‏ John 20:29

HOMÉLIE LXXXVII.

OR, THOMAS, L’UN DES DOUZE APÔTRES, APPELÉ DIDYME, N’ÉTAIT PAS AVEC EUX, LORSQUE JÉSUS VINT. – LES AUTRES DISCIPLES LUI DIRENT DONC : NOUS AVONS VU LE SEIGNEUR. MAIS IL LEUR DIT : SI JE NE VOIS, JE NE CROIRAI POINT, ETC. VERS. 24, 25, JUSQU’AU VERS. 15, DU CHAP. XXI)

ANALYSE.

  • 1. Pourquoi Jésus-Christ n’apparut à Thomas que huit jours après s’être montré aux autres apôtres. – Pourquoi Jésus-Christ a conservé dans son corps les cicatrices de ses plaies.
  • 2. Pierre avait l’esprit plus vif et plus bouillant, Jean plus élevé et plus pénétrant.
  • 3 et 4. Quel bonheur de voir Jésus-Christ dans sa gloire ! – Ne rien épargner pour se procurer la bienheureuse éternité. – Souffrir avec Jésus-Christ, ce que c’est. – La vue des biens futurs rend la vie étroite, douce et aisée. – Combien l’amour est puissant. – L’amour de Jésus-Christ produit le mépris de toutes les choses terrestres. – Parallèle de l’amour de saint Paul pour Jésus-Christ, et du nôtre. – Ce qu’on a horreur d’entendre, on n’a point honte de le faire. Description de nos vices. – On fait tout pour amasser de l’argent, rien pour le salut de l’âme. – Portrait de l’avare : sa fureur, ses excès. – À quoi les gens du monde dissipent leur argent. – Celui qu’on donne aux femmes de mauvaise vie rend ridicule et infâme. – Paix et assurance de l’homme de bien.

1. Si c’est être trop facile et trop complaisant que de croire à la légère, c’est aussi être bien dur et bien grossier que de vouloir curieusement tout voir et tout examiner à la rigueur. Voilà de quoi on a lieu d’accuser Thomas, quand les apôtres disaient : « Nous avons vu le Seigneur » ; il ne crut point, moins par défiance à leur égard que par doute au sujet de la possibilité du fait, je veux dire d’une résurrection. Car il n’a pas dit : Je ne vous crois point, mais : « Si je ne mets ma main dans la plaie, je ne le croirai point ». Comment les autres apôtres étant tous ensemble au même lieu, Thomas seul n’y était-il pas ? Il est vraisemblable qu’il n’était pas encore de retour de la précédente dispersion et de sa fuite.

Pour vous, mes chers frères, voyant ce disciple incrédule, pensez à la clémence du Seigneur, à la bonté avec laquelle, dans l’intérêt d’une seule âme, il montre les plaies qu’il a reçues, et vient au secours d’un seul disciples d’esprit plus grossier que les autres. Voilà pourquoi Thomas voulait établir sa foi sur le témoignage du plus grossier de tous les sens, et il ne s’en rapportait pas même à ses yeux. Car il n’a pas dit seulement : si je ne vois, mais encore : si je ne touche ; de peur que ce qui paraissait ne fût qu’un fantôme et une illusion. Mais cependant les disciples qui annonçaient cette résurrection étaient dignes de foi, et aussi le Seigneur qui l’avait promise. Et néanmoins, quoiqu’il demandât beaucoup de choses, Jésus-Christ voulut bien le satisfaire en tout.

Et pourquoi Jésus-Christ n’apparut-il pas sur-le-champ à Thomas, mais seulement huit jours après ? Afin que les disciples l’ayant auparavant instruit, et ayant eu tout le temps de lui faire le récit de tout ce qu’ils avaient vu et entendu, son ardeur s’en accrût, et qu’il fût dans la suite plus ferme dans la foi. D’où avait-il appris que le côté avait été ouvert ? Des disciples. Pourquoi crut il à une chose sans croire à l’autre ? Parce que cette seconde chose était, de beaucoup, ce qu’il y avait de plus surprenant. Mais, mes frères, considérez ici avec quelle vérité les apôtres parlent ; voyez comment ils ne cachent ni leurs défauts ni ceux des autres, et rapportent tout avec une très-grande sincérité.

Jésus-Christ se fait voir encore à ses disciples ; il n’attend pas que Thomas l’en prie, ni rien de pareil ; mais, de lui-même, il prévient et comble ses désirs, lui faisant connaître qu’il était présent lorsqu’il avait dit ces choses aux disciples : car il se sert des mêmes paroles, comme pour lui faire une vive et forte réprimande, et l’instruire en même temps pour l’avenir ; il lui dit : « Portez ici votre doigt, et considérez mes mains, et mettez votre main dans mon côté » ; et il ajoute : « Et ne soyez plus incrédule, mais fidèle (27) ». Ne voyez-vous pas que Thomas doutait par incrédulité ? Mais c’était avant que les disciples eussent reçu le Saint-Esprit ; après, ils ne furent plus incrédules, ils furent parfaits. Jésus-Christ ne reprit pas Thomas seulement par ces paroles, mais encore par les suivantes. Thomas, aussitôt qu’il eut été éclairci de ses doutes, revint, et croyant, il s’écria : « Mon Seigneur et mon Dieu (28) ! » Et Jésus lui dit : « Vous avez cru, Thomas, parce que vous avez vu : Heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru (29) ! » C’est le propre de la foi de croire les choses mêmes que l’on n’a point vues. « La foi est le fondement des choses que l’on doit espérer, et une pleine conviction de celles qu’on ne voit point ». (Heb 11,1) Au reste, le Sauveur ne déclare pas seulement ici les disciples heureux, mais encore ceux qui croiront dans la suite.

Cependant, direz-vous, les disciples ont vu avant de croire. – Oui, mais ils n’ont point cherché à voir et à toucher comme Thomas. Aussitôt qu’ils ont vu les linceuls et le suaire, sur ce témoignage ils ont reçu la doctrine de la résurrection ; et avant de voir Jésus-Christ ressuscité, ils ont montré une foi pleine et entière. S’il vous vient donc dans l’esprit de dire : je voudrais avoir été en ce temps, je voudrais voir Jésus-Christ opérer des miracles, rappelez-vous alors cette parole. « Heureux ceux qui sans avoir vu ont cru ». Il est maintenant à propos d’examiner comment un corps incorruptible a retenu les cicatrices des clous, et a pu être touché de la main d’un homme : cela ne doit point vous ébranler, Jésus-Christ le voulut ainsi par condescendance. Ce corps, qui était si subtil et si léger, qu’il entra dans la salle où étaient les apôtres, les portes étant fermées, n’avait rien de grossier. Mais le Sauveur se montra sous cet aspect, afin de persuader sa résurrection à ses apôtres, et de leur faire connaître qu’il avait été véritablement crucifié, qu’un autre n’était pas ressuscité pour lui. Voilà pourquoi il ressuscita, portant sur son corps les marques de la croix, et c’est encore pour cette raison qu’il mangea. Car les apôtres faisaient souvent valoir cette preuve dans les prédications, disant : « Il s’est montré à nous, qui avons mangé et bu avec lui ». (Act 10,41) De même donc que, quand nous le voyons avant sa mort marcher sur les flots, nous ne disons pas que son corps est d’une autre nature que le nôtre ; ainsi, le voyant après sa résurrection avec les cicatrices de ses plaies, nous ne dirons pas pour cela que son corps soit corruptible. Le Sauveur ne fait paraître ces cicatrices que pour guérir la maladie de son disciple.

Copyright information for FreChry