Psalms 147:17
EXPLICATION DU PSAUME CXLVII.
1. « JÉRUSALEM, LOUE LE SEIGNEUR ; SION, LOUE TON DIEU. »ANALYSE.
- 1. Dieu ne protège pas seulement son peuple, c’est encore lui qui le nourrit. C’est ce que signifie : Et adipe frumenti satiat te. Sa Providence s’étend sur toute la nature : Velociter currit sermo ejus.
- 2. Dieu, qui a fait tout, transforme tout.
- 3. Les hommes n’ont jamais été sans loi ; avant que la loi positive leur eût été donnée, ils avaient la loi naturelle, selon laquelle seront uniquement jugés ceux qui n’en ont pas connu d’autre.
- 4. Le présent psaume peut aussi s’interpréter anagogiquement, et dès lors la Jérusalem que Dieu protège, c’est l’Église, qui, toujours combattue, grandit toujours et grandira jusqu’à la fin des temps.
▼Par erreur : la citation est de Bar 3,36-37.
: « C’est notre Dieu, aucun autre que lui ne sera regardé comme Dieu ; il a trouvé toutes les voies de la science, et il les a montrées à Jacob son fils, et à Israël son bien-aimé. » Mais, peut-être objectera-t-on, puisqu’il n’a rien révélé aux autres hommes, comment peut-il les punir ? Que le Seigneur punisse, et ceux qui ont existé avant la loi, et les pécheurs répandus par tout l’univers, c’est ce que manifestent les paroles du Christ : « La reine du midi s’élèvera et condamnera cette génération ; » et encore : « Les Ninivites s’élèveront, et condamneront cette génération. » (Mat 12,42.41) Le sens de ces paroles, c’est que ces anciens hommes aussi doivent rendre compte de manière à mériter les uns, la gloire, les autres, les châtiments. – Et maintenant, si on ne leur avait pas montré la conduite qu’ils devaient tenir, comment leurs juges peuvent-ils les condamner ? Comment l’Écriture dit-elle encore : « Le sang répandu sera vengé par le sang. Depuis le sang du juste Abel, jusqu’au sang de Zacharie ? « (Mat 23,35) Comment dit-elle encore : « Au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement ? » (Mat 11,24) Cette expression « moins rigoureusement » ne montre pas qu’il n’y aura aucun supplice, mais que le supplice ne sera pas aussi rigoureux, que les fautes l’exigeaient. Si les coupables qui ont été punis, ont encore à rendre un compte si sévère, parmi les autres, qui évitera le châtiment ? 3. Eh bien ! maintenant, nous pouvons voir au nombre de ceux que les châtiments attendent, ceux qui ont été punis par le déluge, et beaucoup d’autres, et Caïn lui-même ; Paul aussi exprime cette pensée, par ces paroles : « On y découvre aussi la colère de Dieu, qui éclatera du ciel contre tonte l’impiété et l’injustice des hommes qui retiennent la vérité de Dieu dans l’injustice ; parce qu’ils ont connu ce qui peut se découvrir de Dieu, Dieu même le leur ayant fait connaître. Car les perfections invisibles de Dieu sont devenues visibles, depuis la création du monde, par la connaissance que ses créatures nous en donnent. Sa puissance éternelle et sa divinité brillent de manière à ôter toute excuse. » (Rom 1,18, 20) Il parle ensuite de leur vie de manière à montrer qu’ils auront des comptes à rendre ; c’est ainsi qu’il dit ; « Et après avoir connu la justice de Dieu, ils n’ont pas compris que ceux qui font ces choses, méritent la mort ; et non seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui approuvent ceux qui les font. Vous donc qui condamnez, ceux qui les commettent, et qui les commettez vous-mêmes, pensez-vous pouvoir éviter la condamnation de Dieu ? Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience, et de sa longue tolérance ? Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant, par votre dureté, et par l’impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colères, pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra, à chacun, selon ses œuvres ; en donnant la vie éternelle à ceux qui, par leur persévérance dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l’honneur et l’immortalité ; et, répandant sa fureur et sa colère sur ceux qui ont l’esprit contentieux, et qui ne se rendent point à la vérité, mais qui embrassent l’iniquité. L’affliction et le désespoir accableront l’âme de tout « homme qui fait le mal, du juif première ment, et puis du gentil. » (Rom 1,32 ; 2, 3,9) Vous voyez, par tous ces textes que tous les hommes sans exception, même avant la loi, sont punis de leurs péchés ; que tous ceux qui ont pratiqué la vertu, et se sont abstenus de l’impiété, jouissent des biens du Seigneur. Comment donc châtiments ou récompenses sont-ils possibles, si les hommes ne savaient pas la conduite qu’ils devaient tenir ? Et maintenant, m’objecte-t-on, si les hommes connaissaient la conduite qu’ils devaient tenir, comment l’Écriture dit-elle : « Il n’a point traité de la sorte toutes les autres nations, et il ne leur a point manifesté ses jugements ? » Écoutez ce qui est écrit, et ce que le texte signifie : le Seigneur n’a donné de loi écrite à aucun autre peuple ; tous, en effet, avaient la loi naturelle, qui détermine ce qui, est bien, ce qui est mal. Car lorsque Dieu fit l’homme, il mit aussitôt en lui ce tribunal incorruptible, la conscience qui, dans chaque homme, porte ses jugements ; quant aux Juifs, il leur accorda le privilège de connaître, par le moyen de paroles écrites, les prescriptions de la loi. Aussi, le Psalmiste ne dit pas : Il n’a rien fait pour aucune autre nation, mais, « il n’a point traité de la sorte », c’est-à-dire, il n’a donné aux autres nations, ni des tables ni des écrits, ni un Moïse législateur, ni tout ce qu’on a vu sur le Sinaï ; les Juifs seuls, par un privilège unique, ont joui de tout ce surcroît de secours ; mais la nature humaine, tous les hommes, sans exception, avaient la loi suffisante de la conscience. Ce que Paul, à son tour, exprimait ainsi : « Lors donc que les Gentils, qui n’ont, point la loi, font naturellement les choses que la loi commande, n’ayant point la loi, ils se tiennent à eux-mêmes lieu de loi. » (Rom 2,14) Et voilà pourquoi les Juifs méritent une condamnation plus sévère ; avec ta loi naturelle, ils ont reçu la loi écrite, et ils se sont souillés de tous les crimes, de sorte que l’excès même de la bienveillance de Dieu est, pour eux, l’occasion d’une condamnation plus rigoureuse, parce qu’ils y ont répondu parleur négligence. En ce qui concerne le sens littéral du psaume, il suffit de l’explication que nous cri avons donnée. Si maintenant on désire que nous interprétions, dans le sens anagogique, nous ne refuserons pas de marcher dans cette voie, sans faire violence à l’histoire, loin de nous d’y penser, mais en nous servant de l’histoire pour offrir cet enseignement aux plus studieux, autant que possible. « Jérusalem, loue le Seigneur ; Sion, loue ton Dieu. » Paul entend par là, la Jérusalem céleste, de laquelle il dit : « La Jérusalem d’en haut est vraiment libre, et c’est elle qui est notre mère. » (Gal 4,26) De même que Sion représente pour lui l’Église quand il dit : « Vous ne vous êtes pas approchés d’une montagne sensible, d’un feu brûlant, d’un nuage obscur et ténébreux, des tempêtes ; mais vous vous êtes approchés de la ville de Sion, de l’Église des premiers-nés, qui sont écrits dans le ciel. » (Heb 12,18, 22, 23) C’est donc ainsi que l’on peut dira par anagogie : « Jérusalem, loue le Seigneur ; Sion, loue ton Dieu. Car il a fortifié les serrures de tes portes, et il a béni tes enfants au milieu de toi. » Il l’a fortifiée, en effet d’une manière plus solide que Jérusalem ; il n’y a pas mis des verrous et des portes ; rempart c’est la croix, c’est la déclaration qu’il a faite du pouvoir qui lui est propre, par lequel il a partout élevé son enceinte, quand il a dit « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. » (Mat 16,18) 4. Aussi, dans le principe, empereurs et rois, tous, peuples et cités, les armées des anges déchus, toute la puissance du démon assaillirent l’Église de mille manières ; cependant tous ces efforts ont été déjoués ; tous ces ennemis, réduits au néant ; l’Église, au contraire, a grandi et s’est élevé si haut que sa tête domine au-dessus des cieux. « Il a béni tes enfants, au milieu de toi. » De même qu’aux premiers jours du monde, Dieu avait dit : « Croissez, et multipliez, et remplissez la terre (Gen 1,28) », et la terre entière a entendu cette parole ; de même, plus tard : « Allez et instruisez toutes les nations (Mat 28,19) ; » et : « Cet évangile sera prêché dans le monde entier (Mat 26,13) ; » et il est arrivé que les extrémités de la terre, en un instant, ont été envahies par le commandement du Seigneur ; voilà pourquoi le Seigneur même disait : « Si le grain de froment ne meurt pas après qu’on l’a jeté en terre, il demeure seul ; mais quand il est mort il porte beaucoup de fruits ; » et plus loin « Quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tout à moi. » (Jn 12,21, 32) Et aux premiers jours du monde, un grand nombre d’hommes sont sortis d’un seul, la multitude s’est accrue d’après la loi de la nature, de là vient que les progrès ont été lents ; mais, au temps des apôtres, ce n’est pas par la loi de la nature, c’est par la grâce que la multitude a grandi, et voilà pourquoi, d’un seul coup, en un seul jour, trois mille bientôt, et bientôt cinq mille hommes, et bientôt des multitudes innombrables, et bientôt l’univers tout entier s’est transformé, régénération magnifique ; la foule s’est accrue et multipliée, et a témoigné, par la réalité même des choses, de la bénédiction qu’elle avait reçue. « Ces hommes-là, en effet, ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair. » (Jn 1,13) C’est la grâce de Dieu qui les a fait naître : « Il établit la paix sur tes frontières (3). » Ce qui s’applique, avec une admirable propriété, à l’Église, car, ce qu’on ne peut trop admirer, c’est qu’au sein de la guerre, elle jouissait de la paix ; quand les ennemis l’entouraient de toutes parts, elle jouissait de toutes les délices de la sécurité parfaite. Aussi le Seigneur dit-il lui-même : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. » (Jn 14,27) « Et il te rassasie du meilleur froment. » Ce qui peut se prendre aussi pour l’aliment spirituel de l’Église, car l’Église nous donne le pain de la vie. « Il envoie sa parole à la terre et cette parole court avec vitesse (1). » Quelle est cette parole, répondez-moi, je vous en prie ? Celle qui, portée par les apôtres, a pris partout son essor, plus rapide que l’oiseau, ce que David exprime dans un autre passage, en disant : « Le Seigneur remplira de sa parole les hérauts de sa gloire, afin qu’ils l’annoncent avec une grande force. » (Psa 68,12) A l’insensé qui douterait ici, les éléments doivent suffire, pour démontrer la vérité. Comment la neige tombe-t-elle, en si grande quantité, et si subitement, de manière à couvrir, en un instant, toute la terre ? et il ne faut pas de longues heures pour due la surface envahie soit tout entière couverte. Le Psalmiste était un prophète ; il convenait qu’il prédit l’avenir et en même temps qu’il s’exprimât par des figures, et il devait développer les images que fournissent tes éléments. Or, ce qu’il dit revient à ceci : Il arrivera que la terre entière sera fortifiée par la parole de Dieu, et rapidement, et dans un instant bien court. Ensuite, pour prévenir les doutes qui pouvaient résulter de ce que les Juifs, si longtemps l’objet d’une providence si attentive, y ont répondu par des égarements si coupables ; pour prévenir cette objection : comment les habitants dispersés à la surface de l’univers pourront-ils, en un temps si court, se réunir dans la vertu, dans la conformité de la modération et de la sagesse ? Comme confirmation de la vérité qu’il démontre, le Psalmiste emprunte ses exemples aux éléments, à la neige, au brouillard, à la glace qui se forme en un instant. Ne refusez donc pas votre foi, quelle que soit la mobilité de l’esprit des Juifs. Mais les contradicteurs sont nombreux ! Eh bien ! eux aussi, ils disparaîtront, ils se soumettront. Le froid facile à supporter devient plus vif, et personne n’y résiste, et tous se retirent et cèdent la place ; à bien plus forte raison, cèdent à la parole, et au commandement du Seigneur, toutes les résistances qui la combattent ; car il peut changer les substances, mettre au jour ce qui n’existe pas et fortifier ce qui existe par lui, au point de faire de ses créatures des puissances auxquelles rien ne résiste. « Il annonce sa parole à. ses jugements et ses ordonnances à Israël (8). » Il faut encore ici entendre ce Jacob dans le sens spirituel, et Israël c’est celui que Paul a reconnu en disant : « Paix à vous et à l’Israël de Dieu ! » (Gal 6,16) A lui la gloire dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
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