‏ Genesis 41

CXXXII. (Ib 41, 1.) Que veut dire : Il semblait à Pharaon qu’il était sur le fleuve?

– « Il semblait à Pharaon qu’il était sur un fleuve. » Le serviteur d’Abraham avait dit dans le même sens : « Voici que je me tiens sur la fontaine a » car le texte grec porte en cet endroit sur la fontaine, cet epitespeges, comme il porte ici sur le fleuve epitoupotamou; si l’on comprend bien cette, manière de parler dans ce passage du psaume : « C’est lui qui a établi la terre sur l’eau b » on verra que rien n’oblige à croire que la terre soit portée sur l’eau comme un navire, Cette manière de parler indique en effet que la terre : est au-dessus de l’eau ; il faut bien qu’elle s’élève au-dessus, pour servir d’habitation aux animaux terrestres.

CXXX. (Ib 41, 30.) L’abondance promise.

– Quand il est écrit : « On oubliera l’abondance qui doit arriver dans toute la terre d’Égypte » il ne s’agit pas d’une abondance à venir pour ceux qui souffriront de la famine, si cette abondance devait suivre la disette ; mais elle était à venir ; au moment où parlait Joseph. C’est comme s’il eût dit : Au milieu de la famine, que signifient les vaches et les épis maigres, les hommes oublieront l’abondance, signifiée par les vaches et les épis de bonne espèce.

CXXXIV. (Ib 41, 38.) L’esprit de Dieu.

– « Où pourrions-nous trouver un homme comme celui-ci, qui ait en lui l’Esprit de Dieu ? » Si je ne me trompe, voici déjà la troisième fois que ce livre fait mention de l’Esprit-Saint, c’est-à-dire de l’Esprit de Dieu. La première fois, à ces paroles : « Et l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux c » la seconde fois, lorsque Dieu dit : « Mon Esprit ne demeurera point dans ces hommes, parce qu’ils sont chair d » et ici, pour la troisième fois, lorsque Pharaon dit de Joseph, que l’Esprit de Dieu était en lui. Cependant nous ne lisons pas encore : l’Esprit-Saint.

CXXXV. (Ib 41, 45.) Surnom de Joseph.

– « Et Pharaon donna à Joseph le surnom de Psonthomphanech » ; mot qui signifie, dit-on : Il a révélé les secrets ; ce qui vient assurément de ce qu’il avait donné l’explication des songes. Mais il paraît que ce nom veut dire en langue égyptienne : Sauveur du monde.

CXXXVI. (Ib 41, 45.) Sur Pétéphrès, beau-père de Joseph.

– « Et il lui.fitépouserAseneth, fille de Pétéphrès, prêtre de la ville du soleil. » On demande ordinairement de quel Pétéphrès il s’agit ici ; est-ce de celui dont Joseph fut l’esclave, ou bien est-il question d’un autre Il est plus probable qu’il est question d’un autre. Car il y a beaucoup de raisons qui portent à croire qu’il ne s’agit pas du : premier. D’abord, parce que l’Écriture ne dit pas que Joseph épousa la fille de celui dont il avait été l’esclave, ce qu’elle n’aurait pu, ce semble, passer sous silence, attendu qu’il n’en serait pas revenu peu de gloire à ce jeune homme. Ensuite, comment un eunuque aurait-il pu avoir une fille ? On répond : Et comment pouvait-il avoir une femme ? On croit effectivement qu’il ne devint eunuque.queplus tard, ou par accident, à la suite d’une blessure, ou par son libre choix. Ajoutons que l’Écriture ne rappelle pas son titre honorifique ordinaire, celui de arkhimageiros, que les interprètes latins ont rendu par : maître des cuisiniers, mais que d’autres traduisent par : général des armées. Ici encore on répond qu’il fut honoré de deux charges : la dignité de Prêtre du soleil et le commandement des troupes. Précédemment il remplit un emploi qui convenait à son service ; mais, du jour où la divinité elle-même se fit voir non sans éclat dans la personne de Joseph, il fallut mettre en relief dans son beau-père une charge qui le rattacherait à quelque dignité principale ; dans l’opinion des Égyptiens, cette dignité, ne pouvait être que celle de Prêtre du soleil. Mais au milieu de tout cela, comme l’emploi de chef des gardes des prisons lui fut encore confié, il est fort difficile de croire que ces fonctions s’allièrent en lui avec celles du sacerdoce. Ensuite il n’est pas dit simplement, qu’il était prêtre du soleil, mais de la ville du soleil, autrement d’Héliopolis ; or il paraît qu’elle est à plus de vingt milles de Memphis, où les Pharaons, c’est-à-dire les rois d’Égypte, avaient établi leur principale résidence. Comment donc aurait-il pu quitter ses fonctions sacerdotales, et servir courageusement son roi à la tête des armées ? De plus, il est rapporté que jamais les prêtres égyptiens ne servirent que dans les temples de Dieu, ni ne remplirent aucun autre emploi ; en fut-il autrement dans ce cas-ci ? Chacun peut en croire ce qu’il lui plaît. Peu importe néanmoins la solution de cette question, qu’il n’y ait eu qu’un Pétéphrès, ou qu’il y en ait eu deux : car, quelle que soit l’hypothèse qu’on admette, elle reconstitue pas un danger pour la foi et ne contrarie en rien la vérité des divines Écritures.

CXXXVII. (Ib 41, 49.) Que signifie : Car il n’y avait plus de nombre ?

– « Et Joseph amassa du froment en quantité prodigieuse, comme le sable de la mer, de sorte qu’on ne pouvait plus compter : car il n’y avait plus de nombre. » Ces derniers mots : car il n’y avait plus de nombre, sont mis pour signifier que la quantité dépassait tous les nombres dont le nom était usité dans la langue, et qu’on ne trouvait plus de terme pour les exprimer. Comment en effet les nombres manqueraient-ils pour marquer une quantité, puisque, si grande qu’on la suppose, elle est néanmoins toujours finie ? Ceci pouvait cependant se dire encore par hyperbole.

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