugle, était la fille de Sion, à qui le Prophète avait dit : « Ne crains point, voici ton roi qui vient assis sur le poulain d’une ânesse ». Cette fille de Sion, à qui Dieu faisait dire ces paroles, était du nombre de ces brebis qui écoutaient la voix du pasteur ; elle se trouvait dans cette multitude qui louait avec tant d’énergie le Seigneur pendant sa marche et l’accompagnait en si grande foule. Le Prophète lui dit : « Ne crains pas », reconnais celui dont tu chantes les louanges, et ne te laisse pas intimider par ses souffrances, car ce sang qui est répandu est celui qui doit effacer ton péché et te rendre la vie. Ce poulain d’ânesse sur lequel personne ne s’était encore assis (ainsi que nous le lisons dans les autres Évangélistes), représente les peuples Gentils, qui n’avaient point reçu la foi du Seigneur. L’ânesse (car l’un et l’autre furent amenés au Seigneur), l’ânesse figurait, la portion du peuple juif qui vint à Jésus, sans éprouver de sentiments tout à fait hostiles, et qui reconnut la crèche du Sauveur.

6. « Ses disciples ne comprirent point cela d’abord ; mais quand Jésus eut été glorifié », c’est-à-dire quand il eut montré la vertu de sa résurrection, « alors ils se rappelèrent que ces choses avaient été écrites de lui, et que les Juifs les avaient accomplies », c’est-à-dire ne lui avaient fait autre chose que ce qui avait été écrit de lui, repassant dans leur mémoire ce qui, d’accord avec l’Écriture, était arrivé avant ou pendant la passion du Seigneur. Ils trouvèrent que, d’après les Prophètes, il devait s’asseoir sur le poulain d’une ânesse.

7. « La foule qui était avec lui lorsqu’il appela Lazare du tombeau et le ressuscita d’entre les morts en rendait témoignage ; c’est pour cela que le peuple vint en foule au-devant de lui, parce qu’il savait qu’il avait fait ce miracle. Les Pharisiens se dirent donc les uns aux autres : Vous voyez bien que nous ne gagnons rien, voilà que tout le monde marche à sa suite ». La foule qui le suivait troubla la foule qui le haïssait. Mais pourquoi es-tu jalouse, foule aveugle, de ce que le monde marche après celui par qui le monde a été fait ?

8. « Quelques Gentils, de ceux qui étaient venus pour adorer au jour de la fête, s’approchèrent donc de Philippe, qui était de Bethsaïda, en Galilée, et le prièrent en disant : Seigneur, nous voudrions voir Jésus. Philippe alla le dire à André, et André et Philippe le dirent à Jésus ». Écoutons ce que le Seigneur répondit à cela : voilà que les Juifs veulent le tuer, les Gentils veulent le voir ; mais ceux qui criaient : « Béni soit le roi d’Israël qui vient au nom du Seigneur », étaient aussi du nombre des Juifs. Les uns viennent de la circoncision, les autres de la gentilité, comme deux murs qui s’avancent de différents côtés et se réunissent en un baiser de paix et dans le sentiment de la même foi en Jésus-Christ. Écoutons donc la voix de la pierre angulaire. « Jésus leur répondit : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié ». Quelqu’un pensera peut-être que Jésus dit qu’il va être glorifié, parce que des Gentils voulaient le voir ; mais non : il voyait qu’après sa passion et sa résurrection les Gentils croiraient en lui par toute la terre ; « car », selon l’expression de l’Apôtre, « une partie d’Israël est tombée dans l’aveuglement jusqu’à ce que la plénitude des Gentils entre dans l’Église g ». À l’occasion de ces Gentils qui voulaient le voir, il annonce la future plénitude des Gentils, et il promet que déjà est proche l’heure de sa glorification, les nations devant croire en lui quand cette glorification aura eu lieu dans le ciel. C’est pourquoi il a été dit d’avance : « Mon Dieu, élevez-vous au-dessus des cieux, et que votre gloire couvre toute la terre h ». Voilà la plénitude des nations, dont l’Apôtre dit : « L’aveuglement est tombé sur une partie d’Israël, jusqu’à ce que la plénitude des nations entre dans l’Église ».

9. Mais comme la grandeur de sa glorification devait être précédée par les abaissements de sa passion, il ajouta ensuite : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de froment jeté en terre ne meurt pas, il demeure a seul ; mais s’il meurt, il apporte beaucoup de fruit ». C’est de lui-même qu’il parlait, il était le grain qui devait périr pour se multiplier ensuite ; il devait périr victime de l’infidélité des Juifs et se multiplier par la foi des peuples.

10. Puis il nous exhorte à suivre les traces de sa passion : « Celui », dit-il, « qui aime a son âme la perdra ». Celui peut s’entendre de deux manières : « Celui qui aime son âme la perdra », c’est-à-dire : Si tu aimes ton âme, perds-la. Si tu veux conserver ton âme en Jésus-Christ, ne crains pas de mourir pour lui ; ou bien, d’une autre façon : « Celui qui a aime son âme la perdra », c’est-à-dire n’aime pas ton âme de peur de la perdre ; nel’aime pas en cette vie, de peur de la perdre en la vie éternelle. Ce dernier sens paraît mieux s’accorder avec le texte de l’Évangile ; car il ajoute : « Et celui qui hait son âme en ce monde, la gardera pour la vie éternelle ». Donc quand il est dit plus haut : « Celui qui aime son âme », il faut sous-entendre, en ce monde, celui-là la perdra. « Mais celui qui hait son âme » également en ce monde, la gardera pour la vie éternelle. Grande et étonnante vérité ! l’homme a pour son âme un amour qui la fait périr, et une haine qui l’empêche de périr. Si tu aimes mal, tu détestes ; si tu hais de la bonne manière, tu aimes. Heureux ceux qui savent haïr pour conserver, de peur de perdre en aimant. Mais prends-y garde : qu’il ne te vienne pas à l’esprit de te tuer, dans la pensée que tu dois ainsi haïr ton âme en ce monde ; c’est par ce principe que quelques hommes méchants et pervers, cruels et détestables, homicides d’eux-mêmes, se jettent dans les flammes ou dans l’eau, ou dans les précipices, et se donnent la mort. Ce n’est pas là ce que Jésus-Christ nous apprend ; au contraire, lorsque le diable lui proposa de se jeter du haut en bas du temple, il lui répondit : « Retire-toi, Satan, il est écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu i ». Pour annoncer à Pierre par quelle mort il devait glorifier Dieu, il lui dit : « Lorsque tu étais jeune, tu te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, un autre te ceindra et te portera où tu ne veux pas j ». Par là, Jésus-Christ marquait assez que celui qui veut suivre son exemple ne doit passe tuer lui-même, mais seulement se laisser tuer par les autres. Si telle circonstance se présentait, où l’on serait placé dans l’alternative de faire quelque chose contre la loi de Dieu, ou de perdre la vie, et qu’un persécuteur, par ses menaces de mort, obligeât à prendre l’un des deux partis, en choisissant de mourir pour l’amour de Dieu, plutôt que de vivre en l’offensant, alors on hait son âme en ce monde, afin de la garder pour la vie éternelle.

11. « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ». Que veut dire : « Qu’il me suive », sinon : qu’il m’imite ? « Jésus-Christ, en effet, a souffert pour nous », dit l’apôtre Pierre, a nous laissant un exemple, afin que nous « suivions ses traces k ». Voilà ce que veut dire : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ». Mais à quel prix ? quel salaire, quelle récompense promet-il ? « Et où je serai », dit-il, « là aussi sera mon serviteur ». Aimons-le donc sans espérer d’autre récompense de notre service que celle d’être avec lui. Car où sera-t-on bien sans lui, et quand pourra-t-on être mal avec lui ? Écoutez, voici qui est plus clair encore : « Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera ». De quel privilège, sinon du privilège d’être placé à côté de son Fils ? Ce qu’il dit en effet plus haut : « Où je serai, là sera aussi mon serviteur », c’est ce qu’il veut expliquer quand il dit : « Mon Père l’honorera ». Quel plus grand honneur pourra recevoir le fils adoptif, que celui d’être où est le Fils unique, et d’être non pas égal à sa divinité, mais associé à son éternité ?

12. Mais qu’est-ce que servir Jésus-Christ ? À quelle œuvre promet-il une si grande récompense ? Voilà bien ce que nous devons de préférence chercher à savoir. Il ne faut pas nous imaginer que servir Jésus-Christ, c’est lui préparer les choses nécessaires à son corps, comme le servir à table et lui préparer à manger, ou bien lui offrir à boire et préparer sa boisson. Ceux-là seuls ont pu le servir ainsi, qui ont pu le posséder en personne, comme Marthe et Marie, lorsque Lazare était, avec d’autres, à la même table que lui. Judas lui-même, cet homme perdu, a aussi servi Jésus-Christ de cette manière ; car c’était lui qui tenait l’argent, et quoique ce scélérat dérobât une partie de ce qui lui était confié, il pourvoyait néanmoins au nécessaire l. Aussi quand le Seigneur lui dit : « Ce que tu fais, fais-le promptement », quelques disciples pensèrent qu’il lui ordonnait de préparer ce qui était nécessaire pour la fête, ou de donner quelque chose aux pauvres m. En aucune façon le Seigneur ne dirait donc de ces serviteurs : « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur » ; et encore : « Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera » ; puisque Judas, qui l’avait servi de cette manière, a été réprouvé au lieu d’être honoré. Mais pourquoi chercher ailleurs ce que c’est que servir Jésus-Christ, et ne pas interroger plutôt ses propres paroles ? Quand il dit : « Si quelqu’un me a sert, qu’il me suive », nous devons l’entendre comme s’il disait : Si quelqu’un ne me suit pas, il ne me sert point. Ceux-là donc servent Jésus-Christ, qui ne cherchent pas leurs propres intérêts, mais les siens propres n. Car, « qu’il me suive » veut dire qu’il marche dans mes voies et non dans les siennes, ainsi qu’il est écrit ailleurs : « Celui qui dit qu’il demeure en Jésus-Christ, doit marcher lui-même, comme Jésus-Christ a marché o ». Il doit donc, s’il donne du pain à celui qui a faim, le faire par un sentiment de miséricorde, et non par vanité ; il doit ne rechercher que la bonne œuvre, et sa main gauche doit ignorer ce que fait sa main droite p. C’est-à-dire : il lui faut éloigner tout sentiment de cupidité de cette œuvre de charité. Celui qui sert ainsi, sert vraiment Jésus-Christ, et c’est à lui que s’adresseront ces paroles : « Quand tu as fait cela au plus petit de mes frères, c’est à moi que tu l’as fait q ». Et non seulement les œuvres de miséricorde corporelle, mais toutes les bonnes œuvres faites pour Jésus-Christ, (car alors elles sont vraiment bonnes, puisque « Jésus-Christ est la fin de la loi pour justifier tous ceux qui croiront r ». Toutes ces œuvres nous rendront serviteurs de Jésus-Christ, au point de nous faire accomplir cette œuvre de charité parfaite, qui consiste à donner sa vie pour ses frères ; car c’est la donner pour Jésus-Christ. Et c’est d’eux, comme ses membres, qu’il dira : Quand tu as fait cela pour eux, c’est pour moi que tu l’as fait. C’est pour une telle œuvre qu’il a daigné le faire et se nommer lui-même serviteur, puisqu’il a dit : « Comme le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour plusieurs s ». Ainsi chacun de nous deviendra serviteur de Jésus-Christ, par ce qui a fait de Jésus-Christ notre serviteur. Et celui qui servira ainsi Jésus-Christ, son Père l’honorera d’un honneur si grand, qu’il le placera avec son Fils, et que son bonheur ne finira jamais.

13. Lors donc, mes frères, que vous entendez dire à Notre-Seigneur : « Où je suis, là aussi sera mon serviteur », ne vous imaginez pas qu’il ne s’agisse que des saints évêques et des bons clercs. Vous aussi, selon la mesure de vos moyens, servez Jésus-Christ en vivant bien, en faisant des aumônes, et en prêchant son nom et sa doctrine à tous ceux dont vous pourrez vous faire entendre ; que tout chef de famille reconnaisse que son nom même l’oblige à témoigner à ses enfants une affection paternelle. Que pour Jésus-Christ et pour la vie éternelle il avertisse tous les siens, qu’il les instruise, qu’il les encourage et les corrige ; qu’il emploie la douceur, qu’il mette en œuvre la sévérité. Et ainsi, dans sa maison, il remplira pour ainsi dire une fonction ecclésiastique et épiscopale, puisqu’il servira Jésus-Christ, afin d’être avec lui pendant l’éternité. Beaucoup d’entre vous ont servi Jésus-Christ jusqu’à souffrir pour lui rester fidèles, et ce n’étaient ni des évêques ni des clercs ; c’étaient des jeunes gens, des jeunes filles, des vieillards, des enfants, des hommes, des femmes mariés, des pères et des mères de famille ; pour servir Jésus-Christ, ils ont donné leur vie par le martyre, et le Père les a honorés en leur donnant les couronnes les plus glorieuses.

CINQUANTE-DEUXIÈME TRAITÉ.

DEPUIS LE PASSAGE OÙ IL EST ÉCRIT : « MAINTENANT MON ÂME EST TROUBLÉE » ; ET « QUE DIRAI-JE ? » JUSQU’À CET AUTRE : « JÉSUS DIT CES CHOSES ET IL S’EN ALLA ET SE CACHA D’EUX ». (Chap 12,27-36.)

PASSION ET GLOIRE.

Le Christ pour nous encourager à le suivre jusqu’à la mort, a bien voulu emprunter à notre humanité sa faiblesse et ses craintes, et nous montrer, dans la défaite du démon et la gloire qui devait l’environner après sa passion, la promesse de la gloire éternelle après sa passion, la promesse de la gloire éternelle qui couronnera nos propres souffrances.

1. Après avoir, par les paroles que nous avons lues hier, engagé ses serviteurs à le suivre, et prédit sa passion en disant : « Si le grain de froment qu’on jette en terre ne meurt point, il reste seul ; mais s’il meurt, il apporte beaucoup de fruit » ; après avoir excité ceux qui voudraient le suivre jusqu’au royaume des cieux à haïr leur âme en ce monde, s’ils voulaient la conserver pour la vie éternelle, Jésus-Christ s’accommode de nouveau dans sa bonté à notre faiblesse, et il nous dit ces paroles par lesquelles a commencé notre lecture d’aujourd’hui : « Maintenant mon âme est troublée ». Pourquoi, Seigneur, votre âme est-elle troublée ? Tout à l’heure vous avez dit : « Celui qui hait son âme en ce monde, la garde pour la vie éternelle ». Est-ce que vous aimez votre âme en ce monde, pour qu’elle se trouble quand approche l’heure où elle doit sortir de ce monde ? Qui oserait parler ainsi de l’âme du Seigneur ? Il était notre chef, il nous a transportés en lui, il nous a mis dans son cœur, il a pris les sentiments de ses membres. C’est pourquoi rien n’a pu le troubler ; mais, comme il a été dit de lui pour le moment où il ressuscita Lazare, « il se troubla lui-même t ». En effet, Jésus-Christ homme, seul médiateur entre Dieu et les hommes, comme il nous portait à ce qu’il y a de plus élevé, devait souffrir avec nous ce qu’il y a de plus humiliant, de la même manière qu’il a voulu que nous fussions élevés par lui à ce qu’il y a de plus sublime.

2. Je l’entends nous dire lui-même « L’heure est venue où il faut que le Fils de l’homme soit glorifié ; si le grain meurt, il produit beaucoup de fruit ». Je l’entends encore ajouter : « Celui qui hait son âme en ce monde, la garde pour la vie éternelle ». Non-seulement il m’est permis d’admirer, il m’est aussi ordonné d’imiter. Il ajoute ensuite : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur ». Je me sens alors enflammé du désir de mépriser le monde, et la vie tout entière, quelque longue qu’elle soit, n’est pour moi qu’un néant, une vapeur : l’amour des biens éternels rend viles et méprisables à mes yeux les choses du temps ; et ce Seigneur, qui est le mien, qui par ses paroles m’a transporté du sein de ma faiblesse au sein de son inébranlable fermeté, je l’entends me dire encore : « Maintenant mon âme est troublée ». Qu’est-ce que cela ? Comment ordonnez-vous à mon âme de voles suivre, si je vois la vôtre plongée dans le trouble ? Comment supporterai-je ce que votre inébranlable fermeté trouve trop lourd ? Sur quel fondement m’appuyer, si la pierre fléchit ? Mais il me semble entendre en moi-même le Seigneur ; il me répond et me dit : Tu me suivras bien plus aisément, si je m’interpose ainsi pour t’apprendre à souffrir. Tu as entendu venir à toi la voix de ma force, écoute en moi la voix de ta faiblesse. Je te donne des forces pour que tu hâtes ta course, et je ne fais rien pour l’arrêter ; au contraire, je prends pour moi ce qui t’effraie, et j’aplanis le chemin où tu dois passer. O Seigneur, notre médiateur, Dieu, si élevé au-dessus de nous, fait homme à cause de nous, je reconnais votre miséricorde ! car si, grand comme vous l’êtes, vous avez voulu dans votre amour ressentir du trouble, c’est pour consoler ceux de vos membres chez qui le trouble est la suite inévitable de leur faiblesse. Vous ne voulez pas qu’ils périssent victimes du désespoir.

3. Enfin, que l’homme qui veut suivre Jésus-Christ apprenne par où il doit le suivre. Se présente-t-il un de ces moments terribles où il faut commettre un péché ou subir la mort ? cette âme faible, pour laquelle l’âme invincible de Jésus s’est troublée volontairement, tombe dans le trouble ; mais alors je lui dis : Préfère la volonté de Dieu à ta volonté propre. Écoute ce que va ajouter ton créateur et ton maître, celui qui t’a fait et qui, pour t’instruire, est devenu lui-même une créature comme celles qu’il a faites ; car celui qui a fait l’homme est devenu homme lui-même. Mais il est resté Dieu sans aucun changement, et l’homme, il l’a transformé en mieux. Écoute donc ce qu’il ajoute à ces paroles : « Maintenant mon âme est troublée. « Et que dirai-je », continue-t-il. « Père, délivrez-moi de cette heure, mais c’est pour cette heure que je suis venu. Père, glorifiez votre nom ». Il t’apprend par là ce que tu dois penser, ce que tu dois dire, qui tu dois invoquer, en qui il te faut espérer, quel est le maître dont nous devons toujours préférer la volonté certaine et immuable à la volonté humaine pleine de faiblesses. Ne t’imagine donc pas qu’il perde de sa grandeur, pour vouloir nous tirer de notre bassesse ; car il a voulu être tenté par le diable, qui certes ne l’aurait pas tenté, s’il ne l’avait pas voulu ; comme aussi il n’aurait pas souffert, s’il n’y avait préalablement consenti. Et il a répondu au diable ce que tu dois lui répondre toi-même au moment de la tentation u. Jésus fut tenté, il st vrai, mais non pas ébranlé, afin de te montrer ce qu’il faut répondre au tentateur quand on est ébranlé par la tentation ; pour t’apprendre encore qu’il ne faut pas marcher à la suite du tentateur, mais sortir du danger de la tentation. Lorsque Jésus dit ici : « Maintenant mon âme est troublée » ; comme lorsqu’il dit : « Mon âme est triste jusqu’à la mort » ; et ailleurs : « Père, s’il se peut faire, que ce calice passe loin de moi », il revêt l’infirmité de l’homme, afin d’apprendre à celui qui est ainsi attristé et troublé, à dire ce qui suit : « Cependant, Père, qu’il soit fait non comme je veux, mais comme vous voulez v ». C’est ainsi qu’en préférant la volonté de Dieu à la sienne propre, l’homme s’élève des choses humaines aux choses divines. Mais que veulent dire ces paroles : « Glorifiez votre nom », sinon : glorifiez-le dans sa passion et dans sa résurrection ? Qu’est-ce autre chose, sinon que le Père glorifie son Fils, qui à son tour glorifie son nom, dans les souffrances que ses serviteurs endurent à son exemple ; comme il est écrit que Notre-Seigneur dit à Pierre « Un autre te ceindra et te portera où tu ne voudras pas », indiquant par là « par quelle mort il devait glorifier Dieu w ? » C’est donc ainsi que Dieu a glorifié son nom en Jésus-Christ, parce que c’est ainsi qu’il glorifie Jésus-Christ lui-même dans ses membres.

4. « Alors une voix vint du ciel : Et je l’ai déjà glorifié, et de nouveau je le glorifierai. Je l’ai déjà glorifié », avant de créer le monde, et de nouveau je le glorifierai, lorsqu’il ressuscitera d’entre les morts et qu’il montera au ciel. On peut encore entendre ce passage d’une autre façon : « Je l’ai déjà glorifié », au moment où il est né d’une vierge, lorsqu’il a opéré des miracles, lorsque les mages, conduits par l’étoile qui marchait dans le ciel, sont venus l’adorer ; lorsqu’il a été reconnu par les saints remplis du Saint-Esprit ; lorsque, pour le montrer, l’Esprit-Saint est descendu sur lui en forme de colombe, et qu’une voix descendue du ciel l’a fait connaître ; lorsqu’il a été transfiguré sur la montagne ; lorsqu’il a fait tant de miracles, qu’il a guéri et soulagé tant de malades, qu’avec quelques pains il a nourri toute une multitude, lorsqu’il a commandé aux vents et aux flots, lorsqu’il a ressuscité les morts. « Et je le glorifierai de nouveau », lorsqu’il ressuscitera d’entre les morts, et que la mort n’aura plus aucune puissance sur lui, lorsque comme Dieu, il sera élevé au plus haut des cieux, et que sa gloire sera répandue sur toute la terre.

5. « Or, la foule, qui était là et qui avait entendu, disait que c’était un coup de tonnerre ; d’autres disaient : Un ange lui a parlé. Jésus leur répondit en ces termes : « Ce n’est pas pour moi que cette voix s’est fait entendre, mais pour vous ». Il montra par là que cette voix ne lui avait pas appris ce qu’il savait déjà, mais l’avait appris à ceux qui en avaient besoin ; de même que ce ne fut pas pour lui, mais pour les autres, que Dieu fit entendre cette voix, de même encore ce ne fut pas à cause de lui, mais pour les autres, que son âme se troubla volontairement.

6. Remarque ce qui suit : « Maintenant », dit-il, « voici le jugement du monde ». Que reste-t-il donc à attendre pour la fin du monde ? Le jugement que nous attendons pour la fin du monde sera le jugement des vivants et des morts, le jugement qui décidera des récompenses et des peines éternelles. Quel est donc ce jugement qui a lieu maintenant ? Déjà, dans les discours précédents, j’ai dit à votre charité aussi bien qu’il m’a été possible de le faire, qu’il y a un jugement de condamnation et un jugement de discernement ; c’est de ce dernier qu’il est écrit : « Jugez-moi, mon Dieu, et séparez ma cause de celle de la nation impie x ». 2 y a, en effet, plusieurs jugements de Dieu ; c’est pourquoi il est dit dans les psaumes : « Vos jugements sont un abîme profond y ». L’Apôtre dit aussi : « O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont impénétrables z ». Au nombre de ces jugements se trouve celui dont parle ici le Sauveur : « Maintenant se fait le jugement du monde » ; et il réserve pour la fin des temps celui où, pour la dernière fois, seront jugés les vivants et les morts. Le diable possédait pour ainsi dire le genre humain et menaçait les hommes des supplices auxquels les condamnaient leurs péchés. Il régnait dans les cœurs des infidèles ; il les trompait et les retenait captifs, il les poussait à rendre à la créature le culte qu’il leur faisait refuser au Créateur. Mais par la foi en Jésus-Christ, foi qui a été affermie par sa mort et sa résurrection ; par le sang du Sauveur répandu pour la rémission des péchés, des milliers de croyants sont délivrés du joug du diable et unis au corps de Jésus-Christ ; sous l’autorité d’un, seul chef, ils forment les membres d’un même corps et son esprit leur donne la sève de la grâce, qui entretient en eux la vie. Ce qu’il appelait jugement, c’était ce discernement, cette délivrance des siens qu’il allait soustraire à l’empire du diable.

7. Enfin, écoute ce qu’il dit, comme si on lui demandait à connaître le sens de cette parole : « Maintenant le jugement du monde va se faire » ; il l’explique, car il ajoute : « Maintenant le prince de ce monde sera mis dehors ». Nous avons vu de quel jugement il voulait parler ; il n’était pas question de celui qui doit arriver à la fin des siècles, et où seront jugés les vivants et les morts, les uns étant placés à droite, les autres à gauche. Mais il s’agissait du jugement en vertu duquel « le prince de ce monde sera mis dehors ». Mais comment le diable était-il dedans, et où devait-il être envoyé après avoir été mis dehors ? Était-il dans le monde, et a-t-il été chassé hors du monde ? S’il s’agissait du jugement qui doit arriver à la fin des siècles, on pourrait croire que le Christ veut parler du feu éternel où le diable doit être envoyé avec ses anges et tous ceux qui lui appartiennent, non par leur nature, mais par leur faute, non parce qu’il les a créés ou engendrés, mais parce qu’il les a séduits et s’en est rendu maître ; on pourrait, dis-je, penser que ce feu éternel se trouve hors du monde, et que c’est ce qu’il a voulu nousdire par ces mots : « Il sera jeté dehors ». Mais comme, après avoir dit : « Maintenant le jugement du monde va se faire », il ajoute, pour expliquer ces paroles : « Maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors », il faut entendre ce passage d’une chose qui doit se faire présentement, et non pas d’une chose qui ne doit arriver qu’au dernier jour. Le Seigneur prédisait donc ce qu’il savait, c’est qu’après sa passion et sa résurrection glorieuse, beaucoup de peuples, dont le cœur appartenait au diable, croiraient en lui. En effet, quand par la foi ils renonceraient à lui, le diable devait être mis dehors.

8. Mais, dira quelqu’un : Est-ce qu’il n’avait pas été chassé du cœur des patriarches, des Prophètes et des justes de l’Ancien Testament ? Oui, sans doute. Pourquoi donc est-il dit : « Maintenant il va être chassé dehors ? » Je ne pense pas que ce soit pour une autre raison que celle-ci : il n’avait été alors chassé que de quelques hommes, tandis qu’il allait être chassé d’un grand nombre de peuples considérables. Ailleurs il est dit : « L’Esprit-Saint n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié aa ». Ce passage donne lieu à la même question, et doit être expliqué dans le même sens. Car ce n’est pas sans le Saint-Esprit que les Prophètes ont fait leurs prédictions ; ce n’est pas sans le même Esprit que le vieillard Siméon et Anne la veuve ont reconnu l’enfant Jésus ab ; ce n’est pas non plus sans lui qu’après sa conception, mais avant sa naissance, Zacharie et Elisabeth ont annoncé de Jésus-Christ de si grandes choses ac. Et cependant « l’Esprit-Saint n’avait pas encore été donné », c’est-à-dire avec cette abondance de grâce spirituelle qui faisait parler à plusieurs peuples, réunis ensemble, la langue particulière à chacun d’eux ad, et annoncer dans la langue de toutes les nations l’Église qui allait venir ; cette grâce spirituelle devait réunir toutes les nations, remettre les péchés dans toutes les contrées, et réconcilier avec Dieu des milliers d’hommes.

9. Mais, dira quelqu’autre : Si le diable a été mis hors du cœur des fidèles, il ne doit plus tenter aucun d’entre eux ? Or, il ne cesse de tenter. Mais autre chose est de commander à l’intérieur, autre chose est d’attaquer au-dehors. La plus forte place peut être assiégée par l’ennemi, sans être, pour cela, emportée d’assaut ; et si quelques-uns des traits qu’il nous lance arrivent jusqu’à nous, l’Apôtre nous apprend à nous en garantir ; il nous montre, dans la foi, une cuirasse et un bouclier ae, et si quelque trait vient à nous blesser, il y a là quelqu’un pour nous guérir. Il est dit à ceux qui combattent : « Je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez point ». Il est dit également à ceux qui sont blessés« Et si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, c’est Jésus-Christ le juste ; il est lui-même la victime de propitiation pour nos péchés af ». Que demandons-nous, en effet, lorsque nous disons « Pardonnez-nous nos offenses », sinon que nos blessures soient guéries ? Et que demandons-nous encore lorsque nous disons : « Ne nous induisez point en tentation ag », sinon que celui qui nous tend des pièges et attaque notre cœur au-dehors ne puisse y pénétrer par ruse, ni s’en emparer à force ouverte ? Mais quelles que soient les machines qu’il dresse contre nous, tant qu’il ne possède pas la place de notre cœur où réside la foi, il est mis dehors. Mais si le Seigneur ne garde lui-même une cité, c’est inutilement que veille celui qui la garde ah. Ne comptez donc pas trop sur vous-mêmes, si vous ne voulez pas voir rentrer dans votre cœur le diable qui en a été chassé.

10. Mais loin de nous la pensée d’appeler le diable prince de ce monde, en ce sens que nous le regardions comme gouvernant le ciel et la terre. Le monde ici désigne les méchants qui sont répandus par tout l’univers, comme on dit une maison pour désigner ceux qui l’habitent. Ainsi nous disons : C’est une bonne ou une méchante maison, non pas que nous voulions prononcer un éloge ou un blâme sur l’état des murailles et des toits ; nous ne prétendons alors qu’exprimer notre avis au sujet des mœurs bonnes ou mauvaises des hommes qui l’habitent. Le diable est donc appelé en ce sens : « Prince de ce monde » ; c’est-à-dire qu’il est le prince de tous les méchants qui habitent le monde. Par le monde on désigne aussi les bons qui, eux aussi, sont répandus dans tout l’univers ; c’est ainsi que l’Apôtre a dit : « Dieu était en Jésus-Christ, se réconciliant le monde ai ». Ce sont ceux du cœur desquels le prince de ce monde a été chassé.

11. Après avoir dit : « Maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors », Jésus ajoute : « Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi ». Que signifie ce « tout », sinon ceux du cœur desquels le diable est chassé ? Il ne dit pas tous, mais « tout » ; car la foi n’est pas donnée à tous aj. Ce mot ne s’applique donc pas à l’universalité des hommes, mais à l’intégralité de la nature humaine ; c’est-à-dire à l’esprit, à l’âme, au corps. À l’esprit qui nous fait comprendre, à l’âme qui nous fait vivre, et au corps qui nous rend visibles et tangibles. Celui, en effet, qui a dit : « Il ne périra pas un cheveu de votre tête ak », attire tout à lui. Mais si, par le mot « tout », il faut entendre les hommes eux-mêmes, nous pouvons dire que c’est tous ceux qui sont prédestinés au salut, et dont aucun ne doit périr, comme le Christ l’a dit plus haut en parlant de ses brebis al. On peut comprendre aussi qu’il attirera à lui tous les genres d’hommes, et dans toutes les langues, et dans tous les âges, et dans toutes les positions de fortune, et dans tous les degrés d’intelligence, et dans toutes les professions honnêtes et utiles, et enfin dans les innombrables états qui, en dehors du péché, distinguent les hommes entre eux, depuis les plus élevés jusqu’aux plus humbles, depuis le roi jusqu’au mendiant. « Je les attirerai tous après moi », et cela afin d’être leur chef et de les avoir pour ses membres. Il dit : « Si je suis élevé de terre », pour dire : quand j’aurai été élevé de terre ; car il ne doute pas de la réalisation de ce qu’il est venu accomplir. Ces paroles se rapportent à celles qu’il avait dites plus haut : « Mais si le grain de blé meurt, il porte beaucoup de fruit ». Car cette élévation, que signifie-t-elle, sinon sa passion sur la croix ? Du reste, l’Évangéliste ne manque pas de nous le dire ; car il ajoute : « Il disait cela pour marquer de quelle mort il devait mourir ».

12. « La foule lui répondit : Nous avons appris de la loi que le Christ demeure éternellement. Et comment dites-vous qu’il « faut que le Fils de l’Homme soit élevé en « haut ? Quel est ce Fils de l’Homme ? » Ils se rappelaient que le Seigneur disait souvent qu’il était le Fils de l’Homme. Car en cet endroit, il ne dit pas : Si le Fils de l’Homme est élevé de terre. Mais auparavant, dans la circonstance qui a été le sujet de la lecture et de l’explication faite hier, quand on lui annonça que des gentils désiraient le voir, il avait dit : « L’heure approche où le Fils de l’Homme sera glorifié am ». Les Juifs se rappelant cette circonstance et comprenant bien que par ces mots : « Quand j’aurai été élevé de terre », il voulait désigner sa mort sur la croix, ils l’interrogèrent en ces termes : « Nous avons appris de la loi que le Christ demeure éternellement, et comment dites-vous : Il faut que le Fils de l’Homme soit élevé ? Quel est donc ce Fils de l’Homme ? » Car s’il est le Christ, disaient-ils, il demeure éternellement ; mais s’il demeure éternellement, comment sera-t-il élevé de terre ? C’est-à-dire, comment mourra-t-il du supplice de la croix ? Car ils comprenaient bien qu’il avait parlé de ce qu’ils avaient dessein de lui faire ; et quoique ces paroles fussent obscures, ce n’est point la sagesse d’en haut qui les leur expliqua, mais bien leur conscience tourmentée de remords.

13. « Jésus leur dit donc : La lumière est encore en vous un peu de temps ». Voilà pourquoi vous comprenez que le Christ demeure éternellement. « Marchez donc pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres vous surprennent ». Marchez, approchez, comprenez tout ce qui regarde le Christ, comprenez qu’il mourra et qu’il vivra à jamais, qu’il répandra son sang pour vous racheter et qu’il montera au ciel pour vous y conduire avec lui. Mais les ténèbres vous surprendront, si vous croyez à l’éternité du Christ, sans avouer en même temps l’humiliation de sa mort. « Et celui qui marche dans les ténèbres, ne sait où il va ». Ainsi il peut se heurter à une pierre d’achoppement, à une pierre de scandale ; c’est ce que le Seigneur a été pour les Juifs aveugles. Et la pierre que les architectes ont rejetée est devenue tête de l’angle pour ceux qui ont cru an. Eux ont dédaigné de croire en Jésus-Christ, parce que leur impiété ne leur a inspiré que du mépris pour un mort, que de la moquerie pour un crucifié ; c’était pourtant la mort du grain qui devait se multiplier au centuple ; c’était l’élévation de Celui qui devait attirer tout à sa suite. « Pendant que vous avez la lumière », continue le Sauveur, « croyez en la lumière, afin que vous soyez les fils de la lumière ». Puisque vous entendez quelque chose de vrai, croyez en la vérité, afin que vous puisiez dans la vérité une nouvelle vie.

14. « Jésus dit ces choses, puis il s’en alla et se cacha d’eux ». Il ne se cacha pas de ceux qui avaient commencé à croire en lui et à l’aimer, ni de ceux qui étaient venus à sa rencontre avec des rameaux de palmier et en chantant ses louanges ; mais il se cacha de ceux qui, à la vue de ce qu’il faisait, éprouvaient de la jalousie ; car, en réalité, ils ne voyaient rien, et dans leur aveuglement ils se heurtaient contre cette pierre. Mais quand Jésus s’est caché pour échapper à ceux qui voulaient le faire mourir (je prends soin de vous le rappeler souvent, afin que vous ne l’oubliiez pas), il voulait remédier à notre faiblesse, et en cela il ne porta aucune atteinte à sa toute-puissance.

CINQUANTE-TROISIÈME TRAITÉ.

DEPUIS LE PASSAGE OÙ IL EST ÉCRIT : « ET QUOIQU’IL EÛT FAIT TANT DE PRODIGES DEVANT EUX, ILS NE CROYAIENT PAS EN LUI », JUSQU’À CET AUTRE : « ILS ONT PLUS AIMÉ LA GLOIRE DES HOMMES QUE LA GLOIRE DE DIEU ». (Chap 12, 37-43.)

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