Ephesians 4:25
HOMÉLIE XIV.
C’EST POURQUOI, QUITTANT LE MENSONGE, QUE CHACUN DISE LA VÉRITÉ AVEC SON PROCHAIN, PARCE QUE NOUS SOMMES MEMBRES LES UNS DES AUTRES. IRRITEZ-VOUS ET NE PÉCHEZ POINT ; QUE LE SOLEIL NE SE COUCHE POINT SUR VOTRE COLÈRE. NE DONNEZ POINT LIEU AU DIABLE. (IV, 25-27, JUSQU’À 30)Analyse.
- 1. Contre le mensonge.
- 2. Nécessité de l’union.
- 3 et 4. Contre les mauvaises paroles.
▼Ou les Purs : autre nom des Novatiens.
, ces hommes souillés qui osent se parer d’un tel nom ? On peut, oui, l’on peut se décharger de ses iniquités, à condition qu’on ne se borne pas à ne plus pécher, mais qu’on s’applique encore à quelque bonne œuvre. Voyez-vous comment il faut se purifier de ses fautes ? Ces hommes ont volé : c’est pécher ; ils n’ont pas volé : ce n’est pas là se décharger de ses péchés. Que faut-il pour cela ? Travailler, et donner aux autres : c’est par là qu’ils peuvent s’acquitter. Il ne nous est pas prescrit seulement de travailler, mais de travailler de manière à nous fatiguer, et à faire du bien aux autres : le voleur aussi fait un métier, mais un mauvais métier. « Qu’aucun discours mauvais ne sorte de votre bouche (29) ». Qu’est-ce qu’un discours mauvais ? Ce qui est nommé ailleurs : Discours inutile, à savoir dénigrement, propos obscènes, bouffonneries, sottises. Voyez comment Paul extirpe les racines de la colère : le mensonge, le vol, les conversations déplacées ! Quant à cette expression : « Qu’il ne dérobe plus », elle est mise là moins par indulgence pour les coupables, que pour adoucir les victimes, et les engager à se contenter de n’avoir pas à craindre une récidive. Il a raison de parler aussi des paroles. Car nous ne répondons pas seulement de nos actions, mais encore de nos propos. « Mais seulement ceux qui peuvent être bons pour édifier la foi, et donner la grâce à ceux qui les écoutent ». En d’autres termes : dites seulement ce qui peut édifier le prochain, et rien de superflu. 3. En effet, si Dieu vous a donné une bouche et une langue, c’est pour lui rendre grâces, c’est pour édifier le prochain : si donc vous ne pouvez que ruiner l’édifice, il vaut mieux vous taire et ne jamais parler. Si les mains d’un maçon n’étaient propres qu’à détruire et non à bâtir, elles mériteraient d’être coupées. Le Psalmiste le dit : « Le Seigneur exterminera toutes les lèvres perfides ». (Psa 12,4) Voilà l’origine de tous les maux, la bouche : ou plutôt ce n’est pas la bouche, mais l’abus qu’on en fait quelquefois. De là les injures, les invectives, les blasphèmes, les excitations à la volupté, les meurtres, les adultères, les vols, enfin tous les crimes. Les meurtres ? direz-vous ; et comment cela ? L’injure produit la colère ; la colère, les coups ; les coups, l’homicide. Et les adultères ? Une telle vous aime, elle a dit du bien de vous ; votre sévérité se relâche ; et, à votre tour, la convoitise s’allume chez vous. De là ces mots de Paul : « Mais seulement ceux qui peuvent être bons ». Il y a tant d’espèces de paroles, qu’il est bien forcé de désigner vaguement celles qu’il nous recommande de proférer, et le genre d’entretien qu’il nous prescrit. Comment le désigne-t-il ? En disant : « Pour édifier ». Ou bien il parle ainsi, afin que celui qui vous écoute vous sache gré. Par exemple, votre frère a commis un adultère : ne divulguez pas sa faute. Ne lui parlez pas non plus avec hauteur : loin de lui être utile, ce serait lui nuire, en provoquant son ressentiment. Mais vous lui rendrez un grand service, si vous lui indiquez la conduite à tenir ; si vous lui enseignez à veiller sur sa langue, à ne médire de personne, vous l’aurez instruit et obligé grandement : si vous l’entretenez de la componction, de la piété, de l’aumône, tout cela est bon pour adoucir son âme, et il vous en saura gré. Au contraire, si vous lui tenez des propos bouffons ou obscènes, vous ne faites qu’envenimer son mal ; si vous lui faites l’éloge du vice, vous le perdez, vous le tuez. Voilà ce qu’on peut dire : ou bien Paul a parlé ainsi pour nous rendre aimables : car les bonnes paroles sont comme un parfum : elles charment tous ceux qui y ont part. De là cette parole : « Votre nom est un parfum répandu ». (Can 1,2) Paul veut que nous exhalions cette bonne odeur. Voyez-vous comment il revient ici encore sur un précepte qui lui est familier, en prescrivant à chacun d’édifier son prochain selon son pouvoir ? Si vous donnez ce conseil aux autres, avant tout, donnez-le à vous-même. « Et ne contristez point l’Esprit-Saint ». Nouveau et plus grand sujet de crainte et d’effroi. Paul en parle aussi dans son épître aux Thessaloniciens, lorsqu’il dit (1Th 4,8) « Celui qui dédaigne, ne dédaigne pas un « homme, mais Dieu ». C’est la même chose ici. Si vous proférez une parole outrageante, si vous frappez votre frère, ce n’est pas lui que vous frappez ; c’est l’Esprit que vous contristez. Suit la mention d’un bienfait qui rend le reproche plus sévère : « Et ne contristez point l’Esprit-Saint, dont vous avez reçu le sceau pour le jour de la rédemption ». Voilà celui qui a fait de nous un troupeau royal, celui qui nous a séparés de tout le passé, qui nous a tirés du milieu de ceux qui sont sous le coup de la colère divine : et vous le contristez ? Voyez quelle menace dans ces paroles : « Celui qui dédaigne, ne dédaigne pas un homme, mais Dieu » ; et quelle persuasion dans celles-ci : « Ne contristez pas l’Esprit-Saint, dont vous avez reçu le sceau ». Ce sceau doit rester sur votre bouche ; ne brisez pas le cachet. Une bouche spirituelle ne profère point de semblables paroles. Ne dites pas : Ce n’est rien que d’avoir dit une obscénité, que d’avoir injurié quelqu’un, C’est justement parce que ce n’est rien à vos yeux, que c’est un grand mal. On est prompt à négliger ce qu’on regarde comme rien : or, ce qu’on néglige s’accroît, et en s’accroissant devient incurable. – Vous avez une bouche spirituelle ? Songez à la première parole que vous avez prononcée, et voyez quelle est la dignité de votre bouche. Vous nommez Dieu votre Père, et voici que vous injuriez votre frère ? Demandez-vous à quel titre vous donnez à Dieu ce nom de : Père. Qui vous en donne le droit ? La nature ? Vous ne sauriez le prétendre. La vertu ? Pas davantage. Quoi donc ? Une bonté, une charité, une miséricorde infinie. Au moment donc où vous appelez Dieu votre Père, ne vous dites pas seulement qu’un langage injurieux ne sied pas à la noblesse d’une telle origine, mais encore que cette noblesse, vous la devez à la bonté. Ne la déshonorez donc point, en usant de dureté avec vos frères, vous que la bonté a favorisés. Vous appelez Dieu votre Père, et vous lancez l’outrage ? Cela n’est point d’un fils de Dieu… Le propre d’un fils de Dieu, c’est de pardonner à ses ennemis, de prier pour qui le crucifie, de verser son sang pour qui le hait. Ce qui sied à un fils de Dieu, c’est de prendre pour frères et pour héritiers ceux qui le haïssent, ceux qui le payent d’ingratitude, ceux qui le volent, l’outragent ou conspirent contre lui, et non d’injurier comme des esclaves ceux qui sont devenus ses frères. 4. Rappelez-vous les paroles que votre bouche a proférées ; de quels aliments se nourrit-elle, quel est le festin qui l’attire, le mets qui calme sa faim ? Vous croyez ne faire aucun mal en accusant votre frère ? Comment donc le nommez-vous votre frère ? Et s’il ne l’est pas, comment dites-vous : « Notre Père » ; car ce mot « Notre » atteste qu’il s’agit de plusieurs personnes. Songez auprès de qui vous vous trouvez au temps des mystères : avec les chérubins, avec les séraphins. Les séraphins ne disent point d’injures : leur bouche ne remplit qu’une seule fonction : glorifier, louer Dieu. Comment donc pouvez-vous dire avec eux : « Saint, saint, saint », après avoir abusé de votre bouche pour l’injure ? Dites-moi, supposez un vase royal, toujours plein d’aliments royaux, et mis en réserve pour cet usage ; qu’ensuite un des serviteurs s’en serve pour y déposer des immondices : osera-t-il ensuite replacer avec les autres vases mis en réserve celui qu’il aura profané de la sorte ? Nullement. Eh bien ! voilà la médisance, voilà l’insulte. « Notre Père ». Eh bien ! est-ce tout ? Écoutez la suite : « Qui êtes aux cieux ». À peine avez-vous dit : « Notre Père qui êtes aux cieux » : cette parole vous a relevés, vous a donné des ailes, vous a fait voir que vous avez un Père dans les cieux. Que vos actions, vos discours, ne soient plus de la terre. Vous voilà établis là-haut, agrégés au chœur céleste, pourquoi redescendre volontairement ? Vous êtes debout auprès du trône royal, et vous injuriez, et vous ne craignez pas que le roi ne s’en trouve offensé. Si pourtant un de nos serviteurs, en notre présence, s’avise de frapper ou d’injurier, même justement, son compagnon, nous le réprimandons aussi, nous trouvant nous-mêmes offensés : et vous qui êtes debout avec les chérubins auprès du trône royal, vous insultez votre frère ? Vous voyez ces vases sacrés ? n’ont-ils pas toujours le même usage ? Qui oserait les faire servir à autre chose ? Vous, vous êtes plus sacrés, bien plus sacrés que ces vases : pourquoi donc vous souiller, vous avilir ? Vous êtes dans les cieux, et vous injuriez ? Vous vivez avec les anges, et vous injuriez ? Vous avez été jugés dignes du baiser du Seigneur, et vous injuriez ? Dieu a donné à votre bouche une magnifique parure : des hymnes angéliques, une nourriture plus qu’angélique, le baiser de ses propres lèvres, ses propres embrassements, et vous injuriez ? Ne faites pas cela, je vous en conjure. C’est la source de grands maux, c’est un objet d’aversion pour une âme chrétienne. Nos paroles ne vous persuadent pas, ne vous font pas rentrer en vous-mêmes ? Il faut donc vous effrayer : écoutez ce que dit le Christ : « Celui qui aura dit à son frère, fou, sera soumis à la géhenne du feu ». Si une simple étourderie a pour conséquence la géhenne, quel tourment n’encourra pas l’insolence ? Habituons notre bouche à la retenue : la retenue nous attire de grands bénéfices, l’emportement de grands dommages : et il n’est pas ici besoin de dépense. Fermons la porte, tirons le verrou ; soyons pénétrés de componction, si jamais une parole violente s’est échappée de nos lèvres ; prions Dieu, prions l’offensé ; ne croyons pas en cela nous abaisser : c’est nous que nous avons frappés, et non pas autrui. Comme remède, usons de la prière et de la réconciliation avec l’offensé. Si nous veillons ainsi sur nos paroles, à plus forte raison devrons-nous régler pareillement nos actions. Entendons-nous nos amis ou quelque autre personne médire du prochain, ou l’insulter, demandons-leur compte et raison de leurs paroles. En résumé convainquons-nous que c’est pécher : car il nous sera alors aisé de nous corriger. Puisse le Dieu veiller sur votre esprit, sur votre langue, et les protéger par l’inexpugnable rempart de sa crainte, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, avec qui gloire au Père et au Saint-Esprit.
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