‏ Job 36

CHAPITRE XXXVI. – Exhortations d’Eliu de Buz, pour amener Job à des sentiments de pénitence.

2. « Écoute-moi un instant, que je t’instruise ; j’ai encore à te parler.

3. « Et je reprendrai mon discours de loin. » Tant que nous vivons en ce corps, nous sommes séparés du Seigneur a.

4. « Je parlerai selon la sainteté de mes œuvres ; » afin qu’on ne lui dise pas, comme Dieu dira au pécheur. « Pourquoi annonces-tu mes justices, et pourquoi ta bouche répète-t-elle ma loi ? Tu hais la vraie science b. » Il faut donc ici parler d’après ses œuvres. La science apprise de loin n’est connue qu’en partie, le reste est en énigme ; mais lorsque ce qui est parfait sera venu, ce qui n’est qu’en partie disparaîtra c; et Dieu ne parlera pas toujours de loin, car nous le verrons un jour tel qu’il est d. « C’est la vérité, et tu n’entendras pas injustement de sa part des paroles injustes. » Tous les maux qu’endure Job, Eliu les appelle des paroles de Dieu pleines de vérité et de justice ; mais il lui semble que Job les croit injustes, puisqu’il se plaint de souffrir sans l’avoir mérité, comme s’il n’était pas dit des épreuves des justes : « Voici le temps où Dieu va commencer son jugement par sa propre maison e. »

5. « Sache que Dieu ne repousse pas l’innocent ; » quoiqu’il châtie celui qu’il aime, et qu’il fouette l’enfant qu’il reçoit dans sa miséricorde f.

6. « Il a le cœur fort ; et il ne fait point vivre l’impie : » quoiqu’il paraisse l’épargner pour un temps. Il dit avec raison : « Il a le cœur fort ; » car il ne fera point vivre l’impie, quand celui-ci cherchera en pleurant, mais sans la trouver, une pénitence tardive, et qu’il ne pourra plus implorer la miséricorde d’un juge irrité, dont il méprisait naguère les tendres avertissements. « Il donnera le jugement aux pauvres ; » eux-mêmes jugeront les auteurs des injustices qu’ils ont endurées. Remarquez ce mot : les pauvres ; c’est ainsi que plus haut il fallait, par impie, entendre le riche, c’est-à-dire l’orgueilleux.

7. « Il ne privera point le juste de ses yeux. » Même lorsqu’il lui fait subir, comme dans une fournaise ; l’épreuve de la tribulation g, il ne prive point son esprit de cette lumière qui lui fait connaître Dieu pour l’adorer. Il montre suffisamment que l’aveuglement est le châtiment de l’impie, même lorsque Dieu semble l’épargner. « Et avec les rois sur leur trône : » il faut ici sous-entendre : « Il les fait asseoir », c’est-à-dire les justes ; il appelle rois ceux qui savent commander à la chair ; d’où cette parole : « Quel est le roi qui veut combattre un autre roi h ?, etc. Il les fera asseoir pour toujours, et ils seront exaltés. » Ici il faut ajouter ce qui précède « avec les rois sur leur trône. » Ils seront exaltés, est-il dit, parce qu’ils ont été humiliés.

8. « Ils ont les pieds enchaînés », par ces liens dont saint Paul souhaite d’être délivré pour être avec Jésus-Christ i, c’est-à-dire ces entraves de la vie présente, où le corps en se corrompant devient un fardeau pour l’âme j. « Ils seront entourés des liens de la pauvreté ; » saisis et retenus par l’habitude invétérée des jouissances sensuelles, excitées par la pauvreté même des biens qui soutiennent et conduisent l’homme en cette vie.

9. « Il leur fait connaître leurs œuvres », non pas les bonnes actions. Ce sont ou ces impressions de la concupiscence dont il est dit : « Je sais qu’il n’y a rien de bon en ma chair k » et dont nous ne sommes jamais exempts, quand même nous ne serions pas victimes de leurs coupables exigences : ou bien les tristesses produites en l’homme par le péché d’origine. « Et leurs iniquités, lorsqu’ils seront fortifiés. » Ce sont les œuvres dont nous venons de parler. On ne peut aisément les faire connaître, c’est-à-dire les découvrir aux faibles ; mais à ceux qui ont déjà fait assez de, progrès dans la vertu pour n’être plus esclaves des débauches et des crimes trop publics.

10. « Mais il exaucera le juste », celui qui vit de la foi l ; afin qu’il attribue à la grâce, et non à ses propres mérites, non-seulement le degré de justice qu’il pratique actuellement, mais encore tout ce qui lui reste à pratiquer pour être entièrement délivré de tout mal issu du péché ; de ce, mal qu’enseigne la vérité aux fidèles affermis dans la foi, lorsqu’ils sont enveloppés dans les filets de la misère ; car ils sont retenus dans ces entraves, avant d’être exaltés et de s’asseoir pour toujours sur leurs trônes avec les rois. « Il a dit : Ils se détourneront de l’iniquité. » Il a dit, il faut sous-entendre, Dieu.

11. « S’ils écoutent et observent ma loi, ils passeront leurs jours dans la joie et leurs années dans la gloire. » En l’homme il n’y aura plus alors de péché, parce qu’il n’y aura plus à lutter contre la mort. On ne sera plus condamné à mourir à cause du péché, car il est écrit : « Où est, ô mort, ton ardeur à combattre m ? »

12. « Il ne sauvera point les impies, car ils n’ont point voulu reconnaître le Seigneur. » Ceci paraît surtout s’appliquer aux Gentils. « Ils sont restés sourds à ses avertissements. » Ces autres paroles s’entendent des Juifs et de tous ceux qui par leur révolte les ont imités, même au sein de l’Église.

13. « Les cœurs hypocrites déposeront leur méchanceté », qui a crucifié Notre-Seigneur. « Ils ne crieront point, car il les a enchaînés », par la gloire de son nom, qui s’élève au-dessus de toutes les nations.

14. « Que leur âme meure dès la jeunesse : » avec cet orgueil avec lequel ils s’attribuaient le mérite de leurs bonnes actions. « Et que leur vie soit frappée de mort par les anges. » On ne peut mieux appliquer ces paroles qu’aux prédicateurs de la vérité, qui sont pour les uns une odeur de vie pour la vie, et pour les autres une odeur de mort pour la mort n.

15. « Ils ont tourmenté le faible et l’infirme. » Ce qui est faiblesse en Dieu, est plus fort que les hommes o. » Mais il rendra justice aux pacifiques. », Le Seigneur, pour manifester sa douceur, diffère de venger ses imitateurs, mais il les vengera sûrement.

16. « Et parce que l’abîme vous a trompé par la bouche de votre ennemi. » La malice profonde de ce monde a trompé Jésus-Christ par la bouche des faux témoins ; ainsi l’ont cru ses persécuteurs. C’est en effet à Notre-Seigneur même qu’il s’adresse maintenant. « Ceux qui sont tombés au fond ; » il faut sous-entendre vous ont trompé ; entraînés par les passions de la vie présente, ils sont.tombésau fond de l’abîme.« Et vous avez préparé sur votre table un festin abondant. » Le Sacrement de son corps et de son sang, le vrai pain descendu des cieux p.

17. « Le jugement ne trompera pas les justes. » Quoique les pauvres mangent et soient rassasiés, et que la plénitude de la charité les prépare à renouveler en eux les souffrants du Sauveur, il ne s’ensuit pas que Dieu ne doive leur rendre bientôt justice.

18. « La colère descendra sur les impies, à cause des présents qui ont été pour eux le prix de l’iniquité. » Par ces présents il désigne tous les avantages temporels pour lesquels ils commettent leurs injustices.

19. « Ne détournez point votre volonté. » Ce n’est pas ici un avertissement donné au Seigneur, ni un ordre qui lui soit imposé. C’est une manière de parler à l’impératif, usitée chez les prophètes pour prédire l’avenir, comme dans ce passage : « Ceignez-vous de votre glaive, ô Tout-Puissant q. – De la prière des faibles », qui crient vers vous du sein de leurs misères : « Malheureux que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette mort r? – Et tous ceux qui sont revêtus de force », qui se confient en leurs œuvres, s’efforcent d’établir leur propre justice s.

20. « Ne les enlevez point pendant la nuit. » Montrez que vous séparez de votre peuple, soit ces orgueilleux qui se sont détachés de l’olivier, soit ces sarments retranchés de la vigne, qui produisent les hérésies et les schismes. « Afin de susciter à leur place de nouveaux peuples. » Afin de greffer ce qu’il y a de plus faible en ce monde, en confondant ce qu’il y a de plus de fort t ; car celui qui s’humilie sera élevé, et celui qui s’élève sera abaissé u.

21. « Ayez soin de ne rien faire d’inconvenant ; » de peur que le nom et la doctrine du Seigneur ne soient blasphémés, comme ils le sont, quand ceux dont le raisonnement est logique disent. « Faisons le mal pour qu’il en arrive du bien v. – Vous avez préféré cela à la pauvreté. » Non-seulement vous avez choisi la pauvreté, mais vous lui avez encore préféré une vie sainte, des mœurs pures, afin que tout professe avec honneur la doctrine du salut.

22. « Et Dieu dans sa puissance se consolera, ou se fortifiera. » Car s’il a été crucifié dans sa faiblesse, il est vivant par la puissance de Dieu w.

23. « Qui l’égale en puissance, ou qui peut discuter ses œuvres ? » Le juger, tandis qu’il est le juge des vivants et des morts ? « Qui osera dire qu’il a commis l’injustice ?

24. « Souviens-toi que ses œuvres sont grandes, et que les hommes en ont célébré la gloire : » les Évangélistes, les prédicateurs de sa parole, qui rendaient leur vie conforme à leur mission.

25. « Tous ont les yeux fixés sur lui », n’oubliant point leur faiblesse humaine. « Tous les hommes sont dans la peine », pénétrés de regret, à cause de leurs péchés.

26. « Dieu est riche et nous l’ignorons. » Riche, multus, car là où le péché abonde, là a surabondé la grâce x. « Nous l’ignorons. » Ce mot s’entend de ceux dont une partie sont tombés dans l’aveuglement, jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée y. « Le nombre de ses années est infini. » Pour dire qu’il est éternel.

27. « Il a pu compter les gouttes de rosée. » En faisant prêcher son Évangile par les ministres, il les a comptés jusqu’à la consommation des siècles, lorsque finira la science imparfaite, et que ce qui est parfait le verra face-à-face z. « La pluie se répand en ses sentiers : » les machinations des méchants ne pourront le surprendre.

28. « Les nuages s’écouleront, et leur ombre obscurcira une grande multitude. » Si l’Évangile est obscur, il ne l’est que pour ceux qui périssent. « Il a donné son heure à l’animal, qui connaît l’instant de son repos. » Le bœuf a « connu son maître, l’âne son étable aa. – En tout « ceci son esprit ne s’est point troublé ; » la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ab. « Et la chair n’a point changé ton cœur », qui doit s’élever de terre vers le Seigneur.

29. « S’il a voulu étendre sa nuée », pour que ceux qui voient soient aveugles ac. « Il lui donne la même mesure qu’à son pavillon », il habite en sa chair mortelle comme dans une tente : ses bourreaux ne l’y ont point reconnu, quand il la leur a abandonnée, et qu’il l’a étendue sur la croix.

30. « Voilà qu’il répand sur tous sa lumière : » il l’avait cachée, et quand une partie d’Israël tomba dans l’aveuglement, il la répandit sur toutes les nations. « Il a couvert les profondeurs de la mer. » Il a confondu l’insatiabilité de ce monde, car la lumière se montre, non pour obscurcir, mais pour éclairer. Il a jugé les nations, en leur montrant leurs iniquités au flambeau de la vérité.

31. « Il a donné à beaucoup leur nourriture » à ceux qui reconnaissent et confessent leurs péchés, à ceux qui ont faim et soif de la justice.

32. « Il a dans ses mains, in manibus
Autrefois on conservait la consonne N dans les mots composés où l’euphonie, nous l’a fait changer. Ainsi on lit dans les anciens manuscrits : inmensus, inbutus, inlatus, etc. pour immensus, imbutus, illatus, etc. Mais le texte grec tranche ici la difficulté, car il porte : ἐπικειρῶν in manibus.
, caché la lumière. » Si on veut lire immanibus, de immanes, les cruels, cela s’entend de ceux qui ne pardonnent pas aux hommes, tandis qu’ils réclament de Dieu leur pardon. Si on veut lire in manibus, de manus, les mains, cela s’entend de ceux qui se glorifient dans leurs mains, c’est-à-dire dans leurs œuvres, et veulent y trouver leur justification. « Il leur a dérobé la lumière ; » pour dire qu’ils ne le verront point, parce que leur cœur insensé a été endurci ae. « Il lui commande de reparaître au point opposé. » Ceux qui agissent selon la vérité, soit en pardonnant pour être pardonnés, soit en avouant leurs misères, pour être secourus par la grâce divine, ceux-là viendront à la lumière, afin que leurs œuvres soient mises au grand jour, parce qu’ils les ont accomplies en Dieu af, et non pour eux-mêmes. Car l’opposé du ciel est l’homme miséricordieux, l’opposé de l’orgueilleux est le cœur humble.

33. « Afin de la faire connaître à son ami. » Cette même lumière qu’il a tenue cachée pour la dérober à la vue des hommes cruels et sans reconnaissance, il l’annonce, la fait voir à celui qui n’est plus esclave sous la Loi, mais s’est réconcilié parla grâce. « A son ami : » à son imitateur ; car le fils de l’homme n’est point venu pour être servi, mais pour servir ag. « Ceux qui s’efforcent de s’élever en face de lui la posséderont. » Ils jouiront de cette lumière, ceux qui s’élèvent au-dessus des biens de la terre. Elle leur est annoncée, tandis qu’ils travaillent encore à s’élever, car lorsqu’ils seront montés ils la verront face à face, sans qu’il soit besoin de les y appeler. Il est dit qu’ils s’efforcent de « s’élever en « face de lui, contraeum », non pas pour l’attaquer, mais pour aller à sa rencontre, comme le dit l’Apôtre : « Au-devant de Jésus-Christ ah. »

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