‏ Genesis 33:18-20

CINQUANTE-NEUVIÈME HOMÉLIE.

« Et Jacob vint à Salem ville des Sichimites, et il acheta de Hemor, père de Sichem, une portion de terrain, au prix de cent agneaux ; et il y dressa un autel, et il invoqua le Dieu d’Israël. » (Gen 33,18-20)

ANALYSE.

  • 1. Explication des versets 18-20. —2. Vanité des richesses. Explication des versets 1-12 du XXXIVe chapitre. —3. Explication des versets 13-31. Il faut marier les jeunes gens. —4. Explication des versets 1-8 du chapitre XXXV. —5. Épilogue moral touchant la correction des enfants.

1. Vous avez vu hier
Dans une homélie perdue.
la suprême bonté du Maître de tout l’univers, la sagesse des disciples et l’injustice des Juifs. Vous avez vu avec quelle patience il a réprimé leur audace impudente, prenant la défense de ses disciples, et montrant qu’eux-mêmes, en voulant se faire les vengeurs de la loi, en méconnaissaient l’esprit et voulaient demeurer assis dans l’ombre, quand la vérité brillait déjà. Vous avez vu comment il s’occupait à abolir, dans l’origine et le principe, les observances de la loi, enseignant que, le Soleil de justice étant levé, la lumière de la lampe ne pouvait plus être employée ; car l’éclat du soleil la rend inutile. Vous avez appris comment il est possible d’être toujours en fête et de se dégager de l’observance des temps. C’est pour cela que notre Maître est venu ; c’est pour nous délivrer des obligations temporaires et nous rendre capables de voler plus haut, d’avoir notre cité dans le ciel, d’imiter, quoique nous soyons hommes, la vie des anges et de nous rire de toutes les préoccupations humaines. Reprenons donc aujourd’hui, s’il vous plaît, la suite de notre discours d’avant-hier, et, revenant aux paroles du bienheureux Moïse, nous leur emprunterons la nourriture de vos âmes. Vous savez que Jacob ; revenu de Mésopotamie, avait eu une entrevue avec son frère, puis s’en était séparé, celui-ci étant allé habiter Séir et Jacob ayant dressé ses tentes dans un lieu qu’il nomma pour cela les Tentes : nous avons terminé là notre discours. Nous devons donc reprendre la suite pour vous donner, suivant nos forces, votre enseignement spirituel. Le juste se trouvant sans crainte et délivré maintenant de toute anxiété, alla, dit l’Écriture, dans une ville des Sichimites, et il acheta de Hémor, père de Sichem, une portion de terrain, au prix de cent agneaux ; et il y établit un autel, et il invoqua le Dieu d’Israël. Ne passons point légèrement sur ce qui est contenu dans les divines Écritures. Car si les hommes qui recueillent dans la terre des parcelles d’or, se soumettent à toutes les fatigues et supportent toute sorte d’incommodités pour arriver à séparer l’orle la terre, combien plus est-il juste que nous scrutions les oracles du Saint-Esprit et que nous en recueillions le fruit avant de nous retirer. Comprenez donc, je vous prie, la philosophie de cet homme admirable : il jouissait de la protection d’en haut ; il voyait sa richesse accrue, j’entends la quantité de son bétail il se voyait entouré d’une troupe nombreuse d’enfants, et il ne s’appliqua point à élever pour lui des constructions magnifiques, il ne s’empressa point d’acheter, des domaines et des maisons de campagne qu’il pût partager entre ses enfants. Car voilà le prétexte qu’on nous oppose aujourd’hui, et souvent celui qui n’a qu’un seul fils travaillé pour amasser un nombre infini de talents d’or, acheter des champs et élever de somptueux édifices. Et plût à Dieu que ce soit par des travaux légitimes et sans injustice qu’il ait amassé toutes ces richesses ! mais ce qui est intolérable, ce qui est surtout terrible, c’est que la rapine et la fraude fait de toutes parts passer entre ses mains la fortune d’autrui. Et si on lui demande : pourquoi donc cette fureur d’amasser ? il objecte aussitôt son fils et dit qu’il fait tout cela par amour pour lui. Mais bien qu’il se couvre de ce prétexte pour consacrer ses injustices, c’est en vain qu’il s’efforce de le faire. Et il en est qui, n’ayant pas même d’enfants, sont possédés de la fureur d’amasser et aimeraient mille fois mieux subir des maux sans remède que de donner une obole à l’un de ceux qui la leur demandent.

Ce juste n’avait point cette préoccupation, il n’y songeait pas, mais, lorsqu’il eut besoin d’acheter un modeste champ, il donna cent agneaux, et acquit ainsi de Hémor, père de Sichem, une portion de terrain. Et voyez la piété de Jacob et pour quel motif il souhaitait acquérir un champ. Et il y établit un autel, et il invoqua le Dieu d’Israël. Il n’a acheté cette portion de terrain que pour rendre ses actions de grâces au Maître de l’univers. Tous devraient se faire les émules de cet homme vivant selon la grâce avant que l’a loi fût donnée, et non se livrer ainsi à la fureur d’amasser des richesses. Car, dites-moi, pourquoi amasser sur soi des fardeaux d’épines ? et ne sentez-vous pas que vous laissez à vos enfants la matière et l’occasion du vice ? Ne savez-vous pas que vous devez veiller sur vous plus que sur votre enfant, et qu’en lui témoignant une prévoyance exagérée, vous vous attachez à lui laisser toute facilité pour perdre son âme dans l’abîme ?

Ne savez-vous pas que la jeunesse est par elle-même disposée à succomber et qu’elle incline au mal ? Lorsqu’elle se voit en possession d’abondantes richesses, la pente vers le vice est pour elle bien plus glissante. Car, de même que le feu, s’il reçoit des aliments, lance une flamme plus ardente ; de même aussi la jeunesse, recevant cette matière – inflammable des richesses, allume dans l’âme un brasier qui la consumera tout enture. Comment donc un homme ainsi tenté pourra-t-il s’adonner à la tempérance, fuir la débauche et embrasser les travaux de la vertu ou quelque couvre spirituelle ?

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