John 4:29
ANALYSE.
- 1. Suite de l’histoire de la Samaritaine : humilité de cette femme.
- 2. Pour quelle raison Jésus-Christ, ainsi que les prophètes, exprime souvent sa pensée par des comparaisons, des métaphores, des allégories. – Les prophètes ont semé, les apôtres ont moissonné.
- 3. Suivre l’exemple de la samaritaine ; confesser soi-même ses péchés pour en faire pénitence. – On craint les hommes, on ne craint pas Dieu : on craint d’être déshonoré devant les hommes, et on ne craint pas de l’être devant Dieu. – On cache ses péchés aux hommes, et on ne s’efforce pas de les effacer devant Dieu par la pénitence. – Vraie pénitence, en quoi elle consiste. – Retourner au péché, c’est être semblable au chien qui retourne à ce qu’il a vomi. – Excellents moyens pour se corriger de ses vices : examiner ses péchés chacun en particulier, n’en passer aucun. – Saint Chrysostome a cru que la fin du monde était proche. – Le Seigneur arrivera subitement : se tenir toujours prêt à son avènement.
▼En effet, il est toujours plus doux de recueillir que de semer.
. Au reste, par ces paroles, Jésus-Christ veut dire : la volonté des prophètes mêmes est que tous les hommes viennent à moi, la loi a proposé la voie ; ils ont semé pour produire ce fruit : le Sauveur montre aussi que c’est lui qui les a envoyés, et qu’il y a beaucoup d’affinité entre l’ancienne et la nouvelle loi ; et tout cela il le fait par cette parabole. Il cite encore ce proverbe qui était dans la bouche de tout le monde : « Car », dit-il, « ce que l’on dit d’ordinaire est vrai en cette rencontre : que l’un sème et l’autre moissonne (37) ». En effet, plusieurs disaient : Quoi ! les uns ont eu toute la peine, et les autres ont recueilli tout le fruit ? Et Jésus-Christ dit que cette parole trouve ici sa juste application : les prophètes ont travaillé, et vous, vous recueillez le fruit de leurs travaux. Il n’a point dit la récompense, car ils n’ont pas accompli gratuitement un si grand travail ; il dit seulement : le fruit. Daniel s’est vu dans le même cas ; il cite ce proverbe : « C’est aux méchants à faire le mal ▼▼Ou : « Le mal est venu des méchants ».
. David aussi, en répandant des larmes, rappelle le même proverbe ▼. (1Sa 24,14) Jésus-Christ avait déjà dit auparavant : « Ainsi que celui qui sème soit dans la joie, aussi bien que celui qui moissonne ». Comme il devait dire que l’un sèmerait et l’autre moissonnerait, afin qu’on ne crût pas, comme j’ai dit, que les prophètes seraient privés de leur récompense, il ajoute quelque thèse de tout nouveau et à quoi on ne pouvait pas s’attendre, quelque chose qui n’arrive point dans les choses sensibles, irais qui distingue les choses spirituelles. Car s’il arrive dans les choses sensibles que l’un sème et que l’autre moissonne, le semeur et le moissonneur ne sont pas ensemble dans la joie ; mais l’un est dans la tristesse d’avoir travaillé pour l’autre, et celui-ci est seul dans la joie. Or, ici il n’en est pas de même : ceux qui ne moissonnent pas ce qu’ils ont semé sont dans la joie comme ceux qui moissonnent ; d’où il est visible qu’ils participent tous à la récompense. « Je vous ai envoyé moissonner ce qui n’est pas venu par votre travail : d’autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leurs travaux (38) ». Par ces paroles Jésus-Christ les excite et les encourage davantage. S’il paraissait dur et pénible de parcourir toute la terre et de prêcher, il fait voir au contraire que cela leur serait facile. En effet, ce qui était laborieux et causait de grandes sueurs, c’était d’ensemencer et d’amener à la connaissance de Dieu une âme qui n’en avait nulle idée. Mais à quelle fin Jésus-Christ dit-il ceci ? Afin que, quand il les enverrait prêcher, ils ne se troublassent et ne se décourageassent point, comme s’ils étaient envoyés à une œuvre laborieuse et bien difficile. La fonction des prophètes était effectivement pénible, leur dit-il ; et les faits confirment ce que je dis, que votre tâche, à vous, est facile. Ainsi que dans la moisson il est facile d’amasser des fruits, et qu’en peu de temps on remplit l’aire de gerbes, sans attendre la saison, ni l’hiver, ni le printemps, ni les pluies ; c’est la même chose ici : les faits l’attestent assez haut. Pendant que Jésus-Christ discourait ainsi avec ses disciples, les Samaritains sortirent de leur ville et arrivèrent ; et le fruit fut amassé sur-le-champ, Voilà pourquoi il disait : « Levez vos yeux et considérez les campagnes qui sont déjà blanches ». Le Sauveur dit ces choses, et l’effet suit aussitôt, la parole. « Il y eut beaucoup de Samaritains de cette ville-là qui crurent en lui sur le rapport de cette femme, qui les assurait qu’il lui avait dit tout ce qu’elle avait jamais fait (39) ». Car ils voyaient bien que ce n’était ni par faveur, ni par complaisance, qu’elle avait loué Jésus, puisqu’il l’avait reprise de ses péchés et qu’elle n’aurait pas découvert ainsi à tout le monde la honte de sa vie pour faire plaisir à quelqu’un. 3. Suivons donc l’exemple de la Samaritaine, et que la crainte des hommes ne nous empêche pas de confesser publiquement nos péchés ; mais craignons Dieu comme il est juste de le craindre : Dieu qui à présent voit nos œuvres, Dieu qui punira un jour ceux qui maintenant ne font pas pénitence. Mais, hélas ! nous faisons tout le contraire : nous ne craignons pas celui qui nous doit juger ; et ceux dont nous n’avons rien à craindre, qui ne nous peuvent faire, aucun mal, nous les redoutons, nous ne craignons rien tant que d’être flétris par eux. Voilà pourquoi nous serons punis en cela même en quoi nous craignons de l’être ▼ : car celui qui ne prend garde qu’à n’être point déshonora devant les hommes, et qui ne rougit point de commettre le mal devant Dieu, s’il ne fait pénitence, sera diffamé au jour du jugement, non devant une ou deux personnes, mais aux yeux de tout le monde entier. En effet, que là il se doive trouver une grande assemblée, pour voir vos bonnes et vos mauvaises œuvres, c’est ce que vous apprend la parabole des brebis et des boucs. (Mat 25,34) Saint Paul vous en avertit aussi : « Car nous devons tous », dit-il, « comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ ; afin que chacun reçoive ce qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu’il aura faites pendant qu’il était revêtu de son corps ». (2Co 5,40) Et encore : « Il découvrira les plus secrètes pensées du cœur ». (1Co 4,5) Vous avez commis un péché, ou vous avez eu la pensée de le commettre, cela, à l’insu des hommes ? mais ce ne sera point à l’insu de Dieu : et cependant vous n’en êtes nullement en peine, et vous ne craignez que les yeux des hommes. Pensez donc que, dans ce jour, il ne vous sera pas possible de vous cacher aux hommes, et qu’alors tout sera exposé à nos yeux comme dans un tableau, afin que chacun prononce la sentence contre soi-même. C’est là de quoi l’exemple du riche ne nous permet pas de douter. Il vit debout devant ses yeux le pauvre qu’il avait méprisé, je veux dire Lazare, et celui qu’il avait rejeté avec horreur : maintenant il le prie de soulager sa soif d’une goutte d’eau sur le bout de son doigt. (Luc 16,49) Je vous en conjure donc, mes frères, encore que personne ne voie ce que nous faisons, que chacun de vous entre dans sa conscience, qu’il prenne la raison pour juge, et qu’à ce tribunal il fasse comparaître ses péchés. Et s’il ne veut pas qu’ils soient divulgués au jour terrible du jugement, qu’il y applique les remèdes de la pénitence et qu’il guérisse ses plaies. Car chacun peut, quoique chargé de mille plaies, chacun peut s’en aller guéri. « Si vous pardonnez », dit Jésus-Christ, « vos fautes vous seront pardonnées ; mais si vous ne pardonnez point, elles ne vous seront point pardonnées ». (Mat 6,14-15) En effet, comme les péchés noyés dans le baptême ne reparaissent plus, ainsi les autres seront effacés, si nous faisons pénitence. Or, la pénitence consiste à ne plus commettre les mêmes péchés. « Car celui qui y retourne est semblable à un chien qui retourne à ce qu’il avait vomi » (2Pi 11, 21-22), et à celui aussi qui, comme dit le proverbe, bat le feu ▼▼« Qui bat le feu ». Ou qui remué, qui agite, qui souffle le leu celui qui retombe dans les mêmes péchés, lui est semblable ; parce qu’au lieu d’éteindre sa passion et sa concupiscence, il l’allume, de même que celui qui bat, ou souffle le feu, le ranime et l’enflamme davantage, bien loin de l’éteindre. Vid. Adag. Erasm.
, et qui tire de l’eau dans un vase percé ▼▼On sait que tirer de l’eau dans un vaisseau percé, ou dans un crible, c’est perdre son temps et sa peine ; c’est ne rien faire. Il en est de menue de celui qui retombe toujours dans les mêmes péchés qu’il a pleurés, et dont il a fait pénitence, etc.
. Il faut donc s’abstenir du vice, et de fait et de cœur, et appliquer à chaque péché le remède qui lui est contraire. Par exemple : avez-vous ravi le bien d’autrui ? avez-vous été avare ? abstenez-vous de voler, et appliquez à votre plaie le remède de l’aumône. Vous avez commis le péché de fornication ? cessez de le commettre et appliquez à cette plaie la chasteté. Vous avez terni la réputation de votre frère par votre langue ? cessez de médire et appliquez le remède de la charité. Faisons ainsi la revue de chacun de nos péchés en particulier, et n’en passons aucun ; car le temps de rendre compte est proche, certainement il est proche : c’est pourquoi saint Paul disait. « Le Seigneur est proche : Ne vous inquiétez de rien ». (Phi 4,5-6) Mais à nous, au contraire, peut-être faut-il nous dire : le Seigneur est proche, soyez dans l’inquiétude. Ces fidèles avaient de la joie d’entendre ces paroles : « Ne vous inquiétez de rien », eux qui passaient leur vie dans les calamités, dans les travaux, dans les combats. Mais à ceux qui, vivant dans les rapines et dans les voluptés, ont un terrible compte à rendre, ce n’est point cela qu’il leur faut dire, mais : le Seigneur est proche, inquiétez-vous ! Et certes la consommation du siècle n’est point éloignée, déjà le monde se hâte vers sa fin. Les guerres, la misère, les tremblements de terre, le refroidissement de la charité, la prédisent et l’annoncent. Comme le corps qui expire et qui est près de mourir est accablé de mille douleurs ; comme aussi d’une maison qui va s’écrouler se détachent du toit et des murailles bien des morceaux qui tombent à terre, de même la fin du monde est proche, et voilà pourquoi toutes sortes de maux l’attaquent de toutes parts. Si alors le Seigneur était proche, il l’est bien plus à présent ; si plus de quatre cents ans se sont écoutés depuis que saint Paul à dit : le Seigneur est proche ; s’il appelait son époque l’accomplissement des temps, à plus forte raison, du temps présent, doit-on dire qu’il est la fin du monde. Mais peut-être c’est pour cela que quelques-uns ne le croient pas. Eh ! n’est-ce pas, au contraire, une nouvelle raison de le croire ? D’où le savez vous, ô homme, que la fin n’est pas proche, que cette prédiction de saint Paul est encore loin de son accomplissement ? Comme ce n’est pas le dernier jour que nous disons être la fin de l’année, mais aussi le dernier mois, quoiqu’il soit de trente jours ; de même, quand il s’agit d’un si grand nombre d’années, un espace de quatre cents années peut être appelé la fin. Quoi qu’il en soit, dès lors l’apôtre a prédit la fin du monde. Modérons-nous donc, changeons de vie, complaisons-nous dans la crainte de Dieu. Car dans le temps même où nous aurons le plus de confiance, lorsque nous y penserons le moins et que nous ne nous y attendrons pas, c’est alors que tout à coup le Seigneur arrivera. Voilà de quoi Jésus-Christ nous avertit, en disant : « Il arrivera, à la consommation de ce siècle, ce qui arriva au temps de Noé et au temps de Loth ». (Mat 24,37) Saint Paul nous le prédit de même : « Lorsqu’ils diront » : Nous voici en « paix » et en « sûreté, ils se trouveront surpris tout d’un coup d’une ruine imprévue, comme l’est une femme grosse des douleurs de l’enfantement ». (1Th 5,3) Qu’est-ce que cela veut dire, des douleurs d’une femme grosse ? Souvent les femmes grosses, au moment où elles jouent, dînent, sont au bain, se promènent sur la place publique, né pensent à rien moins qu’à ce qui va leur arriver, se trouvent subitement attaquées des douleurs de l’enfantement : puis donc que nous sommes également menacés d’être surpris, tenons-nous toujours prêts. On ne nous dira pas toujours ces choses, nous n’aurons pas toujours la même faculté, « Qui est celui », dit l’Écriture, « qui vous louera dans l’enfer ? » (Psa 6,5) Faisons donc pénitence en ce monde, afin que Dieu ait, pitié de nous au jour futur, et que nous obtenions le pardon entier de nos péchés. Je le demande pour nous tous, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire et l’empire, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXXV.
LES SAMARITAINS ÉTANT DONC VENUS LE TROUVER, LE PRIÈRENT DE DEMEURER CHEZ EUX, ET IL Y DEMEURA DEUX JOURS. – ET IL Y EN EUT BEAUCOUP, PLUS QUI CRURENT EN LUI, POUR L’AVOIR ENTENDU PARLER. – DE SORTE QU’ILS DISAIENT A CETTE FEMME : CE N’EST PLUS SUR CE QUE VOUS NOUS EN AVEZ DIT QUE NOUS CROYONS EN LUI, CAR NOUS L’AVONS OUÏ NOUS-MÊMES, ET NOUS SAVONS QU’IL EST VRAIMENT LE CHRIST, SAUVEUR DU MONDE. – DEUX JOURS APRÈS IL SORTIT DE CE LIEU, ET S’EN ALLA EN GALILÉE. (VERS. 40, 41, 42, 43, JUSQU’AU VERS. 53)
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