John 3:30
ANALYSE
- 1. Rien n’est plus grand que la vérité, rien n’est plus bas que le mensonge. – Pourquoi Jésus-Christ ne baptisait pas, mais seulement ses disciples.
- 2. Les disciples de Jean portaient envie à ceux de Jésus-Christ.
- 3. Comment l’Église devient l’épouse de Jésus-Christ. – Maux et pertes que cause la vaine gloire : elle renverse les villes et les déserts. – Comment on peut se délivrer de ce vice et le vaincre. – La gloire de ce monde est vaine et fausse : la gloire du ciel est seule réelle et véritable : y élever ses yeux, vrai moyen de mépriser tout ce qui est ici-bas, et toute la gloire des hommes.
▼« Un Juif », saint Chrysostome dit : μετὰ ιουδαίου, et plusieurs exemplaires lisent de même. Notre Vulgate dit : « Les Juifs ». Au reste, il est facile de concilier cette petite différence ; parce qu’il est assez vraisemblable que la contestation ayant d’abord été commencée par un Juif qui avait reçu le baptême de Jésus-Christ, passa aux autres et devint générale.
, touchant la purification ▼▼« La Purification », autrement « le Baptême », qui est appelé « Purification », parce que les Juifs le mettent au nombre des purifications légales, On peut aussi appeler le baptême « purification » parce que le propre effet du baptême est de purifier.
(25) ». Et cela n’est pas surprenant, puisque les disciples de Jean portaient continuellement envie aux disciples de Jésus-Christ, ou plutôt à Jésus-Christ même : lorsqu’ils les virent baptiser, ils commencèrent dès lors à parler à ceux qu’ils baptisaient pour leur insinuer que leur baptême, à eux, avait une supériorité sur celui des disciples de Jésus-Christ, et s’étant approchés de quelqu’un de ceux qui venaient d’être baptisés, ils tâchèrent de le lui persuader et ne le purent pas : mais l’évangéliste fait clairement entendre que ce sont les disciples de Jean et non pas ce Juif, qui ont excité cette dispute : car il ne dit pas qu’un certain Juif leur avait demandé leur avis ; mais il dit que la question touchant la purification d’où vint la dispute, fut agitée par les disciples de Jean avec un Juif. 2. Faites attention, je vous prie, mes frères, à la douceur et à la retenue de l’évangéliste. Il ne prend point de parti, il ne s’emporte ni contre les uns, ni contre les autres ; mais autant qu’il le peut, il diminue la faute, disant seulement qu’il s’éleva une dispute. Toutefois, la suite fait bien voir que c’est par jalousie que ces disciples avaient excité la dispute ; mais il le rapporte encore avec bien de la modération, car il dit : « Ils vinrent trouver Jean et lui dirent : Maître, celui-là qui était avec « vous au-delà du Jourdain, auquel vous avez « rendu témoignage, baptise maintenant et tous vont à lui (26) ». C’est-à-dire celui que vous avez baptisé ; car c’est ce que signifie ce mot : a Celui auquel vous avez rendu témoignage » ; en d’autres termes : celui que vous avez illustré, et que vous avez rendu célèbre, ose imiter ce que vous faites : ils n’eurent garde de dire : celui que vous avez baptisé : ils auraient été forcés de faire mention de cette voix qui s’était fait entendre d’en haut et aussi de la descente du Saint-Esprit : mais que disent-ils ? « Celui qui était avec vous au-delà du Jourdain, auquel vous avez rendu « témoignage ». C’est-à-dire : celui qui était au nombre de vos disciples, qui n’avait rien de plus que nous, s’est séparé de nous et baptise. Mais ce n’est pas seulement par là qu’ils croyaient pouvoir l’animer contre Jésus, c’est encore en lui insinuant que son baptême serait à l’avenir moins illustre et moins célèbre car, ajoutent-ils, « tous vont à lui ». D’où il paraît visiblement qu’ils ne purent même pas amener à leur sentiment le Juif avec qui ils avaient disputé. Ils parlaient ainsi, parce qu’ils étaient incomplètement instruits et encore sensibles à l’ambition. Que fit donc Jean-Baptiste ? il ne les reprit pas durement, de crainte qu’en le quittant ils ne se portassent à quelque mauvaise action. Mais que leur dit-il ? « L’homme ne peut rien recevoir, s’il ne lui a été donné du ciel (27) ». Que s’il parle de Jésus-Christ dans des termes trop bas, ne vous en étonnez pas ; il ne pouvait pas tout d’un coup instruire des hommes si prévenus, et qui étaient dans de si mauvaises dispositions. Mais cependant il tâche de les effrayer, et de leur faire connaître que, de combattre contre Jésus, c’était combattre ainsi contre Dieu même. Gamaliel fit la même réponse : « Vous ne pourrez détruire cette œuvre, et vous seriez en danger de combattre contre Dieu même ». (Act 5,39) L’évangéliste établit la même vérité d’une manière un peu enveloppée. Il fait répondre à ces disciples : « L’homme ne peut rien recevoir, s’il ne lui a été donné, du ciel. » C’est-à-dire, vous tentez l’impossible, et en agissant de la sorte, vous vous mettez en danger de combattre contre Dieu même. Quoi donc ? Théodas (Act 5,36) n’agissait-il pas par lui-même ? J’en conviens : il agissait véritablement par lui-même ; mais à peine parut-il, qu’il fut anéanti et toute son œuvre avec lui. Mais il n’en est pas ainsi de l’œuvre de Jésus-Christ. Par là, Jean apaise insensiblement ses disciples, en leur faisant voir que ce Jésus, à qui ils osaient s’opposer, n’est pas un homme, mais un Dieu qui les surpasse en dignité, et en gloire. Qu’ainsi, si ses œuvres brillaient et éclataient, si tous allaient à lui, il ne fallait pas s’en étonner, car telles sont les œuvres de Dieu : que celui qui faisait de si grandes choses était un Dieu, autrement ses œuvres n’auraient pas eu tant de force ni tant de vertu. Qu’au reste, les œuvres des hommes se découvrent et se détruisent facilement ; or, il n’en est pas de même pour celles-ci : elles ne sont donc pas des œuvres humaines. Et remarquez comment il tourne contre eux-mêmes ces paroles : « Celui à qui vous avez rendu témoignage », par où ils croyaient l’exciter à perdre Jésus-Christ. Car après leur avoir montré que ce n’était pas par son témoignage que Jésus-Christ était devenu illustre, il leur ferme la bouche en disant : « L’homme ne peut rien recevoir de soi-même, s’il ne lui a été donné du ciel ». Que veut dire cela ? Si vous admettez mon témoignage, et si vous le croyez véritable, apprenez de même, que ce n’est pas moi que vous devez mettre au-dessus de lui, mais lui que vous devez regarder comme au-dessus de moi. Quel est en effet le témoignage que j’ai porté ? Je vous en prends à témoin : Voilà pourquoi il ajoute : « Vous me rendez vous-mêmes témoignage que j’ai dit : Je ne suis point le Christ, mais : J’ai été envoyé devant lui (28) ». Si donc c’est à cause du témoignage que je lui ai rendu, que vous venez me dire : « Celui à qui vous avez rendu témoignage » ; qu’il vous en souvienne donc de mon témoignage, et vous reconnaîtrez que non seulement il ne l’a point abaissé, mais encore qu’il l’a beaucoup relevé. Mais d’ailleurs ce témoignage ne venait point de moi, il vient de Dieu même, qui le lui a rendu par ma bouche. C’est pourquoi si je vous parais digne de foi, rappelez-vous qu’entre plusieurs autres choses que j’ai dites, j’ai dit aussi que « j’ai été envoyé devant lui ». Ne voyez-vous pas que Jean-Baptiste fait insensiblement connaître que cette parole est divine ? Car voici ce qu’il veut dire : Je suis un ministre, et je dis ce que m’a ordonné de dire celui qui m’a envoyé ; je ne cherche pas à plaire aux hommes, mais je remplis le ministère que m’a confié son Père en m’envoyant ; ce n’est ni par faveur, ni par complaisance que j’ai rendu ce témoignage ; j’ai dit ce que j’avais mission de dire. Ne croyez donc pas que je sois pour cela quelque chose de grand ; ma mission, mes paroles, tout ne tend qu’à faire connaître sa grandeur et son excellence. Car il est le Seigneur et le maître de toutes choses ; ce qu’il déclare encore par les paroles qu’il ajoute : « L’époux est celui à qui est l’épouse ; mais l’ami de l’époux qui se tient debout, et qui l’écoute, est ravi de joie d’entendre la voix de l’époux (29) ». C’est pourquoi celui qui a dit : « Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers », se dit maintenant son ami, non pour s’élever et se donner des louanges, mais pour montrer combien il a à cœur les intérêts de Jésus-Christ ; que ce qui se passe ne se fait point malgré lui, ni contre sa volonté, mais à son grand contentement ; et qu’il n’a rien dit, qu’il n’a rien fait qui ne tendît à cette unique fin ; voilà ce qu’il fait très-prudemment connaître par le nom d’ami. En effet, dans les mariages les serviteurs de l’époux n’ont ni tant de joie, ni tant de plaisir que ses amis. Jean-Baptiste ne se dit donc pas égal en dignité à l’époux, à Dieu ne plaise ! mais il se dit son ami, pour marquer l’excès de sa joie et pour se mettre à la portée de ses disciples. Il a déjà fait entendre qu’il n’est qu’un envoyé, qu’un ministre, en se disant envoyé devant lui. C’est pourquoi il se dit l’ami de l’époux, et aussi parce qu’il voyait ses disciples souffrir de ce qu’on allait à Jésus-Christ ; par là il leur fait voir que non seulement cela ne lui fait aucune peine, mais encore qu’il s’en réjouît extrêmement. Puis donc que je suis venu, dit-il, pour travailler et contribuer à ce grand ouvrage, bien loin de m’attrister que tous aillent à Jésus-Christ, j’aurais au contraire une douleur extrême, s’il en était autrement. Si l’épouse n’allait pas trouver son époux, c’est alors que je m’affligerais ; mais non maintenant que je voie réussir mes efforts. Son œuvre s’accomplit, c’est un sujet de gloire ; pour nous ce que nous désirions avec tant d’ardeur se réalise ; l’épouse connaît son époux. Et vous-mêmes, vous m’en rendez témoignage, quand vous me dites : « Tous vont à lui ». Voilà ce que je voulais, et c’est pour cela que j’ai tout fait : aussi, témoin de cet heureux succès, je m’en réjouis, je tressaille, je bondis d’allégresse. 3. Mais que signifient ces paroles : « L’ami de l’époux qui se tient debout, et l’écoute, est ravi de joie » d’entendre « la voix de l’époux ? » Jean-Baptiste se sert ici d’une parabole pour arriver à son sujet. Car en parlant d’époux et d’épouse, il montre comment se font les fiançailles, à savoir : par la parole et par la doctrine ; c’est ainsi que l’Église est fiancée à Dieu. C’est pourquoi saint Paul disait : « La foi vient de ce qu’on a ouï, et on a ouï parce que la parole de Jésus-Christ » (Rom 10,17) a été prêchée. Cette parole me ravit de joie. Mais à l’égard de ce mot : « Qui se tient debout », ce n’est pas sans intention qu’il s’exprime ainsi, mais pour montrer que son ministère est fini, qu’il faut maintenant qu’il se tienne debout et qu’il écoute après avoir remis l’épouse à son époux : qu’il est le ministre et le serviteur de l’époux, que ses bonnes espérances, que ses vœux sont comblés ; voilà pourquoi il continue ainsi : « Je me vois donc dans l’accomplissement de cette joie » ; c’est-à-dire, j’ai accompli mon œuvre, nous n’avons plus rien à faire. Ensuite, il retient, il renferme dans son cœur la vive douleur qui le presse, en considérant, non seulement les maux présents, mais ceux aussi qui doivent arriver encore. Il en prédit quelque chose et le confirme et par ses paroles, et par ses œuvres, en disant : « Il faut qu’il croisse et que je diminue » ; c’est-à-dire, mon ministère est fini, je dois me retirer et disparaître ; mais pour lui, son temps est arrivé, il doit s’avancer et s’élever ; c’est pourquoi, ce que vous craignez, non seulement va arriver présentement, mais encore s’accroîtra de plus en plus. Et voilà même ce qui illustre le plus notre ministère, et ce qui en fait toute la gloire ; c’est pour cela que j’ai été son précurseur, et je suis ravi de joie de voir que l’œuvre de Jésus-Christ ait un si grand et si heureux succès, et que le but vers lequel ont tendu tous nos efforts, soit désormais atteint. Ne voyez-vous pas, mes chers frères, avec quelle patience et quelle sagesse Jean-Baptiste apaise la douleur de ses disciples, étouffe leur jalousie et leur fait connaître que s’opposer à l’accroissement de Jésus-Christ, c’est tenter l’impossible ? remède propre, entre tous, à guérir leurs mauvaises intentions. Car si la divine Providence a permis que toutes ces choses arrivassent du vivant de ce saint précurseur, et lorsqu’il baptisait encore, c’est afin qu’il rendît témoignage de la supériorité du Sauveur, et que ses disciples fussent sans excuse, s’ils s’obstinaient à ne pas croire en Jésus-Christ. En effet, ce ne fut pas de lui-même qu’il se porta à rendre ces témoignages, ni pour satisfaire la curiosité d’autres personnes ; ce fut pour répondre aux demandes de ses disciples, qui seuls l’interrogeaient et entendaient ses réponses. Car, s’il eût parlé de son propre mouvement, ils n’auraient pas cru si facilement, qu’en apprenant ce qu’il pensait, et par la réfutation de leurs objections, et par la réponse à leurs demandes. Ainsi les Juifs, qui lui avaient envoyé des gens, pour l’interroger et savoir son sentiment, ne s’y étant pas rendus, lorsqu’ils le connurent, se sont pour cela même rendus indignes de tout pardon. Qu’est-ce donc que tout cela nous apprend ? Que la vaine gloire est la source et la cause de tous les maux : c’est elle qui a jeté les Juifs dans une furieuse jalousie ; c’est elle qui les a ranimés après une courte trêve, et portés à aller trouver Jésus-Christ pour lui dire : « pourquoi vos disciples ne jeûnent-ils point ? » (Mat 9,14) Fuyons donc ce vice, mes bien-aimés. Si nous le fuyons, nous nous préserverons de l’enfer : car c’est principalement ce vice qui en attise le feu, tant sa domination s’étend sur tout, tant il exerce son tyrannique empire sur tout âge et sur tout rang ; c’est lui qui met le trouble dans l’Église, qui ruine les républiques, qui ruine les maisons, les villes, les peuples, les provinces. Pourquoi vous en étonner, quand il a bien pu pénétrer jusque dans le désert, où il a fait sentir toute la forte de son pouvoir ? Ceux qui s’étaient dépouillés de leurs biens et de leurs richesses, qui avaient renoncé au luxe du monde, à toutes ses pompes et à ses maximes, qui avaient surmonté les désirs de la chair et les violentes passions de la cupidité, ont souvent tout perdu pour s’être laissé vaincre par la vaine gloire. C’est par ce vice que celui qui avait beaucoup travaillé a été vaincu par celui qui, bien loin d’avoir travaillé, avait au contraire commis beaucoup de péchés. Je parle du pharisien et du publicain. Mais prêcher contre ce vice, vous montrer les maux qu’il cause, ce serait peine perdue, car tout le monde est du même avis sur ce point ; et ce dont il s’agit, c’est de réprimer en soi cette funeste passion. Comment donc en viendrons-nous à bout ? En opposant la gloire à la gloire. Comme, en effet, nous dédaignons les richesses de la terre, lorsque nous en envisageons d’autres ; comme nous méprisons cette vie, lorsque nous pensons à une autre qui est bien préférable, nous pourrons de même rejeter la gloire de ce monde, lorsque nous songerons à une gloire plus belle, à ce qui est proprement la vraie gloire. Celle dont nous parlons n’est qu’une vaine et fausse gloire, un nom sans réalité ; mais celle du ciel est une gloire véritable, qui a pour panégyristes, non les hommes, mais les anges, les archanges et le Seigneur des archanges, ou plutôt aussi les hommes mêmes. Si vous jetez les yeux sur ce théâtre, si vous cherchez à connaître le prix de ces couronnes, si vous vous transportez au lieu où retentissent ces applaudissements, les biens de la terre ne seront pas capables de vous toucher et de vous arrêter ; vous ne vous prévaudrez plus de leur possession, vous ne chercherez pas à les acquérir si elles vous manquent. Dans cette cour, on ne voit aucun des satellites du roi, au lieu de rechercher les bonnes grâces de celui qui siège sur le trône et porte le diadème, s’occuper de ces cris d’oiseaux, de ces bourdonnements de moucherons qui s’appellent les éloges des hommes. Connaissant donc la bassesse des choses humaines, envoyons, plaçons tous nos biens et toutes nos richesses dans ces inviolables trésors, et cherchons la gloire qui est stable et éternelle. Je prie Dieu de nous l’accorder à tous, par la grâce et par la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui et avec qui la gloire soit au Père et au Saint-Esprit, etc. HOMÉLIE XXX.
CELUI QUI EST VENU D’EN HAUT, EST AU-DESSUS DE TOUS. CELUI QUI TIRE SON ORIGINE DE LA TERRE, EST DE LA TERRE, ET SES PAROLES TIENNENT DE LA TERRE. (VERS. 31, JUSQU’AU VERS. 34)
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