Matthew 27:44
CHAPITRE XVI. BLASPHÈMES DES LARRONS.
53. Nous lisons en saint Matthieu : « Les larrons eux-mêmes, qui étaient crucifiés avec lui, « le couvraient d’invectives a. » ceci est aussi rapportée par saint Marc, quoique dans des termes un peu différents. La narration de saint Luc présenterait quelque opposition, si l’on oubliait une manière de parler assez fréquente. « L’un des deux voleurs, attachés comme lui à la croix, dit saint Luc, lui adressait ces blasphèmes : Si tu es le Christ, sauve-toi, et nous aussi. Mais l’autre se mit à réprimander son complice et à lui dire : Ni toi, non plus, tu n’as donc aucune crainte de Dieu, toi qui subis la même condamnation. Et encore pour nous c’est justice, car nous n’avons que ce que nous avons mérité ; pour lui, il n’a fait aucun mal. Et il disait à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi, lorsque vous serez entré dans votre royaume. Jésus lui répondit : En vérité, je te le dis, tu seras aujourd’hui avec moi dans le paradis b. » Saint Matthieu avait dit : « Les voleurs qui étaient crucifiés avec lui, le blasphémaient ; » saint Marc : « Et ceux qui étaient crucifiés avec lui, lui adressaient des injures ; » comment donc se peut-il que saint Luc nous dise qu’un seul des deux le blasphémait et que l’autre garda le silence et crut en lui ? Ne devons-nous pas croire que saint Matthieu et saint Marc, dans le but d’abréger le récit, emploient le pluriel pour le singulier ? Nous trouvons également, dans l’épître aux Hébreux, cette forme plurielle Ils fermèrent la gueule des lions », quand il n’est question que de Daniel ; nous y lisons également : « Ils ont été sciés c », quand il ne s’agit que d’Isaïe. Les paroles mises au pluriel par le psalmiste : « Les rois de la terre se sont levés et les princes se sont réunis », etc, se retrouvent au pluriel dans es Actes des Apôtres, quand l’idée exigeait le singulier ; car les rois y désignent Hérode, Pilate est désigné par le mot princes d. Au lieu donc de calomnier l’Évangile, que les païens se rappellent comment leurs auteurs ont fait parler les Phèdre, les Médée et les Clytemnestre, qui auraient du s’exprimer au singulier. Quoi de plus ordinaire, par exemple, que d’entendre dire. à quelqu’un : Les paysans m’insultent, quand il n’y en a qu’un pour l’insulter ? Saint Luc serait assurément en contradiction avec les autres en disant qu’un seul voleur lança des blasphèmes, si des paroles des autres auteurs on était forcé de conclure que tous deux blasphémèrent Jésus. Mais il faut remarquer que dans l’un il n’est question que des voleurs, et dans l’autre, de ceux qui étaient crucifiés avec lui, sans addition du mot : « Tous deux. » Sans doute cette formule aurait suffi dans le cas où tous deux auraient réellement blasphémé ; mais l’usage a permis aussi d’employer la forme plurielle quoiqu’un seul ait commis ce crime.
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