Daniel 2
2. Chap. ii, 1-49 : Vision de la statue — Le songe du roi, il menace de mort les sages s’ils ne lui font connaître le songe et sa signification (ii, 1-11). Prière de Daniel et de ses compagnons (ii, 12-18). Dieu éclaire Daniel qui propose au roi de lui donner satisfaction (11, 19-28). La statue (ii, 29-36). Les quatre grands empires et la souveraineté de Dieu (ii, 37-45). Daniel et ses compagnons sont comblés d’honneurs (ii, 46-49).
1La seconde année du règne de Nabuchodonosor, Nabuchodonosor eut des songes ▼▼II, 1. La seconde année. Cette indication chronologique offre quelque difficulté. En effet, dès ce moment Daniel et ses compagnons nous apparaissent classés parmi les sages (ii, 13-49). Or leur admission dans cette classe (i, 18 sv.) fut précédée d’une éducation préparatoire de trois années (i, 5). Ces raisons ont porté plusieurs exégètes à admettre dans notre texte une erreur de copiste. Au lieu de seconde, il faudrait lire douzième année. D’autres maintiennent le chiffre du texte actuel : la seconde année serait en réalité la troisième. L’auteur sacré aurait suivi l’usage babylonien, d’après lequel l’année d’accession au trône ne compte pas. — Nabuchodonosor eut des songes. Les Chaldéens attachaient aux songes une importance extrême, un sens prophétique.
, son esprit fut agité et le sommeil se retira de lui. 2Le roi fit appeler les lettrés, les magiciens, les enchanteurs et les Chaldéens ▼▼2. Les lettrés, en hébr. chartummîm, les scribes sacrés d’Hérodote, dont la fonction était de transcrire et d’interpréter les livres de magie. — Les Chaldéens, prêtres issus de la race la plus ancienne du pays ; ils formaient la classe la plus considérée parmi les différentes catégories de sages babyloniens (Hérod, i, 171). Une cinquième classe, celle des astrologues, qui annonçaient l’avenir d’après le mouvement des astres, est nommée plus loin (vers. 27).
pour lui expliquer ses songes ; ils vinrent et ils se tinrent devant le roi. 3Le roi leur dit : « J’ai fait un songe, et mon esprit est agité, cherchant à connaître ce songe. ▼▼3. À connaître ce songe. D’après saint Jérôme, le roi ne se souvenait plus que très vaguement du rêve mystérieux qui l’avait tourmenté. Il demande aux mages de le lui reconstituer.
» ▼▼8. De ne pas se souiller etc. C’était un usage chez les païens de donner à leurs repas un caractère religieux en offrant à leurs dieux une partie des viandes et du vin qu’on servait sur leur table : comp. I Cor. x, 20. D’ailleurs, parmi ces viandes, il pouvait s’en trouver de proscrites par la loi (Lév. xi ; xx, 25), ou apprêtées contrairement à ses préceptes (Lév. vii, 27).
4Les Chaldéens répondirent au roi en langue araméenne ▼▼4. La langue araméenne, ou syriaque (hébr. ’aramith), parlée en Syrie et répandue dans toute l’Asie occidentale, différait de la langue assyro-babylonienne en usage à Babylone. Mais les sages de la cour devaient la connaître, et ils auraient pu, pour une raison que nous ignorons, s’adresser au roi en araméen. Toutefois il n’est guère vraisemblable qu’ils l’aient fait ; et comme c’est précisément après les mots, en langue araméenne, que le récit passe de la langue hébraïque au dialecte araméen (jusqu’à la fin du chap, vii), la plupart des interprètes regardent ces mots comme une note de copiste avertissant le lecteur de ce brusque changement d’idiome.
: « Ô roi, vis éternellement ! Dis le songe à tes serviteurs, et nous en ferons connaître la signification. » 5Le roi répondit aux Chaldéens, en disant : « C’est chose arrêtée par moi. Si vous ne me faites savoir le songe et sa signification, vous serez coupés en morceaux et vos maisons seront réduites en cloaques. 6Mais si vous me faites connaître le songe et sa signification ▼▼6. Si vous me faites connaître, litt., si tous me montrez, et de même en nombre d’autres endroits.
, vous recevrez de moi des dons et des présents, et de grands honneurs ; ainsi faites-moi connaître le songe et sa signification. » 7Ils répondirent pour la deuxième fois en disant : « Que le roi dise le songe à ses serviteurs, et nous en ferons connaître la signification. » 8Le roi répondit et dit : « En vérité, je sais que vous cherchez à gagner du temps, parce que vous voyez que c’est chose arrêtée par moi. 9Puisque vous ne me faites pas savoir le songe, c’est que vous n’avez qu’une pensée, celle de concerter un discours mensonger et trompeur, pour le tenir devant moi, en attendant que les temps soient changés ; ainsi, dites-moi le songe et je saurai que vous pourrez m’en faire connaître la véritable signification. » ▼▼9. C’est que vous n’avez qu’une pensée. D’autre, une même sentence sera la vôtre, vous frappera tous.
10Les Chaldéens répondirent devant le roi en disant : « Il n’y a pas d’homme sur la terre qui puisse faire connaître ce que le roi demande ▼▼10. Ce que le roi demande ; litt., la chose du roi.
. Aussi jamais roi, si grand et si puissant qu’il ait été, n’a demandé pareille chose d’aucun lettré, astrologue ou Chaldéen. 11La chose que le roi demande est difficile, et il n’y a personne qui puisse la faire connaître devant le roi, hormis les dieux dont la demeure n’est pas parmi les mortels ▼▼11. Parmi les mortels, litt., avec la chair.
. » 12Là-dessus le roi se mit en colère et en grande fureur, et il donna l’ordre de mettre à mort tous les sages de Babylone. 13La sentence ayant été publiée, les sages étaient mis à mort, et on cherchait Daniel et ses compagnons pour les tuer. 14Alors Daniel fit une réponse prudente et sensée à Arioch, chef des gardes du roi, qui était sorti pour mettre à mort les sages de Babylone. 15Il prit la parole et dit à Arioch, commandant du roi : « Pourquoi cette sentence sévère de la part du roi ? » Et Arioch exposa la chose à Daniel. 16Alors Daniel entra dans le palais et pria le roi de lui accorder un délai afin de faire connaître au roi la signification. 17Aussitôt Daniel alla dans sa maison et informa de l’affaire Ananias, Misaël et Azarias, ses compagnons, 18les engageant à implorer la miséricorde du Dieu du ciel sur ce mystère, pour qu’on ne fit point périr Daniel et ses compagnons avec le reste des sages de Babylone. 19Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision pendant la nuit, et Daniel bénit le Dieu du ciel. 20Daniel prit la parole et dit : « Béni soit le nom de Dieu, d’éternité en éternité, car à lui appartiennent la sagesse et la force. 21C’est lui qui change les moments et les temps, qui renverse les rois et qui élève les rois, qui donne la sagesse aux sages et le savoir aux intelligents. 22C’est lui qui révèle les choses profondes et cachées, qui sait ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure avec lui. 23C’est vous, Dieu de mes pères, que je célèbre et que je loue de ce que vous m’avez donné la sagesse et la force, et de ce que maintenant vous m’avez fait savoir ce que nous vous avons demandé, en nous faisant savoir l’affaire du roi. » 24C’est pourquoi Daniel se rendit auprès d’Arioch, que le roi avait chargé de mettre à mort les sages de Babylone ; il alla et lui parla ainsi : « Ne fais pas périr les sages de Babylone ; introduis-moi devant le roi, et je ferai connaître au roi la signification. » 25Arioch s’empressa de faire entrer Daniel devant le roi et lui parla ainsi : « J’ai trouvé parmi les captifs de Juda un homme qui fera savoir au roi la signification. » 26Le roi prit la parole et dit à Daniel, qui s’appelait Baltassar : « Es-tu capable de me faire savoir le songe que j’ai eu et sa signification ? » 27Daniel répondit en présence du roi et dit : « Le secret que le roi demande, ni sages, ni magiciens, ni lettrés, ni astrologues ne sont capables de le faire connaître au roi. 28Mais il y a un Dieu dans le ciel qui révèle les secrets et qui a fait savoir au roi Nabuchodonosor ce qui doit arriver à la fin des jours. Ton songe et les visions de ton esprit ▼▼28. De ton esprit ; litt., de ta tête.
que tu as eues sur ta couche, les voici : 29Toi, ô roi, tes pensées s’élevaient en ton esprit sur ta couche au sujet de ce qui arriverait après ce temps-ci, et celui qui révèle les secrets t’a fait connaître ce qui doit arriver. 30Et moi, ce n’est pas par une sagesse qui serait en moi, supérieure à celle de tous les vivants, que ce secret m’a été révélé, mais c’est afin qu’on en fasse savoir la signification au roi, et que tu connaisses les pensées de ton cœur. 31Toi, ô roi, tu regardais, et voici une grande statue. Cette statue était immense et sa splendeur extraordinaire ; elle se dressait devant toi, et son aspect était terrible. 32Cette statue avait la tête d’or fin, la poitrine et les bras d’argent, le ventre et les cuisses d’airain, 33les jambes de fer, les pieds en partie de fer et en partie d’argile. 34Tu regardais, jusqu’à ce qu’une pierre fut détachée, non par une main ▼▼34. Non par une main, sans l’action d’une main d’homme.
, et frappa la statue à ses pieds de fer et d’argile, et les brisa. 35Alors furent brisés en même temps le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or, et ils devinrent comme la balle qui s’élève de l’aire en été, et le vent les emporta sans qu’on en trouve plus aucune trace ; et la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne et remplit toute la terre. 36Voilà le songe ; sa signification, nous allons la dire devant le roi. 37Toi, ô roi, roi des rois, à qui le Dieu du ciel a donné l’empire, la puissance, la force et la gloire, 38entre les mains de qui il a livré, en quelque lieu qu’ils habitent, les enfants des hommes, les bêtes des champs, les oiseaux des cieux, et qu’il a fait dominer sur eux tous : c’est toi qui es la tête d’or. ▼▼37, 38. La statue tout entière représente la puissance du monde considérée au point de vue de son opposition au royaume de Dieu, et comme une dans les différentes phases de son développement historique. La tête d’or figure la monarchie babylonienne personnifiée dans Nabuchodonosor, son plus illustre représentant ; c’est aussi la première bête du chap. vii (vers. 4), le lion aux ailes d’aigle.
39Après toi, il s’élèvera un autre royaume, moindre que toi, puis un troisième royaume d’airain ▼▼39. Un autre royaume, l’empire des Mèdes, et des Perses, que l’ours figure au chap, vii (vers. 5). — Un troisième royaume, fondé par Alexandre le Grand, qui ajouta la domination de l’Orient à celle des Grecs ; il a pour emblème, au chap. vii (vers. 6), le léopard. — Selon d’autres commentateurs le deuxième royaume serait celui des Mèdes, le troisième celui des Perses.
, qui dominera sur toute la terre. 40Un quatrième royaume sera fort comme le fer ▼▼40. Un quatrième royaume ; selon beaucoup de commentateurs, l’empire romain. Les jambes de fer qui lui sont attribuées vers. 33, se rapportent sans doute à la première période de son histoire, période de force irrésistible ; dans la seconde période, celle du fer uni à l’argile, à la force se joindra la faiblesse. Selon d’autres (Dom Calmet, etc.), il s’agirait des royaumes d’Égypte et de Syrie qui, par des mariages (semence d’hommes, vers. 43), essayèrent de s’allier et de devenir forts. Ceux qui identifient le troisième royaume avec les Perses disent que, dans la quatrième image, l’empire d’Alexandre est successivement considéré dans son unité et dans sa division.
; de même que le fer écrase et brise tout, et comme le fer qui met en pièces, il écrasera et mettra en pièces tous ceux-là. 41Si tu as vu les pieds et les orteils en partie d’argile de potier et en partie de fer, c’est que ce sera un royaume divisé ; il y aura en lui de la solidité du fer, selon que tu as vu du fer mêlé à l’argile. 42Mais comme les orteils des pieds étaient en partie de fer et en partie d’argile, ce royaume sera en partie fort, et il sera en partie fragile. 43Si tu as vu le fer mêlé à l’argile, c’est qu’ils seront mêlés de semence d’homme ; mais ils ne tiendront pas l’un à l’autre, de même que le fer ne peut s’allier avec l’argile. 44Dans le temps de ces rois, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et dont la domination ne sera point abandonnée à un autre peuple ; il brisera et anéantira tous ces royaumes-là, et lui-même subsistera à jamais, 45selon que tu as vu qu’une pierre a été détachée de la montagne ▼▼45. Une pierre détachée, emblème du Messie, descendu du ciel. — À brisé le 1er etc., la puissance du monde en tant qu’opposée à Dieu, et représentée par les monarchies païennes.
, non par une main, et qu’elle a brisé le fer, l’airain, l’argile, l’argent et l’or. Le grand Dieu a fait connaître au roi ce qui arrivera dans la suite ; le songe est véritable et sa signification certaine. » 46Alors le roi Nabuchodonosor tomba sur sa face et se prosterna devant Daniel, et il ordonna qu’on lui offrit des oblations et des parfums. 47Le roi parla ensuite à Daniel et dit : « Vraiment votre Dieu est le Dieu des dieux, le seigneur des rois et le révélateur des secrets, puisque tu as pu révéler ce secret. » 48Alors le roi éleva Daniel et lui fit de nombreux et riches présents ; il l’établit gouverneur sur toute la province de Babylone et chef suprême sur tous les sages de Babylone. 49À la prière de Daniel, le roi commit aux affaires de la province de Babylone Sidrac, Misac et Abdénago ; et Daniel demeura à la cour ▼▼49. Et Daniel demeura à la cour ; m. à m., et Daniel demeura à la porte du roi.
.
Copyright information for
FreCrampon