Genesis 47:29-31
SOIXANTE-SIXIÈME HOMÉLIE.
« Le temps de la mort d’Israël approchait, il appela son fils Joseph et lui dit ; Si j’ai trouvé grâce devant toi, place ta main sous ma cuisse, jure-moi que tu me feras une faveur et que tu me tiendras parole : ne m’enterre point dans la terre d’Égypte. Je veux reposer à côté de nos pères ; tu me transporteras hors de l’Égypte, et tu m’enseveliras dans leur tombeau. – Joseph répondit : J’accomplirai tes volontés. – Jure-le-moi, dit Israël. Et il le jura. Et Israël s’inclina profondément devant, le bâton de commandement que portait Joseph. » (Gen 47,29-31) ANALYSE
- 1. Pourquoi Jacob voulut être enseveli dans sa patrie. : Mourir sur une terre étrangère n’a rien de malheureux. Précieuse est devant le Seigneur la mort de ses saints. Saint Jean-Baptiste, décollé, saint Paul de même, saint Pierre crucifié la tête en bas. – 2. Que la vie présente est une mène. Israël s’incline devant son fils Joseph, Explication des versets 1-12 du chap. XLVIII. – 3. Verset, 13-20. Jacob voyait des yeux de l’âme. Les yeux de la foi plus pénétrants que ceux du corps. – 4. Les richesses font obstacle à la vertu.
1. Finissons aujourd’hui l’histoire de Jacob et voyons quels ordres il donne au moment où il va quitter la pie : N’allons pas, en jetant les yeux sur l’état présent des choses, exiger des justes qui vivaient alors, ce que les fidèles doivent pratiquer aujourd’hui : mais jugeons d’après les temps et les circonstances. Ce préambule se rapporte aux paroles du patriarche à son fils Joseph. Écoutons quelles sont ses dernières dispositions : Le temps de la mort d’Israël approchant, il appela son fils Joseph et lui dit : Si j’ai trouvé grâce devant toi, place ta main sous ma cuisse ; jure-moi que tu me feras une faveur et que tu me tiendras parole ; ne m’enterre point dans la terre d’Égypte. Je veux reposer à côté de mes pères ; tu me transporteras hors de l’Égypte, et tu m’enseveliras dans leur tombeau. Joseph répondit : J’accomplirai tes volontés. Jure-le-moi, dit Israël. Et il le jura. Et Israël s’inclina profondément devant le bâton de commandement que portait Joseph. Beaucoup de gens dont les sentiments sont peu élevés, lorsque nous les exhortons à ne pas tenir grand compte du lieu de leur sépulture, et à regarder comme une affaire de peu d’importance dise les restes des morts soient ramenés d’une terre étrangère dans leur patrie, nous opposent ce récit, et nous disent que ce fut l’objet des soucis même d’un patriarche. Mais d’abord, comme je me suis hâté de le dire, il faut considérer que l’on ne doit pas exiger des patriarches qui vivaient alors au tant de sagesse que des fidèles de nos jours ; ensuite, ce n’était pas sans motif que ce juste voulait que ses ordres fussent exécutés : c’était pour entretenir dans lé cœur de ses enfants le doux espoir, qu’un jour eux aussi retourneraient dans la terre promise. Et son fils nous apprend d’une façon plus claire que c’était là son intention, lorsqu’il dit : Dieu vous visitera, et alors vous emporterez d’ici mes ossements. (Gen 1,24) Pour comprendre qu’ils prévoyaient tous deux l’avenir par les yeux de la foi, écoutez Israël s’écrier déjà que la mort est un sommeil ; il dit en effet Je dormirai à côté de mes pères. C’est pourquoi saint Paul disait : Tous ces patriarches sont morts dans la foi, quoiqu’ils n’aient pas reçu l’effet de la promesse, mais ils l’ont vu, et l’ont salué de loin. (Heb 11,13) Et comment ? Ils l’ont vu par les yeux de la foi. Que l’on ne regarde donc pas cette dernière volonté comme de la pusillanimité, mais que l’on considère l’époque et la prévision qu’il avait de leur prochain retour, et qu’on absolve ce juste de toute accusation. Mais maintenant que les préceptes de la sagesse se sont accrus depuis la venue du Christ, on aurait raison de blâmer celui qui ferait de semblables recommandations. Il ne faut pas regarder comme malheureux celui qui meurt sur la terre étrangère, ni celui qui sort de cette vie dans la solitude. Non, ce n’est pas celui-là qui mérite qu’on le plaigne, c’est celui qui est mort dans le péché, quand même il aurait rendu le dernier soupir, étendu sur son lit, dans sa maison, et entouré de ses amis. Et qu’on ne vienne pas me tenir ce langage, aussi froid que ridicule et insensé Cet homme est mort plus misérablement qu’un chien, aucune de ses connaissances n’assistait à ses derniers moments, et n’a pu lui fournir une sépulture, mais c’est au moyen d’une quête à laquelle ont contribué un grand nombre de personnes qu’on a pu suffire aux frais doses funérailles, Non, ô homme, ce n’est pas là finir plus misérablement qu’un chien. Quel dommage en a-t-il ressenti ? Il n’y a qu’une mort qui soit misérable, c’est de mourir sans être couvert du manteau de la vertu. Et pour nous prouver qu’une pareille mort ne déshonore en rien l’homme vertueux, sachez que nous ignorons même où la plupart des justes, je veux parier des prophètes et des apôtres, à l’exception d’un petit nombre, ont été ensevelis. Les uns en effet ont eu la tête tranchée, les autres ont expiré sous une grêle de pierres, d’autres enfin, enflammés par leur piété, se sont livrés à mille supplices différents, et ont tous péri martyrs de leur amour pour le Christ qui oserait dire que leur mort est ignominieuse ? Écoutons plutôt ces paroles de la sainte Écriture La mort des saints est précieuse devant les yeux dit Seigneur. (Psa 116, 15) Et si elle déclare que la mort des saints est précieuse, entendons-la maintenant, quand elle dit que la mort des pécheurs est misérable. La mort des pécheurs, dit-elle, est misérable. (Psa 34,22) Aussi quand même un homme mourrait dans sa maison, assisté de sa femme et de ses enfants, entouré de ses amis et de ses connaissances, s’il n’est pas vertueux, sa fin sera misérable. Mais en retour celui qui meurt sur un sol étranger, dont le corps gît étendu sur les pavés ; que dis-je ? sur le sol étranger et sur les pavés ! celui-là même qui tombe entre les mains des brigands ; qui devient la proie des bêtes sauvages, s’il est doué de vertu, sa mort sera précieuse. Dites-moi, le fils de Zacharie n’a-t-il pas eu la tête tranchée ? Étienne, qui le premier a ceint la couronne du martyre, n’a-t-il pas été lapidé ? Quant à Paul et à Pierre, le premier n’a-t-il pas eu la tête tranchée ? l’autre n’a-t-il pas subi le supplice de la croix, attaché au gibet en sens contraire de son Maître ? N’est-ce, pas précisément à cause d’une telle mort que leurs louanges sont chantées et célébrées par toute la terre ?