‏ Romans 8:33

Analyse.

  • 1. Tout, sans aucune exception, et les afflictions même de la vie, et le retard même de la vocation, contribue au bien de ceux qui aiment Dieu et qui sont appelés à être saints ?
  • 2. Si Dieu est pour nous qu’est-ce que les hommes pourront contre nous ? – Et que nous refusera Dieu qui nous a donné son Fils ?
  • 3. Comment saint Paul, après avoir énuméré les preuves d’amour que Dieu nous a données, se laisse aller à ce mouvement sublime : qui donc nous séparera de la charité de Jésus-Christ ? – Que l’élection est un signe de vertu.
  • 4. Que nous pouvons mourir tous les jours et gagner autant de couronnes.
  • 5. Amour de l’apôtre saint Paul pour Notre-Seigneur Jésus-Christ.
  • 6. L’orateur condamne l’amour des choses de la terre, il fait parler Notre-Seigneur qui nous exhorte à la pratique de l’aumône.

1. Il me semble que tout ce passage est destiné à ceux qui sont dans les dangers ; et non seulement ce passage, mais encore ceux qu’on a lus un peu plus haut. En effet cette phrase : « Les souffrances du temps présent n’ont point de proportion avec la gloire future qui sera révélée » ; et celle-ci : « Toutes les créatures gémissent » ; puis : « C’est en espérance que nous avons été sauvés » ; et encore : « Nous attendons par la patience » ; et enfin : « Nous ne savons ce que nous devons demander, dans la prière a : tous ces textes, dis-je, semblent aller à la même adresse. Paul leur apprend en effet que ce n’est point ce qu’ils jugent utile qui l’est réellement et qu’ils doivent toujours choisir, mais bien ce que l’Esprit leur inspire. Car beaucoup de choses qui leur paraissent avantageuses, leur sont quelques fois très nuisibles. Le repos, par exemple, l’éloignement du danger, la sécurité de la vie, leur semblaient des avantages. Et comment s’étonner qu’ils jugeassent ainsi, quand le bienheureux Paul lui-même partageait cette opinion ? Et cependant il apprit plus tard que la situation contraire est celle qui procure les vrais avantages, et dès qu’il le sut, il s’y attacha. Ainsi, lui qui avait trois fois prié le Seigneur de le délivrer des périls, lui ayant entendu dire : « Ma grâce te suffit ; car ma puissance se montre tout entière dans la faiblesse », triomphait de joie plus tard quand il était persécuté, injurié, accablé de maux intolérables. « Je me complais », disait-il, « dans les persécutions, dans les outrages, dans les nécessités ». (2Co 12,9-10) C’est pour cela qu’il disait : « Nous ne savons ce que nous devons demander dans la prière », et il les exhortait tous à s’en remettre là-dessus à l’Esprit. Car l’Esprit-Saint a grand soin de nous, et c’est le bon plaisir de Dieu.

A ces continuelles exhortations, il ajoute ce que nous venons de dire : un raisonnement propre à leur rendre le courage. « Nous savons », dit-il, « que tout coopère au bien pour ceux qui aiment Dieu ». Or, ce mot : « Tout » renferme aussi les choses pénibles. Que ce soit l’affliction qui survienne, ou la pauvreté, ou la prison, ou la faim, ou la mort, ou toute autre chose, Dieu peut tourner tout cela en sens contraire, puisque son infinie puissance sait nous alléger et changer en moyen de salut tout ce qui nous semble pénible. Aussi l’apôtre ne dit-il, point : l’adversité n’atteint pas ceux qui aiment Dieu, mais : « Coopère au bien » ; c’est-à-dire, Dieu fait tourner les périls à la gloire de ceux à qui on tend des embûches ; ce qui est bien plus que d’écarter le danger, ou d’en délivrer quand il survient. C’est ce qu’il a fait dans la fournaise de Babylone. Il n’a pas empêché qu’on y jetât les trois saints, et quand ils y furent, il n’éteignit point la flamme ; mais il la laissa brûler pour les rendre par là même plus glorieux. A l’occasion des apôtres, il a fait constamment d’autres prodiges du même genre. S’il suffit à l’homme d’être sage pour savoir tourner en sens contraire la nature des choses, paraître au sein de la pauvreté plus a l’aise que les riches, et tirer de la gloire du mépris même dont ils sont l’objet ; à bien plus forte raison Dieu peut-il en faire autant, et beaucoup plus encore, à l’égard de ceux qui l’aiment. Une seule chose est nécessaire : l’aimer sincèrement, et tout le reste vient à la suite. Et de même que les choses qui semblent nuisibles sont profitables à ceux qui l’aiment ; ainsi, celles qui sont utiles deviennent nuisibles à ceux qui ne l’aiment pas. Les miracles, la pureté des dogmes, la sagesse de la doctrine ont fait tort aux Juifs ; à cause des miracles, ils appelaient le Christ démoniaque, à cause de sa doctrine ils le traitaient d’impie ; ils essayaient même de le faire mourir à raison de ses prodiges. D’autre part, le larron crucifié, percé de clous, accablé d’injures, souffrant des douleurs sans nombre ; non seulement n’en éprouva aucun dommage, mais en tira le plus grand profit. – Voyez-vous comme tout coopère au bien pour ceux qui aiment Dieu ?

Après avoir établi que c’est là un grand bien, un avantage qui surpasse de beaucoup la nature humaine, comme cela semblait incroyable à un grand nombre, il le confirme par le passé, en disant : « Pour ceux qui, selon son décret, sont appelés ». Considérez qu’il parle ainsi en présupposant la vocation. Pourquoi Dieu n’a-t-il pas dès l’abord appelé tous les hommes, ou pourquoi n’a-t-il pas appelé Paul avec les autres apôtres, puisque ce délai semblait désavantageux ? Et pourtant l’événement a prouvé que ce délai était utile. Il parle ici de décret, pour ne pas tout attribuer à la vocation, parce que les Gentils et les Juifs auraient pu le contre-dire. Si en effet la vocation avait suffi, pourquoi tous n’étaient-ils pas sauvés ? Voilà pourquoi il dit que ce n’est pas la vocation seule, mais le décret, qui a opéré le salut des élus : car la vocation n’imposait aucune nécessité, ne faisait point de violence. Tous donc étaient appelés, mais tous n’ont pas obéi. « Car ceux qu’il a connus par sa prescience, il les a aussi prédestinés à être cou« formes à l’image de son Fils ». Voyez-vous ce comble d’honneur ? Ce que le Fils unique était par nature, ceux-ci le deviennent par grâce. Et cependant il ne se contente pas de dire « Conforme » ; il y ajoute encore autre chose : « Afin qu’il fût lui-même le premier né (29) ». Et il ne se borne encore pas là, car il ajoute : « Entre beaucoup de frères », voulant en tout montrer le lien de parenté. Mais comprenez bien que tout ceci s’entend de l’Incarnation ; car, selon la divinité, le Christ est Fils unique.

2. Voyez-vous que de grâces il nous a accordées ? Ne doutez donc point de l’avenir ; car l’apôtre nous fait assez voir la Providence quand il nous parle de préfiguration. En effet, les hommes changent d’opinion d’après les événements ; mais les pensées de Dieu et ses dispositions à notre égard sont anciennes. L’apôtre dit donc : « Et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ». Il les a justifiés par la régénération du baptême. « Et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés (30) ». Il les a glorifiés par la grâce, par l’adoption. « Que dirons-nous donc après cela ? » C’est comme s’il disait : Ne me parlez donc plus de périls, ni d’embûches dressées de toutes parts. Si quelques-uns doutent encore de l’avenir, au moins ne peuvent-ils nier les bienfaits déjà accordés, par exemple l’amour de Dieu pour nous, la justification, la gloire. Or il a accordé tout cela par des moyens qui semblaient fâcheux ; ce que vous regardiez comme un opprobre, la croix ; la flagellation, les chaînes, c’est ce qui a restauré l’univers entier. Comme donc c’est par ses souffrances, en apparence si tristes, qu’il a procuré la liberté et le salut à tout le genre humain ; ainsi en agit-il avec vos propres souffrances, en les faisant tourner à votre gloire et à votre honneur. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous (31) ? »

Et qui n’est pas contre nous ? dira-t-on. Nous axons contre nous le monde entier, les tyrans, les peuples, nos parents, nos concitoyens ; et pourtant tous ces ennemis sont si loin de nous nuire qu’ils nous tressent malgré eux des couronnes, qu’ils nous procurent des biens infinis : la sagesse de Dieu tournant leurs embûches à notre gloire et à notre salut. Voyez-vous comme personne n’est contre nous ? Ce qui a augmenté la gloire de Job c’est que le démon s’est armé contre lui. Le démon a en effet tout mis en œuvre pour lui nuire : ses amis, sa femme, ses plaies, ses serviteurs ; et rien de cela ne lui a fait de mal. Ce n’était pas encore beaucoup pour lui, bien que cela eût déjà une grande importance ; mais ce qui était bien plus, c’est que tout a tourné à son profit. Car comme Dieu était pour lui, tout ce qui semblait être contre lui, lui est devenu avantageux. Ainsi en a-t-il été pour les apôtres. En effet les Juifs, les gentils, les faux frères, les princes, les peuples, la faim, la pauvreté, mille autres choses encore étaient contre eux, et pourtant rien n’était contre eux. C’est même 1à ce qui les a rendus glorieux, illustres et louables devant Dieu et devant l’es hommes. Pensez donc quelle grande parole Paul a prononcée en faveur des fidèles, de ceux qui sont vraiment crucifiés, parole que ne sauraient s’appliquer ceux mêmes qui sont ceints du diadème. En effet, contre un prince les barbares prennent les armes, les ennemis font irruption, les gardes du corps tendent des embûches, les sujets se révoltent souvent, mille autres dangers se présentent ; mais contre le fidèle, attentif à observer exactement les lois de Dieu, l’homme ni le démon ne peuvent rien. En lui enlevant ses richesses, vous lui préparez une récompense ; en disant du mal de lui, vous le rendez par là même plus glorieux devant Dieu ; en le réduisant à la faim, vous augmentez sa gloire et sa récompense ; en le livrant à la mort, ce qui semble être le pire, vous lui tressez la couronne du martyre. Qu’y a-t-il donc de comparable à cette vie où rien ne peut nuire ; où ceux mêmes qui tendent des pièges ne sont pas moins utiles que des bienfaiteurs ? Aussi Paul dit-il : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

Ensuite, non content de ce qu’il vient de dire, il rappelle encore le plus grand signe de l’amour de Dieu pour nous, celui qu’il ne perd jamais de vue : l’immolation du Fils. non seulement, nous dit-il, Dieu les a justifiés, glorifiés, rendus conformes à l’image de son Fils ; mais il n’a pas même épargné ce Fils pour vous. Aussi ajoute-t-il-: « Lui qui n’a pas épargné même son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous aurait-il pas donné toutes choses avec lui (32) ? » L’apôtre emploie ici des expressions énergiques et brûlantes, pour faire comprendre l’amour divin. Comment donc Dieu nous abandonnerait-il, lui qui n’a pas ménagé son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous ? Et songez quelle bonté c’est de ne pas ménager son propre Fils, mais de le livrer, et de le livrer pour tous, pour des êtres sans valeur, pour des ingrats, des ennemis, des blasphémateurs : « Comment ne nous aurait-il pas donné toutes choses avec lui ? » L’apôtre veut dire : S’il nous a donné son Fils, non pas simplement donné, mais donné pour être immolé, comment mettrez-vous le reste en doute, quand vous avez reçu le Maître lui-même ? Comment douterez-vous de la propriété, quand vous avez le propriétaire ? Comment celui qui a donné le plus à des ennemis, refusera-t-il le moins à des amis ? « Qui accusera les élus de Dieu ? (33) ».

3. Ici Paul s’adresse à ceux qui disaient que la foi ne sert à rien, et qui ne croyaient pas à un changement soudain. Et voyez comme il leur ferme promptement la bouche en parlant de la dignité de celui qui a élu. Il ne dit pas Qui accusera les serviteurs de Dieu, ni : Les fidèles de Dieu, mais : « Les élus de Dieu » car l’élection est un signe de vertu. Si, en effet, quand un dompteur de chevaux choisit les poulains propres à la course, personne ne peut l’en blâmer à moins d’encourir le ridicule : à bien plus forte raison, quand Dieu choisit les âmes, serait-on ridicule de lui en faire un reproche. « C’est Dieu qui les justifie ; qui est celui qui les condamnerait ? » Il ne dit pas : C’est Dieu qui remet les péchés ; mais, ce qui est beaucoup plus : « C’est Dieu qui les justifie ». Quand le suffrage du juge, et d’un tel juge, proclame quelqu’un juste ; quelle sera la peine de l’accusateur ? Donc il ne faut pas craindre les épreuves, car Dieu est pour nous, et il l’a assez prouvé par les faits ; ni les niaiseries judaïques, car Dieu nous a Choisis et justifiés, et justifiés, chose étonnante ! par la mort de son Fils. Qui donc nous condamnera quand Dieu nous couronne, quand le Christ a été immolé pour nous, et non seulement a été immolé, mais intercède encore en notre faveur ? « C’est le Christ Jésus », nous dit-il, « qui est mort pour eux, qui de plus est ressuscité des morts, est à la droite du Père et qui même intercède pour nous (34) ».

Bien qu’en possession de sa dignité propre, il n’a point cessé de s’occuper de nous, mais il intercède en notre faveur, et nous conserve toujours la même affection. Car il ne s’est pas contenté d’être mis à mort ; pour nous donner une plus grande preuve de son amour, il n’a pas seulement payé de sa personne, il en engage encore un autre à agir dans le même but. C’est là uniquement ce que Paul entend par le mot intercéder ; employant une expression plus humaine, plus humble, pour désigner cet amour. Si on ne le prenait pas dans ce sens, le terme : « N’a pas épargné », entraînerait beaucoup d’absurdité. Et la preuve que c’est là ce qu’il veut dire, c’est qu’après avoir d’abord dit : « Est à la droite », il ajoute : « Il intercède pour nous » ; montrant par là tout à la fois que lé Fils est égal au Père, et que son intercession n’est point un indice d’infériorité, mais uniquement une preuve de son amour. Car comment celui qui est la vie et la source de tous les biens, qui a la même puissance que le Père, qui ressuscite les morts, qui vivifie, et qui fait tout le reste, comment, dis-je, aurait-il besoin d’intercéder pour nous être utile ? Comment celui qui, par sa propre puissance, a sauvé, de la condamnation ceux qui étaient désespérés et condamnés, qui les a faits justes et enfants de Dieu, qui les a conduits aux suprêmes honneurs, qui a réalisé ce qu’on n’eût jamais osé espérer ; comment, après avoir accompli tout cela et avoir fait asseoir notre nature sur le trône royal, aurait-il eu besoin de prier pour des œuvres plus faciles ?

Voyez-vous comme il est démontré de toutes manières que Paul ne parle ici d’intercession que pour faire comprendre l’ardeur, la vivacité de l’amour du Christ pour nous ? En effet, il est dit aussi que le Père exhorte les hommes à se réconcilier avec lui. « Nous faisons donc les fonctions d’ambassadeurs pour le Christ, Dieu exhortant par notre bouche ». (2Co 5,20) Et pourtant quand – Dieu nous exhorte, quand des hommes font les fonctions d’ambassadeurs pour le Christ vis-à-vis d’autres hommes, nous ne voyons rien là qui soit indigne de la majesté divine ; tout ce que nous en pouvons conclure, c’est l’étendue de l’amour de Dieu. Faisons de même ici. Si donc l’Esprit demande avec des gémissements inénarrables, si le Christ est mort, s’il intercède pour nous, si le Père n’a point ménagé pour vous son propre Fils, s’il vous a élu et justifié, que craignez-vous encore ? Quand vous êtes l’objet d’un tel amour, d’une telle Providence, pourquoi tremblez-vous ? Aussi, après avoir montré cette Providence, l’apôtre continue en toute liberté, et ne se contente plus de dire : Donc vous devez aussi l’aimer ; mais, comme saisi d’enthousiasme à l’aspect de cette bonté infinie, il s’écrie : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? » Il ne dit pas : De Dieu ; tant il lui est indifférent de nommer le Christ ou Dieu. « Est-ce la tribulation ? Est-ce l’angoisse ? Est-ce la persécution ? Est-ce la faim ? Est-ce la nudité ? « Est-ce le péril ? Est-ce le glaive (35) ? »

Voyez la prudence de Paul : Il ne parle point des pièges où nous tombons tous les jours, de l’amour des richesses, de la passion de la gloire, de la tyrannie de la colère ; mais de choses bien plus tyranniques, qui font violence à la nature elle-même, qui ébranlent souvent malgré nous la fermeté du caractère, à savoir les tribulations et les angoisses. Bien que l’on puisse compter toutes ses expressions, néanmoins chacune d’elle renferme des milliers d’épreuves ; ainsi quand il parle d’affliction, il entend la prison, les chaînes, la calomnie, l’exil, toutes les misères ; d’un mot il parcourt un vaste océan de périls, d’une seule expression il indique tout ce qu’il y a de pénible pour l’homme. Et cependant il brave tout cela. Aussi procède-t-il par interrogation, comme si la contradiction était impossible, puisque rien ne peut séparer de l’objet de son amour celui qui est aimé à ce point et qui jouit du soin d’une telle Providence.

4. Ensuite, pour que ces épreuves ne soient pas considérées comme un signe de délaissement, il cite le prophète qui les a prédites longtemps d’avance en ces termes : « A cause de vous nous sommes mis à mort tout le jour, on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie (36) », c’est-à-dire Nous sommes exposés à subir des mauvais traitements de la part de tout le monde, néanmoins contre tant et de si grands périls, contre tant de nouvelles et sanglantes cruautés, une consolation nous suffit : la raison même de ces combats, non seulement elle nous suffit, mais elle dépasse de beaucoup nos besoins. Car, ce n’est pas pour les hommes ni pour rien de terrestre que nous souffrons tout cela, mais pour le Roi de l’univers. Et ce n’est point là la seule couronne que Dieu réserve à ses élus, mais il leur en prépare une autre multiple et variée. Car comme, en qualité d’hommes, ils ne sauraient souffrir mille morts, il leur montre que la récompense n’en sera pas moindre pour autant : Bien que ce soit une loi de notre nature que nous ne mourions qu’une fois, Dieu cependant nous donne la faculté de mourir tous les jours, si nous le voulons. D’où il suit clairement que nous aurons, à l’heure du départ, autant de couronnes que nous aurons vécu de jours, et même beaucoup plus : car on peut mourir une fois, deux fois, bien des fois par jour. Et celui qui est prêt à cela, reçoit toujours la récompense entière.

C’est à quoi font allusion ces mots du prophète : « Tout le jour ». Aussi l’apôtre invoque-t-il son témoignage, pour mieux exciter leur ardeur. Si en effet, leur dit-il, ceux qui vivaient sous l’Ancien Testament, qui n’avaient pour prix de leurs travaux que la terre et ce qui passe avec la vie, ont pu ainsi dédaigner la vie présente, les épreuves, les périls comment serions-nous excusables de tomber dans le relâchement, de ne pas même atteindre à leur mesure, quand on nous a promis le royaume du ciel et des biens ineffables ? L’apôtre n’exprime pas cette pensée, mais, l’abandonnant à la conscience de ses auditeurs, il se contente du témoignage du prophète, il leur montre que leurs corps sont une victime, et qu’ils ne doivent point s’en troubler, ni s’en effrayer, puisque Dieu l’a ainsi réglé. Il les anime encore d’une autre manière. Pour qu’on ne dise pas qu’il fait là simplement de la spéculation avant l’expérience des faits, il ajoute : « On nous regarde comme des brebis de tuerie », indiquant par là que les apôtres mouraient tous les jours. Voyez-vous sa force et sa modestie ? Comme, dit-il, les brebis qu’on égorge n’opposent aucune résistance, ainsi en est-il de nous. Mais comme la faiblesse de l’esprit humain redoutait encore, même après tant et de si grandes choses, la multitude des épreuves, voyez comme il relève l’auditeur, comme il le rend haut et fier, en disant : « Mais en tout cela nous triomphons par celui qui nous a aimés (37) ».

Ce qu’il y a d’étonnant, ce n’est pas seulement que nous triomphions, mais que nous triomphions par les pièges même qu’on nous tend. Et non seulement nous triomphons, mais nous faisons plus que triompher, c’est-à-dire que nous remportons la victoire avec une extrême facilité, sans fatigues et sans peines. Et ce n’est pas en souffrant réellement, mais par la simple disposition à souffrir, que nous dressons des trophées contre nos ennemis. Et cela est juste : car c’est Dieu qui combat avec nous. Ne faites donc aucune difficulté de croire que, flagellés, nous sommes vainqueurs de ceux qui nous flagellent ; que, proscrits, nous dominons ceux qui nous proscrivent ; que, mourants, nous supplantons ceux qui vivent. Une fois supposé la puissance de Dieu et son amour pour nous, rien ne s’oppose à ce que ces choses étonnantes, incroyables, aient lieu, et que, le triomphe soit éclatant. Et ils ne remportaient pas une simple victoire, mais une victoire miraculeuse, en sorte que leurs ennemis comprissent qu’ils faisaient la guerre non plus à des hommes, mais à la puissance invincible. Voyez-vous les Juifs les tenir au milieu d’eux, puis hésiter et dire : « Que ferons-nous à ces hommes ? » (Act 4,16) Et voilà la merveille : c’est que, les retenant, les regardant comme coupables, les jetant dans les fers, les frappant, ils étaient dans l’embarras et dans l’incertitude, et se trouvaient vaincus par ceux mêmes par qui ils espéraient vaincre. Ni le tyran, ni les bourreaux, ni les légions infernales, ni le démon lui-même ne purent triompher d’eux ; la défaite fut complète ; on vit tourner à leur profit les moyens mêmes qu’on employait contre eux. Aussi l’apôtre dit-il : « Nous sommes plus que vainqueurs ». C’était la nouvelle loi de la guerre, de vaincre par les contraires, de n’être jamais défait et d’aller au combat comme si on était assuré du succès. « Car je suis certain que ni mort, ni vie, ni anges, ni principautés, ni puissances, ni choses présentes, ni choses futures, ni ce qu’il y a de plus haut, ni ce qu’il y a de plus bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus (38, 39) ».

5. Voilà de grandes paroles, mais nous ne les comprenons pas, parce que nous ne savons pas aimer ainsi. Cependant bien qu’elles soient grandes, pour montrer que son amour n’est rien en comparaison de l’amour de Dieu pour lui, il n’en parle qu’en second lieu, de peur de paraître se vanter. Voici ce qu’il veut dire A quoi bon parler du présent, et des maux attachés à cette vie ? Quand même on parlerait de choses à venir et de puissances, de choses comme la mort et la vie, de puissances comme les anges et les archanges, de tout ce qu’il y a de plus élevé dans la création : tout cela me paraîtrait petit, en comparaison de l’amour du Christ. Quand on me menacerait d’une mort éternelle, quand on me promettrait une vie sans terme pour me séparer du Christ, je n’accepterais pas. A quoi bon me parler de tel ou tel roi terrestre, de tel ou tel consul ? Quand vous me parleriez des anges et de toutes les puissances célestes, de tout ce qui est, de tout ce qui sera, de tout ce qui est sur la terre ou dans les cieux, de tout ce qui est sous la terre ou au-dessus des cieux, tout me semblerait peu de chose en comparaison de cet amour. Et comme si cela ne suffisait pas encore à exprimer son amour, il y ajoute autre chose, en disant : « Ni aucune autre créature », c’est-à-dire : aucune autre création aussi grande que celle que nous voyons, aussi grande qu’on puisse l’imaginer, rien ne me détachera de cet amour.

S’il parle ainsi, ce n’est pas que quelque ange ou quelque autre puissance ait essayé de lui enlever cet amour, à Dieu ne plaise ! mais il emploie ces hyperboles pour montrer l’amour qu’il porte au Christ. Car il n’aime pas le Christ à cause de ses dons, mais, les dons à cause du Christ ; c’est lui seul qu’il a en vue, et il ne craint qu’une chose : perdre cet amour. Le perdre serait pouf' lui plus terrible qui l’enfer, comme y persévérer lui est plus cher qu’un empire. Comment donc, quand Paul n’estime pas même les choses du ciel en comparaison de l’amour du Christ, comment serions-nous excusables de mettre de la boue et de l’argile au-dessus du Christ ? Paul est prêt, sil le faut, à tomber en enfer et à être privé du ciel plutôt que de perdre l’amour du Christ ; et nous ne méprisons pas même la vie présente ! Sommes-nous seulement dignes de délier les cordons de ses souliers, nous qui sommes à une telle distance de cette âme magnanime ? A cause du Christ il dédaigne même le royaume du ciel, et nous, nous méprisons le Christ et estimons beaucoup ses dons.

Et plût au ciel que nous estimassions ses dons ! mais ce n’est pas même cela : le royaume du ciel est devant nous, et nous le laissons pour courir chaque jour après des ombres et des songes. Pourtant Dieu qui est bon et miséricordieux fait comme un père tendre qui, voyant son fils dégoûté de vivre toujours avec lui, invente d’autres moyens de le retenir. En effet comme son amour n’est pas pour nous un lien assez puissant, il met en couvre beaucoup d’autres moyens pour nous rattacher à lui. Mais cela ne nous retient pas encore, et nous courons à des jeux d’enfants. Il n’en était pas ainsi de Paul ; comme un fils bien né, généreux et plein de piété filiale, il ne recherche que la compagnie de son père, et se soucie bien moins du reste ; que dis-je ? il est plus qu’un fils ; car il n’unit pas dans son estime son père et ses dons ; mais quand il voit son père, il dédaigne tout le reste, et aimerait mieux être puni et flagellé en restant avec lui, que de vivre dans les délices loin de lui.

6. Tremblons donc, nous qui ne méprisons pas même les richesses pour Dieu, bien plus, qui ne les méprisons pas pour nous-mêmes. Paul seul souffrait tout pour le Christ, non en vue 'du royaume, non en vue de l’honneur, mais par pure affection pour lui. Et nous, ni le Christ, ni les biens du Christ, ne sauraient nous détacher des choses terrestres ; mais comme les serpents, comme les vipères, comme les pourceaux ou d’autres animaux de ce genre, nous nous traînons dans la fange. En quoi, en effet, différons-nous de ces animaux, nous qui, après tant et de si beaux exemples, avons encore les yeux fixés sur la terre et ne supportons pas même de les diriger un instant vers le Ciel ? Et pourtant Dieu nous a donné son Fils ; et vous, vous 'ne donnez pas même un morceau de pain à celui qui a été livré et immolé pour vous ! Pour vous, le Père n’a pas même ménagé son Fils, son Fils légitime ; et vous, vous le dédaignez, ce Fils, quand il meurt de faim, quand vous ne dépenseriez que ce qui vient de lui et que vous le dépenseriez pour vous. Qu’y a-t-il de pire qu’une telle iniquité ? Il a été livré pour vous, il a été immolé pour vous, il erre çà et là dévoré par la faim ; vous donneriez de ce qu’il vous a donné lui-même, et vous le donneriez pour votre profit, et vous ne donnez cependant rien ! Ceux qui, malgré tant de motifs propres à les toucher, persévèrent dans cette inhumanité diabolique ne sont-ils pas plus insensibles que les pierres ?

Il ne s’est pas contenté de la mort et de la croix ; mais il a voulu être pauvre, étranger, errant, nu, prisonnier, malade, afin de vous attirer à lui. Si vous ne me rendez rien, nous dit-il, pour tout ce que j’ai souffert pour vous, ayez pitié de ma pauvreté ; et si la pauvreté ne vous touche pas, que ce soit au moins la maladie, la captivité ; et si rien de tout cela ne vous inspire un sentiment de bonté, faites attention au peu que je demande. Je ne demande rien de coûteux ; mais dû pain, tin abri, une parole de consolation. Que si votre dureté persiste, eh bien ! songez au royaume céleste, aux récompenses que je vous ai promises, et devenez meilleur. Vous ne tenez encore aucun compte de cela ? Cédez au moins à la nature, et en voyant cet homme nu, songez à la nudité que j’ai supportée pour vous sur la croix. Si cette nudité-là ne vous émeut pas, souvenez-vous de celle que je subis maintenant dans la personne des pauvres. J’ai été alors dans le besoin à cause de vous, j’y suis encore aujourd’hui à cause de vous, afin que, pour l’une ou l’autre de ces raisons, vous nie fassiez quelque aumône ; j’ai jeûné à cause de vous, j’ai encore faim à cause de vous ; j’ai eu soif sur la croix, j’ai encore soif dans la personne des pauvres, afin que par tous ces motifs je puisse vous attirer à moi et vous rendre humain dans votre propre intérêt. Et pour les services sans nombre que je vous ai rendus, je vous demande un retour, non comme dette, mais comme grâce, et, pour le peu que je demande, je vous couronne, je vous donne un royaume. Je ne vous dis pas : Délivrez-moi de la pauvreté, ni : Donnez-moi la richesse, bien que j’aie été pauvre pour vous ; je vous demande simplement du pain, un vêtement, un faible soulagement à ma faim. Et si je suis en prison, je ne vous oblige pas à briser mes chaînes ni à me tirer delà ; je vous demande seulement de jeter un regard sur un homme enchaîné à cause de vous, et cette grâce me suffit, et pour ce simple fait je vous donne le ciel. Pourtant je vous ai délivré d’une captivité bien plus dure ; mais je suis content, si vous venez me voir comme prisonnier. Je pourrais vous couronner sans cela ; mais je veux être votre débiteur, afin que vous ayez quelque confiance à saisir la couronne. Voilà pourquoi, pouvant me nourrir moi-même, je vais mendier de tous côtés, je me tiens à votre porte et vous tends la main. C’est de vous que je désire recevoir ma nourriture ; car je vous aime beaucoup ; je désire m’asseoir à votre table, comme c’est le propre des amis, et j’en suis fier ; en présence du monde entier, je proclame vos louanges, et, devant l’auditoire attentif, je montre celui qui m’a nourri.

Pourtant, nous autres hommes, quand quelqu’un nous nourrit, nous en rougissons, nous le tenons dans l’ombre ; mais lui, parce qu’il nous aime beaucoup, proclame le fait, même quand nous gardons le silence, le relève par de grands éloges et ne rougit point de dire que nous l’avons vêtu quand il était nu et nourri quand il avait faim. Pensons donc à tout cela, et ne nous en tenons pas aux éloges, mais accomplissons tout ce qui a été dit. À quoi bon ces applaudissements et ce bruit ? Je ne vous demande qu’une chose : la démonstration parles faits, l’obéissance par les œuvres ; voilà mon éloge, voilà votre profit, voilà qui brillera plus qu’un diadème à mes yeux. Donc, au sortir d’ici, tressez cette couronne pour vous et pour moi par les mains des pauvres, afin de vivre tous ensemble ici-bas, dans une douce espérance, et d’obtenir des biens sans nombre, lors du départ pour l’autre vie. Puissions-nous tous avoir ce bonheur, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui la gloire, l’empire, l’honneur appartiennent au Père en même temps qu’au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il. Tome IV

HOMÉLIE SUR CETTE PAROLE DE L’APÔTRE : NOUS SAVONS QUE TOUT TOURNE A BIEN A CEUX QUI AIMENT DIEU ; ET AUSSI SUR LA PATIENCE ET L’AVANTAGE DES TRIBULATIONS.

AVERTISSEMENT.

L’exorde de cette homélie est tout à fait semblable à celui du sermon sur le débiteur des dix mille talents ; dans l’un comme dans Vautre, Chrysostome se félicite de ce qu’après une longue maladie, il lui est donné de se retrouver et de s’entretenir de nouveau, comme au retour d’un long voyage, avec cette assemblée dont il est aimé, et qu’il aime à son tour d’une égale affection. De là, certains savants tirent cette conclusion que l’homélie sur le débiteur des dix mille talents ayant été prononcée certainement à Antioche, en 387, celle-ci le fut probablement à Constantinople. Car, disent-ils, il n’aurait pas fait deux fois le même exorde dans la même ville ; mais, après s’être rétabli d’une maladie étant à Antioche, il s’y servit d’abord de ce début ; et ensuite, étant à Constantinople, après un autre retour à la santé, il commença ce discours-ci de la même manière, devant des auditeurs dont pas un n’avait entendu l’autre. Cet argument ne semble pas tout à fait invraisemblable ; pourtant comme Chrysostome a été souvent malade à Antioche, comme on le voit par plusieurs de ses discours, et que d’ailleurs il avait coutume, après un intervalle de quelques années, de répéter dans la même ville d’Antioche, non seulement des exordes, mais des sermons tout entiers, qu’il remaniait et qu’il modifiait un peu, comme nous l’avons déjà vu souvent, rien n’empêche qu’il ne se soit servi quelques années plus tard, également à Antioche, du même début qu’en 387. Ce discours a donc pu être prononcé, soit dans l’une de ces villes, soit dans l’autre, et il est assez difficile de se déterminer entre les deux.

ANALYSE.

Tendresse de Chrysostome pour ses auditeurs. – La charité est une dette qu’on ne peut jamais payer. – Les chrétiens patients dans les persécutions. – Efficacité des paroles de l’Apôtre. – Ingratitude des Macédoniens envers les apôtres. – Pourquoi saint Paul chassa le démon qui forçait la servante à reconnaître la mission des apôtres. – Ferveur et délivrance de Paul et de Silas. – De l’efficacité du chant des hymnes : pourquoi Paul et Silas s’y livrèrent au milieu de la nuit. – L’affliction nous rend attentifs et vigilants. – En fait de choses spirituelles, il ne faut jamais différer. – Pourquoi Dieu permet les tentations.

1. Je me sens aujourd’hui comme si je ne m’étais pas rendu au milieu de vous depuis longtemps. Car bien que je ne fusse retenu à la maison que par ma mauvaise santé, je me trouvais comme exilé bien loin de votre amour. En effet, lorsque l’on aime véritablement et qu’on ne peut se trouver avec celui qu’on aime, on a beau habiter la même ville, on n’est pas moins affecté que si l’on vivait dans un autre pays. C’est là ce que savent tous ceux qui savent aimer. Pardonnez-nous donc, je vous en prie ; car ce n’est pas la négligence qui a causé cette séparation ; c’était le silence de la maladie. Et d’une part, je sais que vous vous réjouissez tous à présent de notre retour à la santé ; et de mon côté, je me réjouis aussi, non pas seulement de l’avoir recouvrée, mais encore de ce qu’il m’est donné de revoir vos visages qui me faisaient faute, et de jouir de l’amour selon Dieu que vous me portez. La plupart des hommes, revenus à la santé, ne pensent qu’à se faire apporter du vin, à remplir leurs verres, à boire frais : pour moi, votre compagnie m’est plus agréable que toutes les réjouissances, et elle est pour moi et la condition de ma santé, et la source de ma joie. Eh bien ! donc, puisque par la grâce de Dieu nous nous sommes retrouvés mutuellement, il faut que nous vous payions la dette de la charité, si une telle dette se peut jamais payer. C’est qu’en effet, elle est la seule des obligations qui ne connaisse point de terme ; plus on s’en acquitte, plus elle se prolonge, et si en fait d’argent nous donnons des éloges à ceux qui ne doivent rien, ici nous félicitons ceux qui doivent beaucoup. C’est pourquoi saint Paul, le docteur des nations, a écrit cette parole : Ne soyez redevables de rien à personne, excepté de la charité mutuelle (Rom 13,8), voulant que nous nous acquittions sans cesse de cette obligation, tout en continuant d’y être tenus, et que jamais nous ne soyons affranchis de cette dette jusqu’au jour où nous le serons de la vie présente elle-même. Si donc une dette pécuniaire est un poids et une gêne, c’est, au contraire, une chose blâmable de ne pas devoir toujours la dette de la charité. Et pour preuve, écoutez avec quelle sagesse cet admirable docteur amène ce conseil. Il commence par dire : Ne soyez redevables de rien à personne; puis il ajoute : excepté de la charité mutuelle. Il veut que nous acquittions toutes nos autres dettes ici-bas, mais il entend que pour cette dernière il n’y ait jamais d’extinction possible. En effet, c’est elle surtout qui forme et discipline notre vie. Eh bien ! donc, puisque nous connaissons tout le profit à retirer de cette dette, puisque nous savons qu’on ne fait que l’augmenter en s’en acquittant, efforçons-nous aujourd’hui, nous aussi, de tout notre pouvoir, de payer celle que nous avons contractée envers vous, non par nonchalance ni ingratitude, mais par l’effet du mauvais état de notre santé ; acquittons – nous, en adressant quelques paroles à votre charité, et, en prenant pour sujet de cet entretien l’Apôtre lui-même, ce merveilleux docteur du monde, mettons, sous vos yeux, et méditons à fond ce qu’il disait aujourd’hui en écrivant aux Romains ; servons ainsi à votre charité le festin spirituel que nous avons été longtemps sans vous offrir. Quelles sont ces paroles que nous avons lues ? Il est nécessaire de vous le dire, afin que les ayant présentées à votre souvenir, vous saisissiez mieux ce que nous vous dirons.Nous savons, dit l’Apôtre, que tout tourne à bien à ceux qui aiment, Dieu. (Rom 8,28) Quel est le but de cette entrée en matière ? Car cette âme bienheureuse ne dit rien au hasard, ni en pure perte, mais elle applique toujours aux maux qui se présentent les remèdes spirituels qui leur conviennent.

Quel est donc le sens de ses paroles ? De nombreuses épreuves assiégeaient de toutes parts ceux qui s’avançaient alors dans la foi, les ruses de l’ennemi se succédaient incessamment, ses embûches étaient continuelles ; ceux qui combattaient avec l’arme de la prédication n’avaient point de relâche : les uns étaient jetés en prison, d’autres en exil, on traînait les autres à mille abîmes divers ; en conséquence, il agit comme un excellent général, qui, voyant son adversaire respirer la fureur, parcourt les rangs de ses soldats, relève partout leur courage, les fortifie, les prépare au combat, augmente leur audace, accroît leur désir d’en venir aux mains avec l’ennemi, les enhardit à ne pas craindre ses attaques, mais à se tenir en face, la fermeté dans le cœur pour le frapper, s’il est possible, au visage même, et ne point s’effrayer de lui résister. De même le bienheureux apôtre, cette âme d’une élévation toute céleste, voulant réveiller les pensées des fidèles, et brûlant de relever leur âme en quelque sorte gisante à terre, commença par leur dire : Or nous savons que tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu. Voyez-vous la prudence apostolique ? Il n’a point dit : Je sais, mais : Nous savons ; il les range eux-mêmes dans le nombre de ceux qui conviennent de ce qu’il dit, que tout tourne à bien à ceux qui, aiment Dieu. Considérez aussi l’exactitude du langage de l’Apôtre. Il n’a pas dit : Ceux qui aiment Dieu échappent aux maux, sont délivrés des épreuves ; mais : Nous savons, c’est-à-dire, nous sommes assurés, nous avons la certitude ; l’expérience nous a démontré : Nous savons que tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu.

2. Quelle force ne trouvez-vous pas dans cette courte expression : Tout tourne à bien ? En effet, n’allez pas me parler des avantages d’ici-bas, ne songez pas seulement au bien-être et à la sécurité, mais aussi à ce qui leur est tout opposé : à la prison, aux tribulations, aux embûches, aux, attaqués journalières, et alors vous verrez parfaitement la portée de cette parole. Et pour ne pas entraîner au loin votre charité, prenons, si vous le voulez bien, quelques petits faits parmi ce qui arriva au bienheureux apôtre, et vous verrez la force de ce langage. Alors que, parcourant toutes les contrées, semant la parole de piété ; arrachant les épines, et se hâtant d’implanter la vérité dans l’âme de chacun, il fut arrivé dans une ville de Macédoine, comme nous le raconte saint Luc, l’auteur des Actes, il rencontra là une jeune servante qui, possédée d’un malin esprit, ne pouvait garder le silence, et qui, s’en allant de côté et d’autre, voulait proclamer partout les apôtres par la suggestion de ce démon. Saint Paul, parlant alors avec grande autorité, employant un langage impérieux, comme quelqu’un qui chasserait un vil malfaiteur, délivra cette femme du malin esprit : les habitants de cette ville auraient dû considérer dès lors les apôtres comme des bienfaiteurs, comme des sauveurs, et, cri échange d’un tel bienfait, les traiter avec toute espèce d’égards. Ils firent pourtant tout le contraire. Écoutez comment on récompense les apôtres : Les maîtres de cette servante, dit saint Luc, voyant que l’espoir de leur trafic était perdu, s’emparèrent de Paul et de Silos, les traînèrent sur la place publique devant les magistrats, puis ils les menèrent aux préteurs, et leur ayant donné un grand nombre de coups, ils les jetèrent en prison, en recommandant au geôlier de les garder soigneusement. (Act 16,19, 23) Voyez-vous l’excessive méchanceté des habitants de cette ville ? voyez-vous en même temps la patience et la fermeté des apôtres ? Attendez un peu, et vous verrez aussi la miséricorde de Dieu. En effet, comme il est sage et fécond en ressources, il ne fait point cesser les maux tout d’abord et dès le début, mais, après que toutes les dispositions des adversaires ont pris de l’accroissement, après que la patience de ses athlètes a été prouvée par des faits, c’est alors que lui aussi montre à son tour son influence ; afin que personne – ne puisse alléguer que si les serviteurs de Dieu courent ainsi aux dangers, c’est qu’ils se fient sur ce qu’ils n’auront rien de pénible à souffrir. C’est pour cela que dans les secrets de sa sagesse il laisse les uns devenir victimes des maux, et qu’il y soustrait les autres ; il vent que l’exemple de tous vous instruise de son extrême miséricorde, il veut vous apprendre que lorsqu’il réserve à ses serviteurs de plus grandes récompenses, il permet souvent que leurs maux se prolongent. C’est ce qu’il a fait ici. Car après un tel miracle, après un si grand bienfait que celui par lequel ils se signalèrent en chassant cet esprit impudent, Dieu permit qu’ils fussent battus de verges et jetés en prison. C’est là surtout qu’apparut la puissance de Dieu. Aussi le saint Apôtre disait-il : Je me glorifierai donc le plus volontiers dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi. Et un peu plus loin : Quand je suis faible, c’est alors que je suis puissant (2Co 12,9-10) ; il entend par faiblesse les tentations continuelles. Mais peut-être on se demandera ici pourquoi il a chassé un démon qui ne disait rien qui leur fût hostile, mais qui, au contraire, les faisait ouvertement connaître ; car il y avait plusieurs jours qu’il criait : Ces hommes sont les serviteurs du Dieu très-haut, qui vous annoncent le chemin du salut. (Act 16,17) Ne soyez point surpris, bien-aimé frère : ceci encore était l’effet de la prudence apostolique et de la grâce du Saint-Esprit. Car, bien qu’il ne dise rien qui leur fût hostile, il ne fallait point que le démon acquit par là un crédit qui l’eût mis à même, à d’autres égards, d’entraîner la croyance des simples voilà pourquoi saint Paul lui ferma la bouche et le chassa, ne voulant pas lui permettre de parler de choses dont il était indigne. Et, en agissant de la sorte, saint Paul suivait l’exemple de son Maître, car lorsque les démons venaient au-devant de Jésus, et lui disaient : Nous savons qui tu es, tu es le saint de Dieu (Luc 4,34), quoiqu’ils parlassent ainsi, Jésus les chassait. Et cela arrivait pour confondre les Juifs impudents qui voyaient tous les jours des miracles et une foule de prodiges, et qui refusaient de croire, tandis que les démons les avouaient, et confessaient Jésus pour le Fils de Dieu.

3. Mais passons à la suite de notre discours. Afin donc que vous appreniez que tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu, il est nécessaire de vous lire toute cette histoire : elle vous apprendra comment, après les coups et la prison, toutes choses ont été, par la grâce de Dieu, changées en avantages pour eux. Voyons comment saint Luc nous le fait voir ; il dit : Le geôlier ayant reçu cette recommandation, les jeta dans la prison la plus intérieure, et leur mit des entraves aux pieds. (Act 16,24) Voyez comme leurs maux se prolongent, afin que la patience des apôtres devienne plus éclatante, et en même temps pour que la puissance ineffable de Dieu acquière aux yeux de tous une grande évidence. Écoutez encore ce qui suit. Saint Luc ajoute : Au milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et louaient Dieu. (Id 5,25) Voyez ces âmes qui semblent avoir des ailes, ces esprits en éveil : ne passons point légèrement, mes frères bien-aimés, sur cette parole. Ce n’est pas au hasard ni pour indiquer seulement l’heure que saint Luc dit : Au milieu de la nuit; mais il veut nous montrer que pendant le temps où le sommeil enchaîne agréablement les autres hommes, et ferme leurs paupières à l’heure où il est naturel que des personnes en proie à de nombreuses souffrances se laissent entraîner au sommeil, alors que de tous côtés le sommeil fait sentir son pouvoir absolu, c’est à cette heure que les apôtres priaient et louaient Dieu, donnant ainsi la plus grande preuve de leur amour envers lui. Car de même que si nous sommes affligés parles douleurs corporelles, nous recherchons la présence de nos proches, pour trouver dans leur conversation de quoi soulager la violence de notre mal ; ainsi les saints apôtres, embrasés d’amour pour leur Maître, et lui adressant les hymnes sacrés, ne sentaient même pas leurs douleurs ; mais, tout entiers à leurs supplications, ils lui offraient cet admirable chant des hymnes : leur prison était devenue un temple, et elle était sanctifiée tout entière par les cantiques de ces bienheureux apôtres. C’était un spectacle merveilleux et admirable que ces hommes, dont les pieds étaient dans les entraves, mais dont la voix n’en avait aucune qui les empêchât de chanter les hymnes. C’est que pour l’âme austère et vigilante, qui a pour Dieu une charité ardente, il n’est rien qui soit capable de la séparer de son Maître : Car, dit l’Écriture, je suis le Dieu qui se rapproche, et non pas un Dieu qui se tient à distance (Jer 23,23) ; et elle dit encore autre part : Tu parleras encore, que je dirai : Me voici. (Isa 58,9) En effet, là où l’âme est en éveil, la pensée a des ailes et se dégage, pour ainsi dire, des liens du corps ; elle prend son vol vers le Dieu qu’elle aime, et regarde avec dédain la-terre au-dessous d’elle s’élevant au-dessus des choses visibles, elle court vers Dieu : c’est ce qui est arrivé à nos saints apôtres. Voyez en effet la vertu soudaine des hymnes, et comment ces hommes, quoique en prison et les entraves aux pieds, quoique mêlés avec des imposteurs et des prisonniers, non seulement n’éprouvèrent aucun dommage, mais encore n’en brillèrent que mieux, et éclairèrent par la lumière de leur propre vertu tous ceux qui étaient dans la prison. Car la voix de ces hymnes sacrés, pénétrant dans l’âme de chacun des prisonniers, la transformait, pour ainsi dire, et la corrigeait. En effet l’Apôtre ajoute : Aussitôt un grand tremblement de terre eut lieu : les fondements de la prison furent ébranlés, et à l’instant toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous furent défaits. (Act 16,26) Vous voyez la puissance des hymnes auprès de Dieu ! non seulement ceux qui les lui offraient obtinrent leur propre soulagement, mais ils furent cause aussi que les liens de tous se détachèrent : c’était pour montrer par des faits que tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu. En effet, voyez un peu quel tableau ! des coups, une prison, des entraves, la compagnie des prisonniers. Eh bien ! tout cela est devenu un sujet d’avantages, une occasion de gloire, non pas pour les apôtres seulement, non pas seulement pour les autres qui étaient en prison, mais pour le geôlier lui-même. En effet, que lisons-nous ? Le geôlier s’étant réveillé, et ayant vu que les portes de la prison étaient ouvertes, tira son épée et allait se tuer, croyant que les prisonniers s’étaient échappés. (Id 5,27) Considérez ici avec moi la miséricorde de Dieu, laquelle surpasse toute expression ! Pourquoi tout cela arrive-t-il vers minuit ? Uniquement pour que l’affaire se passe sans tumulte et dans le calme, et pour assurer le salut du geôlier. Car lorsque le tremblement de terre fut arrivé, et que les portes se furent ouvertes, les liens de tous les prisonniers se détachèrent, et Dieu ne permit pas qu’aucun d’entre eux s’évadât. Remarquez encore ici avec moi un nouveau trait de la sagesse divine. Toutes les autres circonstances, je veux dire, le tremblement de terre, l’ouverture des portes, ont eu lieu pour que tout le monde apprît par l’événement quels étaient ceux que renfermait alors la prison, et que ce n’étaient pas des hommes ordinaires, mais s’il arriva que personne ne sortit, c’est afin que ceci ne devînt pas pour le geôlier une source de dangers. Pour vous en convaincre, écoutez comment, rien qu’au soupçon du fait, à la seule pensée de quelques évasions, il fit bon marché même de sa vie ! Saint Luc dit en effet : Ayant tiré son épée, il allait se tuer. Mais le bienheureux Paul, toujours attentif, toujours vigilant, arracha par ses paroles l’agneau de la gueule du loup. Il s’écria : Ne te fais aucun mal ! nous sommes tous ici. (Act 16,28) O comble d’humilité ! il ne conçut aucun orgueil de ce qui venait de s’accomplir, il ne se révolta pas contre le geôlier, il ne se permit aucune expression de hauteur ; mais il se comptait lui-même au nombre des prisonniers, des bourreaux, des malfaiteurs, en disant : Nous sommes tous ici. Vous venez de le voir usant de la plus grande humilité, et ne s’arrogeant rien de plus qu’aux malfaiteurs qui sont avec lui. Examinez enfin la conduite du bourreau : il ne s’adresse pas à saint Paul comme à quelqu’un des autres. Ayant pris courage et ayant demandé une lumière, il s’élança dans la chambre, et se jeta tout tremblant aux pieds de Paul et de Silas ; puis les ayant reconduits dehors, il leur dit : Maîtres, que faut-il que je fasse pour être sauvé? (Act 5,29-30) Voyez-vous que tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu ? voyez-vous les stratagèmes du démon, et comment ils furent déjoués ? Voyez-vous comme ses artifices manquèrent leur but ? Quand les apôtres eurent chassé l’esprit malin, Satan fit en sorte qu’on les jetât en prison, croyant empêcher par là le cours de leurs prédications. Mais voilà que cette prison est devenue pour eux l’occasion d’un nouveau bénéfice spirituel.

4. Ainsi donc, nous aussi, si nous sommes vigilants, non seulement dans les moments de calme, mais encore dans les tribulations, nous pouvons trouver notre profit, et plus encore dans la tribulation que dans le calme. Car ce dernier état nous rend presque toujours plus négligents ; la tribulation au contraire nous dispose à la – vigilance, elle nous rend dignes aux yeux de Dieu de l’assistance d’en haut, alors surtout que, par notre espérance en lui, nous faisons preuve de patience et de fermeté dans toutes les afflictions qui nous surviennent. Ne soyons donc pas chagrins, quand nous sommes éprouvés, mais au contraire réjouissons-nous ; car c’est l’occasion de notre gloire. C’est dans ce sens que saint Paul a dit : Nous savons que tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu. Considérons aussi l’âme ardente de nos saints apôtres. Quand ils entendirent cette question du geôlier : Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? tardèrent-ils à répondre ? remirent-ils à plus tard ? négligèrent-ils de l’instruire ? nullement. Et que lui dirent-ils ? Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé, toi et toute ta famille. (Id 5,31) Voyez la sollicitude apostolique. Ils ne se contentent pas du salut de lui seul, ils veulent aussi, grâce à lui, envelopper tous les siens dans les lacs de la religion, et infliger à Satan une blessure cruelle : Et le geôlier fut baptisé à l’instant, lui et tous les siens, et il fut ravi de joie, avec toute sa famille, d’avoir cru en Dieu. (Id 5,33-34)

Cela nous apprend à ne jamais différer même d’un instant dans les affaires spirituelles, mais à considérer toujours comme favorable l’occasion qui se présente. Si en effet nos saints apôtres n’ont pas voulu différer alors qu’il était nuit, quelle excuse aurons-nous si dans les autres moments du jour nous laissons échapper des profits spirituels ? Vous avez vu cette prison devenant une église ? ce repaire de bourreaux transformé soudain en une maison de prière ; vous avez vu s’y accomplir la sainte initiation ? Voilà l’effet de la vigilance, c’est là ce que l’on gagne à ne jamais négliger les profits spirituels, mais à tirer parti de toutes les occasions pour réaliser d’aussi nobles bénéfices. Le saint apôtre a donc bien eu raison d’écrire : Que tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu. Et nous aussi, je vous y engage, ayons cette parole bien gravée dans notre âme, et n’entrons jamais en dépit, quand il nous arrive des afflictions dans cette vie, événements, maladies, ou autres circonstances fâcheuses ; armons-nous d’une grande sagesse pour résister à toutes les épreuves, sachant que si nous sommes vigilants, nous pouvons tirer parti de tout, et des épreuves plus que des consolations. Ne nous troublons jamais, songeant combien la patience est profitable, et n’ayons pas même de sentiments de haine contre ceux qui nous attirent nos épreuves. Car s’ils agissent de la sorte pour atteindre leur but particulier, notre Maître commun le permet, voulant par ce moyen nous faire trouver nos bénéfices spirituels, nous faire obtenir le salaire de notre patience. Si nous pouvons donc supporter avec reconnaissance ce qui nous est infligé, nous effacerons par là une grande partie de nos péchés. Et si le Seigneur, en voyant un tel trésor, le docteur des nations, tomber chaque jour dans les dangers, supportait qu’il en fût ainsi, non par insouciance de son athlète, mais parce qu’il lui préparait une plus longue lutte, pour lui accorder ensuite de plus brillantes couronnes, que pourrions-nous dire, nous autres, qui sommes couverts d’une foule de péchés, et qui, à cause de ces péchés, rencontrons maintes et maintes épreuves, afin qu’ayant porté ici-bas la peine de nos fautes, nous soyons au moins jugés dignes d’un peu d’indulgence, et que nous puissions en ce jour terrible goûter les biens mystérieux ? Réfléchissons à tout cela, et résistons généreusement à toutes les afflictions, afin de recevoir du Dieu de miséricorde la récompense de notre patience, de pouvoir diminuer la multitude de nos péchés, et obtenir les biens éternels, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec lequel gloire, puissance et honneur au Père, ainsi qu’au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 

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