‏ Genesis 48:16

3. Considérez ce juste qui a les yeux du corps maintenant affaiblis par l’âge (car ses yeux étaient si appesantis à cause de sa vieillesse, qu’il ne pouvait voir), mais chez qui les yeux de l’esprit ont acquis une nouvelle force, et qui prévoit déjà l’avenir par les yeux de la foi. Car il n’observa pas l’ordre dans lequel Joseph lui avait présenté ses fils, mais il changea de mains en les bénissant, et donna la prééminence air plus jeune, en préférant Ephraim à Manassé. Puis il dit : Dieu à qui mes pères ont plu. (Id 15) Voyez l’humilité de ce patriarche, voyez quel amour il a pour son Dieu. Il n’a pas osé dire : Dieu, à qui j’ai plu. Que dit-il ? Dieu à qui mes pères ont plu. Avez-vous compris combien son cœur est plein de reconnaissance ? Et cependant, peu d’instants auparavant, en racontant sa vision, il avait dit : Dieu m’est apparu à Luva, et il m’a promis de me donner toute cette terre à moi et à ma race, et de faire devenir ma race une assemblée de peuples. Quoiqu’il ait des preuves aussi évidentes de la bienveillance de Dieu envers lui, il conserve néanmoins un cœur humble, et dit : Dieu, devant la face duquel mes pères, Abraham et Isaac, ont trouvé grâce. Puis il reprend : Dieu gui me nourrit depuis mon enfance. Considérez ici encore la grandeur de sa reconnaissance. Il ne parle pas de son mérite personnel, mais il raconte les bienfaits qu’il a reçus de Dieu, et il dit : Dieu qui m’a nourri depuis mon enfance jusqu’à ce jour. Car c’est lui-même qui a dirigé mes affaires depuis le commencement jusqu’à l’époque présente. C’est ainsi que tout récemment encore il disait : J’ai traversé le Jourdain avec mon bâton ; et maintenant je retourne avec ces deux bandes. (Gen 32,10) il dit encore la même chose en d’autres termes : Celui qui m’a nourri depuis mon enfance jusqu’à ce jour, l’ange qui m’a délivré de tous les maux. Ce sont les paroles d’une âme reconnaissante, d’une âme qui aime Dieu et qui conserve dans sa mémoire le souvenir des faveurs divines. Celui, dit-il, à qui mes ancêtres ont plu, celui qui m’a nourri depuis mon enfance jusqu’au moment présent, qui dès le principe m’a délivré de tous les maux, qui a montré pour moi une si grande sollicitude, Celui-là bénira ces enfants ; et ils porteront mon nom et le nom de mes pères, Abraham et Isaac, et ils se multiplieront très-abondamment sur la face de la terre. (Id 16) Voyez-vous quelle est sa sagesse, et en même temps quelle est son humilité ? Sa sagesse, parce que prévoyant l’avenir par les yeux de la foi, il a préféré Ephraïm à Manassé ; son humilité parce qu’il n’a fait aucune mention de son mérite personnel, mais qu’il s’est appuyé sur la sainteté de ses ancêtres, et sur les bienfaits que lui-même avait reçus, pour demander et implorer la bénédiction du ciel sur ses fils. C’est ainsi que qui prévoyait les événements futurs, leur donna sa bénédiction. Mais Joseph voyant le plus jeune préféré a l’aîné, en eut du déplaisir et dit : Voici le premier-né : mets ta main droite sur sa tête. Jacob refusa et dit : Je le sais, mon fils, je le sais. Le premier-né deviendra aussi un peuple, et même il sera grand ; mais une plus grande gloire est réservée à son jeune frère, et sa postérité sera une multitude de nations. (Id 17-19) Ne crois pas, dit-il, que j’aie agi ainsi sans motif, au hasard, ou par ignorance. Je le sais, et c’est parce que je prévois les événements futurs, que j’ai donné ma bénédiction au plus.jeune. La nature, il est vrai, a donné la prééminence à Manassé,mais son frère sera plus illustre que lui, et sa postérité sera une multitude de nations. Jacob agit ainsi parce que de lui devait naître un roi. Il prédisait déjà l’avenir, c’est pourquoi il lui donna ainsi sa bénédiction. Et il les bénit, et dit : Israël sera béni en vous, et l’on dira : Que Dieu te fasse semblable à Éphraïm et à Manassé ! Et il préféra Ephraïm à Manassé. Tous deux, dit-il, seront si illustres que tous souhaiteront d’arriver à une telle gloire ; cependant Ephraïm surpassera Manassé. Voyez-vous comment la grâce divine lui révélait d’avance l’avenir, comment, animé par un souffle prophétique, il bénit les enfants de Joseph ? Car les événements qui ne devaient s’accomplir qu’après un si long temps, il les voyait comme déjà présents et placés sous ses yeux. Tel est l’esprit prophétique.

De même que les yeux du corps ne peuvent rien apercevoir de plus que les choses visibles, de même les yeux de la foi ne regardent pas les événements visibles, mais ils se représentent ceux qui doivent s’accomplir dans la suite après plusieurs générations. Et cela, vous le verrez plus exactement par les bénédictions qu’il donne à ses propres fils. Mais pour ne pas étendre notre discours, et ne pas vous imposer une trop lourde tâche, contentons-nous de ce qui a été dit, et réservons pour le discours suivant la bénédiction qu’il donna à ses enfants. Toutefois j’invoquerai votre charité pour vous exhorter à imiter ce juste, et à laisser à vos enfants des héritages, qui ne puissent recevoir de personne aucun dommage. Car souvent les richesses ont causé la ruine de ceux qui les avaient reçues, et leur ont suscité des embûches et de nombreux périls ; mais ici il n’y a jamais rien de tel à redouter. En effet c’est un trésor qui ne peut ni s’épuiser, ni se consumer c’est un trésor qui ne peut être amoindri ni par les embûches des hommes, ni par une attaque de brigands, ni par la perfidie des serviteurs, ni par aucun moyen que ce soit ; mais il nous reste continuellement, car il est spirituel, et n’est pas exposé aux embûches des hommes. Si ceux qui l’ont reçu veulent demeurer sages, il les accompagnera dans la vie future et leur préparera d’avance des tabernacles éternels.

4. Ne travaillons donc pas à ramasser des richesses, pour les transmettre à nos enfants ; mais enseignons-leur la vertu et implorons pour eux la bénédiction du ciel. C’est là, oui, c’est là la plus grande fortune, c’est une richesse ineffable, inépuisable, et qui chaque jour augmente notre bonheur. Car rien n’égale lia vertu, rien ne l’emporte sur elle ; celui-là même qui est roi et qui porte le diadème, s’il n’est pas vertueux sera plus misérable que le pauvre couvert de haillons. En quoi le diadème ou la pourpre pourra-t-elle servir à celui qui se laisse dominer par l’inertie ? Est-ce que le Seigneur connaît la différence des dignités profanes ? Est-ce qu’il se laisse fléchir par l’éclat des personnages ? Nous ne cherchons ici qu’une seule chose, c’est que par l’effet de la vertu nous puissions trouver ouvertes les portes de la confiance en Dieu ; car celui qui n’acquiert pas dès à présent cette confiance, sera rangé parmi les hommes dégradés et qui manquent de confiance. Méditons donc tous cette pensée et enseignons à nos enfants à préférer la vertu à tous les biens et à ne tenir aucun compte de l’abondance des richesses. Car ce sont elles, oui, ce sont elles qui le plus souvent font obstacle à la vertu, quand les jeunes gens ne savent pas user des richesses comme il convient. Lorsque les petits enfants s’emparent d’un couteau ou d’une épée, le plus souvent à cause de leur inexpérience, ils courent un péril évident ; aussi leurs mères ne les laissent-elles pas toucher à ces armes impunément : il en est de même des jeunes gens ; lorsqu’ils ont reçu d’immenses richesses, ils se précipitent eux-mêmes dans un danger manifeste, parce qu’ils ne veulent pas en user comme ils doivent, et dès à présent ils chargent leur conscience de lourds péchés. De là naissent la mollesse, d’absurdes voluptés et mille autres maux : non par cela seul qu’ils possèdent ces richesses, mais parce qu’ils ne savent pas en user comme il convient. Aussi un sage disait-il : Les richesses sont bonnes à celui qui n’a point de péché. (Ecc 13,30) Abraham en effet était riche, ainsi que Job. mais leurs richesses, loir de leur causer aucun dommage, leur ont apporté une plus grande illustration. Pourquoi ? Parce qu’ils ne s’en servaient pas seulement pour leur jouissance personnelle, mais pour le soulagement des autres, venant en aide aux besoins des pauvres et ouvrant leur maison à tout étranger. Écoutons parler l’un d’eux : Si jamais quelqu’un est sorti de ma maison les mains vides et si un malheureux qui avait besoin de secours en a jamais manqué. (Job 31,16) Et non seulement leurs richesses manifestaient leur charité pour les pauvres ; leurs soins révélaient encore leur sage bienveillance, Je servais, dit-il, de pieds au boiteux, d’yeux à l’aveugle et j’arrachais la proie aux dents de l’homme injuste. (Job 29,15, 17) Le voyez-vous veiller sur les opprimés et remplacer pour tous les infirmes leurs membres mutilés ? Imitons-le donc tous, lui qui avant la loi, avant la grâce, a montré une pareille sagesse, et cela, sans avoir eu de maître ni d’ancêtres vertueux ; c’est par lui-même et par la droiture, de sa raison qu’il est arrivé à ces vertueuses pratiques. Car chacun de nous possède au fond de son cœur la connaissance de la vertu, et i moins qu’on ne veuille sacrifier par faiblesse la noblesse de sa naissance, on n’en sera jamais privé. Puisse chacun de nous embrasser cette vertu, la cultiver avec zèle et obtenir les biens qui sont promis à ceux qui aiment Dieu, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui partage, avec le Père et le Saint-Esprit, la gloire, la puissance, l’honneur, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
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