‏ Daniel 7

DEUXIÈME PARTIE. [VII, 1 — XII, 13.] LES VISIONS DE DANIEL.

1. Chap. vii, 1-28 : Les quatre animaux, le règne du Fils de l’homme et des saints. — Les quatre animaux (vii, 1-8) ; le vieillard et le jugement (vii, 9-12) ; le pouvoir donné à un Fils d’homme (vii, 13-18). Interprétation : les quatre empires (vii, 19-24) ; triomphe du peuple des Saints (vii, 25-28).

1La première année
VII, 1.  La première année, vers l’an 540 av. J—C ; car Baltasar, qui fut tué en 538, n’avait rempli les fonctions de vice-roi que pendant un petit nombre d’années.
du règne de Baltasar, roi de Babylone, Daniel, étant sur sa couche, vit un songe et des visions en son esprit. Il écrivit ensuite le songe et raconta la substance des faits.

2Daniel prit la parole et dit : « je voyais dans ma vision pendant la nuit, et voici que les quatre vents du ciel fondaient sur la grande mer
2.  La grande mer agitée par les quatre vents symbolise le monde païen et ses agitations.
,
3Et quatre grandes bêtes
3.  Quatre bêtes : comp. Apoc. xiii, 1. Les prophètes représentent souvent les nations sous l’emblème d’animaux, réels ou fantastiques : voy. Is. xxvii, 1 ; li, 9 ; Ezéch. xxix, 3 ; xxxii, 2. Comp. Ps. lxviii, 31 ; lxxiv, 13.
montèrent de la mer, différentes l’une de l’autre.
4La première était semblable à un lion
4.  La première, un lion, avec des ailes d’aigle, symbole de force et d’agilité, symbolise le premier empire, la monarchie babylonienne. Comp. Jér. iv, 7, 13 ; xlix, 19 sv. ; Ezéch. xvii, 3 ; Hab. i, 8 ; etc. Ces emblèmes correspondent à la tête d’or de la statue du ch. ii, 32. Ses ailes furent arrachées etc. Ces traits se rapportent aux dernières années de l’empire babylonien, affaibli et tombant sous les coups des Médo-Perses ; ce n’est plus le lion vigoureux, ni l’aigle rapide mais l’homme faible et mortel, incapable de se défendre contre la deuxième bête. Selon d’autres, ces images feraient allusion au châtiment de Nabuchodonosor, lorsque ce roi fut pour un temps réduit à l’état de brute, puis redevint homme, après avoir reconnu la souveraineté du Dieu d’Israël.
et avait des ailes d’aigle. Je contemplais, jusqu’au moment où ses ailes furent arrachées, et où elle fut enlevée de terre, et dressée sur ses pieds, comme un homme, et où un cœur d’homme lui fut donné.
5Et voici une autre bête, une deuxième, ressemblant à un ours
5.  Un ours, symbolise la seconde monarchie, l’empire médo-perse, figuré par la poitrine et les bras d’argent de la statue (ii. 32. 39). — Elle dressait un de ses côtés (Vulg., elle se tint à côté du lion), une de ses jambes pour l’attaque. — Trois côtes, emblème des vastes conquêtes de l’empire médo-perse du côté de l’occident, du côté du septentrion et du côté du midi ; ou bien figure des trois principales conquêtes de Cyrus, savoir la Babylonie, la Lydie et l’Égypte. — Pour un certain nombre d’exégètes modernes, le second empire, c’est la Médie seule.
 ; elle dressait l’un de ses côtés, et trois côtes étaient dans sa gueule entre ses dents, et on lui disait : « Lève-toi, mange beaucoup de chair !
6Après cela, je regardais, et voici une autre bête semblable a un léopard
6.  Un léopard, symbolise la troisième monarchie, l’empire macédonien et les rapides conquêtes d’Alexandre le Grand (comp. viii, 21), et il correspond au ventre et aux cuisses d’airain de la statue du chap, ii 32, 39. — Sur son dos quatre ailes,… quatre têtes : ce sont les quatre monarchies (xi, 4) dans lesquelles l’empire grec, qu’Alexandre n’avait pas eu le temps d’organiser, se divisa, ou plutôt se réalisa (comp. viii, 8-22). Ces quatre Etats sont la Macédoine, la Thrace, la Syrie et l’Égypte. D’autres commentateurs voient dans le léopard le symbole de la monarchie perse ; les quatre têtes figureraient quatre rois persans (sur neuf) que l’auteur aurait connus.
 ; elle avait sur son dos quatre ailes d’oiseau, et la bête avait quatre têtes ; et la domination lui fut donnée.

7Après cela je regardais dans les visions de la nuit, et voici une quatrième bête
7.  Une quatrième bête, symbole de la quatrième monarchie universelle, de l’empire romain, caractérisé par le fer, comme dans la statue du chapitre ii, 33-40. — Dix cornes (comp. Apoc. xvii, 7, 12) c. — à-d. dix rois (vers. 24), en prenant ce mot dans le sens de royaumes, qu’il a souvent (ii, 44) ; elles correspondent aux dix orteils de la statue (ii, 33, 41) Elles signifient la multitude d’Etats auxquels donna naissance la dissolution de l’empire romain.
, terrible, effrayante et extraordinairement forte ; elle avait de grandes dents de fer ; elle dévorait et brisait, et le reste elle le foulait aux pieds ; elle était différente de toutes les bêtes qui l’avaient précédée, et elle avait dix cornes.
8Je considérais les cornes, et voici qu’une autre corne, petite
8.  Une petite corne : puissance de peu d’apparence, mais dans laquelle semblent se concentrer toute la force de la quatrième bête et son hostilité contre Dieu. — Les trois cornes arrachées par elle (litt. de devant elle), signifient probablement que plusieurs des États sortis de la quatrième monarchie se soumettront à la petite corne et accroîtront ainsi son pouvoir. — Des yeux d’homme, une bouche, semblent indiquer que cette puissance hostile à Dieu se personnifiera dans un individu habile et clairvoyant. L’interprétation traditionnelle l’identifie avec l’Antéchrist, dont l’apparition doit précéder le glorieux avènement du Messie (II Thess. i, 10). — D’autres interprètes voient dans le quatrième animal l’empire gréco-macédonien et le royaume de Syrie (ceux qui identifient le troisième animal avec l’empire macédonien voient dans le quatrième le royaume de Syrie traité à part). Les dix cornes sont les trois généraux et les sept rois qui précédèrent Antiochus Epiphane, identifié avec la petite corne comme au chap. viii. Dom Calmet a soutenu cette opinion.
, s’éleva au milieu d’elles, et trois des premières cornes furent arrachées par elle ; et voici que cette corne avait des yeux comme des yeux d’homme, et une bouche qui disait de grandes choses.

9Je regardais, jusqu’au moment où des trônes furent placés, et où un vieillard s’assit
9.  Des trônes furent placés, litt. jetés du ciel ; ce n’est ni dans le ciel ni sur la terre, mais entre ciel et terre que le jugement paraît se passer. — Un vieillard, litt. un avancé de jours, le Dieu éternel (comp. I Tim, i, 17 ; Apoc. i, 14-17), représenté sous les traits d’un vieillard. — S’assit pour juger, entouré d’autres juges, ses assesseurs, appelés plus loin les saints du Très-Haut, c.-à-d. les esprits célestes.
. Son vêtement était blanc comme de la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure. Son trône était des flammes de feu ; les roues, un feu ardent.
10Un fleuve de feu coulait, sortant de devant lui ; mille milliers le servaient, et une myriade de myriades se tenaient debout devant lui. Le Juge s’assit, et des livres furent ouverts
10.  Le juge s’assit, litt. judicium sedit, que plusieurs traduisent, le tribunal, celui qui préside et ses assesseurs ; d’autres, avec plus de raison peut-être, il s’assit pour juger — Des livres, où toutes les actions des hommes sont écrites.
.
11Je regardais alors, à cause du bruit des grandes paroles que la corne proférait ; je regardais, jusqu’au moment où la bête fut tuée, et son corps détruit et livré à la flamme de feu. 12Au reste des bêtes aussi, on avait ôté leur domination, et la durée de leur vie avait été fixée jusqu’à un temps et un moment.

13Je regardais dans les visions de la nuit, et voici que sur les nuées vint comme un Fils d’homme
13.  Un fils d’homme. La tradition a vu dans ce Fils d’homme le Messie ; lui-même, sans doute par allusion à ce passage, s’est attribué spécialement le titre de Fils de l’homme ; Matth. viii, 20 ; xxiv, 30 et surtout xxvi, 64.
 ; il s’avança jusqu’au vieillard, et on le fit approcher devant lui.
14Et il lui fut donné domination, gloire et règne, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit.
14. Dans ce tableau, comme souvent dans les tableaux prophétiques, la première venue du Sauveur pour l’établissement du royaume messianique se confond avec sa seconde venue pour la consommation de ce règne.

15 Pour moi, Daniel, mon esprit fut troublé au dedans de moi
15.  Au dedans de moi ; litt., dans sa gaine.
, et les visions de ma tête m’effrayèrent.
16Je m’approchai vers l’un de ceux qui se tenaient , et je lui demandai quelque chose de certain sur tout cela, et il me parla pour m’en donner l’explication. 17Ces grandes bêtes, qui sont quatre, ce sont quatre rois qui s’élèveront de la terre ; 18mais les Saints
18.  Les saints, tout le peuple théocratique. Le Messie n’est pas séparé de son peuple ; tous ses sujets nous apparaissent associés à sa royauté et partageant sa gloire.
du Très-Haut recevront le royaume, et ils posséderont le royaume pour l’éternité, pour une éternité d’éternités.

19Alors je voulus avoir une certitude sur la quatrième bête qui était différente de toutes les autres, extrêmement terrible, dont les dents étaient de fer et les griffes d’airain, qui mangeait, brisait et foulait aux pieds ce qui restait ; 20et sur les dix cornes qui étaient sur sa tête, et sur l’autre corne qui s’était élevée et devant laquelle trois étaient tombées, cette corne qui avait des yeux et une bouche proférant de grandes choses, et qui paraissait plus grande que ses compagnes. 21Je regardai, et cette corne faisait la guerre aux Saints et l’emportait sur eux, 22jusqu’à ce que le vieillard vint, que le jugement fut donné aux Saints du Très Haut, et que le temps arriva où les Saints possédèrent le royaume. 23Il me parla ainsi : « La quatrième bête, c’est un quatrième royaume qui sera sur la terre, différent de tous les royaumes, et qui dévorera toute la terre, la foulera et la réduira en poudre. 24Les dix cornes signifient que de ce royaume se lèveront dix rois ; un autre se lèvera après eux, qui différera des précédents, et il abattra trois rois. 25Il proférera des paroles contre le Très-Haut, il opprimera les Saints du Très-Haut, et formera le dessein de changer les temps et la loi, et les Saints seront livrés en sa main jusqu’à un temps, des temps et une moitié de temps
25.  Les temps et la loi, les observances religieuses et les ordonnances de la Loi. — Un temps, des (deux) temps, une moitié de temps : c.-à-d. trois temps et demi, la moitié du chiffre sept, qui représente une totalité complète. Une persécution de trois ans et demi est une calamité dont l’auteur ne réussira qu’à moitié dans ses projets, et que la main de Dieu arrêtera tout à coup au milieu de son cours. — D’autres exégètes appliquent ces chiffres à la persécution d’Antiochus qui dura environ trois ans et demi, depuis la mission d’Apollonius à Jérusalem (Juin 168) jusqu’à la nouvelle dédicace du Temple (Décembre 165).
.
26Et le jugement se tiendra
26.  Et le jugement se tiendra ; litt., s’assiéra. Ce qui a été traduit, vers. 10b, le juge s’assit.
, et on lui ôtera sa domination pour le détruire et l’anéantir pour toujours.
27Et le règne, la domination et la grandeur des royaumes qui sont sous tous les cieux seront donnés au peuple des Saints du Très-Haut ; son règne est un règne éternel, et toutes les puissances le serviront et lui obéiront. »

28Voilà la fin du discours. Moi, Daniel, mes pensées m’effrayèrent beaucoup, je changeai de couleur ; mais je conservai la chose dans mon cœur.
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