John 17:19
ANALYSE.
- 1. Les disciples de Jésus-Christ ne sont pas du monde, Jésus-Christ est égal à Dieu son Père. – Je me sanctifie veut dire je me sacrifie.
- 2. Jésus-Christ recommande à ses disciples la paix et l’union qui attireront à eux les hommes plus que les miracles mêmes.
- 3. Nul ne connaît Dieu, sinon ceux qui connaissent le Fils.
- 4. Croire en Dieu, et l’aimer. – L’infidèle plus charitable que le chrétien. – Combien Dieu nous a donné d’occasions de faire le bien. – À quoi on prodigue son argent et son bien. – Énumération des vices des chrétiens ; on ne va à l’église que pour voir et pour être vu. – Dureté envers les pauvres, tandis que l’on fait mille dépenses superflues. – On voit le mal, personne ne le corrige ; au contraire, plusieurs portent envie à ceux qui le font, et sont fâchés de n’en pouvoir faire autant.
▼Jésus-Christ réfute l’hérésie de Sabellius, en disant qu’il est Venu avec le Père, par où il montre qu’il a son hypostase, qu’il est une personne distincte du l’ère ; ce que Sabellius confondait, soutenant que le Père, et le Fils, et le Saint-Esprit, n’était que la même personne sous ces différentes dénominations : et ne reconnaissant en Dieu qu’une seule personne, il réfute Arius, en disant qu’il demeure avec son Père : ce qui marque l’égalité des personnes, et la consubstantialité que cet hérésiarque combattait, etc.
. « Afin qu’ils soient consommés en l’unité, afin que le monde connaisse que vous m’avez envoyé (23) ». Le Sauveur répète souvent ces paroles pour montrer que la paix et l’union attirent plus les hommes que les miracles mêmes. Comme les contestations désunissent, ainsi la concorde et la paix lient les cœurs et les unissent. « Et je les ai aimés comme vous m’avez aimé ». Avec le mot : « comme », il faut sous-entendre encore ici autant que les hommes peuvent être aimés : or, que Jésus-Christ se soit livré lui-même pour eux, c’est là le témoignage et la marque assurée de son amour. Le Sauveur ayant donc déclaré à ses disciples qu’ils seraient en sûreté, que rien ne pourrait ni les abattre ni les renverser, qu’ils seraient saints, que beaucoup croiraient par eux, et encore qu’ils jouiraient d’une grande gloire ; qu’il ne les avait pas aimés lui seulement, mais que son Père les aimait aussi ; le Sauveur, dis-je, leur déclare enfin maintenant ce qui leur doit arriver après leur sortie de ce monde, après cette vie ; il leur parle des couronnes et des récompenses qui leur sont réservées, et il dit : « Mon Père, je désire que là où je suis, ceux que vous m’avez donnés y soient aussi avec, moi (24) ». C’est donc là ce que les disciples demandaient continuellement, en disant : Où allez-vous ? Mais, Seigneur, que dites-vous ? Ce royaume que vous promettez, vous ne l’avez point encore ; vous l’obtenez par la prière. Pourquoi donc leur disiez-vous : « Vous serez assis sur douze trônes ? » (Mat 19,28) Pourquoi leur avez-vous fait d’autres promesses et plus grandes et plus considérables ? Ne voyez-vous pas, mes frères, que Jésus-Christ dit toutes ces choses par condescendance, et pour s’accommoder à la portée de ses auditeurs ? Si cela n’était pas ainsi, comment aurait-il répondu affirmativement à Pierre : « Vous me suivrez après ? (Jn 13,30) Mais, en un mot, le Sauveur n’a fait cette prière et cette réponse, que pour donner à Pierre et à tous ses disciples un plus grand et plus authentique témoignage de son amour ▼▼Les apôtres, en disant : « Où allez-vous » ? voulaient savoir quel était le but des paroles de Jésus-Christ. Et saint Chrysostome veut prouver ici que, quoique le Sauveur désire que les apôtres soient avec lui où il sera lui-même, et qu’il semble l’ignorer en faisant cette prière pour eux, néanmoins il ne l’a fait que pour leur donner un témoignage plus authentique de son amour, sans qu’on puisse inférer de cette prière, qu’il ait ignoré que ses apôtres seraient avec lui, et pendant cette vie, et dans les siècles à venir.En un mot, Jésus-Christ prie pour ses apôtres. À l’occasion de cette prière, le saint Docteur apostrophe Jésus-Christ, et fait voir que les hérétiques ne peuvent point se prévaloir de cette prière pour nier la divinité de Jésus-Christ ; puisqu’elle ne peut prouver que le témoignage de son amour à leur égard, et non qu’il ait rien ignoré ; au lieu que les apôtres, en demandant « Où allez-vous ? » faisaient voir le désir qu’ils avaient de connaître ce que Jésus-Christ leur disait mais en même temps ils montraient leur ignorance ; ce qu’on ne peut dire de Jésus-Christ. Et le saint Docteur répond par là à cet argument implicite ; la prière de Jésus-Christ suppose de l’ignorance en lui ; car pourquoi prierait-il, s’il savait que Dieu le Père mettra ses apôtres avec lui ? Saint Chrysostome répond : Cette prière ne suppose aucune ignorance, mais elle marque seulement l’amour de Jésus-Christ pour ses apôtres, et qu’il leur parle humainement et selon leur portée, etc.
. « Afin qu’ils contemplent ma gloire que vous m’avez donnée (34) ». C’est encore ici une preuve de l’union du Fils avec son Père, et une preuve véritablement plus relevée et plus sublime que la première. « Vous m’avez aimé », dit-il, AVANT LA CRÉATION DU MONDE, mais néanmoins empreinte encore de condescendance, témoin ces mots : « Vous m’avez donnée ». Sinon, que nos adversaires, que les hérétiques qui prétendent le contraire, me répondent : Celui qui donne, donne certainement à quelqu’un qui préexistait ; donc le Père, ayant auparavant engendré son Fils, lui aurait donné ensuite la gloire, et l’aurait laissé sans gloire jusqu’alors, jusqu’au moment qu’il la lui a donnée ? Mais cela peut-il être ? Cela peut-il se soutenir ? Convenez donc que le mot : « Vous m’avez donnée », signifie : vous m’avez engendré. 3. Mais pourquoi le Sauveur n’a-t-il pas dit « Afin qu’ils participent » ; mais seulement : « Afin qu’ils voient ma gloire ? » C’est qu’il a voulu leur faire entendre que la félicité, que la gloire parfaite consiste à contempler le Fils de Dieu, et que c’est là ce qui rend illustre et heureux, comme le dit saint Paul. « Pour nous, n’ayant point de voile qui nous couvre le visage, et contemplant la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image ». (2Co 3,18) Comme ceux qui, dans un temps serein, contemplant la brillante lumière du soleil, ont du plaisir par les yeux, ainsi nous serons heureux dans l’autre vie : ou plutôt cette contemplation leur procurera un plaisir bien plus grand. Le Sauveur leur fait aussi connaître qu’il n’est pas ce qu’ils voient au-dehors, mais qu’il est une substance redoutable, une majesté qui fait trembler. « Père juste, le monde ne vous a point connu (25) ». Que veut dire cela ? Quelle suite y a-t-il ici ? Le Sauveur déclare que nul ne connaît Dieu, sinon ceux qui connaissent le Fils ; c’est comme s’il disait : Je voudrais que tous vous connussent, mais ils ne vous ont point connu, quoiqu’ils ne vous puissent faire aucun reproche. Car c’est ce que signifie ce mot : « Père juste ». Et l’on voit qu’il dit cela avec peine, songeant qu’ils n’ont pas voulu connaître celui qui est si bon et si juste. Comme les Juifs disaient qu’ils connaissaient Dieu et que Jésus ne le connaissait point, le Sauveur les a en vue, en disant : « Vous m’avez aimé avant la création du monde » : et par là il se justifie de leurs accusations. Comment Jésus-Christ serait-il contraire au Père, lui qui en a reçu toute sa gloire, lui qui en a été aimé avant la création du monde, lui qui a voulu les rendre témoins et participants de cette même gloire ? Il n’est donc pas vrai, comme le prétendent les Juifs, que ce sont eux qui vous connaissent, et que je ne vous connais point ; mais c’est tout le contraire. je vous connais, et ils ne vous connaissent point mais « ceux-ci ont connu que vous m’avez envoyé ». Vous le voyez, mes frères : le Sauveur fait allusion ici à ceux qui disaient qu’il n’était point envoyé de Dieu, et il les a uniquement en vue dans tout ce qu’il dit ici. « Je leur ai fait connaître votre nom, et je le leur ferai connaître (26) » encore. Vous avez pourtant dit que la parfaite connaissance vient du Saint-Esprit. Oui, mais tout ce qui est au Saint-Esprit est à moi. « Afin que l’amour dont vous m’avez aimé demeure en eux, et que je demeure moi-même en eux ». S’ils apprennent qui vous êtes, alors ils sauront que je ne suis point séparé de vous, que je suis votre bien-aimé, votre Fils, uni étroitement à vous. Ceux qui croiront cela, comme il est juste de le croire, auront une véritable foi en moi, et m’aimeront d’un véritable amour. S’ils m’aiment comme il faut, je demeurerai en eux. Ne remarquez-vous pas bien, mes frères, que le divin Sauveur finit son discours par ce qu’il y a de plus excellent : Par l’amour, qui est la source de toutes sortes de biens ? Croyons donc en Dieu, mes chers frères, croyons en Dieu, et aimons-le, de peur qu’on ne dise de nous : « Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renoncent par leurs œuvres » (Tit 1,16) ; et encore : « Il a renoncé à la foi, et est pire qu’un infidèle ». (1Ti 5,8) L’infidèle assiste ses serviteurs, ses proches, et même les étrangers ; mais vous, vous n’avez même pas le moindre soin de votre famille. Quelle excuse aurez-vous un jour, vous qui êtes cause qu’on blasphème et qu’on outrage Dieu ? Considérez, examinez sérieusement, combien le Seigneur vous a donné d’occasions de faire le bien : ayez pitié de celui-ci, vous dit-il, comme de votre sang ; ayez pitié de celui-là, comme de votre ami ; de celui-là, comme de votre voisin ; de l’autre, comme de votre concitoyen ; et de cet autre, parce qu’il est homme. Que si rien de tout cela n’est capable de vous toucher, ni de vous faire remplir votre devoir ; que si vous rompez tous ces liens, écoutez saint Paul qui vous dit que vous êtes pire qu’un infidèle ; puisque l’infidèle, encore qu’il n’ait pas entendu parler de l’aumône, ni des choses célestes, vous a surpassé en humanité. Il vous est ordonné d’aimer vos ennemis, et vous regardez vos proches comme vos ennemis, et vous ménagez plus votre argent que le corps de vos frères.. Toutefois ces richesses, quand vous les aurez dispersées et consumées, ne souffriront aucun dommage ; mais celui-ci périt, parce que vous l’avez négligé, parce que vous lui avez refusé votre secours. Quelle est donc cette manie d’épargner ainsi votre bien, et de ne tenir nul compte de vos parents ? Comment cette passion pour les richesses s’est-elle si fortement allumée dans votre cœur ? D’où vous vient tant d’inhumanité et aine si grande cruauté ? 4. Supposons ici, mes frères, qu’un homme assis sur un trône extrêmement élevé, découvre de là tout-le monde ; ou plutôt, si vous le voulez, considérons seulement ce qui se passe dans cette ville : supposons quelqu’un assis sur une haute éminence, d’où il verrait et contemplerait toutes les actions des hommes. Quels excès, quelles folies ne découvrirait-il pas en eux ! que de larmes il verserait, que d’éclats de rire. Il jetterait ! quelle haine ne concevrait-il pas ? de quelle horreur son âme ne serait-elle pas saisie ? Car nous faisons des choses qui sont dignes de risée, de colère, de larmes, d’indignation et de haine. Celui-ci nourrit des chiens pour prendre des bêtes sauvages, et il se rend sauvage lui-même : celui-là nourrit des ânes et des taureaux pour transporter des pierres, tandis qu’il refuse du pain à des hommes qui meurent de faim. Tel autre dépense un argent immense à faire des hommes de pierre ; et les véritables hommes, qu’il délaisse, deviennent aussi des hommes de pierre dans leur détresse profonde. Cet autre amasse à grands frais des lames d’or, pour en couvrir ses murailles, et voit-il un pauvre tout nu, il n’en est nullement touché. D’autres ajoutent habits sur habits, en inventent tous les jours de nouveaux, pendant que ce malheureux n’a pas de quoi couvrir sa nudité. Les tribunaux sont pleins de gens qui se dévorent les uns les autres. Celui-ci dissipe son bien avec des femmes débauchées et des parasites, celui-là avec des comédiens et des danseurs ; un autre se ruine à bâtir de superbes édifices ; un autre, à acheter des terres et des maisons. Celui-ci suppute des intérêts, celui-là des intérêts d’intérêts. Celui-là rédige des contrats homicides, il passe les nuits sans dormir, et ne veille qu’à la destruction et à la ruine des autres. Le jour venu, l’un court à un trafic injuste, un autre à des débauches et à des dissolutions ; un autre à des concussions et à des rapines. Nous sommes vifs et ardents pour les choses inutiles ou défendues, et pour les choses nécessaires nous n’avons ni âme ni sentiment. Les juges n’ont que le nom de juges ; au fond ils sont des voleurs et des homicides. Si l’on examine les procès et les testaments, on y trouve mille injustices, fraudes, vols, perfidies. Tout le temps se passe à ces sortes d’occupations. On n’en a point à donner aux choses spirituelles, dont on ne fait aucun cas. On n’encombre nos églises que par curiosité mais est-ce là ce que nous vous demandons ? Nous vous demandons de bonnes œuvres et un cœur pur. Que si après avoir passé toute la journée à un commerce d’avarice et d’usures, vous entrez sur le soir à l’église pour y faire quelques courtes prières, certainement vous n’apaisez point la colère de Dieu ; vous ne faites, au contraire, que l’irriter davantage. Si vous voulez apaiser le Seigneur et vous le rendre propice, produisez des œuvres ; informez-vous de la misère et du nombre des misérables, ayez des yeux charitables pour ceux qui sont nus, pour ceux que la faim dévore, pour ceux qu’on outrage et qu’on opprime : le Seigneur vous a donné bien des moyens d’exercer l’humanité. Ne nous trompons donc pas nous-mêmes en menant une vie oisive et inutile ; et ne nous négligeons pas aujourd’hui, parce qu’aujourd’hui nous nous portons bien. Mais, nous souvenant que nous sommes souvent tombés dans de grosses maladies, et que, nous étant vus à la dernière extrémité, nous sommes presque morts d’effroi à la pensée de notre sort à venir, songeons encore aujourd’hui que le même avenir nous attend, vivons dans la même crainte, et devenons meilleurs ; car notre conduite actuelle mérite la condamnation la plus sévère. Ceux qui sont établis pour juger les autres, sont semblables aux lions et aux chiens, les marchands sont semblables aux renards. Quant à ceux qui n’ont ni charges ni affaires, ceux-là mêmes n’usent pas bien de leur loisir : ils passent tout leur temps au théâtre et à d’autres amusements non moins criminels. Et, ce qui est étonnant, personne ne les reprend et ne les corrige de ces désordres ; mais plusieurs leur portent envie et sont au désespoir de n’en pouvoir faire autant, en sorte que ceux-ci sont aussi punissables que les autres, quoiqu’ils ne fassent pas le mal ; car, dit l’apôtre : « Non-seulement ceux qui les font sont « dignes de mort, mais aussi quiconque approuve ceux qui les font ». (Rom 1,32) En effet, leur cœur est également corrompu. D’où l’on voit que la volonté même peut être punissable. Tous les jours je vous dis ces choses, et je ne cesserai point de vous les redire. Si quelques-uns les écoutent, ils en profiteront, et si vous ne les écoutez pas maintenant, sûrement vous les entendrez au jour du jugement, lorsque vous n’en pourrez plus profiter, et alors vous vous condamnerez vous-mêmes ; mais nous, nous serons exempts de blâme et de tout reproche. Mais, à Dieu ne plaise que nous ne rapportions pour tout fruit de nos discours que notre unique justification ! Fasse plutôt le ciel que vous soyez notre gloire et notre couronne devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que nous jouissions tous ensemble des biens éternels, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire, et au Père et au Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
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