‏ Genesis 31:33

4. Examinez la force d’âme de ce juste et comment, mettant de côté toute crainte et toute alarme, il obéit à l’ordre du souverain Maître. Car, lorsqu’il a vu que les sentiments de Laban étaient mauvais, il ne s’est plus préoccupé de l’interroger comme auparavant, mais d’accomplir l’ordre du souverain Maître, et, prenant ses femmes et ses enfants, il s’est mis en route. Laban, dit l’Écriture, était allé tondre ses brebis. Et Rachel déroba les idoles de son père. (31, 18) Ce n’est point sans raison que ces mots sont ajoutés, mais afin que nous sachions comment elles tenaient encore à la coutume de leur père, et montraient une grande vénération pour les idoles. Comprenez cette passion de Rachel qui n’enlève de chez son père rien autre chose que les idoles, et cela à l’insu de son mari, car il ne le lui eût point permis. Jacob, dit l’Écriture, se cacha de Laban le Syrien
C’est-à-dire de Mésopotamie, la Syrie des eaux.
, et ne lui fit point connaître qu’il s’enfuyait il s’enfuit avec tout ce qu’il possédait et passa le fleuve, et se hâtait d’arriver aux monts de Galaad.
(20-21) Admirez ici encore la providence de Dieu, qui jusqu’à ce que ce juste fût bien éloigné, n’a point permis que le départ de Jacob vînt à la connaissance de Laban. Trois jours s’étant passés, dit le texte, Laban en eut connaissance. Et prenant avec lui tous ses frères, il le poursuivit durant sept jours et l’atteignit dans les monts de Galaad. (22-23)

Voyez encore le soin ineffable que Dieu prend de Jacob. Il lui a dit : Retourne dans ton pays, et je serai avec toi, et maintenant il lui montre une providence spéciale. Sachant que Laban poursuit ce juste avec une grande indignation et veut faire justice de cette retraite furtive, il se manifeste à Laban, la nuit, pendant son sommeil. Dieu, dit l’Écriture, vint à Laban le Syrien, durant la nuit, et lui dit. Voyez la condescendance de Dieu, et comment, par le soin qu’il prend de ce juste, il s’adresse à Laban, afin de jeter la terreur en son âme et de le détourner de ses projets contre Jacob. Garde-toi de tenir jamais à Jacob des discours mauvais. (Id) La bonté du souverain Maître est bien grande. Comme il a vu qu’il courait au combat et voulait s’élever contre ce juste, il l’arrache en quelque sorte à sa résolution par cette parole : Garde-toi de tenir jamais à Jacob des discours mauvais. Ne tente pas, même en paroles, d’affliger mais veille sur toi, contiens ta coupable impétuosité, apaise son cœur, réprime tes sentiments de colère, et abstiens-toi de l’affliger, même en paroles. Considérez donc l’amour de Dieu pour l’homme. Il n’a point ordonné à Laban de s’en retourner chez lui ; il lui a seulement prescrit de ne rien dire à ce juste de pénible et de haineux. Pourquoi et dans quel but ? afin que ce juste apprît par les effets et les actes de quelle tendresse il était jugé digne de la part de Dieu. Si en effet Laban fût retourné, comment Jacob et ses femmes eussent-ils connu ce fait ? Laban lui permet de s’éloigner, après avoir confessé de sa propre bouche ce que Dieu lui a dit, afin que le juste ait une plus grande ardeur pour son voyage et une confiance plus ferme ; et que ses femmes, en apprenant quelle tendresse Dieu accorde en tout à soient enlevées à l’erreur de leur père, imitent avec zèle le juste, et soient suffisamment instruites de la connaissance de Dieu. Car les discours de Jacob étaient moins persuasifs pour elles que ceux de Laban, encore plongé dans les ténèbres de l’idolâtrie. En effet les témoignages des incrédules et des ennemis de la religion ont toujours bien plus de force pour en faire reconnaître la vérité. Et c’est l’œuvre de la sagesse industrieuse de Dieu, quand il fait, des ennemis de la vérité, les témoins de la vérité, et que leur propre bouche devient l’auxiliaire de notre cause.

Laban atteignit Jacob. Jacob dressa sa tente dans la montagne, et Laban plaça ses frères dans les monts de Galaad. Et Laban dit à Jacob : pourquoi avez-vous fait cela ? (31, 25-26) Considérez comme l’ordre de Dieu a calmé l’ardeur de sa colère et mis un frein à son cœur. C’est pour cela qu’il lui parle avec une grande douceur, lui faisant presque des excuses et lui témoignant une tendresse paternelle. Car, lorsque nous sommes favorisés par la Providence, non seulement nous pouvons éviter les machinations des méchants, mais les bêtes féroces elles-mêmes, si nous en rencontrons ne peuvent nous nuire. En effet le Maître de toutes choses, montrant sa puissance souveraine, transforme la nature des animaux féroces et leur donne la douceur des brebis ; non qu’il leur ôte leur humeur farouche, mais, en les laissant à leur propre nature, il les fait agir comme des brebis. Et ceci on peut le voir, non dans les bêtes féroces seulement, mais dans les éléments eux-mêmes. Lorsqu’il le veut les éléments se dépouillent de leurs propriétés et le feu n’a plus les effets du feu. On peut l’apprendre par l’histoire des trois enfants et de Daniel. Celui-ci, environné de lions, n’éprouve pas plus de mal que s’il était entouré de brebis, parce que la volonté d’en haut contient leur naturel féroce. Ces animaux demeurèrent sans témoigner leur cruauté, comme les faits le prouvèrent à ceux qui étaient plus féroces que des animaux sans raison.

5. Et cela s’est fait pour flétrir davantage ceux qui, honorés du don de la raison, ont dépassé des brutes en cruauté. Ils ont appris par l’événement que la providence du souverain Maître a fait respecter le juste par les animaux féroces, qui n’ont pas osé le toucher ; tandis qu’eux-mêmes étaient pour lui pire que ces animaux. Et ils n’ont pu penser que c’était un simple caprice, en voyant ce qui arrivait aux hommes jetés depuis dans la fosse ; ils ont vu que si, à l’égard du juste, les lions avaient imité la douceur des brebis et dissimulé leur naturel, ils montraient leur férocité envers ceux qu’on y jeta ensuite. De même, dans la fournaise ardente. Les trois Hébreux qui s’y trouvèrent au milieu du feu furent respectés par cet élément dont l’activité était suspendue et comme entravée, en sorte qu’il laissait intacts les corps de ces enfants et n’osait toucher même à leurs cheveux, comme s’il eût reçu défense de laisser voir son action naturelle ; et cependant il dévora ceux qui étaient hors de la fournaise, montrant par ces deux effets la puissance infinie de Dieu, en épargnant ceux qu’il enveloppait et atteignant les autres. Ainsi, lorsque nous sommes soutenus par la force d’en haut, non seulement nous échappons aux embûches de ceux qui nous veulent nuire, mais, quand nous tomberions entre les griffes de bêtes féroces, nous n’éprouverions point de mal. Car la main de Dieu a une force supérieure à tout ; elle nous environne d’une défense assurée et nous rend invincibles, comme il arriva à ce juste.

En effet, Laban, qui souhaitait avec tant de passion d’atteindre Jacob et de tirer vengeance du départ de cette famille, non seulement ne lui adresse pas une parole rude et haineuse, mais s’entretient avec lui comme un père avec son enfant et lui tient un discours plein de douceur, en lui disant : Pourquoi agir ainsi ? Pourquoi vous enfuir secrètement ? (31, 26-27) – Considérez quel changement, et cour ment celui qui avait la fureur d’une bête sauvage imite la douceur des brebis. – Pourquoi vous enfuir secrètement, me dépouiller, m’enlever mes filles comme des captives conquises par l’épée. Pourquoi, lui dit-il, agir ainsi ? quelle a été votre pensée ? pourquoi ce départ furtif ? Car si vous m’en aviez informé, je vous aurais escorté avec honneur et avec joie pour prendre congé de vous ; si je l’avais su, je vous aurais fait, au départ, accompagner par des musiciens avec des tambours et des cithares. Vous ne m’avez pas jugé digne d’embrasser mes filles ; vous venez d’agir sans sagesse. (27-28) Voyez comme ensuite il se condamne et avoue de sa propre bouche qu’il se préparait à faire du mal au juste, mais que la providence de Dieu a brisé sa fougue. Ma main, dit-il, est assez forte pour vous faire du mal ; mais le Dieu de votre père m’a dit hier : Garde-toi de jamais tenir à Jacob des discours mauvais. (31, 29) Comprenez bien quelle consolation ces paroles apportèrent à ce juste, et considérez comment son beau-père lui confessa ce qu’il avait médité contre lui, dans quel dessein il avait voulu l’atteindre, et comment la crainte de Dieu l’empêchait d’effectuer ses desseins hostiles. « Le Dieu de votre père », dit-il. Voyez combien Laban lui-même tire avantage de cet événement, puisqu’il reconnaît la manifestation souveraine de la puissance de Dieu aux paroles qu’il lui a adressées. Mais, dit-il, puisque vous avez eu ce dessein et que Dieu prend de vous un tel soin. Vous voilà parti, car vous avez désiré d’un grand désir retourner dans la maison de votre père. Mais pourquoi m’avez-vous dérobé mes dieux ? (30) Soit, dit-il, vous avez jugé convenable, voue avez résolu de retourner dans la maison de votre père ; mais pourquoi me dérober mes dieux ? O comble de la démence ! tes dieux sont-ils tels qu’ils puissent être dérobés ? N’as-tu pas honte de dire : Pourquoi m’avez-vous dérobé mes dieux! Voyez quel excès d’égarement, il adore du bois et de la pierre, comme si la raison leur pouvait rendre un culte. Et tes dieux, Laban, ne pouvaient se défendre quand on les allait dérober ! Comment, en effet, l’auraient-ils pu, puisqu’ils étaient de pierre ? Mais le Dieu du juste, et sans que le juste le sût lui-même, a arrêté ta fougue. Et tu ne comprends pas la grandeur de ton égarement, mais tu accuses le juste d’un larcin. Car pourquoi eût-il été capable de dérober ce qu’il abhorrait, et surtout ce qu’il savait être des pierres insensibles ?

Jacob lui répond avec une grande douceur, et se justifie d’abord des accusations qu’il vient d’entendre ; il l’engage à chercher ses dieux. Je vous ai dit de ne point m’enlever vos filles et tout ce que je possède (31, 31) ; parce que je vous voyais mal disposé pour moi, j’ai tremblé que vous n’entreprissiez de m’enlever vos filles et ce qui m’appartient, de me priver de mon bien, comme vous l’avez déjà fait. Voilà le motif et la crainte qui m’ont conduit à exécuter secrètement ce voyage : Au reste celui que vous trouverez possesseur de vos dieux, ne vivra pas devant nos frères. (31, 32) vous le voyez, ignorait le larcin commis par Rachel, voyez, en effet, de duel rigoureux châtiment il menace celui qui sera convaincu d’avoir, commis le vol : Celui que vous trouverez possesseur de vos dieux, ne vivra pas devant nos frères. Non pas seulement parce qu’il les a dérobés, mais parce que ce fait est la preuve évidente de son propre égarement. Examinez s’il y a avec moi quelque chose qui soit à vous et reprenez-le. (Id) Cherchez, lui dit-il, si j’ai emporté quelque chose qui ne m’appartienne pas. Vous ne pouvez une reprocher autre chose que d’être parti secrètement ; et cela même je ne l’ai pas fait volontiers, mais parce que je soupçonnais une injustice et craignais que vous ne voulussiez m’enlever vos filles et toute ma richesse. Et il ne reconnut rien. Jacob ignorait que Rachel sa femme avait dérobé ses dieux. Et Laban, étant entré dans la tente de Lia, chercha sans rien trouver. Il entra aussi dans celle de Rachel. Mais Rachel prenant les idoles, les avait placées sous le harnais des chameaux, et, s’étant assise dessus, elle dit à son père : Ne vous offensez pas, mon père, je ne puis me lever devant vous : je suis femme et incommodée comme les femmes. Laban chercha dans toute sa tente et ne trouva rien. (32-35)
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