John 4:46
ANALYSE.
- 1. Plus docile à la grâce que les Juifs, les Samaritains confessent, après avoir seulement vu et entendu Jésus-Christ, qu’il est le sauveur du monde.
- 2. Guérison du fils d’un officier de la cour d’Hérode.
- 3. Ne point demander à Dieu des miracles, ou des gages de sa puissance. – Louer et aimer Dieu dans l’une et l’autre fortune : dans la joie et dans les afflictions ; dans la santé et dans la maladie : et souffrir tout pour son amour.
▼« Seigneur de la cour ». C’est ce que signifie le mot βασιλιχὁς dans le grec, et celui de Regulus dans la Vulgate, qui a la même signification que Regius, ou, comme l’explique saint Jérôme, Palatinus. i e. un officier de la cour du prince, ou d’Hérode, que les Galiléens appelaient roi, quoique les Romains ne lui donnassent que le nom de Tétrarque.
, ou comme étant de la race royale, ou comme exerçant quelque dignité. Quelques-uns croient que c’est le même que celui dont parle saint Matthieu, mais on prouve visiblement que c’est un autre, et par sa dignité et par sa foi ; celui-là, quoique Jésus-Christ voulût bien aller chez lui, le prie de ne pas se donner cette peine ; celui-ci, au contraire, le presse de venir dans sa maison, quoiqu’il ne s’y offre pas ; l’un dit « Je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison » (Mat 8,8), l’autre fait de grandes instances : « Venez », dit-il, « avant que mon fils meure (29) ». Celui-là, descendant de la montagne, vint à Capharnaüm ; celui-ci fut au-devant de lui, de Samarie, comme il allait non à Capharnaüm, mais à Cana. Le serviteur de celui-là était attaqué d’une paralysie, le fils de celui-ci d’une fièvre. « Et il le pria de vouloir venir chez lui pour guérir son fils qui allait mourir:». Que lui répondit Jésus-Christ ? « Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point (48) ». Toutefois, que cet officier vînt le trouver et le priât, c’était une marque de sa foi, de quoi l’évangéliste lui, rend témoignage, en rapportant ensuite que Jésus lui ayant dit : « Allez, votre fils se porte bien, il crut a la parole que Jésus lui avait dite, et s’en alla (50) ». Que prétend donc ici l’évangéliste ? ou nous faire admirer avec lui les Samaritains pour avoir cru sans voir de miracles, ou pour censurer en passant la ville de Capharnaüm, qu’on regardait comme la patrie de Jésus. Car un autre qui dit, dans saint Luc ▼▼C’est par erreur que Chrysostome cite saint Luc.
: « Seigneur, je crois, aidez-moi dans mon incrédulité » (Mrc 9,23), s’est servi des mêmes paroles. Au reste, cet officier a cru, mais sa foi n’était point pleine et entière ; il le fait voir en s’enquérant de l’heure où la fièvre avait quitté son fils. Car il voulait savoir si la fièvre l’avait quitté d’elle-même, ou si c’était par le commandement de Jésus-Christ. « Et comme il reconnut que c’était la veille à la septième heure » du jour, « il crut en lui, et toute sa famille (53) ». Ne voyez-vous pas qu’il crut, non sur ce qu’avait dit Jésus-Christ, mais sur le témoignage de ses serviteurs ? Aussi le Sauveur lui fait un reproche sur l’esprit dans lequel il était venu le trouver, et par là il l’excitait davantage à croire en lui. En effet, avant le miracle, il ne croyait qu’imparfaitement. Que si cet officier est venu trouver Jésus et le prier, il n’est rien en cela de merveilleux ; les pères, dans leur tendresse pour leurs enfants, s’ils en ont un de malade, courent précipitamment aux médecins, et non seulement à ceux en qui ils ont une entière confiance, mais aussi à ceux mêmes sur qui ils ne comptent pas entièrement, tant ils craignent de rien négliger. Et toutefois, celui-ci n’est venu trouver Jésus que par occasion, lorsqu’il allait en Galilée ; s’il eût pleinement cru en lui, son fils étant à la dernière extrémité et prêt à mourir, il n’aurait pas manqué de l’aller chercher jusque dans la Judée. Que s’il craignait, c’est aussi en quoi on ne peut l’excuser. Remarquez, je vous prie, mes frères, que ses paroles mêmes montrent sa faiblesse et son peu de foi. Car il est constant qu’il aurait dû avoir une plus grande opinion de Jésus-Christ, sinon avant, du moins après qu’il eut fait connaître les bas sentiments qu’il avait de lui, et qu’il en eut été repris. Cependant écoutez-le parler, vous verrez combien il rampe encore à terre : « Venez », dit-il, « venez avant que mon, fils meure (49) » comme si Jésus-Christ n’aurait pas pu ressusciter son fils s’il était mort, comme s’il ne savait pas l’état où il était. Voilà pourquoi il le reprend et parle à sa conscience un langage sévère, lui faisant connaître que les miracles se font principalement pour le salut de l’âme. Ainsi il guérit également et le père qui est malade d’esprit, et le fils qui est malade de corps, pour nous apprendre qu’il ne faut pas tant s’attacher à lui à cause des miracles, que pour la doctrine. Le Seigneur opère les miracles, non pour les fidèles, mais pour les infidèles et les hommes les plus grossiers. 3. Dans sa tristesse et dans sa douleur, cet officier ne faisait pas beaucoup d’attention aux paroles de Jésus-Christ, il n’écoutait guère que celles qui tendaient à la guérison de son fils ; mais dans la suite il devait se les rappeler et en faire un grand profit : c’est ce qui arriva. Mais pourquoi Jésus-Christ, sans en être prié, offre-t-il d’aller chez le centenier, et ne fait-il pas la même offre à celui qui le presse et le sollicite vivement ? C’est que la foi du centurion étant parfaite, voilà pourquoi Jésus-Christ offre d’aller chez lui, afin de nous faire connaître la vertu de cet homme ; mais l’officier n’avait encore qu’une foi imparfaite. Comme donc il le pressait instamment en lui disant : « Venez », faisant voir par là qu’il ne savait point encore que Jésus pouvait guérir son fils, quoique absent et éloigné, Jésus lui montre qu’il le peut, afin que la connaissance qu’avait le centurion par lui-même, cet officier l’acquît, voyant que Jésus avait guéri son fils sans aller chez lui. Ainsi quand il dit : « Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point », c’est comme s’il disait : Vous n’avez point encore une foi digne de moi, et vous me regardez encore comme un prophète. Jésus-Christ donc, pour manifester ce qu’il est et montrer qu’il faut croire en lui, même indépendamment des miracles, s’est servi des mêmes paroles par lesquelles il s’est fait connaître à Philippe : « Ne croyez-vous pas que je suis dans mon a Père et que mon Père est en moi ? (Jn 14,10) Quand vous ne me voudriez pas croire, croyez à mes œuvres ». (Jn 10,38) « Et comme il était en chemin, ses serviteurs vinrent au-devant de lui, et lui dirent : a Votre fils se porte bien (51). « Et s’étant enquis de l’heure qu’il s’était a trouvé mieux, ils lui répondirent : Hier, environ la septième heure » du jour « la fièvre le quitta (52). « Son père reconnut que c’était à cette heure-là que Jésus lui avait dit : Votre fils se porte bien ; et il crut, lui et toute sa famille (53) ». Ne le remarquez-vous pas, mes très-chers frères, que le bruit de ce miracle se répandit aussitôt ? En effet, cet enfant ne fut pas délivré d’une manière ordinaire du péril où il était, mais sa guérison eut lieu sur-le-champ ; d’où il est visible qu’elle n’était point naturelle, et que c’est Jésus-Christ qui l’avait opérée par sa vertu et par sa puissance. Déjà il était arrivé aux portes de la mort, comme le déclarent ces paroles du père : « Venez avant que mon fils meure », lorsque tout à coup il en fut arraché ; voilà aussi ce qui étonna les serviteurs. Peut-être même accoururent-ils non seulement pour apporter cette bonne nouvelle, mais encore parce qu’ils regardaient comme inutile que Jésus-Christ vînt : ils savaient effectivement que leur maître devait être arrivé ; voilà pourquoi ils furent à sa rencontre par le même chemin. Au reste, cet officier cessant de craindre, ouvre son cœur à la foi, pour montrer que c’est son voyage qui lui a procuré le miracle de la guérison de son fils ; il déploie toute sa diligence de peur qu’on ne croie qu’il l’ait fait inutilement ; et c’est aussi pour cela qu’il s’informe exactement de tout : « Et il crut, lui et toute sa famille ». Ce témoignage était exempt de tout doute et de tout soupçon. En effet, ses serviteurs, qui n’avaient point été présents au miracle, qui n’avaient point entendu Jésus-Christ, ni su l’heure, ayant appris de leur maître que c’était à cette même heure que lui avait été accordée la guérison de son fils, eurent une preuve très-certaine et très-évidente de la puissance de Jésus-Christ, et voilà pourquoi ils crurent aussi eux-mêmes. Quel enseignement, mes frères, tirerons-nous de là ? Que nous, ne devons point attendre des miracles, ni demander au Seigneur des gages de sa divine puissance. Je vois des gens qui font paraître un plus grand amour de Dieu lorsque leurs fils ou leurs femmes ont reçu quelque soulagement dans leur maladie ; mais quand bien même nos vœux et nos désirs ne sont point exaucés, il est juste de persévérer toujours dans la prière, de ne pas cesser de chanter des cantiques d’actions de grâces et de louanges. C’est là le devoir des serviteurs fidèles ; c’est là ce que doivent au Seigneur ceux qui l’aiment et le chérissent comme il faut ; ils doivent, dans la prospérité et dans l’adversité, dans la paix et dans la guerre, toujours également accourir et s’attacher à lui ! Rien, en effet, n’arrive que par l’ordre de sa divine providence : « Car le Seigneur châtie celui qu’il aime, et il frappe de verges tous ceux qu’il reçoit au nombre de ses enfants ». (Heb 12,6) Celui qui ne le sert et qui ne l’honore que lorsqu’il vit dans la paix et dans la tranquillité, ne donne pas des marques d’un fort grand amour, et ne montre pas qu’il aime purement et sincèrement Jésus-Christ ; mais pourquoi parler de la santé, des richesses, de la pauvreté, de la maladie ? Quand même vous seriez menacés du feu, des plus cruels et des plus horribles tourments, vous ne devriez pas pour cela cesser un instant de chanter les louanges du Seigneur ; mais il vous faudrait tout souffrir pour son amour : tel doit être le fidèle serviteur, telle est une âme ferme et constante. Avec ces dispositions, vous supporterez facilement, mes chers frères, les afflictions et les calamités de la vie présente, vous acquerrez les biens futurs, et vous vous présenterez avec beaucoup de confiance devant le trône de Dieu. Veuille le ciel nous la départir à tous, cette confiance, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient la gloire dans tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
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