Hebrews 12:14
Analyse.
- 1-3. L’amour du prochain, vrai caractère du christianisme. – Jésus-Christ est mort pour tous et polir chacun de nous. – Le péché est une véritable amertume, sans compensation ni douceur. – La gourmandise d’Esaü lui fait sacrifier son droit d’aînesse : tout esclave du ventre – l’imite et s’avilit. – L’inutile pénitence d’Esaü doit faire trembler les justes, mais ne doit pas décourager les pécheurs. – Double langage de l’apôtre à ce sujet.
- 3 et 4. Vraie et fausse pénitence, prouvée par la conduite subséquente de saint Pierre et de David, d’une part ; et de Judas, d’Esaü, de Cam, d’autre part. – La vraie pénitence se reconnaît aussi dans le souvenir continuel du péché qu’on a une fois commis – La pénitence se prouve par la confession à Dieu et au juge. – Par le souvenir et l’aveu de nos péchés, nous obtenons l’oubli et l’amnistie de Dieu, qui, autrement, manifestera publiquement nos fautes. – Tableau saisissant de cette manifestation solennelle du jugement dernier.
▼En lisant ce passage tout entier, on en tirera la conclusion toute contraire à celle qu’y a cherchée le Jansénisme. On dira, avec saint. Augustin, parlant du Dieu juste et bon : Non deserit, nisi deseratur. Et la prière spéciale de Jésus-Christ pour Simon prouvera encore que cet abandon de Dieu n’est certes point un refus de la grâce.
». (Luc 22,31-32) Car, comme très-probablement Pierre se complaisait en lui-même et s’élevait en son cœur, parce qu’il avait la conscience d’avoir plus que ses frères l’amour pour Jésus-Christ ; pour cette raison, Dieu permet qu’il pèche et renie son Maître. Mais aussi, pour ce fait, il pleure amèrement ; et la conduite qu’il tient ensuite, se conforme à ses pleurs amers. Car que n’a-t-il pas fait en ce sens ? Il s’est jeté dans des périls sans nombre, et a donné mille preuves de sa force d’âme et de la solidité de son courage. Judas aussi a fait pénitence, mais d’une façon déplorable, puisqu’il a fini par une strangulation volontaire. Esaü aussi a fait pénitence, comme je l’ai dit ; ou plutôt il n’a point fait pénitence, puisqu’il a versé des larmes d’orgueil et de fureur plutôt que de repentir, comme sa conduite subséquente l’a trop prouvé. Le bienheureux David a fait pénitence, et ses paroles nous le déclarent : « Je laverai chaque nuit mon lit de mes pleurs ; j’arroserai ma couche de mes larmes » (Psa 6,7) et le péché ancien qu’il avait une seule fois commis, il le pleurait après tant d’années, après tant de générations, comme si son malheur avait été d’hier. C’est qu’en effet le vrai pénitent ne doit point se livrer à la colère, à la fureur, mais garder l’attitude brisée d’un condamné de la veille, qui n’a plus le droit d’ouvrir la bouche, dont la sentence est prononcée, que la miséricorde seule peut sauver encore, qui reconnaît son ingratitude publique envers le souverain bienfaiteur, et s’avoue enfin un réprouvé digne de tous les supplices imaginables. Rempli de ces pensées, il n’éprouvera ni colère, ni indignation ; mais il s’épanchera en pleurs, en gémissements, en sanglots et le jour et la nuit. Le vrai pénitent, encore, ne devra jamais oublier son péché, mais prier Dieu de vouloir bien ne plus se souvenir de cette faute, dont il gardera, lui, toujours la mémoire. Ici, en effet, si nous nous souvenons, Dieu oubliera ; sachons, oui, nous accuser franchement et nous punir sévèrement, et nous apaiserons notre Juge. Le péché que vous aurez confessé, déjà s’atténue ; il s’aggrave au contraire, si vous n’en faites l’aveu. Que le péché se double, en effet, d’ingratitude et d’effronterie, dès lors ses progrès sont irrésistibles car comment pourrait-on veiller à ne point faire de chute nouvelle, si l’on ignore même qu’on ait péché dans une première occasion ? Ainsi, je vous en prie, gardons-nous de nier nos péchés ; évitons pareille impudence, de peur de la payer à regret et bien chèrement un jour. Caïn entendit cette parole de Dieu : « Où est ton frère Abel ? » Il y répondit : « Je ne sais ; suis-je donc le gardien de mon frère ? » (Gen 4,9) Voyez-vous comme il aggrava son crime ? Ainsi n’avait pas agi son malheureux père, qui, interrogé par le Seigneur en ces termes : Adam, où es-tu ? avait répondu en tremblant : « J’ai entendu votre voix, et j’ai craint parce que je suis nu, et je me suis caché », (Gen 3,9) C’est un grand bien que de se souvenir constamment de ses péchés ; aucun remède n’est plus efficace contre une faute commise que d’en garder toujours la mémoire ; et d’ailleurs, rien ne contribue davantage à vous arrêter sur le chemin du vice. La conscience ici regimbe, je le sais, et ne se laisse point ainsi flageller par le souvenir de ses misères : mais sachez dompter votre cœur et lui serrer le frein. Pareil au coursier sauvage, difficilement il se soumet ; il ne veut pas se persuader qu’il ait péché : et dans cette répugnance, évidemment on reconnaît l’œuvre de Satan. Mais nous, convainquons-le de ses crimes, pour le décider aussi à faire pénitence, et pour le sauver du supplice par l’acceptation de ce remède salutaire. Comment espérez-vous, dites-moi, mériter le pardon de vos péchés, si vous ne les avez pas encore confessés ? Certes, par son état même, le pécheur est trop digne de pitié et de miséricorde. Mais, si vous n’avez pas même l’intime persuasion que vous ayez péché, comment croiriez-vous devoir implorer miséricorde, lorsque jusque dans vos crimes, vous gardez l’impudence ? Persuadons-nous bien que nous avons péché. Ne le disons pas de bouche seulement, mais de cœur et de conviction. Non contents même de nous avouer pécheurs, examinons nos fautes en détail, déclarons – les toutes et chacune spécialement. Je ne vous dis pas de vous affliger en les déclarant, ni de vous accuser en face de vos frères mais simplement d’obéir à cette parole du Prophète : « Déclarez à Dieu toutes vos voies ». (Psa 37,5) Confessez donc vos péchés à Dieu ; confessez vos péchés au Juge, avec une prière, sinon des lèvres, au moins du souvenir, et implorez ainsi sa miséricorde. Si vous gardez ainsi constamment la mémoire de vos péchés, jamais vous n’aurez de haine contre le prochain, jamais vous ne conserverez le ressentiment des injures. Je ne dis pas seulement Si vous avez l’intime persuasion que vous êtes un pécheur ; cette pensée ne vous donne pas, à beaucoup près, l’humilité et le mépris de vous-même, autant que le fera un examen personnel et spécial de chacune de vos fautes. Grâce à ce perpétuel souvenir de vos misères, vous ne haïrez plus, vous ne garderez point rancune, vous n’aurez ni colère, ni expressions de malédictions ; vous ne serez plus orgueilleux ; vous n’éprouverez plus de rechutes dans les mêmes fautes ; vous serez plus ardent au bien. 4. Voyez-vous combien d’avantages découlent de ce souvenir de nos péchés ? Gravons-les donc dans nos cœurs. Notre âme, je le sais, ne soutire pas volontiers un souvenir si amer ; mais contraignons-la de l’accepter ; faisons-lui en cela violence. Mieux vaut pour elle éprouver maintenant le remords inséparable de cette pensée, que de subir le châtiment réservé au dernier des jours. Oui, si vous en avez mémoire, aujourd’hui, et si vous les offrez constamment à Dieu avec une prière persévérante pour en être délivrés, vous les aurez bientôt détruits. Mais si vous les oubliez maintenant, alors et malgré vous, il faudra vous en souvenir, quand ils seront déclarés publiquement, quand ils seront produits solennellement à la face du monde entier, dés amis comme des ennemis, en présence même des anges. Car ce n’est pas à David seulement que l’Esprit-Saint a dit : « Ce que tu as fait en secret, moi je le manifesterai à tous ». (2Sa 12,12) Dieu, ici, nous parlait à tous et à chacun. Tu as craint les hommes, nous dira-t-il, et tu les a respectés plus que Dieu même ; sans souci du Dieu qui te voyait, tu as rougi seulement des regards humains. Car ces yeux des hommes, ajoute-t-il, c’était la crainte des hommes. Aussi, et pour ce sentiment même, tu seras puni ; je serai ton accusateur, je mettrai tes crimes sous les yeux du monde entier. Que telle soit la vérité, qu’en ce grand jour nos péchés doivent être produits aux regards de tous comme sur un théâtre, à moins que dès maintenant nous ne les effacions par un souvenir persévérant ; vous le comprendrez, rien qu’à savoir comment sera solennellement accusée la cruauté, l’inhumanité de ceux qui n’auront pas eu pitié de leurs frères. « J’ai eu faim », dit Jésus-Christ, « et vous ne m’avez pas donné à manger ». (Mat 25,42) Quand est-ce que retentiront ces paroles ? Est-ce dans quelque recoin obscur ? Est-ce en secret ? Non, non ! Quand sera-ce donc ? C’est à l’époque où le Fils de l’homme viendra dans toute sa gloire, quand il aura rassemblé devant lui toutes les nations, quand il aura séparé ceux-ci d’avec ceux-là, c’est alors que, devant le monde comme témoin, il prononcera, et qu’il placera les uns à sa droite et les autres à sa gauche, d’après l’arrêt. « J’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire ». Voyez encore comme, en présence de tous, il prononce contre les vierges folles : « Je ne vous « connais pas ». Car ce partage de cinq vis-à-vis de cinq autres ne doit pas être pris à la lettre de ce chiffre ; il désigne encore les vierges méchantes, cruelles, inhumaines, toutes celles enfin de semblable catégorie. Ainsi encore, en face de tout le monde, et spécialement en présence de ses deux compagnons qui avaient reçu, celui-ci deux talents, celui-là jusqu’à cinq, l’enfouisseur de son talent unique s’entend appeler : « Serviteur mauvais et paresseux » (Mat 25,26) ; et le maître fait connaître ces dépositaires, non seulement par les paroles qu’il leur adresse, mais par le traitement qu’il leur inflige. Dans le même sens, l’évangéliste a écrit : « Ils verront celui qu’ils ont percé ». (Jn 19,37) Car à la même heure tous, justes et pécheurs, ressusciteront ; à la même heure aussi Jésus-Christ se montrera pour les juger. Pensez donc à ce que deviendront alors ceux sur qui pèsera la honte, la douleur ; ceux qui se verront traînés en enfer, au moment où les autres recevront la couronne. « Venez », dit-il aux uns, venez, les bénis de mon père ; possédez le « royaume qui vous a été préparé depuis la création du monde ». Et aux autres, au contraire « Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu qui a été préparé pour le démon et pour ses anges. (Mat 25,34-41) Non contents d’entendre ces arrêts, plaçons sous nos yeux ce tableau, figurons-nous que le rt juge est là, qu’il prononce la sentence, qu’il nous envoie à ce redoutable feu. Quels seront alors nos sentiments ? Quelle sera notre consolation ? Que nous dira cette séparation effrayante ? Que répondrons-nous quand on nous accusera de rapine et de vol ? Quelle excuse pourrons-nous apporter ? Quelle apologie honnête présenter ? Aucune. Mais fatalement il faudra nous voir enchaînés, le front courbé de honte, traînés à la bouche de ces fournaises ardentes, à ce fleuve de feu, à ces ténèbres, à ce supplice éternel, sans pouvoir invoquer personne pour nous délivrer. Car « on ne peut », est-il écrit, « on ne peut passer d’ici là » ; entre nous et les élus, l’abîme est immense (Luc 16,26) ; le voulussent-ils, il ne leur serait pas permis de le franchir ni de nous tendre la main ; il faut de toute nécessité souffrir à tout jamais, sans que personne vous soit en aide, fût-il votre père, votre mère, quel qu’il soit enfin, quand même il jouirait d’un grand crédit auprès de Dieu. « Car le frère » ; dit le Prophète, « ne rachète point son frère : un homme en rachèterait-il un autre ? » (Psa 49,8) Puis donc qu’il ne nous est permis d’attendre notre salut de personne, si ce n’est de nous-mêmes, aidés toutefois d’abord de la bonté et de l’a miséricorde de Dieu, je vous en prie, faisons tout au monde pour que notre vie soit pure et parfaitement réglée, exempte surtout d’une première tache ; sinon, après une première tache même, ne nous endormons point ; et plutôt, persévérons dans la pénitence, les larmes, les prières, l’aumône, pour effacer nos souillures. Mais que ferai-je, dira quelqu’un, si je n’ai pas de quoi donner l’aumône ? – Si pauvre que vous soyez, vous avez bien sans doute un verre d’eau froide ; vous avez bien deux oboles ; vous avez deux pieds pour visiter les malades et pénétrer dans les prisons ; vous avez un toit pour recevoir les étrangers. Car il n’y a pas, non, il n’y a pas de pardon pour qui ne fait point l’aumône, pour qui ne sait pas user de miséricorde. Nous vous le répétons constamment, afin que nos constantes redites produisent enfin quelque mince effet. Nous tenons ce langage moins dans l’intérêt de ceux à qui vous ferez du bien, que pour votre avantage à vous-mêmes ; vous ne leur donnez que des biens présents, tandis que vous recevez les biens célestes. Puissions-nous les acquérir, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec lequel appartiennent au Père, dans l’unité du Saint-Esprit, la gloire, l’honneur, etc. HOMÉLIE XXXII.
VOUS NE VOUS ÊTES PAS APPROCHÉS MAINTENANT D’UNE MONTAGNE SENSIBLE ET TERRESTRE, NI D’UN FEU BRÛLANT, D’UN NUAGE OBSCUR ET TÉNÉBREUX, DES TEMPÊTES, ETC. (CHAP. 12,18-20).
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