‏ Genesis 31:38-40

6. Elle fut grande la prudence par laquelle Rachel sut faire illusion à Laban. Qu’ils écoulent ceux qui se sont enracinés dans l’erreur et font tant d’estime du culte des idoles. Elle les plaça, dit le texte, sous le harnais des chameaux et s’assit dessus. Quoi de plus plaisant ? Ceux qui, honorés du don de la raison et jugés dignes d’une telle prééminence par la bonté divine, se résolvent à adorer des dieux insensibles, ne les dissimulent point et ne se préoccupent point d’une telle extravagance, mais se laissent, comme des troupeaux, conduire par leur habitude. C’est pourquoi Paul disait, dans ses épîtres : Vous savez comment, lorsque vous étiez gentils, vous vous laissiez conduire vers des idoles muettes. (1Co 12,2) Il a bien dit muettes. Vous qui possédez la parole, qui savez entendre et converser, vous êtes conduits comme des brutes vers des êtres insensibles. Quelle indulgence peuvent obtenir de tels hommes ! Mais voyons comment s’exprime ce juste, désormais affermi dans sa confiance par les aveux de Laban, qui d’ailleurs n’a trouvé contre lui aucun motif raisonnable de blâme

Jacob s’irrita et disputa contre Laban, il lui dit : – Voyez comment il fait voir dans ce différend la vertu de son âme : En quoi ai-je été injuste et coupable que vous m’ayez poursuivi ? » (31, 36) Pourquoi, lui dit-il, m’avez-vous ainsi poursuivi avec ardeur ? de quelle injustice, de quelle faute pouvez-vous m’accuser ? Et non seulement cela, mais vous m’avez fait l’injure de tout scruter dans ma demeure. Qu’avez-vous trouvé que j’aie apporté de chez vous ? Exposez cela devant vos frères et mes frères et qu’ils jugent entre nous deux. (31, 37) Après toutes ces recherches avez-vous pu trouver quelque chose qui ne m’appartint pas et en quoi je vous aie fait tort ! Si vous l’avez trouvé produisez-le, afin que ceux qui m’accompagnent et ceux qui vous accompagnent décident le différend. Voyant qu’il était ; ans reproche aux yeux de tous, il parle désormais avec hardiesse, et comptant la durée de l’affection qu’il lui a toujours montrée, il lui dit Et voilà vingt ans que je suis avec vous. Après tant d’années de travail, méritais-je donc cet outrage ? « Et voilà le prix de ces vingt ans ! » Aujourd’hui je compte vingt ans de service dans votre demeure. Vos brebis et vos chèvres n’ont pas été stériles ; je n’ai point mangé vos béliers ; je n’en ai point laissé enlever par les bêtes féroces. Je vous ai dédommagé des larcins de jour et des larcins de nuit. J’endurais les ardeurs du jour et le froid glacial de la nuit, et le sommeil s’éloignait de rues yeux. (31, 38-40) Avez-vous donc oublié, lui dit-il, les travaux que j’ai endurés eu faisant paître vos brebis et vos chèvres ! Vous ne pouvez me reprocher qu’elles aient été stériles. Voyez comment il lui montre la grande bonté de Dieu, épandue sur la maison de Laban à cause de sa présence. Car c’est là ce qu’il a dit plus haut : Dieu vous a béni à ma venue. Personne ne demanderait cela d’un berger ; cela ne dépend ni de lui ni d’aucun homme. C’est pour cela qu’il le met avant tout le reste et qu’il témoigne de la divine Providence qui a pris soin de ces troupeaux. Je n’ai pas mangé vos béliers. Vous ne pouvez dire que j’en aie mangé un seul, comme le font souvent tant de bergers. Je n’en ai point laissé enlever par les bêtes féroces. Je ne les ai ni mangés, ni laissé enlever par les bêtes. – Ne voyez-vous pas chaque jour ceux qui gardent des troupeaux rapporter à leurs maîtres les restes des brebis que les bêtes féroces ont dévorées ? Mais vous ne pouvez me reprocher rien de tel ; vous ne pouvez m’alléguer que rien de tel soit arrivé en vingt ans. Que dis-je, enlevés par les bêtes féroces ? Mais, si même il y a eu des larcins, comme cela devait arriver, je ne vous en ai point donné connaissance, mais je vous en ai dédommagé, qu’ils fussent arrivés de jour ou de nuit. J’ai supporté sans cesse et courageusement les ardeurs du chaud et la rigueur du froid des nuits, pour préserver vos troupeaux de tout dommage ; enfin le sommeil même était écarté de mes yeux par tant de soucis.

Voyez-vous les veilles d’un berger ? Voyez-vous l’ardeur inquiète de son zèle ? Quelle excuse peuvent donc avoir ceux à qui sont con fiés des troupeaux doués de raison, et qui montrent tant d’insouciance ; qui chaque jour, suivant la parole du Prophète, égorgent les uns et voient les autres en proie aux bêtes féroces, ou au pillage, et qui ne veulent en prendre aucun soin ? Cependant la fatigue du pasteur est ici moindre, et sa vigilance plus facile ; car c’est l’âme qu’il faut instruire ; là-bas la fatigue était grande pour l’âme et pour le corps.
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