John 16:12
ANALYSE.
- 1. La tristesse a son utilité. – Contre les pneumatomaques.
- 2. Ce que c’est que convaincre, touchant le péché, touchant la justice, touchant le jugement.
- 3. Distinction des hypostases ou des personnes, égalité des personnes, Valentiniens, Marcionites, Anoméens.
- 4. Quel est le bien, quelle est la force de l’union et de la concorde. – Excellence de la charité. – Combien les amis rendent un homme puissant. – Vie misérable de celui qui n’a point d’amis. – La société rend la vie douce et agréable. – Il n’est rien de pire que d’être seul. – Les moines habitaient dans les montagnes. – Que doit-on penser de leur solitude ?— Les chrétiens s’embrassaient dans la célébration des saints mystères. – La charité se fortifie dans les prières, dans la célébration des mystères, dans les exhortations faites en commun.
▼Les Valentiniens, les Marcionites, et les autres gnostiques furent appelés Pneumatomaques, parce qu’ils combattaient la divinité du Saint-Esprit, qu’ils mettaient au nombre des créatures.
? Est-il avantageux que le Maître s’en aille et que le serviteur vienne à la place ? Ne voyez-vous pas combien est grande la dignité du Saint-Esprit ? « Mais si je m’en vais, je vous l’enverrai ». Et quel bien cela nous procurera-t-il ? « Lorsqu’il sera venu, il convaincra le monde (8) » ; c’est-à-dire, vos ennemis ne feront pas impunément ces choses, si le Saint-Esprit vient. Les œuvres que j’ai déjà faites suffisaient pour leur imposer silence ; mais, lorsque le Saint-Esprit aura opéré les œuvres et les prodiges que je vous ai prédits, lorsque ma doctrine sera plus parfaitement répandue, et qu’on aura fait de plus grands miracles, ils subiront un jugement plus rigoureux et une plus grande condamnation, ayant vu tant et de si grands prodiges que vous opérerez en mon nom, preuves et témoignages certains de ma résurrection. Maintenant ils peuvent dire : c’est le Fils d’un charpentier dont nous connaissons le père et la mère. (Mat 13,55) Mais quand ils verront la mort détruite, l’injustice bannie, les boiteux marchant droit, les démons chassés, les dons immenses du Saint-Esprit et toutes ces merveilles opérées par l’invocation de mon nom, que répondront-ils ? Mon Père m’a rendu témoignage, le Saint-Esprit me le rendra aussi : il me l’a rendu dès le commencement, et maintenant encore il me le rendra. 2. Au reste, ce mot : « Il convaincra touchant le péché (9) », signifie : il leur ôtera toute excuse, et il fera voir que leurs crimes sont impardonnables. « Et touchant la justice, parce que je m’en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus (10) » ; c’est-à-dire, j’ai mené une vie irréprochable, et en voici la preuve : je m’en vais à mon Père. Comme les Juifs lui reprochaient continuellement de n’être point envoyé de Dieu, et que pour cela ils publiaient qu’il était un pécheur et un méchant ; Jésus-Christ dit qu’il leur ôtera ce sujet de reproche. Si la pensée qu’ils ont que je ne suis point envoyé de Dieu, leur fait croire que je suis un méchant, lorsque le Saint-Esprit leur aura appris que je suis allé à mon Père, et que je n’y suis point allé pour une heure, mais pour y demeurer toujours ; car c’est là ce que signifie ce mot : « Vous ne me verrez plus », qu’auront-ils encore à alléguer ? Observez, mes frères, que Jésus-Christ détruit la mauvaise opinion qu’on avait de lui par ces deux arguments : il n’est pas d’un pécheur de faire des miracles, car un pécheur ne peut pas faire ces sortes d’œuvres, et aussi il n’est pas d’un pécheur d’être envoyé de Dieu : donc vous ne pouvez pas dire que Jésus est un pécheur, ni qu’il n’est pas envoyé de Dieu. « Et touchant le jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé (11) ». Jésus-Christ parle encore ici du jugement, parce qu’il a vaincu l’ennemi, le prince de ce monde ; ce qu’un pécheur ne peut faire, ni aucun juste d’entre les hommes. Que c’est à cause de moi, dit le Sauveur, qu’il est jugé et condamné : ceux qui dans la suite le fouleront aux pieds, et qui verront manifestement les signes de ma résurrection, le sauront, et ils reconnaîtront que c’est là la marque de sa condamnation : et en effet, il n’a pu me tenir. Les Juifs m’ont accusé d’être possédé du démon et d’être un séducteur : mais toutes ces accusations se montreront vaines et frivoles. Aurais-je terrassé le prince du monde, si j’étais coupable de péché ? Le voilà cependant condamné et chassé. « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez les porter présentement (12) ». Il vous est donc utile que je m’en aille ; lorsque je m’en serai allé, alors vous pourrez les porter. Et qu’est-il arrivé ? Le Saint-Esprit est donc plus grand que vous, puisque maintenant nous ne pouvons porter ces choses, et qu’il nous rendra capables de les porter ? Sa vertu a-t-elle plus de force et d’efficace que la vôtre ? Nullement. Car il vous enseignera ce qui est de moi. C’est pourquoi il dit : « Il ne parlera pas de lui-même ; mais il dira tout ce qu’il aura entendu (13). Il me glorifiera, parce qu’il recevra de moi, et il vous l’annoncera (14). Tout ce qui est à mon Père est à moi (15) ». Jésus-Christ avait dit : le Saint-Esprit vous enseignera et vous fera ressouvenir, et il vous consolera dans vos afflictions, (ce qu’il n’avait pas fait lui-même). Et : il vous est utile que je m’en aille, afin qu’il vienne ; et : maintenant encore, vous ne pouvez pas porter ces choses, mais alors vous le pourrez. Et : il vous introduira dans toute vérité. De peur que de ces paroles les disciples ne prissent occasion de croire que le Saint-Esprit était plus grand que le Fils, et qu’ils ne tombassent par là dans une extrême impiété, il ajoute : « Il recevra de ce qui est à moi » ; c’est-à-dire, ce que j’ai enseigné, il t’enseignera aussi lui-même, il ne dira rien de contraire, rien qui lui soit propre, rien d’étranger à ma doctrine. Comme donc le Sauveur, parlant de soi, dit : je ne parle point de moi-même : c’est-à-dire, je ne dis que ce que j’ai reçu de mon Père ; je ne dis rien qui me soit propre ou qui lui soit étranger, il faut entendre de même ce qu’il dit du Saint-Esprit. « De ce qui est à moi » ; c’est-à-dire, de ce que j’ai appris, de ce que je sais ; car la science du Saint-Esprit et la mienne sont la même science. « Et il vous annoncera les choses à venir ». Par cette promesse, Jésus-Christ élève l’esprit de ses disciples, puisque l’homme ne désire rien tant que d’apprendre ce qui doit arriver. C’est là sur quoi ils faisaient de fréquentes questions, disant à leur Maître : « Où allez-vous ? » Quelle est la voie ? Le Sauveur voulant donc les tirer de cette inquiétude, leur dit : l’Esprit-Saint vous instruira de toutes choses, de peur que vous ne tombiez inconsidérément. « Il me glorifiera ». Comment ? Il fera les œuvres en mon nom. Comme après la venue du Saint-Esprit les disciples devaient faire de plus grands miracles, Jésus-Christ montre de nouveau son égalité, en disant : « Il me glorifiera ». Mais qu’est-ce qu’il appelle : « Toute vérité ? » Car il assure que le Saint-Esprit les introduira dans toute vérité. Jésus-Christ, soit à cause de l’infirmité de la chair dont il était revêtu, ou pour ne paraître point parler de soi ; et aussi parce que ses disciples ne connaissaient pas la résurrection, et qu’ils étaient encore trop imparfaits ; enfin, pour que les Juifs ne parussent pas avoir puni en lui un violateur de la loi ; ménageait le plus souvent ses termes et ne s’éloignait pas ouvertement de la loi. Mais une fois les disciples séparés, les Juifs rejetés, alors que beaucoup allaient croire et obtenir rémission de leurs péchés, alors que le soin de parler de lui était confié à d’autres, ce n’était plus à lui, comme de juste, de se célébrer lui-même. Ainsi donc, semble-t-il dire, si je n’ai pas enseigné ce que je devais enseigner, il ne faut pas l’imputer à mon ignorance, mais à la faiblesse de mes auditeurs. Voilà pourquoi, ayant dit : « Le Saint-Esprit vous introduira dans toute vérité », il a ajouté : « Il ne parlera pas de lui-même ». Mais que le Saint-Esprit n’ait pas besoin d’apprendre, saint Paul le déclare formellement. « Nul ne connaît », dit-il, « ce qui est en Dieu, que l’Esprit de Dieu ». (1Co 2,11) De même donc que l’esprit de l’homme connaît sans avoir appris d’un autre, ainsi le Saint-Esprit « recevra de ce qui est à moi », c’est-à-dire, il ne vous apprendra rien qui ne soit conforme à ma doctrine ▼▼« Conforme à ma doctrine », ou « qui ne vienne de ma part ». Etant comme mon envoyé et mon ambassadeur, l’interprète et l’exécuteur de mes volontés.
. « Tout ce qui est à mon Père est à moi ». Puis donc que ces choses sont à moi, et que le Saint-Esprit vous enseignera ce qu’il a appris de mon Père, il dira ce qui est de moi. 3. Mais pourquoi le Saint-Esprit n’est-il pas venu avant que Jésus-Christ s’en allât ? Parce que, tant que la malédiction subsistait, que le péché n’était point détruit et que les hommes étaient condamnés et destinés au supplice, le Saint-Esprit ne pouvait point venir. Il faut donc, dit-il, que l’inimitié soit détruite, et que nous soyons réconciliés avec Dieu (Eph 2,14, 16), pour que nous puissions recevoir ce don. Et pourquoi le Sauveur dit-il : « Je vous l’enverrai ? » C’est comme s’il disait : je vous préparerai, afin que vous puissiez le recevoir. Car comment pourrait-on envoyer celui qui est partout ? Mais de plus, en disant cela, Jésus-Christ marque la distinction des personnes : voilà pourquoi il parle de la sorte. Et comme le Fils et le Saint-Esprit ne peuvent se séparer, le Sauveur persuade à ses disciples de s’attacher à lui, de l’honorer et de l’adorer. Il pouvait lui-même opérer toutes ces choses, mais il lui laisse faire des miracles, afin qu’ils connaissent sa dignité. Comme le Père a pu produire tout ce qui existe, et que le Fils a créé pareillement, pour nous montrer sa puissance ; le Saint-Esprit de même est venu pour se faire connaître. C’est pour cette raison que le Fils s’est incarné, laissant à l’opération du Saint-Esprit l’occasion de s’exercer, pour fermer la bouche à ceux qui voudraient se servir de ce témoignage de son ineffable bonté pour favoriser leurs sentiments impies. Effectivement, s’ils disent : Le Fils s’est incarné, parce qu’il est inférieur au Père, nous leur répondrons : Que direz-vous donc du Saint-Esprit ? Quoiqu’il n’ait pas pris une chair, vous ne direz pas néanmoins qu’il est plus grand que le Fils, ni que le Fils lui est inférieur. Voilà pourquoi, dans le baptême, on nomme la Trinité : car le Père peut tout faire, tout accomplir, et le Fils aussi, et le Saint-Esprit de même. Mais comme, à l’égard du Père, personne ne le révoque en doute, et que le doute tombe sur le Fils et sur le Saint-Esprit ; dans le sacrement du baptême on nomme la Trinité, afin que vous reconnaissiez la communion et l’unité d’essence et de dignité dans le don des biens ineffables qui nous y est fait en commun par les trois Personnes. Que le Fils puisse faire par lui-même dans le baptême ce qu’il fait en commun avec le Père et avec le Saint-Esprit, la preuve en est claire dans ce qu’il disait parlant aux Juifs ; écoutez-le : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir dans la terre de remettre les péchés ». (Mrc 2,10) Et : « Afin que vous soyez des enfants de lumière ». (Jn 12,36) Et encore : « Je leur donne la vie éternelle ». (Id 10,28) Et derechef : « Afin que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient abondamment ». (Id 10) Maintenant, voyons à l’égard du Saint-Esprit, nous lui verrons faire la même chose : « Les dons du Saint-Esprit », dit l’apôtre, « qui se font connaître au-dehors, sont donnés à chacun pour l’utilité ». (1Co 12,7) Celui donc qui fait ces choses peut, à plus forte raison, remettre les péchés. Et encore : « C’est l’Esprit qui vivifie ». (Jn 6,64) Et : « il vous donnera la vie par son Esprit qui habite en vous ». (Rom 8,11) Et : « L’Esprit est à cause de la justice » (Id 10) qu’il produit en vous. Et encore : « Si vous êtes poussés par l’Esprit, vous n’êtes point sous la loi. (Gal 5,18) Car vous n’avez point reçu l’Esprit de servitude, pour vous conduire encore par la crainte : mais vous avez reçu l’Esprit de l’adoption des enfants ». (Rom 8, 15) Mais, de plus, les miracles que faisaient alors les apôtres, ils les opéraient par le Saint-Esprit, qui était descendu sur eux. Et saint Paul, dans son épître aux Corinthiens, dit : « Mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par l’Esprit de notre Père (VI, 11) ». Comme donc les disciples et les Juifs avaient beaucoup entendu parler du Père ; comme ils avaient vu les grandes œuvres que le Fils avait opérées, et qu’ils n’avaient rien encore appris de bien clair du Saint-Esprit, le Saint-Esprit fait des miracles, et par là il se fait parfaitement connaître. Mais, de peur qu’ils n’en prissent occasion, comme j’ai dit, de le croire plus grand que le Fils, Jésus-Christ ajoute : « Il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir ». Si ce n’était pas dans cette vue que le Sauveur a ajouté ces paroles, ne serait-il pas bien absurde de dire que le Saint-Esprit n’a entendu qu’alors, et en vue des disciples ? En effet, selon vous, l’Esprit-Saint n’aurait dû alors même entendre, que pour répéter aux disciples ce qu’il aurait appris. Est-il rien de plus misérable, et de plus détestable que, cette idée ? Mais, de plus, que devait-il entendre ? Tout ce que, selon vous, il devait entendre, ne l’avait-il pas déjà annoncé par la bouche des prophètes ? Soit qu’il dût parler de la destruction de la loi, ou parler de Jésus-Christ, de sa divinité et de son incarnation, toutes ces choses n’avaient-elles pas déjà été annoncées depuis longtemps ? Que pouvait-il dire de plus clair dans la suite ? « Et il vous annoncera les choses à venir ». Par ces paroles, le divin Sauveur fait évidemment connaître la nature et la dignité du Saint-Esprit, parce qu’il n’appartient qu’à Dieu seul de prédire l’avenir. Que si l’Esprit-Saint l’apprend d’un autre, il n’aura rien de plus que les prophètes. Mais, encore une fois, Jésus-Christ montre par ces paroles la connaissance très exacte et très parfaite que le Saint-Esprit a de Dieu, puisqu’il ne peut dire autre chose. Au reste, ce mot : « Il recevra ce qui est à moi », veut dire de la grâce dont ma chair a reçu la plénitude, ou de cette connaissance que j’ai, non par octroi, ni pour l’avoir reçue d’autrui ; mais parce que la science du Père, du Fils et du Saint-Esprit est une seule et même science. Mais pourquoi Jésus-Christ s’est-il expliqué en ces termes, et non autrement ? Parce que les disciples n’avaient pas encore reçu la connaissance du Saint-Esprit : c’est pour cela qu’il ne s’attache qu’à une seule chose ; à savoir, qu’ils le croient et qu’ils le reçoivent, et qu’ils ne se scandalisent point ; car comme il avait dit : « Le Christ est votre seul chef » (Mat 23,8) et conducteur de peur qu’on ne crût qu’ils n’ajoutaient point foi à la parole de Jésus-Christ, s’ils croyaient au Saint-Esprit, il dit : « Ma doctrine et sa doctrine » sont la même doctrine. Ce que dira l’Esprit-Saint viendra de la même source que mes propres paroles. Ne croyez pas qu’il en dise d’autres ; les choses qu’il dira sont à moi et me glorifieront : la volonté du Père, du Fils et du Saint-Esprit est la même volonté. Et Jésus-Christ veut que nous n’ayons tous aussi qu’une seule et même volonté disant : « Afin qu’ils soient un, comme vous et moi nous sommes un ». (Jn 17,11, 21) 4. Rien n’est égal à l’union et à la bonne intelligence ; par elle un homme isolé devient partie d’un grand tout. Si deux ou dix personnes sont unies ensemble de cœur, chacune d’elles n’est plus une seule, mais elle se décuple, pour ainsi dire ; dans ses dix vous ne trouverez qu’un, et dans un vous trouverez dix. S’ils ont un ennemi, comme alors il ne s’attaque pas à un seul, mais à dix, il faut qu’il succombe, puisqu’il n’est pas repoussé par un seul, mais par dix. Qu’un soit dans le besoin, il n’est pas pour cela dans l’indigence ; il est riche par sa plus grande partie, savoir : par les neuf autres ; et la partie qui tombe est aussitôt soutenue, la plus faible par la plus forte. Chacun d’eux a vingt mains, vingt yeux et autant de pieds ; il ne voit pas seulement par ses yeux, mais encore par ceux des autres ; il ne marche pas seulement par ses pieds, mais encore par ceux des autres ; il n’agit pas seulement par ses mains, mais encore par celles des autres. Chacun d’eux a dix âmes ; car il n’a pas seul le soin de ses affaires, les autres en ont soin pareillement. Et s’ils étaient cent ainsi unis ensemble, il en serait de même, et la force s’augmenterait à proportion du nombre. Ne voyez-vous pas, mes frères, l’excellence de la charité ? Elle rend l’homme invincible, elle le multiplie ; d’un seul elle fait plusieurs. Comment un seul homme pourrait-il être en même temps et en Perse et à Rome ? Ce que la nature ne peut point, la charité le peut ; une partie de lui-même sera ici et l’autre là, ou plutôt il sera tout entier là, et tout entier ici. Mais s’il a mille ou dix mille amis, considérez quelle sera sa force, quel sera son pouvoir. Voyez-vous quel pouvoir de multiplication possède la charité ? En effet, qu’un devienne mille, c’est quelque chose d’étonnant et d’admirable. Pourquoi donc n’acquérons-nous pas une si grande puissance, et ne nous mettons-nous pas en sûreté ? Cela vaut mieux que toutes les dignités, et les richesses, et la santé, et que la lumière même. C’est la source de la joie. Jusques à quand bornerons-nous notre charité à un seul et à deux ? Apprenez à connaître par le contraire les avantages de cette vertu. Supposons quelqu’un qui n’ait point d’amis, ce qui est la marque d’une extrême folie, car il n’y a qu’un insensé qui puisse dire : je n’ai point d’amis. Un homme de cette espèce, quelle vie mènera-t-il ? Fût-il très riche, fût-il dans l’abondance de toutes choses et dans les délices, possédât-il de grandes terres et de gros revenus, il est pauvre, il est nu, il est solitaire et isolé. Il n’en est pas de même de celui qui a des amis ; fût-il pauvre, il vit dans une plus grande opulence que les riches ; et ce qu’il n’oserait dire pour soi, un autre le dira ; ce qu’il ne peut pas se donner lui-même, un autre le lui procurera, ou même beaucoup plus. Ainsi l’union est pour nous un sujet de joie et un port sûr et tranquille. Il ne peut rien arriver de funeste à celui qui est environné de tant de satellites ; les gardes mêmes, qui veillent à la sûreté du prince, n’ont ni tant de vigilance ni tant d’attention. Ceux-ci gardent leur roi par nécessité, ceux-là gardent leur ami par affection et par amour. Or, l’amour a beaucoup plus de force et de pouvoir que la crainte. Le roi est en crainte et en défiance de ses gardes, l’ami se confie à ses amis plus qu’à lui-même, et avec cet appui il ne craint les embûches de personne. Faisons donc ce marché : le pauvre, pour avoir une consolation dans sa pauvreté ; le riche, pour assurer ses richesses ; le prince, pour régner en sûreté ; le sujet, pour gagner la bienveillante du prince. Ce commerce lie les cœurs et rend la vie douce et agréable. Ainsi, parmi les bêtes, celles qui ne s’unissent pas au troupeau sont les plus cruelles et les plus féroces. Voilà pourquoi nous habitons dans des villes, nous avons des places publiques ; c’est afin de nous voir et de vivre ensemble. Saint Paul ordonne cette société, quand il dit : « Ne nous retirant point des assemblées des fidèles ». (Heb 10,25) Il n’est rien de pire que d’être seul et privé de la société. Quoi donc ! direz-vous, et les moines et ceux qui habitent sur les sommets des montagnes ? Les moines ne sont point sans amis, mais en fuyant le tumulte des villes et des places publiques, ils trouvent dans la solitude beaucoup de compagnons que la charité unit et lie étroitement ensemble, et c’est pour se procurer cette douce société qu’ils se retirent. C’est parce que les affaires suscitent toutes sortes de querelles, qu’ils s’en écartent pour donner tous leurs soins à l’exercice de la charité. Mais le solitaire, direz-vous encore, aura-t-il, lui aussi, un si grand nombre d’amis ? Pour moi, à la vérité, je le voudrais bien, que l’on pût vivre tous ensemble, et que la charité se conservât toujours dans toute sa force et sa vigueur, car ce n’est pas le lieu qui fait les amis. Les moines ont bien des gens qui les louent, qui ne les loueraient point s’ils ne les aimaient pas. Et, de leur côté, ils prient pour tout le monde : ce qui est un grand témoignage de leur charité. C’est pour cela que nous nous embrassons mutuellement les uns les autres dans la célébration des saints mystères, afin de ne faire tous qu’un seul corps, quoique nous soyons plusieurs. C’est pour cela que nous prions en commun pour les catéchumènes, pour les malades, pour les fruits de la campagne, pour les habitants de la terre et des mers. Vous voyez que la charité fait paraître sa force et sa vertu dans les prières, dans la participation des saints mystères et dans les exhortations. Elle est la source de tous les biens ; si nous nous y attachons avec zèle et avec ardeur, nous nous conduirons bien en cette vie, et nous obtiendrons le royaume qui nous est promis ; je prie Dieu, de nous l’accorder à tous, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui et avec qui gloire soit au Père et au Saint-Esprit. Ainsi soit-il. HOMÉLIE LXXIX.
ENCORE UN PEU DE TEMPS, ET VOUS NE ME VERREZ PLUS ; ET ENCORE UN PEU DE TEMPS, ET VOUS ME VERREZ. – SUR CELA, QUELQUES-UNS DE SES DISCIPLES SE DIRENT LES UNS AUX AUTRES : QUE VEUT-IL DIRE PAR LA : ENCORE UN PEU DE TEMPS ? ET LE RESTE. (VERS. 16, 17, JUSQU’À LA FIN DU CHAPITRE XVI)
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