John 17:12-15
CENT SEPTIÈME TRAITÉ.
DEPUIS CES PAROLES DE JÉSUS : « MOI JE PRIE POUR EUX », JUSQU’À CES AUTRES : « AFIN QU’ILS AIENT MA JOIE ACCOMPLIE EN eux-mêmes ». (Chap 17,9-13.)REMISE DES APÔTRES À LA GARDE DU PÈRE.
Le Sauveur prie pour ses disciples qui sont dans le monde, mais qu’en qualité d’homme il a reçus de la part de Dieu, du milieu du monde. Le Père va le glorifier, il est sur le point de les quitter ; c’est donc au Père de veiller sur eux et de leur communiquer la plénitude de la paix et de la joie. 1. En parlant à son Père de ceux qu’il avait déjà pour disciples, le Sauveur lui dit entre autres choses : « Moi, je prie pour eux ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m’avez donnés ». Par monde, il veut ici qu’on entende ceux qui vivent selon la concupiscence du monde, et ne sont pas à tel point privilégiés de la grâce qu’ils soient par lui choisis du milieu du monde. Aussi dit-il qu’il prie, non pour le monde, mais pour ceux que le Père lui a donnés. En effet, par cela même que le Père les lui a déjà donnés, ils n’appartiennent plus à ce monde, pour lequel il ne prie pas. 2. Il ajoute ensuite : « Parce qu’ils sont à vous ». De ce que le Père les a donnés au Fils, il ne suit pas qu’il les ait perdus ; car le Fils continue et dit : « Et tout ce qui est à moi vous appartient, et tout ce qui est à vous est à moi ». Par là, il paraît assez comment sont au Fils unique toutes les choses qui appartiennent au Père : c’est qu’il est Dieu lui-même et que, né du Père, il lui est égal. Il ne faut donc pas entendre ces paroles de la manière dont il a été dit à l’un des deux fils, c’est-à-dire à l’aîné : « Toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi a ». Dans le premier cas, il est question de toutes les créatures placées au-dessous de la créature sainte et raisonnable, et qui sont soumises à l’autorité de l’Église ; or, dans cette Église universelle se trouvent compris ces deux fils, l’aîné et le plus jeune, avec tous les saints Anges, auxquels nous serons égaux dans le royaume de Jésus-Christ et de Dieu b. Mais voici ce qu’a dit Jésus-Christ : « Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi ». Ces paroles s’appliquent donc à la créature raisonnable elle-même, à cette créature qui n’est inférieure, qu’à Dieu et qui tient sous sa dépendance tout ce qui se trouve au-dessous d’elle. Cette créature raisonnable appartient à Dieu le Père, mais elle n’appartiendrait pas en même temps au Fils, si le Fils n’était pas égal au Père. C’est d’elle qu’il entendait parler, lorsqu’il disait : « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m’avez donnés ; parce qu’ils sont à vous, et que tout ce qui est à moi est à vous ; et que tout ce qui est à vous est à moi ». Et il est impossible que les saints dont il dit ces choses, appartiennent à d’autres qu’à celui qui les a créés et sanctifiés. Par conséquent, tout ce qui est à eux doit aussi nécessairement appartenir à Celui à qui ils appartiennent eux-mêmes. Donc, comme ils appartiennent et au Père et au Fils, c’est la preuve que le Père et le Fils sont égaux, puisqu’ils leur appartiennent également. Ce qu’il disait, en parlant du Saint-Esprit : « Tout ce que le Père possède est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il recevra de ce qui est à moi et vous l’annoncera c » ; il le disait des choses qui appartiennent à la divinité même du Père, et dans lesquelles il lui est égal, puisqu’il a tout ce que le Père a lui-même. Car le Saint-Esprit ne devait pas recevoir d’une créature soumise au Père et au Fils ce qu’il veut indiquer par ces mots : « Il recevra du mien » ; mais il le reçoit du Père dont il procède, et de qui le Fils lui-même est né. 3. « Et », ajoute Notre-Seigneur, « j’ai été glorifié en eux ». Maintenant, il parle de sa glorification comme si elle était déjà accomplie, quoiqu’elle ne doive s’accomplir que plus tard. Tout à l’heure il demandait à son Père qu’elle s’accomplît. Mais il faut voir si c’est bien là cette glorification dont il avait dit : « Et maintenant, vous, Père, glorifiez-moi de cette glorification que j’ai eue en vous, avant que le monde fût d ». Oui, voilà ce qu’il faut voir. Si c’est « en vous », comment est-ce « en eux ? » Ou bien, lorsqu’il s’est fait connaître à eux, ne lui ont-ils pas servi à le faire connaître à tous ses témoins qui les ont crus ? Nous pouvons parfaitement admettre qu’en ce sens Notre-Seigneur avait été glorifié dans ses Apôtres. En parlant de cela comme d’un fait déjà accompli, il montre que c’était une chose prédestinée, et il veut qu’on regarde comme certain ce qui ne devait néanmoins arriver que plus tard. 4. « Et déjà », continue Notre-Seigneur, « je ne suis plus dans le monde, et ils sont dans le monde ». Si vous ne faites attention qu’au moment où il parle, ils étaient encore dans le monde, les uns et les autres, Notre-Seigneur et ceux dont il parlait. Mais ces paroles, nous ne pouvons ni ne devons les entendre des dispositions de leur cœur et de leur conduite, en ce sens que les disciples étaient encore dans le monde, parce qu’ils aimaient encore les choses du monde, tandis que Jésus-Christ n’était déjà plus dans le monde, parce qu’il goûtait les choses divines. Il se trouve là un mot qui nous empêche absolument de les interpréter ainsi. Il ne dit pas, en effet : Je ne suis pas dans le monde ; mais bien : « Déjà, je ne suis plus dans le monde ». Et il montre par là qu’il avait été dans le monde, et qu’il n’y était déjà plus. En conséquence, nous serait-il permis de croire qu’il avait, pendant quelque temps, aimé les choses du monde, et que, délivré de cette erreur, il ne les aimait plus ? Qui est-ce qui pourrait admettre un sens si impie ? Voici donc ce qui nous reste à admettre : Il annonce qu’il n’est déjà plus dans le monde, dans le sens dans lequel il s’y était trouvé, c’est-à-dire corporellement. Il faisait donc connaître qu’il allait bientôt s’éloigner du monde, tandis que ses disciples ne s’en éloigneraient que plus tard, et, pour l’indiquer, il dit qu’il n’est déjà plus dans le monde et qu’ils y sont encore, quoiqu’ils y soient encore également les uns et les autres. Il a parlé ainsi, comme un homme qui s’adresse à des hommes, et selon le langage habituel des hommes. Ne disons-nous pas tous les jours : Il n’est déjà plus là, en parlant de quelqu’un qui doit partir bientôt ? C’est surtout de ceux qui vont mourir qu’on parle ainsi. Toutefois, Notre-Seigneur prévoyait que ces paroles pourraient embarrasser ceux qui liraient ceci ; car il ajoute : « Et je viens à vous », expliquant en quelque sorte pourquoi il a dit : « Déjà je ne suis plus dans ce monde ». 5. Notre-Seigneur recommande donc au Père ceux qu’il allait en quelque sorte abandonner par son absence corporelle : « Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m’avez donnés ». Comme homme, il prie Dieu pour les disciples qu’il a reçus de Dieu ; mais faites bien attention à ce qui suit : « Afin qu’ils soient un comme nous ». Il ne dit pas : afin qu’ils soient un avec nous, ni afin que nous et eux nous soyons un, comme nous-mêmes nous sommes un ; mais il dit : « Afin qu’ils soient un comme nous ». C’est-à-dire qu’ils soient un dans leur nature, comme nous sommes un dans la nôtre. Chose qui assurément ne serait pas vraie, s’il ne la disait pour montrer que c’est comme Dieu, et non comme homme, qu’il est de même nature que le Père, comme il le dit ailleurs : « Le Père et moi, nous sommes un e ». Car, en tant qu’homme, il dit : « Le Père est plus grand que moi f ». Mais comme, en lui, le Dieu et l’homme ne forment qu’une seule personne, nous le voyons homme quand il prie ; et nous le voyons Dieu, quand il ne fait qu’un avec celui qu’il prie. Mais, dans ce qui suit, nous trouverons un passage où nous traiterons ce sujet avec plus de soin. 6. Maintenant, il continue : « Lorsque j’étais avec eux, je les gardais en votre nom ». Et comme je viens à vous, gardez-les en votre nom, ce nom dans lequel je les gardais lorsque j’étais avec eux. En tant qu’homme, le Fils gardait ses disciples au nom du Père, lorsque son humanité était présente au milieu d’eux. Mais le Père, lui aussi, gardait au nom du Fils ceux qu’il exauçait quand ils le priaient en son nom. C’est à eux-mêmes que le même Fils avait dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera g ». Nous ne devons cependant pas donner à cela un sens charnel, comme si le Père et le Fils nous gardaient, chacun à son tour, la protection de l’un succédant à celle de l’autre, et le premier arrivant au moment où le second s’éloigne. Nous sommes gardés en même temps et par le Père, et par le Fils, et par le Saint-Esprit ; car ils ne forment tous trois qu’un seul Dieu véritable et bienheureux. Mais l’Écriture ne nous élève qu’autant qu’elle descend jusqu’à nous, de la même manière que le Verbe, en se faisant chair, est descendu pour nous élever, mais n’est pas tombé à terre pour y rester. Si nous connaissons Celui qui est descendu vers nous, élevons-nous avec lui puisqu’il veut nous élever. Et comprenons-le bien, lorsqu’il parle ainsi, il distingue les personnes, mais il n’établit pas plusieurs natures. Quand donc le Fils gardait corporellement ses disciples, le Père, pour les garder, n’attendait pas que le Fils s’éloignât, afin de lui succéder ; mais tous les deux les gardaient de leur puissance spirituelle. Et quand le Fils leur enleva sa présence corporelle, il continua avec le Père sa garde spirituelle. Lorsqu’en tant qu’homme le Fils reçut la mission de les garder, il ne les enleva pas à la garde du Père ; et quand le Père les donna à garder au Fils, il ne les donna pas séparément de Celui à qui il les donnait ; il les donna au Fils en tant qu’homme, mais il n’agit pas séparément de son Fils en tant que Dieu. 7. Le Fils continue donc et dit : « Ceux que vous m’avez donnés, je les ai gardés, et aucun d’eux n’a péri, si ce n’est le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie ». Celui qui est appelé fils de perdition, c’est celui qui a trahi Jésus-Christ ; il était prédestiné à la perdition, selon l’Écriture, car elle a prophétisé de lui surtout au psaume cent huitième. 8. « Mais maintenant », dit Notre-Seigneur, « je viens à vous, et je dis ces choses dans le « monde, afin qu’ils aient en eux la plénitude de ma joie ». Voilà qu’il dit : je parle dans le monde, et pourtant, un peu auparavant il avait dit : « Déjà je ne suis plus dans le monde ». Pourquoi l’a-t-il dit ? C’est ce que nous avons alors expliqué ; et même nous avons montré qu’il l’expliquait lui-même. Donc, comme il n’était pas encore parti, il était encore là, et comme il devait bientôt partir, il n’y était en quelque sorte déjà plus. Mais quelle est cette joie dont il dit : « Afin qu’ils aient en eux la plénitude de ma joie ? » C’est ce qu’il a exprimé plus haut en disant : « Afin qu’ils soient un comme nous ». Cette joie qui est la sienne, c’est-à-dire qu’il a mise en eux, il veut qu’elle y soit complète ; voilà pourquoi il dit qu’il a parlé dans le monde. Cette joie, c’est la paix et la béatitude de la vie future ; et pour l’obtenir il faut vivre en celle-ci avec tempérance, justice et piété.CENT HUITIÈME TRAITÉ.
DEPUIS CES PAROLES DE JÉSUS : « JE LEUR AI DONNÉ MA PAROLE », JUSQU’À CES MOTS : « AFIN QU’ILS SOIENT, EUX AUSSI, SANCTIFIÉS EN VÉRITÉ ». (Chap 17,14-19.)SANCTIFICATION DES APÔTRES.
Notre-Seigneur prie son Père de préserver du mal ses disciples et de les sanctifier dans la vérité, mais non de les retirer du monde : ainsi pourra-t-il les envoyer dans le monde, comme il y a été lui-même envoyé. 1. Notre-Seigneur s’adressant encore au Père et priant pour ses disciples, dit : « Je leur ai donné votre parole, et le monde les a pris en haine ». Ils n’avaient pas encore éprouvé cette haine par les souffrances qui les attendaient dans la suite ; mais selon sa coutume, Notre-Seigneur annonçait ces choses et indiquait par un temps passé ce qui était encore à venir ; il ajoute ensuite la cause pour laquelle le monde les déteste : « Parce qu’ils ne sont pas de ce monde, comme moi-même je ne suis pas de ce monde ». Cette grâce leur avait été conférée par la régénération : car par leur naissance ils étaient du monde ; c’est pourquoi il leur avait déjà dit : « Je vous ai choisis du monde h ». Il leur avait donc été accordé de n’être pas plus du monde, que lui-même, qui les avait délivrés du monde. Pour lui, il n’a jamais été du monde ; car, même selon la forme d’esclave, il est né du Saint-Esprit qui leur a communiqué la grâce de renaître. En effet, si les disciples ne sont plus du monde, parce qu’ils ont puisé dans le Saint-Esprit une seconde vie, Notre-Seigneur n’a jamais été du monde, puisqu’il est né du Saint-Esprit. 2. « Je ne prie pas », continue-t-il, « pour que vous les enleviez du monde, mais pour que vous les préserviez du mal ». En effet, quoiqu’ils ne fussent plus du monde, ils avaient besoin d’y demeurer encore. Il répète la même pensée. « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde, sanctifiez-les dans la vérité ». Ainsi, en effet, seront-ils préservés du mal ; voilà ce que tout à l’heure déjà il demandait pour eux. On peut faire cette question : Comment n’étaient-ils plus du monde, s’ils n’étaient pas encore sanctifiés dans la vérité ; ou bien, s’ils l’étaient déjà, pourquoi Jésus-Christ demande-t-il qu’ils le soient ? N’est-ce pas parce que, étant déjà sanctifiés, ils font des progrès dans cette sainteté et deviennent encore plus saints ? Mais si leur sainteté se perfectionne, la grâce de Dieu est loin d’y être étrangère ; car celui qui en a consacré le commencement, en consacre aussi le perfectionnement. Aussi l’Apôtre dit-il : « Celui qui en vous a commencé la bonne œuvre, la perfectionnera jusqu’au jour de Jésus-Christ i ». C’est pourquoi les héritiers du Nouveau Testament sont sanctifiés dans la vérité, dont les sanctifications de l’Ancien Testament n’étaient que les ombres ; et quand ils sont sanctifiés dans la vérité, assurément ils le sont en Jésus-Christ, qui a dit avec vérité : « C’est moi qui suis la voie, la vérité et la vie j ». De même en est-il quand il dit : « La vérité vous délivrera » ; car, pour expliquer ensuite ce qu’il a voulu dire, il ajoute peu après : « Si le Fils vous délivre, alors vous serez vraiment libres k ». 2 voulait montrer par là que ce qu’il appelait la vérité était ce que plus loin il appelait le Fils. Que veut-il donc dire en cet endroit : « Sanctifiez-les dans la vérité », sinon : sanctifiez-les en moi ? 3. Enfin Notre-Seigneur continue, et il ne cesse de faire entendre la même chose plus clairement : « Votre parole est la vérité ». Était-ce dire autre chose que ceci : Je suis la vérité ? Le texte grec de l’Évangile porte le mot logos, qui se lit aussi au passage où il est dit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ». Et nous avons reconnu que le Verbe était le Fils unique de Dieu, « qui s’est fait chair et qui a habité parmi nous l ». C’est pourquoi on aurait pu mettre ici, et on le trouve dans quelques exemplaires : Votre Verbe est la vérité ; de même que dans quelques exemplaires il est écrit : « Au commencement était la Parole ». En grec, on lit invariablement ici et là: Logos. C’est pourquoi le Père sanctifie dans la vérité, c’est-à-dire dans son Verbe, dans son Fils unique, ses héritiers et les cohéritiers de celui-ci. 4. Mais le Sauveur parle encore des Apôtres, car il continue en ces termes « Comme vous m’avez envoyé dans le monde, et moi aussi je les ai envoyés dans le monde ». Qui a-t-il envoyé, sinon ses Apôtres ? Le nom même d’Apôtres, qui est un nom grec, ne signifie pas, en latin, autre chose qu’envoyés. Dieu a donc envoyé son Fils, non pas dans une chair de péché m, mais sous la ressemblance de la chair du péché ; et son Fils a envoyé ceux qui, étant nés dans la chair du péché, ont été par lui purifiés de la tache du péché. 5. Mais par cela même que le médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ homme est devenu le chef de l’Église, les Apôtres sont ses membres ; c’est pourquoi Notre-Seigneur ajoute ce qui suit : « Et pour eux, je me sanctifie moi-même ». Qu’est-ce à dire : « Et pour eux, je me sanctifie moi-même ? » Le voici : Je les sanctifie en moi-même, puisqu’ils ne sont autre chose que moi-même. Car, comme je viens de le dire, ceux dont il parle sont ses membres ; et la tête et le corps ne forment qu’un seul Christ. C’est la doctrine de l’Apôtre, car il dit en parlant de la race d’Abraham : « Mais si vous êtes de Jésus-Christ, donc vous êtes la race d’Abraham ». Il avait dit plus haut : « Il ne dit pas à plusieurs de la race, mais à un seul de sa race, lequel est Jésus-Christ n ». Si donc la race d’Abraham n’est autre que Jésus-Christ, qu’a-t-on voulu dire à ceux auxquels l’Apôtre adressait ces paroles : « Donc vous êtes la race d’Abraham ? » Ceci évidemment : Donc vous êtes Jésus-Christ. Telle est la base du raisonnement que le même Apôtre fait dans un autre endroit : « Maintenant je me réjouis en mes souffrances pour vous, et j’accomplis ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ en ma chair o ». Il ne dit pas : à mes souffrances ; mais, aux « souffrances de Jésus-Christ », parce qu’il était an membre de Jésus-Christ ; et, par ses souffrances semblables à celles que Jésus-Christ devait endurer dans tout son corps, l’Apôtre accomplissait, pour sa part, ce qui manquait à celles de Jésus-Christ. Veux-tu te convaincre que tel est le sens de ces paroles de Notre-Seigneur ? Écoute ce qui suit. Après avoir dit : « Et c’est pour eux que je me sanctifie moi-même », pour nous faire entendre qu’il parlait ainsi parce qu’il les sanctifiait en lui-même, le Sauveur ajoute aussitôt : « Afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité » ; ce qui veut dire, en moi-même, puisque la vérité c’est le Verbe, Dieu dès le commencement. C’est en ce même Verbe que le Fils de l’homme lui-même a été sanctifié dès le commencement de sa création, au moment où le Verbe s’est fait chair ; car le Verbe et l’homme se sont réunis en une seule personne. Alors il s’est sanctifié lui-même, en lui-même, c’est-à-dire, lui homme, en lui Verbe ; parce que le Verbe et l’homme sont un seul Jésus-Christ qui sanctifie l’homme dans le Verbe. « Et pour eux », dit-il, c’est-à-dire pour leur avantage, parce qu’ils sont moi, comme il m’a été avantageux en moi-même parce que je suis homme sans eux : « Et je me sanctifie moi-même » ; c’est-à-dire, je les sanctifie en moi, comme moi-même, parce que en moi ils sont moi-même. « Afin qu’eux aussi soient sanctifiés dans la vérité ». Que signifient ces mots : « eux aussi », sinon, comme moi ? et, « dans la vérité », sinon ce que je suis moi-même ? Ensuite, il parla non plus seulement de ses Apôtres, mais de ses autres membres. Avec la grâce de Dieu, nous expliquerons dans un autre discours la suite de ses paroles.
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