‏ Genesis 33:14

4. Voyez comment Dieu gouverne toutes choses : Ce que je vous disais hier, je le dis encore aujourd’hui, que, lorsque le Maître de l’univers veut nous témoigner sa tendresse vigilante, il sait rendre plus doux que des brebis ceux qui ont des sentiments hostiles à notre égard. Considérez quel changement Esaü témoigne : Il accourut à sa rencontre, le prit dans ses bras et lui donna un baiser, et ils pleurèrent tous deux. A peine le juste a-t-il pu respirer et secouer sa crainte ; à peine est-il délivré de son inquiétude et s’est-il enhardi : Esaü, dit l’Écriture, ayant levé les yeux, vit les femmes et les enfants, et dit : Sont-ils à toi ? (Id. 5) A la vue des richesses de son frère, il fut frappé d’étonnement ; aussi voulut-il l’interroger. Et que lui dit le juste ? Ce sont les enfants que la miséricorde de Dieu a donnés à ton serviteur. (Id) Voyez quelle est la force de la douceur et comment, par l’humilité de ses paroles, il contenait la colère d’Esaü : Les servantes et les enfants s’approchèrent ; Lia et Rachel s’inclinèrent, et il dit : Sont-ils tous à toi, ces camps que j’ai rencontrés ? Et Jacob répondit : c’était pour que ton serviteur trouvât grâce devant toi. (Id 6-8)

Voyez, je vous prie, comment son extrême humilité l’a rendu maître de son frère, et comment celui qu’il pensait être rempli d’une brutale inimitié contre lui, il l’a trouvé si doux qu’il veut mettre à son service tout ce qui lui appartient. Esaü lui dit : Je suis riche, mon frère, garde ce qui t’appartient. (Id. 9) Mais Jacob ne le souffrit pas, et montrant combien il avait d’empressement à posséder ses bonnes grâces, il reprit : Si j’ai trouvé grâce devant toi, accepte des présents de mes mains, car j’ai vu ton visage, comme on verrait le visage de Dieu. (Id 40) Accepte, lui dit-il, les présents qui te sont offerts de ma part. Car j’ai eu à voir ton visage une joie semblable à celle qu’on aurait en voyant celui de Dieu. Ces paroles, le juste les disait par déférence, pour l’adoucir et l’amener à l’amitié d’un frère. – Et tu m’aimeras, voulant dire : Tu feras à mon égard ce qu’il convient que tu fasses. Reçois donc ces bénédictions que je t’ai apportées, parce que Dieu a eu pitié de moi et que rien ne me manque. (Id 11) Ne refuse pas de l’accepter, lui dit-il, car tout cela m’a été donné par Dieu ; c’est lui qui m’a fait obtenir tout cela. Ainsi Jacob instruisait doucement son frère des soins que la Providence divine daignait avoir de lui, et le préparait à lui témoigner un grand respect. Et il l’obligea d’accepter ses présents. (Id)

Voyez ensuite quel changement. Esaü dit : Partons et marchons devant nous. ( 12) Comme s’il eût dit : Désormais nous voyagerons ensemble. Mais Jacob lui fait une demande fondée sur un motif plausible Mon seigneur sait que les enfants sont plus délicats que nous, les brebis et les vaches mettent bas ; si donc je les presse durant un jour, ils mourront. (Id 13) Je ne puis, dit-il, abréger mon voyage, mais je suis contraint de marcher lentement et à petites journées, à cause de mes enfants et de mes troupeaux, afin qu’ils ne succombent pas à un excès de fatigue. Marche donc toi-même, et moi, diminuant la fatigue de mes enfants et de mes bestiaux, j’irai te rejoindre à Séir. (Id 14) Son frère alors lui dit : Si tu le veux, je vais te laisser quelques-uns de ceux qui m’accompagnent (Id 15), lui témoignant son respect et sa com plaisance. Mais Jacob n’accepte pas même cette offre : Il me suffit, lui dit-il, d’avoir pleinement trouvé grâce devant toi. (Id) Ce que je désirais avec empressement, c’était de te trouver favorable. Puisque je l’ai obtenu, je n’ai plus besoin d’autre chose. Et Jacob partant de là, alla camper avec ses troupeaux ; et il appela ce lieu : les Tentes. (Id 17)

5. Écoutons ces paroles, imitons le juste montrons une humilité semblable à la sienne ; et, s’il est des hommes dont les dispositions soient fâcheuses à notre égard, n’enflammons pas davantage leur colère, mais apaisons leur haine par la ; douceur et l’humilité de notre langage et de nos actions ; portons remède au mal de leur âme. Voyez la sagesse de ce juste, voyez comment la courageuse patience de son langage a si bien adouci Esaü, qu’il cherche à lui témoigner de la déférence et veut de toute façon lui faire honneur. Le fait d’une grande vertu, ce n’est pas de s’appliquer à chérir ceux qui sont envers nous ce qu’ils doivent être, mais d’attirer à nous, par notre grande indulgence, ceux qui veulent nous offenser. Rien n’est plus énergique que la douceur. Comme souvent un bûcher ardent s’éteint si l’on y jette de l’eau, de même la colère, plus enflammée qu’une fournaise, s’éteint devant un langage formulé avec douceur, et nous obtenons un double avantage, celui de témoigner de la douceur et celui de délivrer de trouble, en apaisant son irritation, la raison de notre frère. Eh ! quoi donc, dites-moi, ne blâmez-vous pas, n’accusez-vous pas votre frère de sa colère et de ses dispositions hostiles à votre égard ? Pourquoi donc ne pas vouloir vous efforcer de marcher dans une voie différente ? pourquoi vouloir vous irriter plus que lui ? On ne peut éteindre le feu avec du feu ; telle n’est pas sa nature. Une colère ne saurait éteindre une autre colère ; mais ce que l’eau est au feu, la bonté et la douceur le sont à l’emportement. C’est pour cela que le Christ disait à ses disciples : Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? (Mat 5,46) Puis, afin de s’emparer de leur âme en les faisant rougir et de toucher ceux qui veulent négliger sa loi, il ajoute : Les publicains n’en font-ils pas autant ? Le plus lâche ne le fait-il pas bien ; et les publicains ne s’y montrent-ils pas empressés ? Qu’y a-t-il de pis qu’un publicain ? cependant vous trouverez ce devoir pleinement rempli par eux, et il n’est pas possible de ne pas aimer aussi, quand on est aimé soi-même. Mais moi qui veux que vous soyez plus parfaits, et que vous ayez une vertu qu’ils n’ont pas, je vous avertis d’aimer même vos ennemis. C’est ce qu’a fait ce bienheureux avant la loi donnée, avant cet enseignement extérieur, mais par l’impulsion de sa conscience et de son extrême bonté ; c’est ce qui l’a fait triompher d’abord de Laban, et maintenant de son frère. Car, s’il a joui de l’assistance d’en haut, il a aussi montré les qualités de son âme. Soyons de même persuadés que, quelque multipliés que soient nos efforts, nous ne pourrons réussir sans la protection d’en haut. Et de même que, sans cette divine assistance, nous ne pourrions accomplir aucun de nos devoirs, de même, si nous n’y apportons ce qui dépend de nous, nous ne saurions obtenir cette protection. Faisons donc avec zèle ce qui dépend de nous, afin d’attirer sur nous les tendres soins de Dieu, en sorte que, par notre zèle et par la bonté divine, notre vertu se fortifie de jour en jour et que nous jouissions de l’abondance de la grâce d’en haut, que je vous souhaite à tous d’obtenir, par la grâce et l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, auquel soient, avec le Père et le Saint-Esprit, gloire, puissance, Honneur, maintenant et toujours, et aux siècles des siècles. Ainsi soit-il.
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