‏ John 8:31-37

LE CHRIST DIEU.

Le Sauveur proclamait sa divinité, mais la gloire de sa résurrection et les prodiges qui devaient la suivre, étaient destinés à la faire briller d’un vif éclat, à convertir un grand nombre d’hommes. Oui, de tous ces événements devait ressortir la preuve que le Christ est, qu’il a été engendré avant tous les temps par le Père, qu’il est la vérité même. Ces événements sont pour nous un puissant motif de persévérer dans la foi ; notre persévérance nous conduira des ombres de la foi à la claire vue de la vérité.

1. Vous avez déjà entendu lire un grand nombre de passages tirés du saint Évangile selon saint Jean, Évangile que vous voyez entre nos mains. Ces passages, nous vous les avons expliqués de notre mieux avec le secours de la grâce divine. Nous vous l’avons dit, cet Évangéliste a choisi de préférence, comme thème de son livre, la divinité du Sauveur, selon laquelle il est égal à son Père et Fils unique de Dieu ; c’est pourquoi Jean a été comparé à un aigle, parce que l’aigle est, de tous les oiseaux, celui qui s’élève le plus haut dans les airs. Apportez donc une extrême attention à écouter la suite de cet Évangile : je vous en expliquerai successivement tous les textes, comme le Seigneur me permettra de le faire.

2. Nous vous avons parlé à l’occasion de la leçon précédente, et nous vous avons dit en quel sens on doit comprendre que le Père est véridique et que le Fils est la vérité. Le Seigneur Jésus ayant dit : « Celui qui m’a envoyé est véridique a », les Juifs ne comprirent pas qu’il avait voulu leur parler de son Père. Il ajouta ce que vous venez d’entendre lire : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je dis ces choses ainsi que mon Père m’a enseigné ». Qu’est-ce que cela ? Il semble n’avoir dit rien autre chose que ceci c’est, qu’après sa passion, ils sauraient qui il était. Sans aucun doute, parmi ses auditeurs, il en discernait un certain nombre qu’il connaissait, qu’il avait choisis, par un effet de sa prescience, avec ses autres saints, dès avant la constitution du monde, et qui devaient croire en lui après sa passion : voilà ceux que nous recommandons sans cesse à votre imitation, et que nous vous proposons comme vos modèles, en vous priant instamment de suivre leurs traces. Après la mort, la résurrection et l’ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Saint-Esprit est descendu d’en haut ; des prodiges éclatants ont été opérés au nom de Celui que les Juifs avaient persécuté et méprisé, puisqu’ils l’avaient fait mourir à la vue de ces merveilles, ces hommes furent saisis d’un sincère repentir ; et alors on vit se convertir et croire au Christ ceux qui l’avaient persécuté et mis à mort, et le sang qu’ils avaient cruellement répandu, la foi en fit pour eux un breuvage ; il apercevait déjà ces trois mille, ces cinq mille Juifs parmi ses auditeurs b au moment où il disait : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que je suis ». C’était dire, sous une autre forme : J’attends, pour me faire connaître à vous, que toutes les circonstances de ma passion aient eu lieu ; à l’heure opportune, vous connaîtrez que je suis. Tous ceux qui l’écoutaient ne devaient pas, pour croire en lui, attendre sa mort ; car l’Évangéliste ajoute un peu après : « Comme il parlait encore, beaucoup crurent en lui », et pourtant le Fils de l’homme n’avait pas encore été élevé. Il parlait de son exaltation douloureuse, et non de son exaltation glorieuse, de son exaltation en croix, et non de son exaltation dans le ciel ; parce qu’il a été élevé pendant qu’il était attaché à l’instrument de son supplice ; alors, il s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la croix c. Tous ces événements devaient s’accomplir de la main même de ceux qui devaient croire en lui ; car il leur avait dit : « Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que je suis ». Pourquoi cela, sinon afin que tout homme, si criminel qu’il se reconnût intérieurement, pût nourrir encore des pensées d’espoir, en voyant le pardon accordé au crime de ceux qui avaient fait mourir le Christ ?

3. Le Sauveur remarqua donc ces hommes dans la foule qui l’entourait, et il leur dit ci. Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, « alors vous saurez que je suis ». Vous savez déjà ce que veut dire ce mot : « Je suis ». Il est inutile d’y revenir encore : vous parler trop longuement d’un si grand mystère, ce serait s’exposer à vous ennuyer. Rappelez-vous ces paroles : « Je suis Celui qui suis » ; et : « Celui qui est m’a envoyé d » ; et vous comprendrez ces paroles du Christ : « Alors, vous saurez que je suis », et aussi que le Père est, et que le Saint-Esprit est. C’est relativement à lui que toute la Trinité a sa raison d’être. Notre-Seigneur parlait en qualité de Fils : il ne voulut pas que ces paroles. « Alors a vous connaîtrez que je suis », pussent donner lieu et laisser prendre pied à l’erreur des Sabelliens, c’est-à-dire des Patripassiens ; je vous ai dit au sujet de cette erreur : Ne vous y attachez pas, écartez-vous-en avec soin ; elle consiste à prétendre, comme vous le savez, que le Père et le Fils ne diffèrent l’un de l’autre que par le nom, et qu’en réalité ils sont une seule et même chose. Pour nous faire éviter cette erreur, et afin qu’on ne le prît pas pour le Père, le Sauveur, après avoir dit : « Alors vous connaîtrez que je suis », ajouta immédiatement : « Et que je ne fais rien de moi-même, mais que je dis ces a choses comme mon Père m’a enseigné ». Devant cette porte ouverte à son erreur, le disciple de Sabellius avait déjà commencé à se réjouir ; mais à peine s’y était-il comme furtivement glissé, que la lumière de cette déclaration vint le confondre. Parce qu’il avait dit : « Je suis », tu avais cru qu’il était le Père. Écoute, il va te prouver qu’il est le Fils : « Je ne fais rien de moi-même ». Qu’est-ce à dire : « Je ne fais rien de moi-même ? » Je ne suis pas de moi-même. Le Fils est, en effet, Dieu engendré du Père ; mais le Père n’est pas Dieu engendré du Fils. Fils est Dieu de Dieu : le Père est Dieu, mais il n’est pas Dieu de Dieu. Le Fils est lumière de lumière : le Père est aussi lumière, mais non de lumière. Le Fils est, tuais il y a quelqu’un de qui il est : le Père est, mais il n’y a personne de qui il soit.

4. Parce que le Christ a ajouté : « Je vous dis ces choses comme mon Père m’a enseigné », qu’aucun d’entre vous, mes frères, ne se laisse aller à des pensées charnelles ; car, par un effet de la faiblesse humaine, notre manière de penser se règle d’après ce que nous avons accoutumé de faire ou de noir. Ne vous figurez donc pas que vous avez sous les yeux deux hommes, dont l’un serait le Père, et l’autre le Fils. Ne t’imagine pas que le Père parle à son Fils, comme tu fais toi-même lorsque tu parles à ton enfant, pour l’instruire et lui apprendre à parler lui-même du qu’il retienne tes paroles, qu’après les avoir retenues, il les traduise en mots, les rendant bien distinctement, syllabe par syllabe, et les portant aux oreilles des autres telles que les siennes les ont reçues. N’ayez point de pareilles idées, car vous forgeriez des idoles dans votre cœur. Il ne faut point supposer que la Trinité ait l’apparence et les membres d’un homme, une figure de chair, tous ces sens visibles, la stature et les mouvements du corps, l’usage de la langue, une parole articulée : nous ne pouvons imaginer que la forme d’esclave, dont le Fils unique de Dieu s’est revêtu quand le Verbe s’est fait chair pour habiter parmi nous e. Ici, ô fragilité humaine, je ne t’empêche nullement d’avoir des pensées en rapport avec ce que tu connais : je t’y force, au contraire. Si ta foi est véritable, voilà ce que tu dois penser du Christ, en tant qu’il est né de la Vierge Marie, et non entant qu’engendré par Dieu le Père. On l’a vu enfant ; il a pris de l’accroissement, il a marché, il a eu faim et soif, et enfin, il a souffert, il a été attaché à la croix, il a été mis à mort, on l’a enseveli comme un autre homme, et c’est avec la forme d’un homme qu’il est ressuscité, qu’il est monté au ciel en présence de ses disciples, et qu’il viendra nous juger. La parole des anges, que cite l’Évangéliste, ne laisse aucun doute à cet égard. « Il viendra tel que vous l’avez vu monter au ciel f ». Quand tu cherches à te faire une idée de la forme d’esclave dont le Christ s’est revêtu, il faut, si tu as la foi, penser à une forme humaine ; mais si tu veux te faire une idée de ce qu’il est, quand s’appliquent à lui ces paroles : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu g » ; loin de ton esprit toute image de l’homme ! Loin de ton imagination tout objet qui se mesure à la manière d’un corps, tout ce qui peut tenir clans l’espace, ou faire partie d’une masse si démesurée qu’elle soit : que de pareilles imaginations ne trouvent jamais accès dans ton cœur. Figure-toi, si c’est possible, la beauté de la sagesse : fais-toi une idée de la beauté de la justice. Y a-t-il là une forme ? de la grandeur ? des couleurs ? Il n’y a rien de tout cela, et pourtant, la sagesse et la justice existent ; s’il en était autrement, on ne les aimerait pas, on n’en ferait nul éloge ; et si on ne les aimait pas et qu’on n’en fît pas l’éloge, elles resteraient étrangères à nos affections et à nos mœurs. Mais on voit des hommes devenir sages ; où en est la cause, sinon dans l’existence même de la sagesse ? O homme, tu ne peux voir ta sagesse avec les yeux de ton corps : tu es incapable de t’en faire une idée pareille à celle que tu te fais des objets matériels, et tu oses te représenter la sagesse de Dieu sous la forme d’un corps humain ?

5. Aussi, mes frères, comment expliquer ceci ? Le Fils a dit : « Je vous dis ces choses comme mon Père m’a enseigné ». De quelle manière le Père lui a-t-il parlé ? Lui a-t-il seulement parlé ? Pour instruire son Fils, le Père a-t-il prononcé, des paroles, comme tu en prononces toi-même, lorsque tu donnes des leçons à ton enfant ? Quelles paroles peut-il adresser à sa Parole ? Les paroles qu’il adresserait à sa Parole unique seraient-elles en grand nombre ? La Parole du Père a-t-elle eu des oreilles pour les approcher de la bouche du Père ? Autant d’idées charnelles, qu’il faut éloigner de ton esprit. Je vous adresse ce discours, et peut-être avez-vous compris mes paroles : évidemment, je vous ai parlé ; mes paroles ont retenti, et le bruit qu’elles ont fait est venu frapper vos oreilles pour aller, au moyen du sens de l’ouïe, porter mes pensées jusqu’à votre cœur, si vous les avez saisies. Supposez qu’un homme, sachant le latin, m’ait entendu, qu’il m’ait toutefois entendu sans rien comprendre à ce que j’ai dit : cet homme n’a pas saisi ma pensée ; néanmoins le bruit des paroles sorties de ma bouche est venu frapper ses oreilles aussi bien que les vôtres : il a entendu le même bruit, les mêmes syllabes ; mais aucune idée n’a été par là éveillée dans son esprit. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas compris. Pour vous, si vous êtes entrés dans ma pensée, quelle en a été la cause ? J’ai fait du bruit à votre oreille, mais ai-je porté la lumière dans vos âmes ? Évidemment, si ce que j’ai dit est vrai, non seulement cette vérité est venue frapper vos oreilles, mais encore elle a été comprise par votre intelligence : deux choses ont donc eu lieu, remarquez-les bien : vous avez entendu et vous avez compris. C’est par le moyen de mon organe que vous avez entendu ; mais par qui vous est venue l’intelligence de ce que je vous ai dit ? Je vous ai parlé à l’oreille pour vous faire entendre ; qui a parlé à votre esprit pour vous faire comprendre ? On n’en peut douter ; quelqu’un a parlé à votre cœur, d’abord pour que le bruit de mes paroles produise une sensation sur votre ouïe, et ensuite pour qu’un rayon de la vérité vienne répandre son éclat sur ce même cœur : quelqu’un a parlé à votre âme, et ce quelqu’un, vous ne pouvez l’apercevoir : si vous m’avez compris, mes frères, il est sûr que votre âme a aussi entendu parler. L’intelligence est un don de Dieu. Qui donc a fait entendre à votre âme mes paroles, si vous en avez saisi le sens Celui-là même à qui le Psalmiste disait « Donnez-moi l’intelligence, afin que j’apprenne à connaître vos décrets h ». Par exemple, l’évêque a parlé.—Qu’a-t-il dit ? demande quelqu’un.—Tu lui expliques ce qu’a dit l’évêque, et tu ajoutes : il a dit vrai.—Alors un autre qui n’a pas compris, t’adresse cette question : Qu’a dit l’évêque, ou bien, que louanges-tu dans ses paroles ? Tous les deux m’ont entendu ; j’ai parlé à l’un et à l’autre ; mais Dieu lui-même a parlé à l’un d’eux. Nous est-il permis de passer, par comparaison, du petit au grand ? Il y a entre lui et nous une si grande distance ! Néanmoins, Dieu opère en nous je ne sais quoi d’incorporel et de spirituel : ce n’est pas un son qui frappe nos oreilles, ce n’est pas une couleur qui se fasse distinguer de nos yeux ; ce n’est pas non plus une odeur que perçoive notre odorat, ce n’est pas davantage une saveur que puisse apprécier notre palais, ni un objet dur ou tendre sur lequel puisse agir le sens du toucher : pourtant, c’est quelque chose qu’on peut facilement sentir, sans pouvoir, d’ailleurs, l’expliquer d’aucune façon. Si, comme j’avais commencé à le dire, Dieu parle à nos cœurs sans leur faire entendre aucun bruit, comment parle-t-il à son Fils ? Autant que possible, mes frères, faites-vous-en une idée dans le sens que je vous ai dit ; s’il est permis d’établir une comparaison entre les grandes choses et les petites, mettez-vous dans cet ordre d’idées. Le Père a parlé à son Fils d’une manière incorporelle, parce qu’il l’a incorporellement engendré. Il n’a pas instruit son Fils, comme s’il l’avait engendré sans lui communiquer, en même temps, la science ; mais dire qu’il l’a instruit, c’est dire qu’il l’a engendré sachant tout : par conséquent, ces paroles : « Mon Père m’a instruit », signifient : Mon Père m’a engendré, possédant la science, comme la vérité est simple de sa nature, (peu de personnes le comprennent). Pour le Fils, être et savoir sont une seule et même chose : il tient donc la science de celui de qui il tient l’existence : il n’en a pas reçu, d’abord l’être, et ensuite le savoir ; mais, en l’engendrant il lui a communiqué la science, de la même manière qu’en l’engendrant il lui a communiqué l’existence. Car, suivant que je l’ai dit, la vérité étant simple de sa nature, être et savoir ne sont pas, pour elle, une chose et une autre, mais une seule et même chose.

6. Voilà ce que le Sauveur dit aux Juifs, puis il ajouta : « Et Celui qui m’a envoyé est avec moi ». Il l’avait déjà dit auparavant ; mais la chose était si importante, qu’il ne cesse d’y revenir : « Il m’a envoyé, et il est avec moi ». S’il est avec vous, Seigneur, l’un ne s’est pas séparé de l’autre pour accomplir sa mission : vous êtes venus tous les deux. Quoique tous les deux soient ensemble, un seul, néanmoins, a été envoyé, et l’autre l’a envoyé, parce qu’être envoyé, c’est s’incarner, et que l’Incarnation est le fait, non pas du Père, mais du Fils seul. Le Père a donc envoyé le Fils, mais il ne s’en est pas, séparé ; car il se trouvait là où il l’a envoyé. De fait, où n’est pas Celui qui a fait toutes choses ? Où n’est pas Celui qui a dit : « Je remplis le ciel et la terre i ? » Mais le Père serait peut-être partout, tandis que le Fils ne se trouverait qu’à un endroit ? Écoute l’Évangéliste : « Il était en ce monde, et le monde a été fait par lui j ». Donc, dit-il, « Celui qui m’a envoyé », Celui dont l’autorité a été la cause de mon Incarnation, parce qu’elle était exercée sur moi par mon Père, Celui-là « est avec moi et il ne m’a pas abandonné ». Pourquoi ne m’a-t-il pas abandonné ? « Il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît ». Son égalité avec le Père est de « toujours ». Elle ne date pas d’une époque où elle aurait commencé pour se continuer ensuite : elle est sans commencement comme sans fin. La génération de Dieu n’a pas commencé dans le temps, parce que Celui qui a été engendré a lui-même créé tous les temps.

7. « Comme il parlait de la sorte, plusieurs crurent en lui ». Pendant que je parle moi-même, puissent bon nombre de ceux qui s’inspiraient d’autres idées, me comprendre et croire en lui ! Il y a peut-être en effet des Ariens dans la multitude qui m’écoute : je n’oserais supposer qu’il s’y trouve des Sabelliens, de ces hommes qui ne voient qu’une différence de nom entre le Père et le Fils : leur hérésie est trop vieille ; elle a peu à peu perdu ses forces. Pour celle des Ariens, on croirait lui voir faire quelques mouvements, comme semble en faire un cadavre qui tombe en pourriture, ou du moins, comme en fait d’habitude un homme arrivé à ses derniers moments : il faut donc en tirer ceux qui lui restent encore fidèles, comme le Christ a tiré de l’erreur un grand nombre de ses auditeurs. La cité de Dieu ne les comptait pas au nombre de ses habitants ; mais beaucoup d’entre eux sont venus y fixer leur demeure à la suite d’une foule d’étrangers. Voilà comment, pendant que Jésus parlait, beaucoup de Juifs crurent en lui. Pendant que je parle moi-même, puissent les Ariens croire, non pas en moi, mais avec moi !

8. « Jésus disait donc aux Juifs, qui avaient cru en lui : Si vous persévérez en ma parole ». Il dit : « Si vous persévérez », parce que vous avez été initiés, parce que vous avez commencé à être dans ma parole. « Si vous persévérez », cela s’entend dans la foi qui s’est établie en vous, puisque vous croyez, où parviendrez-vous ? Voyez où l’on aboutit en commençant de la sorte. Tu as établi avec joie les fondements de l’édifice, dirige tes regards vers son couronnement. Pars de cette humble base, et tu arriveras à un point bien autrement élevé. La foi se fonde sur l’humilité : la connaissance, l’immortalité et l’éternité y sont étrangères ; elles ne connaissent que la grandeur, une élévation exempte de toute défaillance, une incessante stabilité. Au sein de ce séjour, on ne redoute aucun combat malheureux avec des ennemis, on n’éprouve aucune crainte de déchoir. Ce qui commence par la foi est grand, mais on le méprise, comme les ignorants ont l’habitude de tenir peu de cas des fondements d’un édifice. On creuse une fosse large et profonde, puis des pierres y sont jetées pêle-mêle ; le ciseau de l’ouvrier ne les a point polies ; on n’y voit rien de remarquable. La racine d’un arbre ne charme point les yeux ; c’est d’elle, néanmoins, qu’est sorti tout ce qui, dans cet arbre, peut flatter la vue. Tu regardes la racine et tu n’éprouves aucun plaisir : tu es saisi d’admiration en considérant l’arbre. Insensé, pourquoi t’ébahir ? cet arbre n’est-il pas sorti d’une racine dont l’aspect ne dit rien à ton âme ? La foi des croyants semble avoir peu de prix, car tu n’as pas de balance pour en supputer le poids. Écoute donc, je te dirai où elle aboutit : vois combien elle est précieuse ! Le Seigneur ne dit-il pas lui-même en un autre endroit : « Si vous aviez de la foi a comme un grain de sénevé k ? » Quoi de plus faible, quoi de plus fort ? quoi de plus petit, quoi de plus énergique ? Vous aussi, dit-il, « si vous persévérez dans ma parole » ; à laquelle vous avez cru, où parviendrez-vous ? « Vous serez véritablement mes disciples ». Quel avantage nous en revient ? « Et vous arriverez à la connaissance de la vérité ».

9. Mes frères, quelle récompense le Sauveur promet-il aux croyants ? « Et vous connaîtrez la vérité ». Eh quoi ! n’étaient-ils pas arrivés à la connaître, quand il leur parlait ? Et s’ils n’y étaient pas arrivés, comment ont-ils cru ? Ils n’ont point cru pour avoir connu la vérité, ils ont cru pour la connaître ; car nous croyons pour connaître, mais nous ne connaissons pas pour croire ; parce que nous connaîtrons ce que l’œil de l’homme n’a point vu, ce que son oreille n’a point entendu, ce que son cœur n’a jamais compris l. Qu’est-ce, en effet, qu’avoir la foi, si ce n’est croire ce que tu ne vois pas ? La foi est donc la croyance à ce que tu ne vois pas ; la vérité est la contemplation de ce que tu as cru. Le Sauveur l’a dit lui-même ailleurs. C’est d’abord pour imposer le joug de la foi, que le Christ a vécu sur la terre. Il était homme, il s’était fait humble : tous le voyaient, mais tous ne le connaissaient pas ; condamné par beaucoup, mis à mort par la multitude, il n’était regretté que d’un petit nombre, et encore le peu de personnes qui le pleuraient ne le connaissaient-ils point pour ce qu’il était en réalité. Voilà comme les éléments primitifs du corps de la foi et de l’édifice qui devait s’élever plus tard. C’est dans cette pensée que le Christ a dit quelque part : « Celui qui m’aime, observe mes commandements ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai aussi, et je me montrerai à lui m ». Ceux qui l’entendaient, le voyaient déjà : néanmoins, il leur promettait de se montrer à eux, s’ils l’aimaient. Il en est de même ici : « Vous connaîtrez la vérité ». Eh quoi ! ce que vous avez dit n’est-il pas la vérité ? Oui, c’est la vérité, mais on la croit encore, parce qu’on ne la voit pas. Si l’on persévère dans ce qu’on croit, on parvient à ce que l’on doit voir. Aussi le saint Évangéliste Jean dit-il dans son épître : « Mes bien-aimés, nous sommes les enfants de Dieu ; mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore ». Nous, sommes déjà quelque chose, et nous serons autre chose. Que serons-nous de plus que ce que nous sommes ? Écoute : « Ce que nous serons un jour n’apparaît pas encore : nous savons que, quand il viendra dans sa gloire, nous serons semblables à lui ». Comment cela ? « Parce que nous le verrons tel qu’il est n ». Magnifique promesse ! Mais c’est la récompense de la foi. Tu désires la récompense, travaille donc pour la mériter. Si tu crois, tu as le droit d’exiger la récompense de ta foi ; mais si tu ne crois pas, de quel front la demandes-tu ? « Si donc, vous persévérez dans ma parole ; vous serez vraiment mes disciples », et par là, vous contemplerez la vérité même, telle qu’elle est : vous ne la connaîtrez pas au moyen de paroles humaines : lorsque Dieu aura fait briller à nos yeux les rayons de son éblouissante lumière, selon l’expression du Psalmiste : « Seigneur, vous avez fait briller à nos yeux l’éclat de votre visages o », cette lumière vous la fera voir. Nous sommes la monnaie de Dieu, mais nous ressemblons à des pièces d’or sorties du trésor divin : l’erreur a effacé les traits de la vérité que Dieu avait imprimés dans notre âme : parce qu’il nous avait formés, il est venu nous réformer ; il réclame la monnaie qui lui appartient, comme César réclame la sienne ; c’est pourquoi il a dit : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu p ». À César, la monnaie vous-mêmes, à Dieu. Alors donc, les traits de la vérité seront imprimés dans nos cœurs.

10. Que dirai-je maintenant à votre charité ? Ah ! si seulement notre cœur soupirait tant soit peu après cette gloire ineffable ! Si nous sentions que nous sommes ici-bas en un lieu d’exil ! Si nous en gémissions au lieu de concentrer nos affections sur ce bas monde ! Si nous tendions sans cesse, par les efforts d’une âme pieuse, vers celui qui nous a appelés ! Nos désirs, c’est le fond de notre cœur : si nous leur donnons toute l’énergie possible, nous obtiendrons la récompense. Les divines Écritures, les assemblées du peuple, la célébration des saints mystères, le saint baptême, le chant des louanges de Dieu, et les explications que nous donnons de l’Évangile contribuent non seulement à semer et à faire germer en nous ce désir, mais encore à l’augmenter et à lui donner de telles proportions, qu’il soit capable d’embrasser ce que l’œil de l’homme n’a point vu, ce que son oreille n’a point entendu, ce que son cœur n’a jamais compris. Mais aimez avec moi. Celui qui aime Dieu, n’aime pas beaucoup les richesses. J’ai touché du doigt la plaie, mais je n’ai pas osé dire qu’il n’aime pas les richesses ; j’ai dit qu’il ne les aime pas beaucoup, comme si on pouvait leur donner ses affections, à condition de ne pas les aimer beaucoup. Ah ! si nous aimions Dieu comme nous le devons, nous n’aimerions pas du tout l’argent. La fortune serait pour toi un moyen de vivre ici-bas avec moins de difficulté, mais elle ne servirait pas à aiguiser tes convoitises : tu l’utiliserais à adoucir les besoins, et non à te procurer du plaisir. Aime Dieu, si ce que tu entends, si ce que tu loues a produit sur ton âme quelque impression. Sers-toi du monde, mais n’en deviens pas l’esclave. Tu y es entré, tu y fournis ta carrière, tu y es venu, non pour y rester, mais pour en sortir : tu y fais ton chemin, mais il n’est pour toi qu’une hôtellerie. Use des richesses, comme le voyageur, arrêté dans une hôtellerie, use de la table, du verre, de l’amphore, du lit dont il ne se sert qu’en passant, puisqu’il doit bientôt partir. Si vous êtes tels que je viens de le dire, que ceux d’entre vous qui le peuvent, élèvent leur cœur et m’écoutent ; si vous êtes ce que j’ai dit, vous arriverez à posséder ce que le Christ vous a promis. De votre côté, nul besoin de grands efforts, car celui qui vous a appelés est tout-puissant. Il vous a appelés, invoquez-le ; dites-lui : Vous nous avez appelés, nous vous invoquons : nous avons entendu votre voix, écoutez notre prière : conduisez-nous à la récompense que vous nous avez promise, achevez en nous ce que vous y avez commencé ; ne délaissez point vos dons, ne négligez pas votre champ : que votre moisson trouve un jour place dans vos greniers. Ici-bas les épreuves surabondent, mais celui qui a créé le monde, est plus fort qu’elles. Les épreuves surabondent, mais on n’y succombe pas, lorsqu’on espère en Celui qui n’est sujet à aucune défaillance.

1. Je vous ai, mes frères, adressé cette exhortation, parce que la liberté, dont nous parle Notre-Seigneur Jésus-Christ, n’est pas de ce monde. Voyez ce qu’il a ajouté : « Vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira ». Qu’est-ce à dire : « Elle vous affranchira ? » Elle vous rendra libres. Enfin, les Juifs charnels, et qui jugeaient des paroles du Sauveur dans un sens charnel, non pas ceux qui croyaient en lui, mais ceux de l’assemblée qui n’y croyaient pas, se regardèrent comme insultés, parce qu’il leur avait dit : « La vérité vous affranchira ». Ils s’irritèrent donc de ce que le Sauveur les avait traités d’esclaves : Pourtant, ils en étaient de véritables : aussi leur explique-t-il en quoi consiste l’esclavage, et leur fait-il connaître les caractères de la liberté qu’il promet pour l’avenir. Mais, pour aujourd’hui, il serait trop long de disserter de cette liberté et de cette servitude.

QUARANTE ET UNIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CE PASSAGE : « JÉSUS DISAIT DONC AUX JUIFS QUI AVAIENT CRU EN LUI », JUSQU’À CET AUTRE : « SI DONC LE FILS VOUS AFFRANCHIT, VOUS SEREZ LIBRES ». (Chap 8,31-36.)

QUARANTE-DEUXIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CE PASSAGE : « JE SAIS QUE VOUS ÊTES ENFANTS D’ABRAHAM, MAIS VOUS CHERCHEZ À ME FAIRE MOURIR », JUSQU’À CET AUTRE : « C’EST POURQUOI VOUS NE LES ENTENDEZ POINT, PARCE QUE VOUS N’ÊTES PAS DE DIEU ».(Chap 8,37-47.)

LES JUIFS, ENFANTS DU DÉMON.

Les Juifs se prétendaient libres, parce qu’ils descendaient d’Abraham et qu’ils étaient les enfants de Dieu ; mais Jésus leur montre que s’ils tenaient d’Abraham et de Dieu leur existence matérielle, ils n’en étaient pas spirituellement les fils à cause de leurs désordres, de leur incrédulité et de leurs vices : ils n’étaient, à vrai dire, que les héritiers du démon, et parce que le démon est le Père du mensonge, ils n’écoutaient point le Sauveur, qui est la Vérité, qui est de Dieu.

1. Sous la forme d’esclave, Notre-Seigneur Jésus-Christ n’était pas esclave, et quoiqu’il en eût revêtu l’apparence, il n’en était pas moins le souverain Seigneur de toutes choses ; par sa forme charnelle, il semblait esclave, mais quoique sa chair fût pareille à celle du péché, elle n’était cependant pas une chair de péché q. Il promit la liberté à ceux qui croiraient en lui ; mais, fiers de la leur propre, ne s’apercevant pas qu’ils étaient soumis au joug du péché, les Juifs refusèrent dédaigneusement de devenir vraiment libres et, parce qu’ils étaient la race d’Abraham, ils prétendirent qu’ils ne dépendaient de personne. Ce que le Sauveur leur répondit, la leçon d’aujourd’hui vient de nous l’apprendre ; le voici : « Je sais », dit-il, « que vous êtes enfants d’Abraham, mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne trouve pas accès en vous ». Je vous connais : « Vous êtes les enfants d’Abraham, mais vous cherchez à me faire mourir ». Je connais la souche d’où vous sortez, mais je n’en trouve pas la foi dans vos cœurs. « Vous êtes enfants d’Abraham », mais selon la chair ; c’est pourquoi vous cherchez à me faire mourir » ; car « mes paroles ne trouvent pas accès auprès de vous ». Si vous receviez mes discours, ils vous gagneraient, et s’ils vous gagnaient, vous seriez pris, comme des poissons, dans les filets de la foi. Qu’est-ce donc à dire : « Mes paroles ne prennent pas sur vous ? » Elles ne prennent pas sur votre cœur, parce que vous ne les y recevez pas. La parole de Dieu est, à vrai dire, et elle doit être pour les fidèles, comme un hameçon pour le poisson : elle saisit, quand on la saisit ; et en cela, il n’y a aucune violence commise à l’égard de ceux qui y sont pris, car ils y sont pris pour leur salut, et non pour leur perte ; voilà pourquoi le Sauveur dit à ses Apôtres : « Venez à ma suite, je vous ferai « pêcheurs d’hommes r ». Les Juifs n’étaient pas de ce caractère, et pourtant ils étaient enfants d’Abraham ; fils d’un homme de Dieu, mais hommes pécheurs. Il était la source de leur existence en cette vie, mais ils avaient dégénéré en n’imitant pas la foi de celui dont ils étaient les enfants.

2. Vous avez certainement entendu ces paroles du Sauveur : « Je sais que vous êtes enfants d’Abraham ». Écoutez ce qu’il dit ensuite : « Je vous dis ce que j’ai vu en mon Père ; et vous aussi, vous faites ce que vous avez vu en votre père ». Il avait dit précédemment : « Je sais que vous êtes enfants d’Abraham ». Mais que font-ils ? Ce qu’il leur a dit : « Vous cherchez à me faire mourir ». Jamais, en Abraham, ils n’ont vu pareille chose. En nous parlant de son Père dans ce passage : « Ce que j’ai vu en mon Père, je « vous le dis », le Sauveur a voulu nous parler de Dieu. J’ai vu la vérité, je dis la vérité, parce que je suis la, vérité. Le Sauveur dit la vérité qu’il a vue en son Père ; il s’est vu lui-même et il en parle, parce qu’il est la vérité du Père, qu’il a vue dans le Père ; en effet, il est le Verbe, et le Verbe était en Dieu. Pour les Juifs, où ont-ils donc vu le mal qu’ils font, et que le Christ leur reproche et condamne en eux ? Ils l’ont vu dans leur père. Quand, par les versets suivants, nous aurons clairement appris quel est leur père, nous comprendrons ce qu’ils ont vu en un tel père ; pour le moment, il n’en prononce pas encore le nom. Un peu auparavant, il a parlé d’Abraham, mais comme source de leur existence charnelle, et non comme modèle de leur vie spirituelle ; il nommera leur autre père, celui qui ne les a pas engendrés, celui qui ne les a pas faits hommes, mais dont ils étaient les fils, sinon en tant qu’hommes, du moins en tant qu’hommes méchants ; sinon en tant que sa race, du moins en tant que ses imitateurs.

3. « Ils répondirent et lui dirent : Notre « père est Abraham » ; ou, en d’autres termes : Qu’as-tu à dire contre Abraham ? ou bien encore : Si tu es capable de quelque chose, ose le reprendre. Rien n’empêchait le Sauveur d’oser reprendre Abraham, mais il n’avait aucun reproche à lui faire ; le Christ n’avait que des louanges à lui adresser. Cependant ses interlocuteurs semblaient le provoquer pour lui faire dire du mal d’Abraham, et trouver eux-mêmes en cela l’occasion d’agir à son égard suivant leurs désirs. « Abraham est notre père ».

4. Écoutons la réponse que leur fit le Sauveur ; voyons comment il louangea Abraham, tout en les condamnant. Jésus leur dit : « Si vous êtes les enfants d’Abraham, faites les œuvres d’Abraham. Or, maintenant, vous cherchez à me faire mourir, moi qui suis un homme qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu. Abraham n’a pas fait cela ». Je vois ici l’éloge d’Abraham et la condamnation des Juifs. Abraham n’était pas un homicide. Je ne dis pas que je suis le Dieu d’Abraham ; si je parlais ainsi, je dirais la vérité. Le Christ avait dit en un autre endroit : « Avant qu’Abraham fût, moi, je suis s ». Et les Juifs avaient voulu le lapider. 2 ne leur adressa donc point cette parole. Tel que vous me voyez, tel que vous me regardez, tel que vous me croyez être sans apercevoir autre chose en moi, je suis un homme ; et cet homme qui vous dit ce qu’il a entendu de Dieu, pourquoi voulez-vous le faire mourir, sinon parce que vous n’êtes pas les enfants d’Abraham ? Il avait pourtant dit tout à l’heure : « Je sais que vous êtes enfants d’Abraham ». Il ne nie pas leur origine, mais il condamne leurs actes ; ils tenaient de lui leur existence corporelle, mais il était étranger à leur manière de se conduire.

5. Pour nous, mes très chers, sommes-nous sortis de la race d’Abraham, ou bien, n’est-il en rien notre père selon la chair ? Corporellement parlant, les Juifs viennent de lui, comme de leur source ; mais les chrétiens n’en descendent pas. Nous sommes venus des autres nations ; néanmoins, nous descendons d’Abraham par l’imitation de ses vertus. Écoute l’Apôtre : « Les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à celui qui devait naître de lui. L’Écriture ne dit pas : Et à ceux qui naîtront, comme si elle en eût voulu marquer plusieurs ; mais elle dit, comme parlant d’un seul : Et à celui qui naîtra de vous, c’est-à-dire au Christ. Maintenant, si vous appartenez au Christ, vous êtes la race d’Abraham et ses héritiers selon la promesse de Dieu t ». Par la grâce de Dieu, nous sommes donc devenus les enfants d’Abraham ; ce n’est pas dans la descendance naturelle d’Abraham que Dieu a choisi pour son Christ des cohéritiers ; il a déshérité les uns de cette descendance et adopté les autres. De cet olivier dont les racines s’étendent jusqu’aux patriarches, il a retranché les branches naturelles desséchées par l’orgueil, pour y greffer l’humble olivier sauvage u. Aussi, lorsque les Juifs vinrent demander le baptême à Jean, il se déchaîna contre eux et s’écria : « Race de vipères ! » Ils se glorifiaient surtout de la noblesse de leur origine ; pour lui, il les appela : « race de vipères » ; c’eût été trop de dire : Race d’hommes ; ils n’étaient qu’une « race de vipères ». Ses regards tombaient sur des hommes, mais il connaissait la malignité de leur venin. Parce qu’ils étaient venus pour se faire baptiser, ils devaient au moins se convertir ; c’est pourquoi Jean leur dit : « Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui s’approche ? Faites donc de dignes fruits de pénitence, et gardez-vous de dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ; car je vous dis que Dieu peut susciter de ces pierres mêmes des enfants d’Abraham v ». Si vous ne faites pas de dignes fruits de pénitence, ne vous flattez pas de votre origine ; car Dieu est assez puissant pour vous condamner et susciter à Abraham une autre descendance ; il est à même de lui donner d’autres enfants, et des enfants qui imitent sa foi. « Dieu peut susciter, de ces pierres mêmes, des enfants d’Abraham ». Nous sommes des enfants : par nos parents, nous étions des pierres, parce qu’en eux nous adorions des pierres à la place de Dieu ; c’est de telles pierres que le Seigneur a formé une famille à Abraham.

6. De quoi donc se flatte la ridicule et vaine jactance des Juifs ? Qu’ils cessent de faire parade de leur origine en Abraham ; on leur a dit ce qu’on devait leur dire : « Si vous êtes des enfants d’Abraham », prouvez-le par vos actes et non, par vos paroles. « Vous cherchez à me faire mourir » comme homme ; je ne dis ni comme Fils de Dieu ; ni comme Dieu, ni comme Verbe, parce que le Verbe ne meurt pas ; je parle de ce que vous voyez, car ce que vous voyez, vous pouvez le faire mourir, et vous pouvez offenser celui que vous ne voyez pas. « Abraham n’a donc point fait cela ; mais vous, vous faites les œuvres de votre père ». Le Sauveur ne dit pas encore quel est ce père dont ils sont les enfants.

7. Que lui répondirent-ils ? Ils commencèrent à comprendre, jusqu’à un certain point, que le Sauveur ne leur parlait pas de leur origine charnelle, mais de leur manière de se conduire. Dans les Écritures, qu’ils avaient entre les mains, il est ordinaire de donner, dans un sens spirituel, le nom de fornication à cette sorte de prostitution de l’âme, qui consiste à adorer plusieurs dieux et des faux dieux ; aussi : firent-ils cette réponse aux paroles de Jésus. Ils lui dirent donc : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution : nous n’avons qu’un Père, qui est Dieu ». Abraham ne vaut déjà plus ce qu’il valait. Une parole de vérité les a forcés à se rétracter : il devait en être ainsi ; car s’ils se vantaient de descendre d’Abraham, ils étaient loin de marcher sur ses traces. Pour répondre, ils adoptèrent donc une autre méthode ; il me semble qu’ils se disaient : Toutes les fois que nous nommerons Abraham, il nous dira : Vous vous flattez d’être ses enfants ; pourquoi ne l’imitez-vous pas ? Il nous est impossible d’imiter un tel homme, un homme si saint, si juste, si innocent : disons-lui donc que notre Père c’est Dieu, nous verrons ce qu’il nous répondra.

8. La duplicité a trouvé le moyen de parler, et la, vérité ne saurait que répondre ? Écoutons ce que disent les Juifs ; Écoutons la réplique du Sauveur : « Nous n’avons qu’un seul Père, qui est Dieu. Jésus donc leur dit : Si Dieu était votre Père, certes vous m’aimeriez, car je suis né de Dieu ; je suis venu, et je ne suis point venu de moi-même, mais il m’a envoyé ». Vous dites que Dieu est votre Père ; alors reconnaissez-moi comme votre frère. Cependant, il a élevé les pensées de ceux qui le comprenaient, il a touché ce qu’il dit d’ordinaire : « Je ne suis point venu de moi-même, mais il m’a envoyé ; car je suis né de Dieu, et je suis venu ». Souvenez-vous de ce eue nous disons souvent : Il est venu du Père ; il est venu avec celui de qui il est venu ; La mission du Christ, c’est donc son incarnation : Si le Verbe est venu de Dieu, sa verrue est éternelle ; car on ne peut compter les années de Celui qui a créé tous es temps. Que personne ne dise dans son cœur : Avant l’existence du Verbe, comment Dieu était-il ? Ne dis jamais : Avant que le Verbe de Dieu existât. Dieu n’a jamais été sans son Verbe, parce que l’existence du Verbe est permanente et ne passe pas ; il est Dieu, et n’est pas une parole qui résonne ; le ciel et la terre ont été faits par lui, et il ne passe pas avec ce qui a été fait sur la terre. Il en est donc venu comme Dieu, comme son égal, comme son Fils unique, comme Verbe du Père ; et le Verbe est venu vers nous ; parce qu’il s’est fait chair pour habiter parmi nous w. Son avènement, c’est son humanité ; sa permanence ; c’est sa divinité ; nous allons à sa divinité par son humanité. S’il n’était pas devenu le chemin que nous devons suivre, jamais nous ne parviendrions à lui, en tant que demeurant en son Père.

9. « Pourquoi ne comprenez-vous pas ma parole ? Parce que vous ne pouvez entendre ma parole ». S’ils ne comprenaient point la parole du Sauveur, c’est donc parce qu’ils ne l’entendaient pas ; et pourquoi étaient-ils incapables de l’entendre, sinon parce qu’ils ne voulaient point se corriger, et croire ? Et d’où cela venait-il ? « Le père dont vous êtes nés, c’est le démon ». Jusques à quand parlerez-vous de votre père ? Jusques à quand changerez-vous de pères, nommant comme tels, tantôt Abraham, tantôt le Seigneur ? Écoutez le Fils de Dieu ; il va vous dire de qui vous êtes les enfants : « Le père dont vous êtes nés, c’est le démon ».

10. Ici, il faut éviter de tomber dans l’hérésie des Manichéens. Suivant eux, il y a un principe mauvais en soi, et une légion ténébreuse, commandée par ses chefs, et qui a osé engager une lutte contre Dieu. Pour ne point voir cette nation méchante détruire son royaume, ce Dieu a envoyé contre elle, comme d’autres lui-même, les princes des esprits lumineux ; la nation des ténèbres a été vaincue, et c’est à cela que le diable doit son origine. Les Manichéens font aussi dériver de là l’origine de notre corps ; en suivant le même ordre d’idées, ils attribuent ces paroles du Sauveur : « Le père dont vous êtes nés, c’est le démon », à ce que les Juifs venaient du principe mauvais, et qu’ils descendaient de la légion ennemie, du peuple des ténèbres. Voilà l’erreur et l’aveuglement de ces hérétiques, qui font d’eux-mêmes une nation de ténèbres, en croyant des faussetés à l’encontre de leur Créateur. Toute chose est bonne en elle-même ; mais la nature de l’homme a été viciée par sa volonté perverse. Ce que Dieu a fait ne peut être mauvais, l’homme seul peut se faire du mal ; mais, évidemment, le Créateur, c’est le Créateur ; la créature, c’est la créature ; elle ne peut être comparée au Créateur. Distinguez bien Celui qui a tout fait de ce qui a été fait par lui. Il n’y a de comparaison à établir ni entre un escabeau et un charpentier, ni entre une colonne et un sculpteur ; pourtant, si le charpentier a fait l’escabeau, il n’en a pas créé le bois. Parce que le Seigneur notre Dieu est tout-puissant, il a fait par son Verbe ce qu’il a fait ; mais pour faire ce qu’il a fait, il n’en avait pas à sa disposition la matière première ; et pourtant il l’a fait. Toutes choses ont été faites, parce qu’il l’a ordonné ; mais ces créatures ne peuvent être comparées nu Créateur. Tu lui cherches un terme de comparaison : tu le trouveras en son Fils unique. Pourquoi les Juifs étaient-ils les enfants du démon ? Parce qu’ils l’imitaient, et noir parce qu’ils en étaient nés. L’Écriture sainte parle d’ordinaire en ce sens ; en voici un exemple. Le Prophète dit à ce même peuple juif. « Ton père était Amorrhéen, et ta mère Céthéenne x ». Il y avait un peuple Amorrhéen, mais les Juifs n’en tiraient pasleur origine ; les Céthéens formaient aussi un corps de nation tout à fait étranger à la race juive. Mais comme les Amorrhéens et les Céthéens étaient des impies, et que les Juifs avaient imité leur impiété, ils étaient censés leur avoir donné naissance : non qu’ils leur eussent réellement donné la vie, mais parce que leurs mauvaises mœurs avaient été pour les Juifs un scandale et le sujet d’une condamnation pareille à celle qu’ils avaient eux-mêmes encourue. Vous cherchez peut-être à savoir d’où vient le démon ? Du même principe que les autres Anges ; mais ceux-ci ont persévéré dans leur obéissance ; tandis que par sa persévérance et son orgueil, celui-là a été précipité, et qu’il est devenu un démon.

11. Mais écoutez maintenant ce que dit le Sauveur : « Le père dont vous êtes nés, c’est le démon, et vous voulez accomplir les désirs de votre père ». Vous êtes ses enfants, non que vous soyez nés de lui, mais parce que ses désirs sont les vôtres. Quels sont ses désirs ? « Il a été homicide dès le commencement ». Voilà ce qu’il est. « Vous voulez accomplir les désirs de votre père. Vous cherchez à me faire mourir, moi, qui suis un homme qui vous dis la vérité ». Le démon a porté envie à l’homme, et il a fait mourir l’homme. Jaloux, de lui, il s’est caché sous la forme du serpent, il a parlé à la femme, et par la femme il a empoisonné l’homme. Pour avoir écouté le démon, ils sont morts tous les deux y. Il n’aurait point prêté l’oreille a ses discours, s’il avait voulu entendre la voix de Dieu ; placé entre son Créateur et cet ange déchu, il aurait dû obtempérer aux ordres de Celui qui l’avait créé, au lieu de céder aux conseils de son séducteur. « Il était donc homicide dès le commencement ». Voyez, mes frères, de quelle manière il a fait mourir l’homme. On a donné au démon le nom d’homicide ; et cependant il ne portait ni glaive à sa main, ni épée à sa ceinture ; il s’est approché de l’homme, il a jeté à son oreille une parole mauvaise, il l’a tué. Ne va pas croire que tu n’es pas homicide, quand tu donnes à ton frère un conseil pernicieux ; si tu le portes au mal, tu le tues. Veux-tu en avoir la preuve ? écoute le Psalmiste : « Enfants des hommes ; vos dents sont des lances et des dards ; votre langue est un glaive perçant z. Vous voulez » donc « accomplir les désirs de votre père » ; c’est pourquoi vous sévissez contre le corps, parce que vous ne pouvez agir contre l’âme. « Il était homicide dès le commencement », c’est-à-dire à l’égard du premier homme. Il est devenu homicide à partir du moment où il lui a été possible de tuer un homme ; et il a pu tuer un homme dès que l’homme a été créé. Jamais, en effet, n’aurait pu avoir lieu le meurtre d’un homme, si l’homme n’avait préalablement existé. « Il était donc homicide dès le commencement ». Comment cela ? Parce qu’il n’avait point persévéré dans la vérité ». Il s’y était donc trouvé, mais comme il ne s’y était point tenu, il était tombé. Et pourquoi « n’a-t-il point persévéré dans la vérité ? Parce que la vérité n’est pas en lui ». La vérité ne pouvait se trouver en lui comme dans le Christ, puisque le Christ est la vérité même. Si donc il avait persévéré dans la vérité, il aurait persévéré dans le Christ ; « mais il n’a pas persévéré dans la vérité, parce que la vérité n’est pas en lui ».

12. « Quand il profère le mensonge, il dit ce qui lui est propre, car il est menteur et son père ». Qu’est-ce à dire ? Vous avez entendu les paroles de l’Évangile, vous les avez écoulées avec attention. Je les reprends, afin que vous sachiez bien ce dont vous me demandez l’explication. Le Sauveur disait, au sujet du démon, ce qu’il devait en dire. « Il était homicide dès le commencement » ; c’est vrai, car il a tué le premier homme : « Et il n’a point persévéré dans la vérité », car il ne s’y est pas tenu, et il est tombé. « Quand il profère le mensonge » (il s’agit évidemment ici du démon), « il dit ce qui lui est propre, car il est menteur et son père ». Quelques-uns ont cru voir dans ces paroles que le démon a un père, et ils se sont demandé quel pouvait être ce père. Ici encore l’abominable erreur des Manichéens a trouvé le moyen de tromper les simples, car ces hérétiques ont l’habitude de dire : Il est sûr que le démon a été un ange, et il est tombé : par lui a commencé le péché ; comme. vous dites. Quel était son père ? Nous répondons : Lequel d’entre nous a jamais dit que le démon a un père ? – Le Sauveur le dit, répliquent-ils ; l’Évangile en parle, car il s’exprime ainsi au sujet. du démon : « Il était homicide dès le commencement, et il n’a point persévéré dans la vérité ; car la vérité n’est pas en lui ; quand il profère le mensonge, il dit ce qui lui est propre, car il est menteur et son père ».

13. Écoute, comprends ; je ne te renvoie pas loin ; l’explication se trouve dans les paroles mêmes de l’Évangile. Le Sauveur a dit que le démon est le père du mensonge. Qu’est-ce que cela ? Le voici, écoute-moi, répète les paroles précitées, et comprends. Quiconque profère un mensonge n’en est point, par cela même, le père. Si un homme a menti devant toi, et que tu répètes son mensonge, il est sûr que tu mens toi-même en proférant la fausseté sortie de sa bouche ; mais tu n’en es point le père, car tu n’en es point le premier auteur. Quant au démon, c’est de son propre fonds qu’il est menteur ; il a mis au monde son imposture, elle ne lui est venue d’aucun autre. De même que Dieu le Père a engendré son Fils qui est la vérité ; ainsi le démon, ange déchu, a engendré son fils, qui est le mensonge. Cela dit, reprends et répète les paroles du Sauveur âme catholique, remarque ce que tu as entendu ; fais attention à ce que dit le Christ. « Il ». Qui ? Le démon, « était homicide dès le commencement ». Nous le savons : il a fait mourir Adam. « Et il n’a point persévéré dans la vérité ». Nous reconnaissons encore qu’il ne s’y est pas tenu et qu’il est tombé. « Car la vérité n’est pas en lui ». Pas de doute à cet égard : puisqu’il s’est séparé de la vérité, il ne la possède pas. « Lorsqu’il profère le mensonge, il dit ce qui lui est propre ». Un autre ne lui transmet pas ce qu’il dit. « Lorsqu’il profère le mensonge, il dit ce qui lui est propre, car il est menteur, et son père ». Il est menteur et père du mensonge tout à la fois. Que tu profères un mensonge, tu es menteur, mais tu n’en es peut-être pas le père ; car si le démon t’a transmis une imposture, et que tu aies ajouté foi à sa parole, le mensonge est sur tes lèvres, mais tu n’en es pas le père ; pour le démon, il n’a reçu de personne cette imposture, dont il s’est servi comme le serpent se sert de son venin, pour tuer l’homme : il est le père du mensonge, de la même manière que Dieu est le Père de la vérité. Écartez-vous du père du mensonge ; courez au Père de la vérité, embrassez-la, afin de recevoir le bienfait de la liberté.

14. Les Juifs ont donc vu en leur père ce qu’ils disaient ; qu’y ont-ils vu, sinon le mensonge ? Pour Notre-Seigneur, il a vu en son Père ce qu’il dirait ; qu’y a-t-il vu, sinon lui-même ? sinon le Verbe du Père ? sinon la vérité éternelle du Père et coéternelle air Père ? « Il était » donc « homicide dès le commencement, et il n’a point persévéré dans la vérité, car la vérité n’est pas en lui ; quand il profère le mensonge, il dit ce qui lui est propre, car il est menteur ». Non-seulement il est menteur, mais « il est son père », c’est-à-dire, le père du mensonge qu’il profère, parce qu’il a engendré lui-même son mensonge. « Or, moi, si je dis la vérité, vous ne me croyez point. Quel est celui d’entre vous qui me convaincra de péché, comme je vous convaincs vous-mêmes, vous et votre père ? Et si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas », sinon parce que vous êtes les enfants du démon ?

15. « Celui qui est de Dieu entend les paroles de Dieu. Vous ne les entendez point, parce que vous n’êtes pas de Dieu ». Encore une fois, il est question, non de la nature en elle-même, mais de la nature viciée. Ainsi, les Juifs sont de Dieu et n’en sont pas ; par leur nature, ils en viennent ; ils n’en viennent point par leurs vices. Je vous en supplie, faites-y attention ; vous trouvez, dans l’Évangile, tout ce qu’il faut pour vous garantir contre les criminelles et dangereuses erreurs des hérétiques. Au sujet des paroles précitées, voici ce que disent d’ordinaire les Manichéens : Nous trouvons là la preuve de l’existence de deux natures, l’une bonne, l’autre mauvaise ; le Sauveur le dit. Que dit-il ? « Vous ne les entendez point, parce que vous n’êtes pas de Dieu ». Telles sont les paroles du Christ. Que répondez-vous, me dit le manichéen ? – Voici ma réponse, écoute-la. Et ils sont de Dieu, et ils n’en sont pas. Par leur nature, ils en viennent ; ils y sont étrangers par leur faute ; la nature bonne, qui vient de Dieu, a péché volontairement ; elle a cru à ce que le démon voulait lui persuader, elle a été viciée ; si elle a besoin d’un médecin, c’est qu’elle n’est lias saine, voilà ce que je dis. Il est impossible à tes yeux que les Juifs soient et rie soient pas de Dieu, en même temps ; ce n’est pas du tout impossible. Ils sont de Dieu et, n’en sont pas, comme ils sont enfants d’Abraham et ne sont pas ses enfants. La preuve en est là ; inutile à vous de parler. Ecoute le Sauveur lui-même ; il, leur a dit : « Je sais que vous êtes enfants d’Abraham ». Le Christ pouvait-il mentir ? Non. Ce qu’il a dit est donc la vérité ? Oui. Il est donc vrai qu’ils étaient enfants d’Abraham ? Oui. Ecoute maintenant ; il va te dire le contraire. Celui qui a dit : « Vous êtes les enfants d’Abraham », leur a lui-même refusé ce titre : « Si vous êtes les enfants d’Abraham, pratiquez donc les œuvres d’Abraham. Or, maintenant, vous cherchez à me faire mourir, moi, qui suis un homme qui vous dis la vérité que j’ai entendue de Dieu ; Abraham n’a pas agi ainsi. Vous accomplissez les œuvres de votre père », c’est-à-dire, du démon. Comment donc étaient-ils enfants d’Abraham et ne l’étaient-ils pas ? Le Sauveur a donné la preuve de ces deux assertions : ils étaient les enfants d’Abraham, puisqu’ils descendaient charnellement de lui ; ils n’étaient pas ses enfants, parce que le démon les avait corrompus par sa diabolique influence. Vous devez appliquer au Seigneur notre Dieu cette manière de comprendre l’Écriture ; les Juifs étaient de lui, et, en même temps, ils n’en étaient pas. Comment étaient-ils de lui Parce qu’il avait créé l’homme de qui ils descendaient. Comment encore ? Parce qu’il est l’auteur de leur être, de leur corps et de leur âme. Comment donc pouvait-on dire qu’ils n’étaient pas de lui ? Parce qu’ils étaient devenus vicieux de leur propre faute ; ils n’étaient pas de lui, parce qu’en imitant le démon, ils en étaient devenus les enfants.

16. Le Seigneur Dieu s’est donc approché de l’homme pécheur. Tu as entendu nommer distinctement et séparément l’homme et le pécheur. Comme tel, l’homme est de Dieu ; comme pécheur, il n’en vient pas. Il faut donc distinguer la nature de ce qui l’a viciée ; par rapport à la nature, nous devons toutes louanges au Créateur ; relativement à ce qui l’a corrompue, il faut nécessairement demander l’aide du médecin. Par ces paroles « Celui qui est de Dieu, écoute ce qu’il dit, et vous n’écoutez pas ce qu’il dit, parce que vous n’êtes pas de lui », le Sauveur n’a pas voulu faire une distinction entre la nature des uns et des autres ; en dehors de son âme et de son corps à lui, il n’a pas rencontré, dans les hommes, une nature que le péché n’aurait pas viciée ; mais il connaissait d’avance ceux qui devaient croire en lui ; c’est pourquoi il a dit qu’ils étaient de Dieu, parce qu’ils devaient renaître de Dieu par l’adoption de la régénération. « Celui qui est de Dieu écoute ce qu’il dit ». Mais, pour les paroles suivantes : « Vous n’écoutez pas ce qu’il dit, parce que vous n’êtes pas lui », elles ont é adressées à ceux qui, non-seulement étaient infectés de la corruption du péché, malheur commun à tous, mais encore étaient connus d’avance pour ne pas devoir se soumettre à l’empire de la foi, de cette foi qui, cule, pouvait les délivrer des liens de leurs péchés. Le Christ savait donc dès lors que ceux à qui il s’adressait persévéreraient en ce qui faisait d’eux des enfants du démon ; il savait qu’ils mourraient dans leurs péchés et dans les sentiments d’impiété qui les lui rendaient semblables ; il savait enfin qu’ils ne parviendraient point à recevoir le bienfait de la génération par lequel ils deviendraient les enfants de Dieu, c’est-à-dire les nés du Dieu qui les avait fait devenir hommes. C’est en vertu de cette prédestination que le Sauveur leur a parlé, et non parce qu’il aurait trouvé parmi eux un homme déjà né de Dieu par la grâce de la régénération, ou étranger à Dieu par sa nature considérée en elle-même.

QUARANTE-TROISIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CE PASSAGE : « LES JUIFS LUI RÉPONDIRENT DONC ET LUI DIRENT », JUSQU’À CET AUTRE : « ILS PRIRENT DONC DES PIERRES POUR LES LUI JETER, MAIS JÉSUS SE CACHA ET SORTIT DU TEMPLE ». (Chap 8,48-59.)

Copyright information for FreAug