Romans 8:15
HOMÉLIE XIV.
AINSI, MES FRÈRES, NOUS NE SOMMES POINT REDEVABLES A LA CHAIR. CAR SI C’EST SELON LA CHAIR QUE VOUS VIVEZ, VOUS MOURREZ ; MAIS SI, PAR L’ESPRIT, VOUS MORTIFIEZ LES ŒUVRES DE LA CHAIR, VOUS VIVREZ. (VIII, 12, 13, JUSQU’À 27)Analyse.
- 1. Il faut mortifier la chair, mais seulement dans ses inclinations mauvaises, et non dans ses fonctions utiles.
- 2. L’Esprit de Dieu doit tout conduire en nous, l’âme et le corps, c’est à cette condition que nous devenons enfants de Dieu, non simplement comme les Juifs, mais d’une manière plus haute.
- 3. Commencement de la prière des catéchumènes. – Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, et c’est lui qui nous fait dire à Dieu : Notre Père. – Nous sommes donc les fils de Dieu, et non seulement ses fils, mais ses héritiers, et non seulement ses héritiers, mais les cohéritiers de Jésus-Christ.
- 4. Cet héritage de la gloire future est tel que les peines de cette vie présente sont sans proportion avec lui.
- 5. Cette gloire sera telle encore que toute la création soupire après elle de concert avec l’homme. – Car la création faite pour l’homme sera elle-même transformée et délivrée de l’asservissement à la corruption.
- 6. Nous avons déjà reçu les prémices de cette gloire, les prémices de l’Esprit, comment le reste pourrait-il nous manquer ? – Vivons donc en espérance, attendons dans la patience. – L’espérance a pour objet, non ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas encore.
- 7. A la patience qui est notre fait se joint le don de l’Esprit-Saint qui nous excite à l’espérance, et par elle adoucit nos peines. Ce n’est pas seulement dans les moments difficiles que la grâce nous assiste, c’est encore dans les circonstances ordinaires de la vie, par exemple elle nous apprend ce qu’il est utile que mous demandions à Dieu. – Explication de cette parole un peu obscure : Mais l’Esprit lui-même prie pour nous par des gémissements inénarrables.
- 8. Bonté de Dieu envers les hommes, démontrée par celle dont il a usé envers les Juifs.
- 9-11. Longue et pathétique exhortation à la pratique de l’aumône.
▼Άποχαρηδοχία.
signifie une attente impatiente. Et pour rendre la figure plus vive, il personnifie le monde entier : comme faisaient aussi les prophètes, qui nous représentent les fleuves battant des mains, les rochers bondissant et les montagnes tressaillant d’allégresse, non pour nous faire croire que ce soient des êtres animés, ou capables de penser, mais pour nous faire comprendre l’excellence des biens, comme si les êtres inanimés eux-mêmes en sentaient le prix. 5. Ils en font souvent autant dans les sujets tristes, nous dépeignant la vigne versant des larmes, le vin ; les montagnes, les lambris du temple poussant des gémissements, afin de nous faire comprendre l’excès des maux. A leur exemple, l’apôtre personnifie ici la création, et nous dit qu’elle gémit, qu’elle enfante ; non qu’il ait entendu quelques gémissements sortir de la terre ou du ciel, mais pour nous indiquer l’étendue des biens à venir et nous faire soupirer après le terme des maux qui nous enchaînent. « Car la créature est assujettie à la vanité, non point volontairement ; mais à cause de celui qui l’y a assujettie ». Qu’est-ce que cela signifie : « La créature est assujettie à la vanité ? » C’est-à-dire : Elle est devenue corruptible. Pour qui et pourquoi ? À cause de vous, ô homme ! Dès que votre corps est devenu mortel et passible, la terre a été maudite et a produit des épines et des chardons. Or, que le ciel aussi, vieillissant comme la terre, doive subir une transformation en un état meilleur, écoutez-en la preuve tirée du ; prophète : « Au commencement, Seigneur, vous avez fondé la a terre, et les cieux sont les œuvres de vos a mains. Ils périront, mais vous subsisterez ; ils vieilliront tops comme un vêtement ; vous les replierez comme un manteau et ils seront changés ».(Psa 102,26) Isaïe disait aussi dans le même sens : « Regardez le ciel en haut et la terre en bas ; le ciel a la solidité de la fumée, la terre vieillira comme un manteau, et ceux qui l’habitent périront a comme eux ». (Isa 51,6) Voyez-vous comment la créature est assujettie à la vanité, et comment elle est délivrée de la corruption ? En effet le prophète dit : « Vous les replierez comme un manteau et ils seront changés », et Isaïe : « Ceux qui l’habitent, périront comme eux ». Mais il ne veut point parler d’une destruction complète ; car les habitants de la terre, c’est-à-dire les hommes, ne subiront point une telle destruction, mais une destruction temporelle, et par laquelle ils passeront à l’incorruptibilité, aussi bien que la création. Le prophète désigne en effet tous les êtres créés en disant : « Comme eux » ; et c’est aussi ce que Paul dit plus bas. En attendant, il parle de cette servitude, montre pourquoi elle est telle et déclare que nous en sommes cause. Quoi donc ? Est-ce pour un autre que la création a subi ce dommage ? Nullement : car elle a été faite pour moi. Comment donc, si elle a été faite pour moi, a-t-elle été traitée injustement en souffrant pour mon amendement ? D’ailleurs il ne faut parler ni de juste ni d’injuste, à propos d’êtres inanimés et insensibles. Mais Paul, après l’avoir personnifiée, ne donne aucune des raisons que je viens de dire ; c’est d’une autre façon qu’il se hâte de consoler L’auditeur. Et comment ? Que dites-vous là ? reprend-il. Elle a été maltraitée à cause de vous, et elle est devenue corruptible ? Mais on né lui a fait aucun tort ; car par vous elle redeviendra incorruptible ; c’est ce qu’indiquent ces expressions : « Dans l’espérance ». Et quand il dit : « Elle est assujettie, non point volontairement », il n’entend pas qu’elle soit capable de volonté ; il veut seulement vous apprendre que tout est le fruit de la providence du Christ, et non l’œuvre de la nature elle-même. Dites-moi : de quelle espérance parle-t-il ? « Parce que la créature elle-même sera aussi affranchie ». Qu’est-ce que cela veut dire : « Elle-même aussi ? » Ce ne sera pas vous seulement qui jouirez de ces biens ; mais ce qui vous est inférieur, ce qui n’est point doué de raison ni de sentiment, les partagera aussi avec vous. « Sera aussi affranchie de la servitude de la corruption » : c’est-à-dire ne sera plus corruptible, mais participera à la beauté de votre corps. Car, comme elle est devenue corruptible, dès que vous l’avez été vous-même ; ainsi, dès que vous serez incorruptible, elle vous accompagnera, elle vous suivra : c’est ce que l’apôtre indique par ces mots : « Pour passer à la liberté de la gloire des enfants de Dieu (21) ». C’est-à-dire, à cause de la liberté. Il en est de la création, nous dit-il, comme d’une nourrice qui, ayant élevé le fils d’un roi, jouit de ses biens, quand il est parvenu au trône paternel. Voyez-vous partout l’homme au premier rang, et tout se faisant à cause de lui ? Voyez-vous comme Paul console celui qui combat, et fait voir l’infinie bonté de Dieu ? Pourquoi, nous dit-il, nous affliger des épreuves ? Vous souffrez pour vous, et la nature souffre à cause de vous. Il ne console pas seulement, mais il montre que ce qu’il a dit est digne de foi. Car si la créature, faite uniquement pour vous, espère, à bien plus forte raison devez-vous espérer, vous par qui elle doit jouir de ces biens. Ainsi, chez les hommes, quand un fils doit paraître revêtu de quelque dignité, le père donne à ses serviteurs des vêtements plus dignes, en l’honneur même de son fils : comme Dieu revêtira la nature d’incorruptibilité pour la faire passer à la liberté de la gloire de ses enfants. « Car nous savons que toutes les créatures gémissent et sont dans le travail de l’enfantement, jusqu’à cette heure (22) ». 6. Voyez-vous comme il fait rougir l’auditeur ? Par là il semble lui dire : Ne soyez pas au-dessous de la nature, ne vous attachez pas aux choses présentes, non seulement il ne faut pas s’y attacher, mais il faut gémir de ce que le départ est retardé. Car si la nature le fait, à bien plus forte raison devez-vous le faire, vous qui êtes doué de raison. Mais ce n’était point là un motif suffisant pour faire rougir : c’est pourquoi il ajoute : « Et non seulement elles, mais aussi nous-mêmes qui avons les prémices de l’Esprit ; oui, nous-mêmes nous gémissons au dedans de nous (23) » ; c’est-à-dire, nous qui avons déjà goûté les biens à venir. Un homme fût-il dur comme la pierre, les dons qu’il a reçus sont bien propres à exciter son ardeur, à le détacher du présent, à le faire voler au-devant des biens à venir, et cela pour deux motifs : et parce qu’il a déjà reçu de si grands bienfaits, et parce que les prémices sont si nombreuses et si considérables. Si en effet ces prémices sont déjà telles que, par elles, on soit délivré du péché, en possession de la justice et de la sanctification, que ceux de ce temps-là aient pu chasser les démons, ressusciter les morts par leur ombre et leurs vêtements ; songez à ce que sera le don dans son entier. Et si la nature, quoique privée d’intelligence et de raison, quoique ne sachant rien de tout cela, gémit cependant ; à bien plus forte raison nous-mêmes devons-nous gémir. Ensuite pour ne point donner prise aux hérétiques et n’avoir pas l’air de calomnier le présent, il dit : « Nous gémissons », non parce que nous accusons le présent, mais parce que nous soupirons pour de plus grands biens ; car c’est ce que signifient ces mots : « Attendant l’adoption ». Que dites-vous donc, Paul, je vous prie ? vous ne cessez de redire et de crier que déjà nous sommes devenus fils de Dieu, et maintenant vous ne nous offrez plus cet avantage qu’en espérance, et vous écrivez qu’il faut l’attendre ? Pour corriger donc son expression, il ajoute : « La rédemption de notre corps », c’est-à-dire, la gloire complète. Maintenant nous sommes encore dans l’obscurité, en attendant notre dernier soupir : car beaucoup, qui étaient des enfants, sont devenus des chiens et des captifs. Si nous mourons dans cette douce espérance, alors le don sera immuable, plus évident, plus grand, et n’aura plus à craindre de changement de la part de la mort et du péché. Alors le bienfait sera solide, quand notre corps sera délivré de la mort et de ses mille souffrances. Car ce sera la rédemption, et non un simple affranchissement ; en sorte que nous ne pourrons plus retourner à notre ancien esclavage. Et pour que vous ne doutiez pas, quand vous entendez tant parler de gloire sans bien comprendre, il vous découvre l’avenir en partie, en transformant votre corps et avec lui toute la nature : ce qu’il exprime ailleurs plus clairement, en disant : « Qui réformera le corps de notre humilité en le conformant à son corps glorieux ». (Phi 3,21) En un autre endroit il écrit encore : « Et quand ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors sera accomplie cette parole qui est écrite : La mort a été absorbée dans sa victoire ». (1Co 15,54) Et pour montrer que l’état des choses présentes disparaîtra avec la corruption du corps, il écrit encore ailleurs : « Car la figure de ce monde passe ». (1Co 7,31) « Car », dit-il, « c’est en espérance que nous avons été sauvés (24) ». Comme il a beaucoup insisté sur la promesse des biens à venir, et qu’il semblait avoir attristé l’auditeur, encore trop faible, en lui montrant les biens seulement en espérance ; après avoir prouvé qu’ils sont bien plus évidents que les biens présents et visibles ; après avoir disserté sur les dons déjà reçus et montré que nous avons aussi reçu les prémices des autres : de peur que nous ne cherchions qu’ici-bas, que nous ne soyons infidèles à la noblesse provenant de la foi, il dit : « Car c’est en espérance que nous sommes sauvés ». Il ne faut pas tout chercher ici-bas, mais aussi espérer. C’est, là le seul don que nous ayons fait à Dieu : la foi à l’avenir qu’il nous promet, et nous n’avons été sauvés que par cette voie-là : si nous perdons cette voie, nous perdons aussi toute notre offrande. Je vous le demande, nous dit l’apôtre, n’étiez-vous pas sujet à teille maux ? N’étiez-vous pas désespéré ? N’étiez-vous pas sous le poids de la sentence ? Tous les efforts qu’on faisait pour vous sauver n’étaient-ils pas impuissants ? Qu’est-ce qui vous a donc sauvé ? L’espoir en Dieu seulement, la foi à ses promesses et à ses dons ; vous n’avez rien apporté de plus. Or, si cette foi vous a sauvé, gardez-la donc maintenant. Car si elle vous a déjà procuré de si grands biens, évidemment ses promesses d’avenir ne vous failliront pas. Après volis avoir recueilli quand vous étiez mort, perdu, prisonnier, ennemi, et vous avoir fait ami, fils, libre, juste, cohéritier ; après vous avoir accordé des avantages que personne n’eût jamais osé espérer : comment, après une telle libéralité, une telle bienveillance, ne vous assisterait-elle pas dans la suite ? Ne me dites donc pas : encore des espérances, encore l’attente, encore la foi. Car c’est par là que vous avez été sauvé, et c’est la seule dot que vous ayez apportée à l’Époux. Tenez-y donc et conservez-la ; si vous demandez tout à la vie présente, vous perdez votre mérite, le principe de votre gloire. C’est pourquoi l’apôtre ajoute : « Or, l’espérance qui se voit n’est pas de l’espérance ; car ce que quelqu’un voit, comment l’espérerait-il ? Et si nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, nous l’attendons par la patience… (25) ». C’est-à-dire : Si vous cherchez tout ici – bas, qu’avez-vous besoin d’espérer ? Qu’est-ce donc que l’espérance ? La confiance dans l’avenir. Qu’est-ce que Dieu vous demande donc de si coûteux, lui qui vous a donné tous les biens de son fond ? Il ne vous demande qu’une seule chose, l’espérance, afin que vous puissiez ainsi contribuer en quelque chose à votre salut ; et c’est à cela que Paul fait allusion, quand il ajoute : « Et si nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, nous l’attendons par la patience ». En effet, Dieu récompense celui qui espère, comme un homme qui travaille, qui est malheureux et accablé de misère : car le mot de patience est synonyme de fatigue et de courage à souffrir. Cependant il accorde cette consolation à celui qui espère, pour soulager son âme pliant sous le fardeau. 7. Ensuite pour montrer que, dans ces légères tribulations nous avons un puissant secours, Paul ajoute : « De même l’esprit aussi aide nos faiblesses ». A vous la patience ; à l’esprit, d’exciter eu vous l’espérance et par elle d’alléger vos travaux. Puis, pour vous faire comprendre que la grâce ne vous assiste pas seulement dans les travaux et dans les dangers, mais qu’elle agit avec vous, même dans les opérations les plus faciles et qu’en tout elle vous prête son aide, il ajoute : « Car nous ne savons ce que nous devons demander dans la prière ». Et il dit cela, soit pour montrer la providence de l’Esprit à notre égard, soit pour leur apprendre à ne pas croire nécessairement utile tout ce qui paraît tel à la raison humaine. »En effet, comme il était probable que, flagellés, chassés, maltraités de mille manières, ils chercheraient le repos et croiraient utile de demander, cette grâce à Dieu, il leur dit : ne vous figurez pas que tout ce qui vous semble utile, le soit réellement. Car, en cela encore « nous avons besoin du secours de Dieu : tant l’homme est faible, tant il est néant par lui-même ! Voilà pourquoi il disait : « Nous ne savons ce que nous de vous demander dans la prière ». Et pour que le disciple ne rougisse plus désormais de son ignorance, il fait voir que les maîtres se trouvent dans le même cas. En effet, il ne dit point : « Vous ne savez pas » ; mais : « Nous ne savons pas ». Il indique d’ailleurs qu’il ne parle pas ainsi par modestie. Car sans cesse il demandait dans ses prières de voir Rome, et néanmoins sa prière était sans résultat ; il priait aussi souvent à l’occasion de l’aiguillon qui lui avait été donné dans sa chair, c’est-à-dire à raison des dangers qu’il courait, et il n’était nullement exaucé non plus que, dans l’Ancien Testament, Moïse demandant à voir la Palestine, Jérémie priant pour les Juifs et Abraham pour les habitants de Sodome. « Mais l’Esprit lui-même demande pour nous par des gémissements inénarrables ». Cette parole est obscure, parce que beaucoup des prodiges de ce temps-là, ont cessé aujourd’hui. Il est donc nécessaire de vous exposer quel était alors l’état des choses, et par là tout s’éclaircira. Quelle était donc alors la situation ? Dieu accordait des dons différents à ceux qui étaient baptisés, et ces dons s’appelaient esprits. « Les esprits des prophètes », nous dit-il, « sont soumis aux prophètes ». L’un avait le don de prophétie et prédisait l’avenir, l’autre, le don de sagesse et enseignait la foule ; celui-ci, le don des guérisons, et guérissait les malades ; celui-là, le don des vertus et ressuscitait les morts ; un autre, celui des langues, et parlait différents dialectes. En outre il y avait le don de prière, qu’on appelait aussi esprit ; et celui qui l’avait, priait pour tout le peuple. Car, comme dans l’ignorance où nous sommes de beaucoup de choses utiles, nous en demandons qui ne le sont point, le don de prière venait en l’un d’eux, et celui-ci, se tenant debout, demandait ce qui était avantageux pour toute.1 'Enlise et instruisait les autres à en faire autant. Or ici l’apôtre appelle esprit ce don même, et l’âme qui, l’avant reçu, priait Dieu et gémissait. Celui qui avait été honoré de cette grâce, debout dans des sentiments de vive componction, se prosternant ensuite devant Dieu avec de grands gémissements intérieurs, demandait des choses utiles à tous. Nous en avons encore une figure dans le diacre qui prie pour le peuple. Et c’est ce que Paul entend quand il dit : « L’Esprit lui-même demande pour nous par des gémissements inénarrables. Mais celui qui scrute les cœurs… (26, 27) ». Voyez-vous qu’il ne s’agit pas ici du Paraclet, mais du cœur inspiré par l’Esprit-Saint ? Autrement il aurait fallu dire : Celui qui scrute l’Esprit. Et pour vous faire comprendre qu’il parle de l’homme spirituel et de celui qui a le don de prière, il ajoute : « Celui qui scrute les cœurs sait ce que désire l’Esprit », c’est-à-dire, ce que désire l’homme spirituel. « Qui demande selon Dieu pour les saints ». Non pas, nous dit Paul, qu’il apprenne à Dieu quelque chose que Dieu ignore ; mais c’est pour nous apprendre à demander à Dieu ce qui est conforme à sa volonté : car c’est là le sens de ces mots : « Selon Dieu ». En sorte que cela avait lieu pour la consolation des assistants et pour enseigner la perfection : en effet, celui qui distribuait ces dons et ces biens sans nombre, c’était le Paraclet. Or, nous dit Paul, « tous ces dons, c’est le seul et même Esprit qui les opère » (1Co 12,11). Et tout cela a pour but de nous instruire et de nous prouver combien l’Esprit nous aime, puisqu’il porte jusque-là la condescendance. Aussi celui qui priait était-il exaucé, parce qu’il priait selon Dieu. Voyez-vous par combien de preuves l’apôtre démontre l’amour de Dieu pour eux et l’honneur qu’il leur fait ? 8. En effet, qu’est-ce que Dieu n’a pas fait pour nous ? Il a fait le monde corruptible à cause de nous, puis incorruptible encore à cause de nous ; pour nous il a permis que tes prophètes fussent maltraités ; pour nous il les a envoyés en captivité, lassé jeter dans la fournaise, subir des maux sans nombre. Pour nous il a fait les prophètes, pour nous il a fait les apôtres ; pour nous il a livré son Fils unique ; pour nous il punit le démon ; il nous a fait asseoir à sa droite ; pour nous il a été couvert d’opprobre : car il est écrit : « Les injures de ceux qui vous injuriaient sont retombées sur moi ». (Psa 68) Et quand, après tant de bienfaits, nous nous éloignons de lui, il ne nous abandonne pas ; il nous rappelle, il nous procure des intercesseurs, afin de pouvoir nous rendre sa grâce : comme on le voit par l’exemple de Moïse, à qui il disait : « Laisse-moi agir et je les détruirai » (Exo 32,10), afin de l’exciter à prier pour les coupables ; et c’est ce qu’il fait, encore aujourd’hui. C’est pour cela qu’il a accordé le don de la prière ; non pas qu’il ait besoin de supplications, mais de peur que, une fois sauvés, nous ne retombions dans un état pire : C’est pour cela que souvent il se déclare réconcilié avec les pécheurs à causé de David, à cause d’un tel ou d’un tel, dans l’intention de donner un modèle d’intercession ; bien que sa bonté éclaterait davantage s’il déposait sa colère de lui-même et non par l’entremise d’un tel et d’un tel. Mais il ne l’a pas voulu, de peur que ce mode de réconciliation ne servît de prétexte à notre lâcheté. Voilà pourquoi il disait à Jérémie : « Ne prie point pour ce peuple, car je ne t’exaucerai pas » (Jer 11,14) ; non pour l’empêcher de prier, (il désire vivement notre salut), mais pour les épouvanter : ce que le prophète savait bien, car il ne cessait pas de prier. Et pour preuve que Dieu ne voulait point l’empêcher de prier, mais seulement le faire rougir, écoutez ce qu’il dit : « Ne vois-tu pas ce qu’ils font ? » Et s’il dit, en parlant de Jérusalem : « Quand même tu te laverais avec du nitre et amoncellerais l’herbe sur toi, tu es souillée devant mes yeux » (Id 11,22), ce n’est point pour la jeter dans le désespoir, mais pour l’exciter au repentir. En effet, comme il frappa les Ninivites d’une plus grande épouvante et les amena à la pénitence en lançant contre eux un arrêt qui n’exceptait personne et ne laissait aucune espérance ; de même fait-il ici, pour tirer les Juifs de leur sommeil et entourer le prophète d’une plus grande considération, afin qu’ils lui prêtent au moins l’oreille. Mais comme leur maladie était incurable, que tant de désastres éprouvés ne les avaient pas rendus sages, il les engagea d’abord à rester où ils étaient ; ils ne le voulurent point et passèrent en Égypte ; il y consentit, en leur demandant seulement de ne point participer à l’impiété de ce peuple. Ils ne l’écoutèrent point encore ; alors il leur envoya le prophète, pour les sauver d’une ruine totale. Et comme le prophète les appelait en vain, Dieu lui-même les suit pour les corriger, pour les empêcher de descendre plus bas dans la voie du vice, ainsi que fait un père tendre qui conduit et accompagne partout un fils accablé par l’infortune. Pour cela il envoie non seulement Jérémie en Égypte, mais aussi Ézéchiel à Babylone. Et les deux prophètes ne résistèrent point. Voyant que leur maître aimait tendrement son peuple, ils l’aimaient aussi, pareils à un serviteur reconnaissant qui prend pitié d’un enfant indocile, parce qu’il voit le père affligé et abattu. Et que n’ont-ils pas souffert pour eux ? On les sciait, on les chassait, on les injuriait, on les lapidait, on leur faisait subir mille mauvais traitements ; et après tout cela, ils revenaient encore. Samuel ne cessa point de pleurer Saül, malgré les graves injures et les tourments insupportables que ce prince lui avait infligés ; niais il avait tout oublié. Jérémie a écrit ses lamentations pour le peuple Juif ; et quand le général des Perses lui permettait d’habiter en sécurité et en toute liberté où il lui plairait, il préféra partager l’infortune, de son peuple et supporter les misères de l’exil. Ainsi Moïse quitta le palais et la vie qu’il y menait, pour courir partager le malheur des Hébreux. Ainsi Daniel jeûna vingt-six jours, s’infligeant cette rude abstinence pour apaiser Dieu irrité contre son peuple ; et les trois enfants, au milieu de la fournaise embrasée, priaient aussi dans le même but. Ils ne s’affligeaient point pour eux-mêmes, puisqu’ils restaient sains et saufs ; mais comme ils se croyaient là plus en liberté, ils intercédaient pour leur peuple. Aussi disaient-ils : « Puissions-nous être agréés dans un cœur contrit et un esprit d’humilité ». (Dan 3,39) Pour eux Josué déchira ses vêtements ; pour eux Ézéchiel pleurait et se lamentait, en les voyant mis en pièces ; et Jérémie ▼▼Le texte est d’Isaïe.
disait : « Laissez-moi, je pleurerai amèrement ». (Isa 22,4) Et auparavant, n’osant demander pardon de leurs crimes, il demandait quel serait le terme, en s’écriant : « Jusqu’à quand, Seigneur ? » (Id 6,11) Car toute la race des saints est remplie de charité. Voilà pourquoi Paul disait : « Revêtez-vous, comme élus de Dieu, et saints, d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité ». (Col 3,12) 9. Voyez-vous l’exactitude du terme, et comme il veut que nous soyons toujours miséricordieux ? Il ne dit pas simplement : Ayez pitié, mais : « Revêtez-vous », afin que la miséricorde soit toujours avec nous, comme un manteau. Il ne dit pas non plus simplement De miséricorde, mais : « D’entrailles de miséricorde », afin que nous imitions l’amour naturel. Mais nous faisons le contraire : Si quelqu’un s’approche pour nous demander une obole, nous l’injurions, nous lui disons des sottises, nous le traitons d’imposteur. Vous ne craignez pas, ô homme, vous ne rougissez pas de traiter quelqu’un d’imposteur, à propos d’un morceau de pain ? Et quand il le serait, il faudrait encore en avoir pitié, puisque c’est la faim qui le pousse à jouer ce rôle. Cela même accuse notre dureté. Comme nous ne savons pas donner facilement, les mendiants sont forcés d’inventer mille moyens pour tromper notre inhumanité et amollir notre dureté. Du reste, s’il vous demandait de l’argent ou de l’or, vous auriez peut-être quelque raison de le suspecter ; mais quand il ne s’adresse à vous que pour avoir la nourriture qui lui est nécessaire, pourquoi philosopher hors de propos, discuter inutilement, et lui lancer les reproches d’oisiveté et de paresse ? S’il faut adresser ces reproches, c’est à nous, et non à d’autres. Quand donc vous vous approchez de Dieu pour lui demander pardon de vos péchés, souvenez-vous de ces paroles et vous comprendrez que vous méritez plutôt de les entendre de la part de Dieu, que le pauvre de votre part. Cependant jamais Dieu ne vous les a adressées ; jamais, par exemple, il ne vous a dit : Retire-toi, car tu es un imposteur, toi qui viens souvent à l’église, y apprends nos lois, et, une fois sorti, préfère l’or, la passion, l’amitié, tout en un mot, à mes commandements ; qui es humble dans la prière, puis, quand elle est achevée, te montres audacieux, cruel, inhumain ; va-t’en et cesse de me prier. Nous méritons ces reproches et bien d’autres encore ; et pourtant jamais Dieu ne nous a rien dit de semblable ; il est patient, au contraire, il fait tout de son côté et nous accorde plus que nous ne demandons. Songeant à cela, soulageons les besoins des pauvres, et ne nous inquiétons pas trop de savoir s’ils nous mentent. Car nous avons besoin d’être sauvés avec indulgence, avec bonté, avec une grande pitié. Et si l’on entre en un compte sévère avec nous, il n’y a pas moyen, non, il n’y a pas moyen d’être sauvés ; nous devrons tous être punis, tous être perdus. Ne soyons donc point juges impitoyables des autres, de peur d’être nous-mêmes examinés sévèrement : car nous avons tous des péchés qui ne méritent point de pardon. Ayons surtout pitié de ceux qui en sont indignes, afin de nous attirer aussi une pareille indulgence ; et néanmoins, quoi que nous fassions, jamais nous ne pourrons montrer autant de bienveillance qu’il nous en faut de la part du bon Dieu. Quelle absurdité, quand on est si indigent, d’être si sévère à l’égard de ses compagnons de pauvreté, et de tout faire contre eux ! Jamais vous ne prouverez que cet homme est aussi indigne de vos bienfaits que vous l’êtes de ceux de Dieu. Celui qui est exigeant à l’égard de son père sera traité par Dieu bien plus rigoureusement. Ne crions donc pas contre nous ; donnons, même à l’insolent, même au paresseux. Car, nous aussi, nous péchons souvent, et même toujours, par lâcheté, et Dieu ne nous en punit pas immédiatement ; mais il nous donne le temps de nous repentir, il nous nourrit chaque jour, il nous élève, nous instruit, ne nous refuse rien, afin que nous imitions ainsi sa miséricorde. Dépouillons donc notre dureté, rejetons notre cruauté, et, en cela, nous nous rendrons service plus qu’aux autres. Aux pauvres, en effet, nous donnons de l’argent, du pain, des vêtements ; mais nous nous préparons une gloire immense, une gloire qu’il n’est pas possible d’exprimer. Car, reprenant des corps incorruptibles, nous serons glorifiés avec le Christ et nous régnerons avec lui ; par là nous voyons ce que ce sera, ou plutôt nous ne le comprendrons jamais clairement ici-bas ; néanmoins je ferai mots possible pour vous en donner une faible idée, d’après les biens mêmes de cette vie présente. Dites-moi : Si quelqu’un vous promettait, à vous vieux et pauvre, de vous rajeunir tout à coup, de vous ramener à la fleur de l’âge, de vous donner une force et une beauté sans égales, puis de vous faire régner sur le monde entier pendant mille ans, au sein de la paix la plus profonde que ne feriez-vous pas, que ne souffririez-vous pas, pour la réalisation d’une telle promesse ? Et voilà que le Christ vous promet, non pas cela, mais beaucoup plus. Car la distance entre la vieillesse et la jeunesse, entre l’empire et la pauvreté, est loin d’égaler celle qui sépare la corruptibilité et l’incorruptibilité, la gloire présente de la gloire future : c’est la différence des songes à la réalité. 10. Jusqu’ici, je n’ai encore rien dit : car il n’est pas possible d’exprimer en paroles l’immense distance qu’il y a entre les choses à venir et les choses présentes ; et quant à ce qui regarde la durée, il est absolument impossible de la concevoir.. Comment en effet comparer à la vie présente une vie sans fin ? Il y a autant de différence entre cette paix et celle-ci qu’il y en a entre la paix et la guerre ; autant de différence entre la corruptibilité et l’incorruptibilité qu’entre urne motte de terre et une perle précieuse ; ou plutôt ; personne ne peut expliquer cette différence. Si je compare la beauté de ces corps à l’éclat du rayon de lumière ou au plus brillant éclair, je n’ai rien dit qui approche de cette splendeur. Est-il des richesses, est-il des corps et même des âmes qu’on ne doive sacrifier pour de tels avantages ? Si maintenant quelqu’un vous introduisait dans un palais, vous procurait un entretien avec le roi en présence de tout le monde, et l’honneur de vous asseoir à sa table, vous vous estimeriez le plus heureux des hommes ; et quand il s’agit de monter au ciel, d’habiter chez le Roi de l’univers, de le disputer en éclat aux anges et de jouir d’une gloire ineffable, vous hésitez à sacrifier des richesses ; quand, fallût-il même sacrifier votre vie, vous devriez tressaillir de joie, être transporté de bonheur et avoir des ailes ! Pour obtenir une charge, qui vous devient une occasion de vol (car je ne saurais appeler cela un gain), vous prodiguez vos biens, vous empruntez l’argent d’autrui, vous n’hésitez pas même, au besoin, à donner en gage votre femme et vos enfants ; et quand vous avez devant les yeux le royaume du ciel, un empire où personne ne peut prendre votre place ; quand Dieu vous invite à entrer en possession, non pas d’un coin de terre, mais du ciel entier, vous balancez, vous reculez ; vous ambitionnez de l’argent, sans vous dire à vous-même : Si les parties du ciel que nous découvrons sont déjà si belles et si agréables, que doit-ce être des régions supérieures et du ciel des cieux ? Mais puisqu’il n’est pas possible de les voir des yeux du corps, montez-y par la pensée, et debout sur le ciel visible, contemplez le ciel supérieur, cette hauteur immense, cette lumière éblouissante, ces multitudes d’anges, ces innombrables légions d’archanges, et les autres puissances incorporelles. Puis, redescendant de ces hauteurs, reprenez l’image des choses d’ici-bas, figurez-vous un roi terrestre, c’est-à-dire, des hommes chamarrés d’or, des attelages de mules blanches caparaçonnées d’or, des chars incrustés de pierres précieuses ; des tapis blancs comme neige, des lames s’agitant sur les chars, des dragons figurés sur des manteaux de soie, des boucliers dorés, des baudriers couverts de pierres précieuses se rattachant du centre au pourtour, des chevaux ornés d’or, des freins d’or. Mais dès que le roi paraît, nous ne voyons plus rien de tout cela ; lui seul attire nos regards, avec son manteau de pourpre, son diadème, son siège, ses agrafes, ses chaussures, la distinction de ses traits. Après vous être exactement représenté tout ce tableau, remontez ensuite par là pensée vers la sphère supérieure, reportez-vous à ce jour terrible, où le Christ apparaîtra. Vous ne verrez point alors d’attelages de mules, ni de chars dorés, ni de dragons, ni de boucliers mais des choses pleines d’épouvante et qui causeront un tel effroi que les puissances incorporelles elles-mêmes en seront frappées de stupeur. « Car », est-il écrit, « les vertus des cieux seront ébranlées ». (Mat 24,29) Alors, en effet, le ciel entier sera à découvert, les portes de ce temple s’ouvriront, le Fils unique de Dieu descendra, accompagné, non pas de vingt ou de cent satellites, mais dé milliers et de millions d’anges, d’archanges ; de chérubins, de séraphins et d’autres puissances : tout sera saisi de craint ; et de tremblement, quand la terre se brisera, quand tous les hommes qui auront existé depuis Adam jusqu’à ce jour, sortiront du tombeau et seront enlevés ; quand le Christ paraîtra environné d’une telle gloire que la lune, le soleil ? toute lumière disparaîtront dans sa splendeur. Quelle langue pourrait dire cette félicité, cet éclat, cette gloire ? O mon âme ! je sens naître mes larmes et mes soupirs, quand je songe quels biens nous perdons, de quel bonheur nous nous privons ; et nous nous en privons (je parle ici pour moi), si nous ne faisons quelque chose de grand et de merveilleux. Que personne ne vienne ici me parler de l’enfer ; la perte d’une telle gloire est plus terrible que tous les enfers, la privation de ce bonheur est pire que mille et mille supplices, Et pourtant nous soupirons encore après les choses du temps, et nous ne songeons pas à la malice du démon, qui nous enlève de grandes choses pour de petites ; qui nous donne de la boue pour nous prendre de l’or, que dis-je de l’or ? le ciel même ; qui nous montre l’ombre pour nous séparer de la réalité, et joue notre imagination par des songes (car la richesse de ce monde n’est qu’un songe), pour nous faire paraître nus et dépouillés, quand le jour viendra. 11. En songeant à tout cela, évitons ses pièges, quoiqu’il soit peut-être bien tard, et reportons-nous vers l’avenir. Il ne nous est pas possible de dire que nous ignorons la condition des choses présentes, quand chaque jour la voix des événements, plus éclatante que le son de la trompette, nous en proclame la vanité, le ridicule, fa honte, les périls, les abîmes. Comment nous excuserons-nous d’avoir poursuivi avec tant d’ardeur des objets dangereux ou honteux, au détriment de biens sûrs, qui pouvaient nous procurer la gloire et l’éclat, et de nous être entièrement livrés à la tyrannie des richesses ? Car cet esclavage est la pire des tyrannies ; ceux-là le savent, qui ont mérité d’en être délivrés. Et pour connaître, vous aussi, cette belle liberté, brisez vos liens, arrachez-vous au filet ; qu’il n’y ait pas d’or chez-vous, mais qu’un trésor plus précieux que toutes les richesses, la miséricorde et la bonté, en tienne place. Voilà ce qui nous permettra de paraître avec confiance devant. Dieu, tandis que l’or nous couvre de honte et rendre démon audacieux contre nous. Pourquoi donner des armes à votre ennemi, et le rendre plus fort ? Armez votre droite contre lui, reportez sur votre âme toute la richesse de votre maison, mettez toute votre fortune dans votre intérieur ; que le ciel garde votre or ; au lieu de votre coffre-fort ou de votre domicile ; portons en nous-mêmes toute notre fortune, car nous valons beaucoup mieux que des murs, et nous sommes plus respectables que des parquets. Pourquoi donc nous négliger nous-mêmes, épuiser notre sollicitude sur de tels objets, que nous ne pourrons point emporter avec nous, que nous perdons souvent même dès ce monde, quand nous avons la faculté de nous enrichir de manière à être opulents, non seulement en ce monde, mais encore en l’autre ? En effet, celui qui porte dans son âme ses terres, ses maisons, son or, se montre avec sa fortune partout où il paraît. Comment cela ? direz-vous ; c’est bien facile. Si, en effet, vous transportez tout cela dans le ciel, par les mains des pauvres, vous le faites aussi tout passer dans votre âme, en sorte que quand la mort arrivera, personne ne pourra vous en dépouiller, et que vous emporterez votre richesse dans l’autre vie. Tel était le trésor de Tubithe ; voilà pourquoi ce ne sont point une maison, des murs, des pierres, des colonnes qui l’ont rendue célèbre ; mais les vêtements donnés aux veuves, les larmes répandues, la mort qui s’est enfuie, la vie qui est revenue. Amassons-nous donc de semblables trésors, bâtissons-nous de telles demeures. Ainsi Dieu travaillera avec nous, et nous avec lui. En effet, il a tiré les pauvres du néant ; et vous, vous n’aurez point laissé ses créatures périr de faim et de misère, vous les aurez soignées, restaurées, vous aurez soutenu le temple de Dieu : y a-t-il une œuvre aussi utile, aussi glorieuse ? Si vous n’avez pas encore compris quel ornement Dieu vous a ménagé, en vous confiant le soulagement des pauvres, faites cette réflexion : Si Dieu vous avait donné le pouvoir de soutenir le ciel prêt à tomber, ne regarderiez-vous pas cela comme un honneur bien au-dessus de vous ? Or, l’honneur qu’il vous, accorde ici est bien plus grand. Il vous confie le soin de relever un ouvrage bien plus précieux que le ciel : car Dieu ne voit rien qui égale l’homme. En effet, c’est pour l’homme qu’il a fait le ciel, la terre et la mer et il a plus de plaisir à habiter en lui que dans le ciel. Et cependant, nous qui savons cela, nous n’avons ni soins ni attentions pour les temples de Dieu ; mais, les laissant dans l’abandon, nous nous construisons de vastes et splendides demeures. Voilà pourquoi nous sommes dénués de tout bien, plus pauvres que les plus pauvres, parce que nous ornons des maisons que nous ne pouvons pas emporter avec nous, et que nous négligeons celles qui nous suivraient dans l’autre vie. Car les corps des pauvres ressusciteront après avoir été réduits en poussière ; et alors Dieu, l’auteur de ces commandements, les fera paraître, louera ceux qui en auront eu soin, et les comblera d’éloges pour avoir soutenu de toutes manières ceux qui allaient succomber à la faim, à la nudité, au froid. Et cependant, malgré la perspective de ces éloges, nous hésitons encore, et nous reculons devant ces glorieuses sollicitudes. Et le Christ ne sait où loger ; il erre çà et là, étranger, nu, mourant de faim ; et vous construisez des maisons de campagne, des bains, des promenades, des lits sans nombre, au hasard et sans but, et tandis que vous ornez des appartements pour des corbeaux et des vautours, vous n’avez pas un coin de toit pour le Christ. Qu’y a-t-il de pire qu’une pareille folie ? Qu’y a-t-il de plus coupable qu’une telle démence ? car c’est bien là l’excès de la démence, et tout ce qu’on en pourrait dire serait au-dessous du sujet. Cependant, si nous le voulons, nous pouvons encore chasser cette maladie, quelque affreuse qu’elle soit ; il est non seulement possible, mais facile, non seulement facile, mais beaucoup plus facile de la guérir que les maladies du corps ; d’autant que le médecin est plus habile. Attirons-le donc à nous, prions-le de mettre la main à l’œuvre, et fournissons ce qui est en notre pouvoir : la bonne volonté et le zèle. Il n’a pas besoin d’autre, chose ; qu’il trouve en nous ces dispositions, et il se chargera du reste. Donnons donc ce que nous avons, afin de jouir d’une parfaite santé et d’obtenir les biens à venir, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui gloire soit au Père et aussi au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XV.
OR, NOUS SAVONS QUE TOUT COOPÈRE AU BIEN POUR CEUX QUI AIMENT DIEU. (VIII, 28, JUSQU’À LA FIN DU CHAPITRE)
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