Job 40
31. « Alors le Seigneur répondit, et dit. » Si le Seigneur semble se répéter en parlant, c’est que Job, saisi de crainte à ces discours, est reste muet, et n’a osé rien répondre. Dans les deux versets qui suivent, Dieu l’engage à parler. 32. « Celui qui discute avec le Très-Haut sera-t-il en repos ? » C’est-à-dire : Pourquoi gardes-tu le silence en discutant avec le Tout-Puissant ? « Celui qui osait reprendre Dieu lui répondra-t-il ainsi ? » C’est bien une interrogation, et voici le sens : Reprend-il Dieu, celui qui en discutant sait lui répondre ? On peut discuter avec le Tout-Puissant, en lui adressant ses questions, sans l’attaquer ni le réfuter. Ce n’est point parce qu’il est Tout-Puissant qu’il faut éviter toute discussion avec lui. On ne l’accuse pas non plus, si dans cette discussion on l’interroge comme la vérité même. Quant à ces paroles « Celui qui discute avec le Seigneur sera-t-il en repos ? » en voici donc le sens : puisque celui qui discute avec le Seigneur n’est pas en repos, il ne faut pas entrer en discussion avec lui pour se mettre en repos ensuite. Ordinairement celui qui discute propose quelques objections : or, celui qui en fait à Dieu ne peut être en repos, il ne peut trouver aucun repos, qu’en conformant ses pensées à la volonté de Dieu, sans rien contredire. Car « celui qui reprend Dieu lui répondra ainsi : » c’est-à-dire, s’il répond en discutant avec lui, c’est pour le reprendre, et il ne peut être en repos. D’où cette parole : « O homme, qui es-tu, pour contester avec Dieu a ? » Toutefois Job avait-il agi ainsi ? Dieu ne l’avait point considéré comme un contradicteur, ainsi que l’avaient fait ses amis sans le comprendre, et il lui rend ce témoignage au commencement et à la fin du livre. Si donc il lui a adressé ces paroles, n’est ce point à cause du rôle tout spécial qu’il joue ici ? Il est la figure du corps de Jésus-Christ, de son Église, dont un grand nombre de membres sont faibles, et quoiqu’ils ne désespèrent point, ils sont sans cesse exposés à tomber. À peine osent-ils avancer : leurs pas sont peu multipliés, et la tranquillité du pécheur excite leur envie. Ils disent : « Dieu les voit-il ? « le Très-Haut en a-t-il connaissance ? Voilà que « ces impies, ces heureux du siècle accroissent « leurs richesses. C’est donc en vain que j’ai purifié mon cœur, et lavé mes mains dans l’innocence : j’ai été flagellé durant tout le, jour et « condamné dès le matin b. » De là cette réponse de Job dans les deux versets suivants. 33. « Job alors répondit : 34. « Pourquoi donc être jugé, après avoir entendu ces avertissements et ces reproches du Seigneur, puisque je ne suis rien ? » C’est-à-dire, pourquoi demanderais-je à être jugé, puisque le Seigneur m’arrête et me condamne, si, je veux le contredire ? « Après avoir entendu ces reproches. » C’est-à-dire, j’ai compris combien il a été envers moi juste et miséricordieux, puisque par moi-même je ne suis que néant. « Que lui répondrai-je ? » Que pourrai-je opposer à la vérité ? « Je porterai ma main à ma bouche ; » je saurai me contenir et m’empêcher de parler.. 35. « Je n’ai parlé qu’une seule fois ; je n’ajouterai plus rien. » S’il n’y a pas un.senscaché dans cette phrase, comment Job peut-il dire qu’il n’a parlé qu’une seule fois, puisque tant de fois il a pris la parole ? Comment dit-il qu’il ne la reprendra plus, puisqu’il va encore parler ? La parole doit ici s’entendre de la disposition de l’âme qui, recherchant les objets extérieurs, abandonne son Dieu et ose lui résister. Et quand elle s’y précipite avec plus d’ardeur, l’Écriture appelle son action un cri. Ainsi le Seigneur dit que le cri de Sodome est monté vers lui c. À cette parole, à ce cri est opposé le saint et pieux silence dont il est dit : Il sera dans le silence, exempt de toute crainte, loin de tout péché. Job a donc raison de dire qu’il n’a parlé qu’une seule fois, toujours le même langage dans toute sa vie de vieil homme, alors qu’il n’était qu’un souffle qui va et ne revient plus d. Maintenant qu’il met la main à la bouche pour ne plus parler, il promet de ne rien ajouter à ce langage d’autrefois, pour ne plus se séparer de Dieu. Ainsi-soit-il. Cette traduction est due à M. l’abbé JOYEUX.
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