John 1:16
ANALYSE.
- 1. Ce que nous avons reçu de la plénitude de Jésus-Christ:
- 2. Différence entre l’ancienne et la nouvelle Loi.— Signification de ces paroles : Grâce pour grâce.— Dieu nous prévient toujours de ses bienfaits.
- 3 et 4. Les figures de l’Ancien Testament ont en leur accomplissement dans le Nouveau.— Explication de quelques-unes de ces figurés.— Dans les combats publics on n’excite point à la course ceux qui se sont laissé renverser, mais seulement les braves athlètes.— Au contraire, dans les combats spirituels on exhorte, on anime indifféremment les uns et les autres, parce que ceux qui sont tombés, peuvent se relever, et remporter encore la victoire.— L’amertume des remèdes ne doit décourager ni rebuter personne : leur utilité se montrera dans la suite. — Les pécheurs et les justes même, tous ont besoin de remèdes, de corrections et de bons avis.
▼Saint Chrysostome cite ici de mémoire, ou il ne prend que la substance de ce passage ; car il est autrement dans, les Septante et dans la Vulgate, où on peut le voir au lieu cité.
». (Deu 18,10) S’abstenir du culte des idoles, c’était donc là en quoi, consistait leur sainteté, mais il n’en est pas ainsi de nous : « Il faut être saint de corps et d’esprit » (I. Cor 7,34) : il faut « tâcher d’avoir la paix et de vivre dans la sainteté, sans laquelle nul ne verra Dieu ». (Heb 12,14) Et : « Achever l’œuvre de notre sanctification dans la crainte de Dieu ». (2Co 7,1) Le nom de « saint » n’a pas la même signification appliqué à tous. Bien est appelé saint, mais non comme nous. Faites attention à ce que dit le prophète quand il entendit les séraphins prononcer ce nom « Malheur à moi, que je suis malheureux, parce qu’étant homme, j’ai des lèvres impures et que j’habite au milieu d’un peuple qui a aussi des lèvres souillées ». (Isa 6,5, LXX) Voilà comme Isaïe parle de lui-même, quoiqu’il fût pur et saint : mais pour nous, si nous comparons notre sainteté à cette sainteté qui habite dans les cieux, nous sommes impurs. Les anges sont saints, les archanges, les chérubins et les séraphins sont saints : mais il y a encore une autre sainteté supérieure à celle de ces puissances célestes non moins qu’à la nôtre. Je pourrais parcourir ainsi les différences de toutes les autres saintetés, mais je m’aperçois que mon discours est déjà trop long ; c’est pourquoi, sans nous arrêter davantage à cette recherche, nous la laisserons à votre examen. Vous pouvez, quand vous serez dans vos maisons, vous rappelant ce que nous venons de vous faire observer, envisager cette différence et l’étendre à tout le reste : « Donnez une occasion au sage », dit l’Écriture, et il deviendra encore plus sage ». (Pro 9,9) Nous avons commencé, ce sera maintenant à vous de finir. Poursuivons notre discours. L’évangéliste ayant dit : « Nous avons tous reçu de sa plénitude », ajoute : « Et grâce pour grâce ». Par où il nous fait connaître que les Juifs ont aussi été sauvés par la grâce. Car, dit le Seigneur, ce n’est pas parce que vous vous êtes multipliés que je vous ai choisis, mais c’est à cause de vos pères. Si ce n’est donc pas pour leurs propres mérites que Dieu les a choisis, il est évident que c’est par la grâce qu’ils ont reçu cet honneur. Et nous aussi nous avons été sauvés par la grâce, mais non de la même manière. Nous ne l’avons pas été par les mêmes voies, mais par des moyens beaucoup plus grands – et plus sublimes. C’est pourquoi la grâce que nous avons reçue n’est pas la même que la leur. Nous n’avons pas seulement reçu la rémission de nos péchés ; en quoi il n’y a nulle différence entre eux et nous, également pécheurs : mais Dieu nous donne aussi la justice, la sainteté, l’adoption, la grâce du Saint-Esprit avec plus de magnificence et d’abondance. C’est cette grâce qui nous rend chers et agréables à Dieu, non plus comme de simples serviteurs, mais comme étant ses enfants et ses amis. Voilà pourquoi saint Jean dit : « Grâce pour grâce ». Les lois et les cérémonies légales étaient aussi des grâces : comme c’en est une encore d’avoir été tiré du néant. Car ce n’est point là une grâce de nos mérites précédents : comment cela se pourrait-il, puisque nous n’étions pas ? mais Dieu nous prévient toujours de ses bienfaits. Et non seulement notre création est une grâce, mais c’en est encore une que Dieu ait donné aux hommes qu’il a créés la connaissance de ce qu’ils doivent faire et ne point faire ; et que cette loi, nous la trouvions dans la nature : que dans nous il ait placé l’incorruptible tribunal de la conscience ; c’est une très-grande grâce et un effet de son ineffable bonté. C’est encore une grâce d’avoir rétabli par la loi écrite la loi naturelle que nous avions violée ; car la conséquence naturelle eût été le supplice et la vengeance de ceux qui avaient défiguré la loi une fois donnée. Cependant Dieu ne l’a point fait ; mais il leur a fourni les moyens de se corriger, il leur a accordé le pardon, qu’il ne leur devait point, par un pur effet de sa grâce et de sa miséricorde. Que ce fut là un pur don de sa miséricorde et de sa grâce, David nous l’apprend ; écoutez ce qu’il dit : « Le Seigneur fait ressentir les effets de sa miséricorde, et il fait justice à tous ceux qui souffrent l’injustice et la violence ; il a fait connaître ses voies à Moïse et « ses volontés aux enfants d’Israël ». (Psa 103,6-7) Et derechef : « Le Seigneur est plein de douceur et de droiture, c’est pour cela qu’il donnera à ceux qui pèchent la loi qu’ils doivent suivre dans leur conduite ». (Psa 25,9) 3. La loi que le Seigneur nous a donnée est donc l’ouvrage de sa miséricorde, de sa compassion, de sa grâce. C’est pourquoi saint Jean ayant dit : « Grâce pour grâce », insiste avec plus de force sur la grandeur de ses dons, et il ajoute : « La loi a été donnée par Moïse ; mais la grâce et la vérité a été apportée par Jésus-Christ ». Considérez avec quelle douceur et quel ménagement Jean-Baptiste et le disciple élèvent peu à peu, et par une seule parole, leurs auditeurs à la plus haute connaissance ; après les y avoir préparés par ce qu’il y a de plus simple et de plus bas. Jean-Baptiste commence par comparer avec lui-même celui qui, sans comparaison, surpasse tous les autres ; mais ensuite il fait connaître son excellence, en disant : « Celui-ci est avant moi », et ajoutant après : « Il est plus ancien que moi ». Le disciple a fait quelque chose de plus ; mais il est pourtant demeuré au-dessous de ce que demandait la dignité de Fils unique. Car il ne le compare pas à Jean-Baptiste, mais à celui que les Juifs admiraient plus Jean-Baptiste, c’est-à-dire à Moïse. « La loi », dit-il, « a été donnée par Moïse : mais la grâce et la vérité a été apportée par Jésus-Christ ». Voyez, mes frères, voyez sa prudence, il ne fait ni comparaison, ni examen des personnes, mais des choses. Comme les choses que Jésus-Christ avait opérées se montraient visiblement beaucoup plus grandes, nécessairement aussi les plus aveugles devaient-ils consentir au témoignage qui lui était rendu : alors, en effet, que les œuvres mêmes, qu’on ne peut soupçonner ni de flatterie, ni d’envie, ou de haine, parlent et rendent témoignage ; quelque prévenus que soient ceux qui les voient, ils ne peuvent les nier, tant ce témoignage est sûr et certain : car elles demeurent à tous les yeux telles qu’elles ont été faites : c’est pourquoi elles sont au-dessus de tout soupçon et de toute réplique. Mais observez, mes frères, combien l’évangéliste a soin de ménager les esprits de ses auditeurs, de manière à ne pas choquer même les plus faibles. Il n’entasse point les paroles pour faire ressortir la supériorité que l’un a sur l’autre ; mais en opposant la grâce et la vérité à la loi, et ce mot : « A été apportée », à celui-ci : « A été donnée », il montre la différence des choses par leur simple dénomination. Cette différence est grande, car ces mots : « A été donnée », marquent un ministre qui donne ce qu’il a reçu à ceux à qui il lui a été ordonné de le transmettre : mais ceux-ci : « La grâce et la vérité a été apportée », désignent un roi qui remet les péchés par sa puissance et par son autorité, et qui dispose lui-même de ses dons. Voilà pourquoi il disait « Vos péchés vous seront remis ». Et encore : « Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, il dit au paralytique : Levez-vous, je vous le commande, emportez votre lit, et allez-vous-en en votre maison ». (Mrc 2,9-11) Ne voyez-vous pas de quelle manière la grâce est apportée par Jésus-Christ ? voyez aussi comment il a apporté la vérité. Ses paroles, ce qu’il a fait à l’égard du larron, le don du – baptême, la grâce du Saint-Esprit qui nous est donnée par lui, et plusieurs autres choses, montrent visiblement la grâce. Maintenant, si nous étudions le sens des figures, nous découvrirons plus manifestement la vérité que Jésus-Christ a apportée. Car ce qui devait avoir son accomplissement dans le Nouveau Testament, des figures l’avaient marqué à l’avance autant qu’il appartient à des figures, et Jésus-Christ venant au monde les a accomplies. Examinons donc ces figures dans un petit nombre d’exemples : car le temps ne nous permet pas d’épuiser ce sujet. Le petit nombre de celles que je vais expliquer vous donnera l’intelligence des autres. Voulez-vous que nous commencions par celles qui regardent la Passion de Notre-Seigneur ? Que dit la figure ? « Prenez un agneau pour chaque maison, immolez-le et faites comme le Seigneur vous l’a prescrit, et vous le commande ». (Exo 12,3) Jésus-Christ ne parle pas de même, il ne commande pas de faire cela, mais il s’offre et s’immole lui-même à son Père comme une hostie. 4. Voyez, mes frères, comment la figure a été donnée par Moïse, et la vérité a été apportée par Jésus-Christ. Et encore : sur le mont Sinai, lorsque les Amalécites vinrent attaquer les Hébreux, les bras de Moïse étaient soutenus des deux côtés par Hor et Aaron (Exo 17), mais Jésus-Christ a tenu lui-même ses mains étendues sur la croix. En quoi vous voyez comment la figure a été donnée et la vérité a été apportée. La loi disait : « Maudit quiconque ne demeure pas ferme dans ce qui « est écrit dans ce livre ▼▼Autrement : Maudit celui quine demeure pas ferme dans les ordonnances de cette Loi. Vulg.
». (Deu 27,26, LXX) Mais que dit la, grâce ? « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai ». (Mat 11,23) Et saint Paul : « Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, s’étant rendu lui-même malédiction pour nous ». (Gal 3,13) Puisque nous jouissons donc d’une si grande grâce, et de la vérité, je vous en conjure, mes chers frères, prenons garde que la grandeur de ce don ne nous rende plus lâches et plus paresseux. Plus est grand l’honneur que nous avons reçu, plus aussi doit être grande notre vertu. Celui qui, ayant peu reçu, rapporte peu, n’est pas beaucoup à blâmer mais on jugera digne du plus grand supplice celui qui, élevé au plus haut degré d’honneur, ne fait ensuite rien que de bas et de méprisable. Mais, à Dieu ne plaise que nous ayons jamais à craindre pour vous rien de semblable : au contraire, nous avons dans le Seigneur cette ferme confiance que vos âmes, comme portées par des ailes, se sont absolument détachées de la terre et élevées jusque dans le ciel, et que, quoique vous demeuriez encore dans ce monde, vous ne vous occupez nullement de ce qui s’y passe. Toutefois, avec cette bonne confiance, nous ne cessons pas de vous réitérer souvent les mêmes avis. Ainsi, dans les combats publics, les spectateurs ne s’attachent qu’à encourager ces braves athlètes qui luttent et courent vaillamment, et ils ne disent mot à ceux qui se sont laissé renverser et jeter par terre ; ils savent que leurs exhortations n’auraient pas le pouvoir de relever ceux qui se sont une fois exclus de la victoire, et ne perdent point leur peine à les réprimander : ici, dans ces combats spirituels, il y a toujours à espérer, non seulement de vous qui veillez et vous tenez sur vos gardes, mais encore de ceux qui sont tombés, s’ils veulent se relever et changer de vie. Voilà donc pourquoi nous mettons tout en œuvre : nous usons de prières, d’exhortations, de reproches, de réprimandes, de louanges, pour opérer votre salut. Ne trouvez donc pas mauvais qu’on vous exhorte souvent à mener une vie simple et honnête. Nos exhortations ne sont point des imputations de négligence ; elles attestent seulement les bonnes espérances que nous avons pour vous. Au reste, ce que nous disons et ce que nous avons encore à dire ne vous regarde pas seuls, mais nous aussi. Nous aussi, nous avons besoin des mêmes leçons : quoiqu’elles soient dans notre bouche, ce n’est pas à dire qu’elles ne nous regardent point. La prédication corrige le pécheur, et elle éloigne de plus en plus du péché l’homme de bien qui en est exempt. Et certes, nous-mêmes, nous ne sommes pas sans péché. La médecine nous est commune, les remèdes nous sont également offerts à tous, mais la guérison dépend de notre volonté. Celui qui use du remède comme il faut, recouvre la santé ; celui qui n’applique point de remède à sa plaie, augmente le mal et marche à sa ruine. Gardons-nous donc de murmurer du traitement : au contraire, il faut nous en réjouir, quand la prédication nous causerait d’amères douleurs le fruit n’en sera que plus délicieux. N’oublions, n’omettons rien, pour arriver à la vie éternelle, exempts des plaies et des blessures que les dents du péché font à l’âme ; afin que nous étant rendus dignes de paraître devant Jésus-Christ, nous ne soyons pas en ce terrible jour, livrés aux puissances cruelles et vengeresses, mais à celles qui nous introduiront dans l’héritage des cieux, qui est préparé pour ceux qui aiment Dieu. Je le prie de nous en faire part à nous tous, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; à qui soit, la gloire et l’empire dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XV.
NUL N’A JAMAIS VU DIEU : LE FILS UNIQUE, QUI EST DANS LE SEIN DU PÈRE, EST, CELUI QUI EN A DONNÉ LA CONNAISSANCE. (VERSET 18)
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