‏ Genesis 45:25-26

SOIXANTE-CINQUIÈME HOMÉLIE.

« Et ils revinrent d’Égypte, et ils arrivèrent dans le pays de Chanaan auprès de leur père, et ils lui firent leur rapport, disant : Ton fils Joseph est en vie, et il commande à toute la terre d’Égypte. Et Jacob demeura stupéfait, car il ne les croyait pas. » (Gen 45,25-26)

ANALYSE.

  • 1. Allégresse de Jacob.
  • 2. Dieu l’encourage à partir. Sa joie en revoyant Joseph.
  • 3. Intelligence de Joseph. La famille de Jacob s’établit en Égypte.
  • 4. Comment il sait faire tourner au profit de son maître la détresse publique. Ses égards pour les prêtres. Exemple à suivre, surtout pour des chrétiens.
  • 5. Continuation du même sujet. Exhortation à compter sur la Providence.

1. Vous avez vu, par notre discours d’hier, la profonde sagesse de Joseph et l’inexprimable patience dont il fit preuve à l’égard de ses frères ; comment, non content de ne faire aucune allusion à leur conduite envers lui, il était allé, au moment où ils s’apprêtaient à retourner auprès de leur père, jusqu’à leur conseiller, les conjurer de ne pas s’accuser mutuellement au sujet du traitement qu’ils lui avaient fait subir, de bannir d’au milieu d’eux tout ressentiment et de faire leur voyage en bonne intelligence. – Il nous faut aujourd’hui reprendre la suite de cette histoire, afin de nous représenter et le retour des voyageurs auprès de leur père, et la venue de Jacob en Égypte : et comment ce vieillard rajeunit, reverdit pour ainsi dire, en apprenant ce qui concernait Joseph. Qui pourrait, en effet, représenter par des paroles, la joie qu’il ressentit alors, en recevant la nouvelle que Joseph était vivant et au comble des honneurs ? Vous n’ignorez pas, sans doute, ce que l’imprévu ajoute de charmes au bonheur. – Celui qu’il croyait dévoré par les bêtes sauvages, il y avait bien des années, voici qu’il le savait maître de l’Égypte entière ; comment l’excès de l’allégresse n’aurait-il pas jeté son âme dans la stupeur ? Car une joie trop vive a souvent les mêmes effets qu’une extrême douleur. Souvent on voit des gens verser des larmes à la suite d’une joie excessive ; d’autres rester comme frappés de la foudre en présence d’un événement inespéré, en revoyant subitement en vie ceux qu’ils croyaient morts. – Mais mes paroles deviendront plus claires quand nous aurons écouté le texte lui-même. Et ils revinrent d’Égypte, et ils arrivèrent dans le pays de Chanaan, auprès de Jacob leur père, et ils lui firent leur rapport, disant : Ton fils Joseph est en vie, et il commande à toute la terre d’Égypte. Et Jacob demeura stupéfait, car il ne les croyait pas. Voyez-vous que mes paroles se vérifient ? Ce qu’on lui rapporte touchant Joseph lui parait incroyable, au point que sa raison en est tout ébranlée, et qu’il soupçonne ses enfants d’avoir voulu le tromper. En effet, ces mêmes frères qui jadis avaient rapporté une tunique teinte du sang d’un chevreau, et l’avaient montrée à leur père afin de lui faire croire que Joseph était devenu la proie des bêtes féroces, ce sont eux qui viennent dire aujourd’hui : Joseph est en vie et il commande à toute l’Égypte. – Troublé, stupéfait, il se demandait en lui-même comment la raison pouvait admettre cela ; car, si le premier rapport avait été vrai, le second n’était pas croyable ; et si le dernier était croyable et vrai, l’autre n’avait donc été qu’un mensonge ; et ce qui le déconcertait le plus, c’était que la première nouvelle lui était venue de ses fils, et qu’il recevait de la même source une autre nouvelle toute contraire. Eux, voyant le trouble où était leur père, et voulant le convaincre pleinement de la vérité de leurs paroles, ils lui répétèrent les propos de Joseph et tout ce qu’il leur avait dit. (Id 27) À ces paroles, ils joignirent les autres commissions dont Joseph les avait chargés, les chars et les présents qu’il envoyait à son père ; par là, ils purent enfin convaincre Jacob que leur récit n’était pas mensonger. En voyant les chars dépêchés pour l’emmener en Égypte, son feu se ralluma, dit l’Écriture. Ce vieillard caduc et décrépit, voici qu’il rajeunit dans son allégresse. Son feu se ralluma. Qu’est-ce à dire ? Comme on voit la lumière d’une lampe près de s’éteindre faute d’huile pour l’alimenter, tout à coup, pour peu qu’on y verse une goutte d’huile, renaître et briller d’un plus vif éclat, de même ce vieillard, à la veille de s’éteindre au souffle du chagrin (Il n’avait pas voulu être consolé, disant : Je descendrai avec mon deuil au tombeau. Gen 37,35), ce vieillard donc, à la nouvelle que son fils est en vie et qu’il commande à l’Égypte, à la vue de ces voitures, sent son feu se rallumer, pour parler comme l’Écriture, retrouve sa jeunesse, éclaircit son front assombri par la tristesse, et chassant de son âme la tempête qui l’avait bouleversée, jouit dès lors d’un calme parfait, grâce à la providence de Dieu qui avait conduit toutes ces choses pour faire trouver au juste une consolation après tant d’épreuves et l’associer à la prospérité de son fils ; et d’autre part, pour amener à réalisation le songe que Jacob lui-même avait expliqué en disant : Est-ce que nous en viendrons, ta mère, tes frères et moi, à nous prosterner devant toi jusqu’à terre ? (Gen 37, 10) – Enfin, dès qu’il en croit ses yeux et ses oreilles : Grand est mon bonheur, dit-il, si mon fils Joseph est en vie : j’irai et je le verrai avant de mourir. Grand est mon bonheur : il surpasse toute, imagination, il éclipse toute joie humaine. Si mon fils est en vie, j’irai donc et je le verrai. Hâtons-nous donc, afin qu’il me soit donné de le revoir avant de mourir. Aujourd’hui cette nouvelle a ranimé mon cœur, a chassé loin de moi les infirmités de la vieillesse, a rendu la force à mon âme. Mais s’il m’était encore donné de le voir, ma joie serait parfaite, et je pourrais alors quitter la vie. Aussitôt, sans perdre un moment, le juste se met en route, dans sa hâte, dans son empressement de revoir son bien-aimé, et de contempler celui qui était mort depuis tant d’années, que les bêtes avaient dévoré, à ce qu’il croyait, en possession du gouvernement de l’Égypte. Et s’étant rendu au Puits du serment (46, 1), après avoir adressé des actions de grâces au Seigneur, il offrit un sacrifice au Dieu de son père Isaac.

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