John 1:5
HOMÉLIE V. TOUTES CHOSES ONT ÉTÉ FAITES PAR LUI, ET SANS LUI RIEN N’A ÉTÉ FAIT DE CE QUI A ÉTÉ FAIT. (VERSET 3, JUSQU’AU VERSET 6)
ANALYSE.
- 1. Comment certains hérétiques altéraient le sens du 3e verset du 1er chapitre de l’Évangile selon saint Jean par un changement de ponctuation.
- 2. Conséquences absurdes auxquelles conduit le sens admis par les hérétiques.— Que le Saint-Esprit n’a pas été fait.
- 3. Le Fils de Dieu est égal à son Père.— Fécondité inépuisable du Créateur.— Dieu n’est pas un être composé.
- 4. Que les pécheurs ne diffèrent point des gens ivres et furieux.— Il faudrait mieux aller et se montrer nu dans les rues, que couvert et chargé de péchés.
▼« En Dieu » : Il serait mieux de dire : « Avec Dieu » ; mais l’application qu’en fait le saint Docteur demande que je traduise comme je fais.
nous ferons des actions de vertu ». Et saint Paul dit : « Dans ses prières, si EN LA VOLONTÉ DE DIEU ▼▼« Si en la volonté de Dieu » : je suis forcé de traduire de même pour me conformer au sens ; on dira mieux : « je demande continuellement à Dieu dans mes prières, que si c’est sa volonté, il m’ouvre enfin quelque voie favorable pour aller vers vous ».
, je dois trouver enfin une voie favorable pour aller vers vous » (Rom 1,10) ; il le dit aussi de Jésus-Christ : « En Jésus-Christ ». Et certes, ces paroles et ces expressions : « En qui, duquel, par qui », etc, se trouvent souvent dans l’Écriture indifféremment appliquées et attribuées aux trois personnes de la sainte Trinité ; ce qui ne serait point, et n’arriverait pas, si leur substance n’était la même et égale en tout. Mais de peur que vous ne croyiez que ces paroles : « Tout a été fait par lui », doivent à présent s’entendre des prodiges et des, miracles (car les autres évangélistes en ont fait mention), saint Jean ajoute ensuite : « Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui », mais non le Saint-Esprit, qui n’est pas au nombre des créatures, et qui est au contraire au-dessus de toutes les choses créées. Passons à l’explication du reste du chapitre. Saint Jean après avoir dit, parlant de la création : « Toutes choses ont été faites par lui, et à rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui », fait aussi mention de la Providence par ces paroles. « Dans lui était la vie ». Car, de peur que quelque incrédule ne doutât que tant et de si grandes choses eussent été faites par lui, il a ajouté : « Dans lui était la vie ». Or, de même qu’on ne peut diminuer une source qui jette des abîmes d’eaux et les répand par torrents, quelque quantité qu’on en puise ; ainsi faut-il penser du Fils unique : la puissance qu’il a de créer est inépuisable : quelques productions que vous puissiez lui attribuer, elle n’est en rien diminuée. Mais plutôt servons-nous d’un exemple plus propre et plus convenable, comme de celui de la lumière, dont le saint évangéliste parle ensuite en disant : « Et la vie était la lumière ». Comme donc la lumière, quelques milliers d’hommes qu’elle éclaire, ne perd rien de sa splendeur : ainsi et de même, Dieu, et avant et après avoir créé ses ouvrages, et les avoir produits au-dehors, demeure également entier, et ne souffre ni diminution, ni altération, quel que soit le nombre de ses œuvres. Fallût-il même créer encore mille mondes semblables à celui-ci : en fallût-il produire un nombre infini, il suffirait à toutes ces choses, et non seulement pour les créer, mais aussi pour les faire subsister après les avoir créées. Car ici le nom de vie ne marque pas seulement la puissance qu’il a de créer, mais encore cette providence par laquelle il conserve les choses qu’il a créées. Bien plus, par ce nom saint Jean jette dans nous les fondements de la doctrine de la résurrection, et le principe de cette révélation ineffable. Car la vie venant à nous, l’empire de la mort est détruit ; la lumière nous illuminant, les ténèbres sont dissipées ; la vie demeure pour toujours dans nous, et la mort ne peut avoir de domination sur elle. Ainsi tout ce qui est dit d u Père serait également bien dit du Fils : « C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être ». (Act 17,28) Saint Paul le déclare aussi par ces paroles : « Tout a été créé par lui, et toutes choses subsistent en lui ». (Col 1,16-17) Voilà pourquoi il est appelé et la racine et le fondement. Donc quand vous entendez dire du Fils : « Dans lui était la vie », ne pensez pas qu’il soit un être composé. Car le Fils dit ensuite du Père : « Comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d’avoir la vie en lui-même » (Jn 5,10) ; et comme vous ne direz pas pour cela que le Père soit un être composé, ne le dites pas non plus du Fils, puisque l’Écriture dit aussi ailleurs : « Dieu est la lumière même » (1Jn 1,5) ; et encore « Dieu habite une lumière inaccessible ». (1Ti 6,16) Elle ne s’énonce point en ces termes pour nous faire penser qu’il y ait en Dieu de la composition, mais afin que nous nous élevions peu à peu au comble de la doctrine. Comme effectivement le petit peuple et les faibles auraient peine à comprendre de quelle manière la vie subsiste en lui, c’est aussi pour cette raison qu’elle dit premièrement ce qu’il y a de plus simple et de plus bas, et, de ce premier degré d’instruction, nous élève ensuite à ce qu’il y a de plus sublime. Car Celui qui a dit : « Il a donné au Fils d’avoir la vie », est le même que Celui qui dit : « Je suis la vie », et encore : « Je suis la lumière ». Mais quelle est, je vous prie, cette lumière ? Elle n’est point sensible, mais elle est spirituelle, et c’est elle qui illumine l’âme. Jésus-Christ devait dire : « Personne ne peut venir à moi si mon Père ne l’attire ». (Jn 6,44) Voilà pourquoi l’évangéliste nous prévient, et dit : « C’est lui qui illumine » ; il le dit aussi afin que si vous entendez dire quelque chose de semblable du Père, vous sachiez et vous confessiez que cela n’est pas uniquement propre au Père, mais encore au Fils, car Jésus-Christ dit : « Tout ce qui est à mon Père est à moi ». (Jn 16,15) L’évangéliste nous a donc premièrement enseigné que toutes choses ont été créées : il nous a fait connaître ensuite par un seul mot les biens spirituels que nous a apportés le Fils lorsqu’il est venu au monde, en disant : « Et la vie était la lumière des hommes ». Il n’a point dit. Il était la lumière des Juifs, mais de tous les hommes. Car ce ne sont pas seulement les Juifs, mais encore les gentils, qui sont parvenus à la connaissance de cette lumière : cette lumière était commune à tous, exposée aux yeux de tous les hommes. Mais pourquoi n’a-t-il pas ajouté les anges, et n’a-t-il nommé que les hommes ? C’est parce qu’il parle maintenant de la nature humaine, et que c’est aux hommes qu’il s’apprête à annoncer la bonne nouvelle. « Et la lumière luit dans les ténèbres (5) ». Saint Jean appelle « ténèbres », la mort et l’erreur. Car la lumière sensible ▼▼La lumière sensible, c’est-à-dire le soleil.
ne luit pas dans les ténèbres, mais à l’écart et à part des ténèbres : au contraire, la lumière de la prédication a brillé au milieu même de l’erreur qui régnait sur le monde, et l’a dissipée : et Jésus-Christ, attaquant lui-même la mort par sa mort, l’a si bien vaincue, qu’il a tiré et délivré de son empire ceux qu’elle retenait déjà dans ses liens ▼▼Le saint Docteur ne ferait-il pas ici allusion à ces paroles de saint Pierre : « Jésus-Christ étant mort en sa chair, mais étant ressuscité par l’Esprit, par lequel aussi il alla prêcher sur esprits qui étaient retenus en prison ? » (1Pi 3,28, 29)
: comme donc ni la mort, ni, l’erreur, n’ont pu surmonter, ni vaincre cette lumière, et qu’au contraire elle illumine tout, et brille par sa propre vertu ; voilà pourquoi l’évangéliste dit : « Et les ténèbres ne l’ont point comprise ». Car cette lumière est invincible, et elle n’habite pas volontiers dans les âmes qui ne veulent point être illuminées. 4. Né vous étonnez donc pas, mes frères, si cette lumière n’illumine pas tous les hommes : Dieu ne nous attire point à lui par force ou par violence, mais librement et selon la disposition de notre volonté. Ne fermez point la porte à cette lumière, et vous jouirez de toutes sortes de félicités. La foi l’attire à nous, cette lumière, et quand elle est venue, elle illumine infiniment celui qui la reçoit : si votre vie est pure et sainte, elle demeurera toujours en vous. Car Jésus-Christ dit : « Si quelqu’un m’aime, « il gardera mes commandements, et nous viendrons à lui mon Père et moi, et nous ferons en lui notre demeure ». (Jn 4,23) Comme on ne peut pas bien jouir de la lumière du soleil, si l’on n’ouvre les yeux, de même, on ne participe pas pleinement à cette resplendissante lumière, si l’on n’ouvre les yeux de l’âme, et si on ne les met en état de la recevoir de toutes parts : mais comment le peut-on ? c’est en se purifiant de tous ses vices. Le péché n’est que ténèbres, il est couvert de nuages épais, et cela parait visiblement, puisque c’est inconsidérément et sans témoins qu’on le commet : car, « quiconque fait le mal hait la lumière, et ne s’approche pas de la lumière ». (Jn 3,20) Et : « La pudeur ne permet pas seulement de dire ce que ces personnes font en secret ». (Eph 5,32) De même que dans les ténèbres nous ne connaissons ni l’ami ni l’ennemi, et ne discernons pas les objets, ainsi dans le péché nous ne voyons rien : l’avare ne distingue pas l’ami de l’ennemi ; l’envieux voit d’un œil d’inimitié l’homme qui lui est le plus dévoué ; celui qui tend des pièges déclare la guerre à tout le monde. En un mot, quiconque est asservi au péché ne diffère point des gens, ivres et furieux et cesse de discerner les choses. Comme dans la nuit, faute de lumière pour distinguer les objets : le bois, le plomb, le fer, l’argent, l’or, les pierres précieuses, tout paraît semblable à nos yeux ; de même celui qui vit dans l’impureté ne connaît point l’excellence de la sagesse ni la beauté de la philosophie. En effet, dans les ténèbres, comme je l’ai déjà dit, les pierres précieuses ne montrent pas leur propre beauté ; et cela ne provient point de leur nature, mais de l’ignorance de ceux qui les regardent. Mais ce n’est point là le seul malheur qui accable celui qui vit dans le péché : il est dans une crainte perpétuelle, et de même que ceux qui se trouvent en chemin dans une nuit obscure, où la lune ne brille point, tremblent toujours, quoiqu’il n’y ait là personne pour causer leurs alarmes ; ainsi les pécheurs sont dans une méfiance continuelle, quand bien même personne ne leur ferait de reproches. Mais les remords de leur conscience font que tout les effraie, tout leur est suspect, que tout est plein pour eux de crainte et de terreur, et qu’ils ne voient rien qui ne les inquiète. Fuyons donc une vie si tourmentée, car après ces inquiétudes la mort viendra, et une mort éternelle, où les supplices n’auront point de fin. Mais en ce monde même, ces pécheurs, qui s’imaginent des choses sans réalité, ne diffèrent point des fous ; ils se croient riches, et ils ne le sont pas ; il leur semble qu’ils vivent dans les plaisirs et dans les délices, et ils n’ont ni délices ni plaisirs, et ils ne reconnaissent et ne sentent comme il faut combien leurs idées sont fausses et trompeuses qu’après s’être guéris de leur démence, avoir secoué leur léthargie. Voilà pourquoi saint Paul veut que nous soyons tous sobres et vigilants, et Jésus-Christ nous le commande aussi. Celui qui est sobre et qui veille, si le péché le surprend, aussitôt il le chasse ; mais l’insensé ou celui qui dort ne sait pas comment le péché s’empare de lui. Ne nous endormons donc point, car la nuit est passée, nous sommes dans le jour. « Marchons donc avec bienséance et avec honnêteté, comme « marchant durant le jour », (Rom 13,13) En effet, rien n’est plus laid, rien n’est plus honteux que le péché. Ce serait un moindre mal, à le prendre du côté de la honte et de la laideur, d’aller nu dans les rues, que couvert et chargé de péchés et de crimes. D’aller nu, ce ne serait pas un si grand crime, puisque souvent l’indigence en est la cause ; mais il n’est rien de si infâme ni de si méprisable que le pécheur. Représentons-nous ces voleurs qu’on traîne devant les juges pour leurs rapines et leurs spoliations : voyons combien leurs insolences, leurs friponneries et leurs violences les rendent hideux, ridicules et méprisables. Oh que nous sommes misérables et malheureux ! Nous qui ne voulons pas souffrir sur nous un manteau mal arrangé ou à l’envers, et qui, si nous le voyons ainsi sur un autre, y portons aussitôt la main pour l’ajuster : si notre prochain et nous, nous marchons de travers dans la voie des commandements de Dieu, nous ne nous en apercevons point du tout. Qu’est-il, je vous prie, de plus vilain et de plus infâme qu’un homme qui entre chez une prostituée ? Qu’y a-t-il de plus ridicule et de plus risible qu’un homme violent, qu’un médisant, qu’un envieux ? Comment peut-il se faire qu’on ne regarde pas ces choses comme aussi honteuses que d’aller nu dans les rues ? C’est seulement parce qu’on s’est accoutumé à ces Sortes de vices ; car on n’a jamais vu personne marcher nu dans les rues volontairement : mais la coutume fait que l’on pèche hardiment. Certes, si quelqu’un entrait dans la société des anges, où il ne s’est jamais rien passé de semblable, il connaîtrait bientôt combien ces sortes d’actions sont honteuses et ridicules. Mais pourquoi nommé-je la société des anges ? Aujourd’hui même, et parmi nous, si quelqu’un ose introduire une femme de mauvaise vie dans le palais de l’empereur, ou s’y enivrer, ou y commettre quelqu’autre action honteuse, il en est puni du dernier supplice. Que s’il n’est pas permis de rien faire de semblable dans le palais du prince, à plus forte raison, commettre de pareilles actions quelque part que ce soit, quand le Roi de l’univers est présent partout et voit tout, c’est encourir les derniers supplices. C’est pourquoi, je vous en conjure, mes chers frères, vivons en ce monde dans une grande paix, et travaillons à nous rendre purs et irréprochables : nous avons un Roi qui a continuellement les veux attentifs sur tout ce que nous faisons. Afin donc que cette lumière nous illumine toujours, attirons ses rayons sur nous. De cette sorte nous jouirons et des biens présents et des biens futurs, par la grâce et par la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui et avec qui gloire soit au Père et au Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
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