John 20:9
« Le premier jour de la semaine », c’est-à-dire le dimanche, « au premier point du jour et dès le matin, Marie-Madeleine vint au sépulcre, et elle vit que la pierre avait été ôtée du sépulcre ». (Chap 20,1) Jésus-Christ était ressuscité, et la pierre et les sceaux étaient là exposés aux yeux du public. Et comme il fallait que les autres aussi fussent persuadés de la résurrection, le sépulcre fut ouvert, et par là on reconnut ce qui venait d’arriver. La vue de ce sépulcre ainsi ouvert toucha Marie, qui aimait si ardemment son Maître : le jour du sabbat étant passé, elle n’eut point de repos qu’elle n’eût été au sépulcre, et elle y vint au point du jour, pour recevoir quelque consolation du lieu : et l’ayant vu, et ta pierre renversée, elle n’entra point, elle ne regarda point dedans, mais brûlant d’amour, elle courut vers les disciples, parce qu’elle avait un très grand désir d’apprendre au plus tôt ce qu’était devenu le corps. Sa course et ses paroles le marquaient et le déclaraient hautement. « On a enlevé mon Maître, et je ne sais où on l’a mis ». Ne voyez-vous pas que Marie n’avait point encore une claire connaissance de la résurrection, et qu’elle pensait qu’on, avait transporté le corps die son Maître ? n’entendez-vous pas aussi avec quelle ingénuité elle raconte aux disciples ce qu’elle vient de voir ? Mais l’historien n’a pas manqué de lui donner toutes les louanges qu’elle méritait, et n’a pas cru se déshonorer en faisant connaître que c’était d’elle, qui avait été de nuit au sépulcre, qu’ils avaient appris les premières nouvelles de la résurrection : ainsi se montre, et éclate en tout on amour pour la vérité. Marie étant donc venue et ayant rapporté ces choses, les disciples courent aussitôt au sépulcre, et ils voient les linceuls qui y étaient, comme une marque et un témoignage de la résurrection (3, 4, 5, 6). Si l’on eût, emporté le corps, on ne l’aurait pas dépouillé ; auparavant ; et si on l’avait dérobé, on ne se serait pas donné le soin ni la peine d’ôter le linceul, de le plier et de le mettre en un endroit, mais on l’aurait emporté comme il était. C’est pourquoi l’évangéliste n’a tant d’empressement et de soin de marquer que le corps avait été enseveli avec beaucoup de myrrhe, substance qui colle et attache le linge au corps comme le plomb, qu’afin qu’ayant appris que les linceuls étaient pliés en un lieu, il part, vous n’écoutiez pas ceux qui disent qu’on avait enlevé le corps par fraude. Un voleur n’aurait pas été assez fou pour employer tant de temps à une chose inutile. Pour quelle raison aurait-il laissé les linceuls ? Comment se serait-il arrêté à les détacher du corps, sans qu’on s’en fût aperçu ? Il fallait pour cela bien du temps, et s’il eût ainsi tardé, il n’aurait guère pu manquer d’être pris sur le fait. Mais pourquoi les linceuls étaient-ils là séparément, et le suaire plié en un lieu à part ? Peut vous montrer que, cela ne s’était pas fait à la hâte et tumultueusement, puisque les linceuls et le suaire étaient séparés et pliés à part : en un mot, cela s’est fait ainsi, afin que les disciples crussent la résurrection. C’est pourquoi Jésus-Christ leur apparut ensuite, comme étant déjà persuadés de la résurrection par ce qu’ils avaient vu. Considérez ici, je vous prie, mes frères, combien l’évangéliste est éloigné du faste et de la vanité : examinez le soin qu’il a de certifier que Pierre fit une exacte recherche. Étant arrivé le premier au sépulcre et ayant vu les linceuls qui y étaient, il ne chercha rien de plus, et il se retira. Mais Pierre, qui était vif et bouillant, entra dans le sépulcre, examina tout avec attention, et fit une nouvelle découverte ; alors il appela Jean afin qu’il vînt aussi voir. Jean étant donc entré après Pierre, vit de même les linges qui avaient servi à ensevelir le corps, séparés et pliés en un lieu à part. Or, ces linges ainsi séparés, pliés et mis en un lieu à part, prouvent visiblement que celui qui les avait rangés de cette manière n’était ni pressé ni troublé, mais qu’il était tranquille et attentif à ce qu’il faisait. 5. Vous l’avez entendu, mes frères : le Seigneur est ressuscité nu ; gardez-vous donc de ces folles dépenses qu’on fait aux enterrements. À quoi sert une vaine et folle dépensé, dommageable aux parents du mort, sans être d’aucun avantage au mort lui-même ; ou plutôt qui, si l’on veut avouer la vérité, est très-ruineuse pour ceux-là et très dommageable pour ceux-ci. Souvent la magnificence, la somptuosité avec laquelle on ensevelit les morts, a été cause que les voleurs les ayant déterrés et dépouillés, les ont laissés nus et sans sépulture : mais, ô vaine gloire ! tu portes ta tyrannie jusques sur les deuils et les enterrements, et quelle folie n’inspires-tu pas ? Plusieurs, en effet, pour empêcher ce malheur, découpent et déchirent de très-belles et très-précieuses toiles, et, après les avoir remplies de beaucoup d’aromates, ils les enterrent, afin que de cette manière elles soient inutiles aux voleurs. N’est-ce pas là l’action d’un furieux et d’un insensé ; faire éclater son faste et sa vanité, et en détruire aussitôt la matière ? Oui, disent-ils, c’est l’expédient que nous avons trouvé, afin que nos morts soient en sûreté, et que ce que nous leur donnons leur demeure. Quoi donc ! Si les voleurs n’emportent pas ces draps, les teignes et les vers ne les mangeront-ils pas ? Et si les vers et les teignes les épargnent, le temps et la pourriture ne les détruiront-ils pas ? Mais supposons que ni les vers, ni les teignes, ni le temps, ni aucun autre accident ne détruise ces choses, qu’on ne touche point au corps, et que tout se conserve dans sa fraîcheur, sa solidité, sa finesse, les morts en seront-ils plus avancés et plus riches ? Le corps ressuscitera nu, ces dépouilles resteront dans le sépulcre, et ne nous serviront de rien pour rendre notre compte. Pourquoi donc, direz-vous, a-t-on enseveli le corps de Jésus-Christ dans ces linceuls pleins de précieux aromates ? Ah ! gardez-vous de mêler les choses saintes avec les choses profanes : gardez-vous de confondre ce qu’on a fait pour le Seigneur avec ce que l’on fait pour des hommes : témoin les parfums répandus par la femme débauchée sur les pieds sacrés du Sauveur. S’il en faut parler, nous dirons d’abord que ceux qui ont fait ces choses n’avaient point encore de connaissance de la résurrection ; c’est pourquoi l’évangéliste dit : « Selon que les Juifs ont accoutumé d’ensevelir ». (Jn 19,41) Ceux qui honoraient ainsi Jésus-Christ n’étaient pas de ses douze disciples, mais de ceux qui ne l’honoraient qu’à moitié : ce n’est pas de cette sorte que les douze apôtres sont honoré, mais en souffrant la mort pour lui, en s’exposant pour lui à mille périls et à mille morts. L’honneur que lui ont rendu ceux dont je parle, était véritablement un honneur, mais de beaucoup inférieur à celui-ci. De plus, comme j’ai dit, nous parlons maintenant des hommes, et c’est du Seigneur qu’il s’agissait alors. Mais afin que vous sachiez qu’il ne se souciait pas de ces choses, écoutez ce qu’il dit « Vous m’avez vu avoir faim, et vous m’avez donné à manger : avoir soif, et vous m’avez donné à boire : nu, et vous m’avez revêtu ». (Mat 25,35, 36, 37) Jamais il n’a dit : vous m’avez vu mort, et vous m’avez enseveli. Je ne vous dis pas ceci pour vous détourner de rendre aux morts les devoirs de la sépulture. A Dieu ne plaise ! mais afin que vous proscriviez le luxe et les dépenses fastueuses et mal placées. Ce sont là, direz-vous, des témoignages de notre douleur, de notre affection pour le mort. Non, ne vous y trompez pas, mes frères ; non, ce n’est point là de l’affection pour le mort, mais de la vanité. Vous voulez lui marquer votre compassion ? Je vais vous montrer des funérailles d’une autre espèce, et vous apprendre comment vous le couvrirez de vêtements qui le rendront illustre : de vêtements que ni les vers, ni le temps ne consumeront point, et que les voleurs n’emporteront point. Quels sont-ils ? C’est le manteau de l’aumône ; ce manteau ressuscitera avec lui : l’aumône demeure imprimée comme un sceau. Ils brilleront par leurs vêtements, ceux à qui, en ce jour redoutable, on dira : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ». Ce sont là les vêtements qui rendent célèbres et illustres ceux qui en sont revêtus : ce sont là les vêtements qui nous mettent en sûreté. Ceux que l’on fait maintenant sont une vaine et folle dépense, qui ne sert qu’à nourrir les teignes et les vers. Encore une fois, je ne dis point ces choses pour empêcher les funérailles, mais seulement je veux que vous n’excédiez point les bornes, que vous vous contentiez de couvrir le corps et de ne point le mettre nu en terre. S’il est prescrit à ceux mêmes qui vivent d’avoir uniquement de quoi se couvrir, c’est la même chose, à plus forte raison, pour les morts. En effet, un mort n’a pas tant de besoin de vêtements qu’un homme qui vit et qui respire. Lorsque nous vivons, les habits nous sont nécessaires, tant pour le froid que pour la pudeur : les morts, exempts de ces nécessités, demandent seulement que leur corps ne soit pas mis nu dans la terre : sans compter qu’ils sont déjà très-bien couverts par la terre elle-même, linceul parfaitement approprié à leur nature. Si donc, ici – bas même, où nous sommes sujets à tant de besoins et de nécessités, il ne faut rien rechercher de superflu ; à bien plus forte raison, là où il n’y en a point autant, la vanité et le faste sont-ils blâmables et hors de propos. 6. Mais, direz-vous, si on le voit, si on le sait, on rira, on se moquera de nous. Certes, il ne faut point tant se soucier de ces ris, que de l’extrême folie des rieurs. Et croyez-moi, il se trouvera plutôt bien des gens qui nous admireront, et qui loueront notre philosophie et notre vertu. Ce n’est point là ce qui est digne de risée, mais c’est ce que nous faisons : nos excès, nos pleurs, nos gémissements, s’ensevelir avec les morts, voilà ce qui est digne des ris et du supplice. Mais philosopher, mais se conduire par la raison et dans le deuil et dans la manière de vêtir les morts, c’est sûrement ce qui nous procurera des couronnes et des louanges. Tous nous applaudiront, tous admireront la vertu de Jésus-Christ, et diront : Ah ! combien est grand le pouvoir de Jésus-Christ ! Il a persuadé à ceux qui doivent nécessairement mourir que la mort n’est point une mort voilà pourquoi ils n’agissent point comme créatures périssables, mais comme s’ils envoyaient les leurs les précéder dans un meilleur séjour. Il leur a persuadé que ce corps corruptible et terrestre sera revêtu de l’incorruptibilité, parure bien plus précieuse que les habits d’or et de soie. Et c’est pour cela qu’ils ne s’attachent pas à faire de si pompeuses funérailles, regardant une bonne vie comme le plus somptueux des enterrements. Voilà ce qu’ils diront, s’ils nous voient philosopher de la sorte et nous conduire avec sagesse : mais s’ils nous voient tristes et abattus, s’ils apprennent que nous menons autour du corps une troupe de pleureuses, ils se riront de nous, ils nous diffameront, ils nous diront des injures, et ils blâmeront la vaine et superflue dépense que nous faisons. Car c’est là sur quoi tous s’écrient et nous font des reproches, et certes ils ont raison. En effet, où peut être notre excuse, quand nous parons un corps que la pourriture et les vers vont consumer, et qu’au contraire nous négligeons, nous méprisons Jésus-Christ qui a soif, qui est nu dans ces rues, et sans logement ? Cessons donc de nous donner ces soins et ces peines superflues : ensevelissons les morts, mais de manière que, et dans eux et dans nous, cela tourne à la gloire de Dieu. Répandons pour eux de grandes aumônes, munissons-les de bonnes provisions pour leur voyage. Si la mémoire des grands hommes qui sont morts est utile et avantageuse à ceux qui vivent (car le Seigneur dit : « Je protégerai cette ville à cause de moi et de mon serviteur David ») (2Ro 19,34), à plus forte raison l’aumône attirera-t-elle ces avantages et cette protection aux morts. En effet, l’aumône, oui, l’aumône ressuscite les morts : c’est elle qui a ressuscité Dorcas (Act 9,36, 39), lorsque les veuves, entourant saint Pierre, lui montrèrent les habits que ses mains leur avaient faits. Lors donc que quelqu’un est près de mourir, que son plus proche parent prenne soin de ses funérailles ; qu’il conseille au mourant de laisser quelque chose aux pauvres ; qu’il l’envoie dans l’autre monde avec ces vêtements, qu’il l’engage à constituer Jésus-Christ son héritier. Si les rois, en instituant des héritiers, créent à leur famille une forte garantie ; celui qui laisse Jésus-Christ héritier avec ses enfants, quelle bienveillance n’attire-t-il pas, et sur lui-même, et sur toute sa famille ? Telles sont les belles funérailles : voilà celles qui sont profitables et aux vivants et aux morts. Si nous avons de pareilles funérailles, nous sortirons du tombeau, au jour de la résurrection, tout brillants et couverts de gloire. Mais si, ayant soin de notre corps, nous négligeons noire âme, nous aurons beaucoup à souffrir dans l’autre monde, et nous nous attirerons de grandes risées et de grandes moqueries. Ce n’est pas une petite infamie que de sortir de ce monde dénué de vertu : un corps privé de la sépulture et jeté par terre n’est pas si déshonoré que l’est une âme qui n’est point parée de vertu. Revêtons-nous donc de la vertu, couvrons-nous de ce manteau. Si, par malheur, nous l’avons négligée durant notre vie, soyons sages du moins à la mort, et ayons grand soin de nous faire des amis et des protecteurs par nos aumônes. Forts de ces secours réciproques, puissions-nous comparaître au divin Tribunal avec cette pleine confiance que je vous souhaite, mes frères, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient la gloire, l’empire, l’honneur, ainsi qu’au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
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