John 19:41
HOMÉLIE LXXXV.
ALORS DONC PILATE LE LEUR ABANDONNA POUR ÊTRE CRUCIFIÉ. – AINSI ILS PRIRENT JÉSUS, ET L’EMMENÈRENT. – ET PORTANT SA CROIX, IL VINT AU LIEU APPELÉ DU CALVAIRE, QUI SE NOMME EN HÉBREU GOLGOTHA : OU ILS LE CRUCIFIÈRENT. (VERS. 16, 17, 18, JUSQU’AU VERS. 9 DU CHAP. XIX)ANALYSE.
- 1. Jésus est crucifié entre deux voleurs. – À quoi devait servir l’inscription de la croix de Jésus-Christ.
- 2. Tunique de Jésus-Christ sans couture. – Pourquoi Jésus-Christ recommande sa mère à son disciple.
- 3. La mort de Jésus-Christ n’est point une honte, mais une gloire.
- 4. Ardent amour de Marie-Madeleine.
- 5. Saint Chrysostome condamne le faste et la pompe des funérailles et la dépense qu’on y fait. – Description de ces sortes d’excès. – On expose les morts à demeurer nus sur la terre et sans sépulture. – Ne point mêler les choses saintes avec les choses profanes. – Ceux qui ont répandu de riches parfums sur le corps de Jésus-Christ n’avaient point encore de connaissance de la résurrection. – Jésus-Christ n’a point dit : Vous ne m’avez point enseveli, mais : Vous ne m’avez point donné à manger, etc. Rendre aux morts les derniers devoirs, et prescrire le faste et les dépenses superflues. – Faux et vrais témoignages de compassion pour les morts : les aumônes leur sont utiles et profitables. – Le superflu défendu aux vivants, à plus forte raison à l’égard des morts. – Dans le deuil et dans les funérailles, se conduire par la raison, c’est ce qui attire des louanges et des couronnes. —- Vertu, puissance de Jésus-Christ crucifié, d’avoir persuadé à ceux qui meurent que la mort n’est point une mort. – Troupe de pleureuses aux enterrements. – Ensevelir les morts de manière que cela tourne à la gloire de Dieu : répandre pour eux de grandes aumônes. – Mettre Jésus-Christ au nombre de ses héritiers, c’est se faire à soi et à eux une grande protection. – Une âme qui sort de ce monde nue et destituée de la vertu, est plus déshonorée que le corps qu’on a laissé sans sépulture et qu’on a jeté par terre.
▼Sur ces paroles de Jésus-Christ : « Femme, qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ? Marcion, les Montanistes, les Manichéens, les Valentiniens, et leurs sectateurs, soutenaient que la sainte Vierge n’était pas la mère de Jésus-Christ, et qu’il ne s’était pas véritablement incarné ; mais que tout ne s’était fait qu’en apparence, etc.
: S’il n’était pas né de Marie selon la chair, si elle n’était pas sa mère, pourquoi a-t-il eu un si grand soin d’elle seule « Après cela, Jésus sachant que toutes choses étaient accomplies (28) » ; C’est-à-dire, qu’il ne manquait rien à la dispensation de l’Incarnation, le Sauveur prenait grand soin de faire connaître, par tout ce qu’il faisait et ce qu’il disait, que sa mort était une mort tonte nouvelle. En effet, celui qui mourait tenait tout en son pouvoir, et la mort n’est advenue à son corps que lorsqu’il l’a voulu ; or, il l’a voulu, lorsqu’il a accompli toutes choses. C’est pour cela qu’il avait dit : « J’ai le pouvoir de quitter la vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre » (Jn 10,18) « Jésus, sachant donc que toutes choses étaient accomplies, dit : J’ai soif ». En quoi il accomplit encore une prophétie. Pour vous, considérez, je vous prie, mes frères, la barbarie et la scélératesse de ceux qui sont autour de Jésus. Nous, quelque grand nombre d’ennemis que nous ayons, quelques outrages et quelques maux qu’ils nous aient fait subir, si nous voyons qu’on les fasse mourir, nous les plaignons et nous les pleurons ; mais ces misérables, rien n’a pu les fléchir : les douleurs, les tourments qu’endure Jésus ne les ont point attendris ; au contraire, toujours plus cruels, plus furieux, ils inventent de nouvelles moqueries, ils emplissent une éponge de vinaigre et la lui présentent à la bouche ; ils lui donnent à boire, comme on le faisait pour ceux qui étaient condamnés à mort, car c’est pour cela qu’ils lui présentent ce bâton d’hysope. « Jésus ayant donc pris le vinaigre, dit : « Tout est accompli ». Vous le voyez, mes frères, Jésus, sans se troubler, sans s’émouvoir, fait tout avec autorité, ce qui suit le montre évidemment : « Car toutes choses étant accomplies, baissant la tête » (car il n’y avait point de clous qui la retinssent), « il rendit l’esprit », c’est-à-dire, il expira. Cependant, ce n’est pas après qu’on a baissé la tête qu’on expire ; mais ici, c’est tout le contraire : Jésus n’a pas baissé la tête après avoir expiré, comme cela se voit généralement ; mais après avoir baissé la tête, il a expiré. Par toutes ces circonstances, l’évangéliste montre que ce crucifié était le Seigneur et le Maître de l’univers. 3. Mais les Juifs qui filtraient un moucheron et qui avalaient un chameau (Mat 23,24), ces Juifs qui n’ont pas craint de commettre un sacrilège si énorme, sont inquiets sur la fête, et se consultent sur ce qu’ils feront, pour n’en pas violer la sainteté. « Or, de peur que les corps ne demeurassent à la croix le jour du sabbat, parce que c’en était la veille et la préparation, les Juifs prièrent Pilate qu’on leur rompit les jambes (31) ». Remarquez-vous combien la vérité est forte et puissante ? Le soin et la précaution des Juifs servent à l’accomplissement de la prophétie, et une autre prédiction s’accomplit aussi. « Car il vint des soldats qui rompirent les jambes des autres (32) », mais celles de Jésus, ils ne les rompirent pas (33). Cependant ces mêmes soldats, par complaisance pour les Juifs, ouvrirent son côté avec une lance (34), et ne craignirent point d’outrager jusqu’à son cadavre. O action infâme et exécrable ! Mais, mes chers frères, ne vous troublez point, ne vous abattez point. Ce que viennent de faire les Juifs, par une mauvaise intention et une horrible méchanceté, établit et confirme la vérité de la prophétie, qui disait : « Ils verront celui qu’ils ont percé (37, et Zac 12,10) ». Et cette action impie a servi non seulement à l’accomplissement de la prophétie, mais encore à prouver dans la suite aux incrédules, comme à Thomas et à d’autres, la vérité du crucifiement et de la résurrection de Jésus. De plus encore, par là s’accomplit un grand et ineffable mystère : car « il en sortit du sang et de l’eau (34) ». Ce n’est point sans sujet ou par hasard que ces deux sources ont coulé de l’ouverture du sacré côté du Sauveur : c’est d’elles que l’Église a été formée. Ceux qui sont initiés, ceux qui ont reçu le saint baptême, entendent bien ce que je dis : eux qui ont été régénérés par l’eau, et qui sont nourris de ce sang et de cette chair. C’est de cette heureuse et féconde source que coulent nos mystères et nos sacrements, afin que, lorsque vous approcherez de notre redoutable coupe, vous y veniez de même que si vous deviez boire à ce sacré flanc. Zac 12,10) ». Et cette action impie a servi non seulement à l’accomplissement de la prophétie, mais encore à prouver dans la suite aux incrédules, comme à Thomas et à d’autres, la vérité du crucifiement et de la résurrection de Jésus. De plus encore, par là s’accomplit un grand et ineffable mystère : car « il en sortit du sang et de l’eau (34) ». Ce n’est point sans sujet ou par hasard que ces deux sources ont coulé de l’ouverture du sacré côté du Sauveur : c’est d’elles que l’Église a été formée. Ceux qui sont initiés, ceux qui ont reçu le saint baptême, entendent bien ce que je dis : eux qui ont été régénérés par l’eau, et qui sont nourris de ce sang et de cette chair. C’est de cette heureuse et féconde source que coulent nos mystères et nos sacrements, afin que, lorsque vous approcherez de notre redoutable coupe, vous y veniez de même que si vous deviez boire à ce sacré flanc. « Celui qui l’a vu en rend témoignage, et a son témoignage est véritable (35) ». C’est-à-dire, je ne l’ai pas appris des autres, mais je l’ai vu de mes yeux, étant présent, et mon témoignage est véritable. Rien de plus juste : ce disciple raconte l’outrage qu’on a fait à son Maître ; il ne vous rapporte pas quelque chose de grand et d’admirable que vous puissiez révoquer en doute et soupçonner de faux ; mais, considérant le trésor que renferment et produisent ces sources, il fait en détail le récit de ce qui s’est passé : par où il ferme la bouche aux hérétiques ; il prédit et annonce les mystères qui doivent s’opérer dans la suite. De même, cette prophétie : « Ils ne briseront aucun de ses os (36 ; Exo 12,46) », a trouvé son accomplissement. Car, quoique cela ait été dit de l’agneau de la pâque des Juifs, ce n’était là pourtant qu’une figure destinée à précéder la vérité, à la prédire, et qui a eu son parfait accomplissement en Jésus-Christ : c’est pourquoi l’évangéliste cite la prophétie. Dans la crainte que s’il s’était donné partout pour témoin, il n’eût pas paru digne de foi, il apporte le témoignage de Moïse, pour insinuer que cela ne s’est point fait par hasard, mais que longtemps auparavant il avait été prédit dans l’Écriture, où il est dit : « Vous ne briserez aucun de ses os ». Et en même temps il donne une autorité nouvelle à la parole du prophète : j’ai rapporté ces choses, dit-il, pour vous apprendre et vous faire connaître qu’il y a un grand rapport et une grande liaison entre la figure et la vérité. Ne voyez-vous pas, mes frères, quelles mesures, quelles précautions prend ici l’évangéliste, pour faire croire ce qui paraît honteux et ignominieux ? Car, qu’un soldat eût fait un outrage à ce corps, c’était quelque chose de pire et de beaucoup plus infamant que de l’avoir attaché à une croix ; et néanmoins, je l’ai rapporté, et avec beaucoup de soin, « afin que vous le croyiez ». Que personne donc ne refuse de le croire ; que la honte ne pousse personne à rejeter ce témoignage, au détriment de notre cause. Car ce qui paraît le plus honteux et le plus ignominieux, est ce qui nous élève à une plus grande gloire, et la, source de tous les biens que nous recevons. « Après cela vint Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus (33) ». Non des douze, mais peut-être des soixante-dix. Ces disciples, croyant que la croix avait apaisé la haine et la colère des Juifs, furent librement demander le corps à Pilate, et eurent soin de l’ensevelir. Joseph fut donc trouver Pilate ; il le pria de lui permettre d’enlever le corps de Jésus, et Pilate lui accorda cette grâce ; pourquoi la lui aurait-il refusée ? Alors Nicodème se joignit à Joseph d’Arimathie, et l’aida à détacher et à porter le corps, et ils l’ensevelirent avec magnificence. Car ils ne voyaient encore en Jésus-Christ rien autre chose qu’un homme. Ils mirent le corps dans des linceuls avec des aromates des plus forts et des plus précieux, tels qu’ils pouvaient sûrement le conserver longtemps, et l’empêcher de se corrompre aussitôt ; en quoi ils montraient bien qu’ils n’avaient pas de lui cette haute opinion qu’ils en devaient avoir ; mais, néanmoins, ils lui donnaient des marques d’un grand amour. Mais pourquoi aucun des douze ne fut-il à cette sépulture, ni Jean ni Pierre, ni aucun autre des plus remarquables ? Le disciple qui a écrit cette histoire ne le cache point. Si l’on dit que c’est par crainte des Juifs, on répondra que ceux-ci les craignaient aussi : l’évangéliste rapporte de Joseph qu’il était disciple de Jésus, mais en secret, parce qu’il craignait les Juifs. Et l’on ne saurait dire qu’il agit de la sorte par mépris pour les Juifs, puisque nous voyons au contraire qu’il ne vint pas sans crainte. Mais Jean lui-même, qui s’était tenu debout auprès de la croix de son Maître, et qui l’avait vu expirer, ne parut point et ne fit rien de semblable : que faut-il donc dire ? 11 me semble que Joseph était des plus qualifiés et des plus illustres d’entre les Juifs, comme il y paraît par la dépense qu’il fit pour ces funérailles : qu’il était connu de Pilate, et que c’est pour cela qu’il obtint le corps et qu’il l’ensevelit, non comme un condamné, mais comme les Juifs avaient coutume d’ensevelir un grand et une personne de considération. 4. Et comme le temps les pressait (Jésus étant mort vers la neuvième heure ▼▼C’est-à-dire, sur les trois heures après midi.
), Joseph ensuite ayant été chez Pilate, de là lui et Nicodème étant allés détacher et prendre le corps, il y a toute apparence que le soir approchait ; et alors, la fête commençant, il n’était point permis de travailler : comme donc le temps les pressait, ils déposèrent le corps dans le tombeau le plus proche. Et il arriva, par une disposition de la divine Providence, que ce corps fut déposé dans un sépulcre tout neuf, où personne n’avait encore été mis, afin qu’on ne crût pas que c’était un autre mort enseveli avec lui qui était ressuscité : et afin que les disciples pussent facilement y aller et assister à l’événement, ce lieu étant proche de la ville : et encore, afin que non seulement les disciples de Jésus, mais aussi ses ennemis fussent témoins de sa résurrection. En effet ; la précaution qu’avaient prise les Juifs de s’assurer du sépulcre, d’en sceller la pierre et d’y mettre des soldats pour le garder (Mat 27,66), était un témoignage bien sûr que Jésus y était enseveli. Jésus-Christ n’eut pas moins de soin que sa sépulture fût publiquement reconnue que sa résurrection. Les disciples aussi s’attachent fortement à établir et à confirmer cette vérité, que Jésus était véritablement mort ; car, dans la suite des temps la résurrection devait être suffisamment prouvée. Mais si l’on eût pu répandre des doutes et des ténèbres sur la mort, et même si elle n’eût été tout à fait certaine et évidente, les preuves de la résurrection auraient été obscurcies. Ce n’est donc pas pour ces raisons seulement que le corps fut enseveli dans ce lieu voisin de la ville, mais encore afin que le bruit, que les disciples l’avaient furtivement enlevé, se montrât absolument faux.
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