Acts 8:27
HOMÉLIE XIX.
CEPENDANT UN ANGE DU SEIGNEUR PARLA A PHILIPPE, ET LUI DIT : LÈVE-TOI ET VA VERS LE MIDI, SUR LE CHEMIN QUI DESCEND DE JÉRUSALEM A GAZA, CELLE QUI EST DÉSERTE. ET SE LEVANT IL PARTIT. (CHAP. 8,26-27, JUSQU’AU VERS. 9 DU CHAP. 9) Traduit par M. l’abbé DEVOILE. ANALYSE.
- 1-3. Baptême de l’eunuque éthiopien. – Philippe transporté miraculeusement de Gaza à Azoth. – Conversion de saint Paul.
- 4. L’abandon des Livres saints nous conduit à notre perte.
- 5. Dans l’Église même il y a une inattention générale, lorsque la voix du lecteur fait entendre la sainte parole des Écritures, et pourtant les auditeurs sont très ignorants des mystères.
1. Il me semble qu’il a reçu cet ordre pendant qu’il était à Samarie : car, en partant de Jérusalem, on ne va pas vers le midi, mais vers le nord, tandis qu’en partant de Samarie, on va vers le midi. « Celle qui est déserte ». L’ange dit cela, pour le rassurer contre l’attaque des Juifs. Philippe ne demande pas pourquoi ; mais il se lève et part. « Et voilà qu’un Éthiopien, eunuque, puissant auprès de Candace, reine d’Éthiopie, et préposé sur tous ses trésors, était venu adorer à Jérusalem et s’en retournait, assis sur son char, et lisant le prophète Isaïe ». Ces paroles contiennent un grand éloge. Il demeurait en Éthiopie, il était accablé d’affaires, ce n’était point un jour de fête, il se trouvait dans une ville livrée aux superstitions, et il était venu adorer à Jérusalem. Son empressement était grand, car il lisait assis sur son char. « Alors L’Esprit dit à Philippe : Approche et tiens-toi contre ce char. Et Philippe accourant, entendit l’eunuque qui lisait le prophète Isaïe, et il lui dit : Croyez-vous comprendre ce que vous lisez ? Il répondit : Comment le pourrais-je, si personne ne me l’explique ? » Voyez cette nouvelle preuve de piété. Quelle est-elle ? C’est qu’il lit sales comprendre, et qu’après avoir lu, il cherche le sens. « Et il prie Philippe de monter et de s’asseoir près de lui. Or le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci : Comme une brebis, il a été mené à la boucherie, et comme un agneau sans voix devant celui qui le tond, il n’a pas ouvert sa bouche. Dans l’humiliation son jugement a été aboli. Qui racontera sa génération, puisque sa vie est retranchée de la terre ? Or, répondant à Philippe, l’eunuque dit : De qui, je vous prie, dit-il cela ? Est-ce de lui ou de quelque autre ? Alors Philippe ouvrant la bouche, et commençant par ce passage de l’Écriture, lui annonça Jésus ». Vous voyez comme la Providence arrange tout en faveur de l’eunuque. D’abord il lit et ne comprend pas ; ensuite il lit le passage où sont racontés la passion, la résurrection et le don. « Et comme ils allaient par le chemin, ils rencontrèrent de l’eau, et l’eunuque dit : « Voilà de l’eau ; qu’est-ce qui empêche que je ne sois baptisé ? » Voyez-vous son ardeur ? Voyez-vous son empressement ? « Et il fit arrêter le char ; alors tous deux, Philippe et l’eunuque, descendirent dans l’eau, et il le baptisa. Lorsqu’ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus. Mais il continuait son chemin, plein de joie ». Pourquoi, direz-vous, l’Esprit du Seigneur enleva-t-il Philippe ? Parce qu’il devait traverser d’autres villes et y prêcher l’Évangile ; et aussi pour le faire admirer, et prouver à l’eunuque que ce qui venait de se passer n’était pas l’effet de la puissance de l’homme, mais de celle de Dieu. « Pour Philippe, il se trouva dans Azoth, et il évangélisait en passant toutes les villes, jusqu’à ce qu’il vînt à Césarée ». Ceci démontre qu’il était un des sept, puisqu’on le trouve ensuite à Césarée. L’Esprit l’enleva à propos ; autrement l’eunuque l’aurait prié de venir avec lui, et Philippe l’aurait peut-être affligé par son refus ; car le moment n’était pas encore venu. Voyez-vous les anges coopérer à la prédication ? Sans prêcher eux-mêmes, ils appellent les prédicateurs. Et c’est là qu’est la merveille : ce, qui était rare et difficile autrefois, devient maintenant très-fréquent. Ce qui s’était passé, présageait d’ailleurs qu’ils triompheraient des étrangers. Car le témoignage des croyants était digne de foi et propre à inspirer le même zèle à ceux qui les écoutaient. Voilà pourquoi l’eunuque s’en allait plein de joie ; mais il n’eût pas été aussi joyeux s’il avait tout su. Mais qu’est-ce qui empêchait, direz-vous, qu’il n’apprit tout en détail, pendant qu’il était assis sur son char, surtout dans le désert ? C’est qu’il ne s’agissait point de faire de l’ostentation. Mais examinons ce qui a été lu plus haut. « Et voilà qu’un Éthiopien, eunuque, puissant auprès de Candace, reine d’Éthiopie ». Il est clair que Candace régnait sur les Éthiopiens. Autrefois les femmes régnaient, et c’était la loi en Éthiopie. Philippe ne savait pas pourquoi il se trouvait dans le désert, parce que ce n’était pas l’ange, mais l’Esprit qui l’avait enlevé. L’eunuque ne voit rien de cela, ou parce qu’il est encore imparfait, ou parce que c est l’affaire des hommes spirituels et non des hommes charnels, et il ne sait pas ce qu’a appris Philippe. Et pourquoi l’ange ne lui apparaît-il pas, pour le conduire à Philippe ? Parce que peut-être il eût été plutôt frappé d’étonnement que convaincu. Voyez la sagesse de Philippe ! Il ne blâme pas, il ne dit pas : Vous êtes un ignorant, moi je vous instruirai. Il ne dit pas : je sais cela parfaitement. Il ne le flatte pas en disant : Vous êtes bienheureux de lire. Son langage est donc également éloigné de la présomption et de la flatterie ; c’est plutôt celui du véritable intérêt et de la bonté. Il fallait que l’eunuque questionnât, exprimât un désir. Mais Philippe fait assez voir qu’il connaît son ignorance, quand il lui dit : « Croyez-vous comprendre ce que vous lisez ? » Il lui indique en même temps qu’il y a là un grand trésor caché. 2. Mais voyez avec quelle prudence l’eunuque s’excuse. « Comment le pourrais-je », dit-il, « si personne ne me l’explique ? » Il n’a point regardé à l’habit, il n’a point dit : Qui es-tu ? Il ne blâme pas, il ne parle pas avec arrogance, il ne se vante pas de savoir, mais il confesse qu’il ignore ; et voilà pourquoi on l’instruit. Il montre sa plaie au médecin ; il comprend que celui-ci sait et veut l’instruire. Il le voit exempt de faste : car Philippe était modestement vêtu. Voilà pourquoi il est avide d’entendre et attentif à ce qui se dit ; en lui s’accomplissait cette parole : « Celui qui cherche, trouve. (Mat 7,3) Il pria Philippe « de monter et de s’asseoir près de lui ». Voyez-vous son empressement ? Voyez-vous son désir ? Il le prie de monter et de s’asseoir près de lui ; il ne savait pas ce qu’il allait lui dire, mais il s’attendait simplement à entendre expliquer une prophétie. C’était de sa part une plus grande marque d’honneur de ne pas seulement faire monter Philippe, mais de l’en prier. « Et Philippe accourant l’entendit qui lisait ». La course indique un homme avide d’enseigner, la lecture un homme avide de savoir. Car il lisait précisément à l’heure où le soleil est le plus ardent. Or le passage était celui-ci : « Comme une brebis, il a été mené à la boucherie ». Une autre preuve de son désir de s’instruire, c’est qu’il a dans les mains le plus sublime des prophètes. Aussi Philippe s’explique-t-il avec lui sans vivacité mais avec calme ; il ne parle même qu’après avoir été interrogé, après en avoir été prié. Questionnant de nouveau, l’eunuque demande : « De qui, je vous prie, le prophète dit-il cela ? » Il me semble qu’il ignorait que les prophètes parlent des autres, ou tout au moins d’eux-mêmes, sous des noms supposés. Pauvres et riches, que l’exemple de cet intendant nous fasse rougir. « Ensuite ils rencontrèrent de l’eau, et il dit : Voilà de l’eau ». Ceci est l’indice de son extrême ferveur. « Qu’est-ce qui « empêche que je ne sois baptisé ? » Voyez-vous son désir ? Il ne dit pas : Baptisez-moi ; il ne se tait pas non plus ; mais son langage tient en quelque sorte le milieu entre le désir et le respect : « Qu’est-ce qui empêche que je ne sois baptisé ». Voyez comme il a la doctrine complète ; car le prophète embrasse tout : l’incarnation, la passion, la résurrection, l’ascension, le jugement futur ; et c’est ce qui inspire à l’eunuque un grand désir. Rougissez aussi, vous qui n’êtes pas encore éclairés. « Et il fit arrêter le char ». Il parle, il commande, avant même d’écouter. « Lorsqu’ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe ». C’était pour montrer l’action de la divinité, et faire comprendre à l’eunuque que Philippe n’était point un homme ordinaire. « Et il continuait son chemin, plein de joie ». Ces paroles indiquent qu’il se fût attristé, s’il avait tout su ; mais la vivacité de sa joie l’empêchait de voir le présent, quoiqu’il eût été honoré de la visite de l’Esprit. « Et il se trouva dans Azoth ». Il y eut ici grand profit pour Philippe : car ce qu’il avait ouï dire des prophètes, d’Habacuc, d’Ézéchiel et d’autres, se réalisait en lui, puisqu’en un instant il avait parcouru une grande distance et se trouvait à Azoth, où il resta, parce qu’il devait y prêcher l’Évangile.