Daniel 9
3. Chap. ix, 1-27 : Les soixante-dix semaines. — Les soixante-dix ans de Jérémie (ix, 1, 2). Prière (ix, 3) : Confession des péchés (ix, 4-14) et supplication en vue du pardon et de la délivrance (ix, 15-19). Gabriel (ix, 20, 21) ; réponse de Dieu (ix, 22-27).
1La première année ▼▼IX, 1. La première année, l’an 538, au moment où Daniel venait de voir tomber l’empire chaldéen, et celui des Médo-Perses s’élever sur ses ruines.
de Darius, fils d’Assuérus, de la race des Mèdes, qui fut établi roi sur le royaume des Chaldéens ; 2la première année de son règne, moi, Daniel, je portai mon attention, en lisant les livres, sur le nombre des années au sujet desquelles la parole de Yahweh avait été adressée au prophète Jérémie, et qui devaient s’accomplir sur les ruines de Jérusalem, soixante-dix ans. ▼▼2. Les livres des prophètes antérieurs et particulièrement celui de Jérémie, qui assignait à la dévastation de Jérusalem une période de soixante-dix ans (Jér. xxv, n sv. ; xxix, 10. Comp. II Par. xxxvi, 21 ; I Esdr. i, 1). Cette période, qui avait commencé l’an 606, lors de la première arrivée de Nabuchodonosor à Jérusalem, approchait de son terme. Daniel, dans une attente pleine d’angoisse, supplie le Seigneur d’accomplir ses promesses.
3Et je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, me disposant à la prière et à la supplication par le jeûne, et avec le sac et la cendre. 4Je priai Yahweh, mon Dieu, et je fis confession, et je dis : « Ah ! Seigneur, Dieu grand et redoutable, qui gardez l’alliance et la miséricorde à ceux qui vous aiment et qui gardent vos commandements, 5nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons été méchants et rebelles, nous nous sommes détournés de vos commandements et de vos lois. 6Nous n’avons pas écouté vos serviteurs les prophètes, qui ont parlé en votre nom à nos rois, à nos chefs, à nos pères et à tout le peuple du pays. 7À vous, Seigneur, la justice, à nous la confusion de visage, comme c’est le cas aujourd’hui, aux hommes de Juda, aux habitants de Jérusalem et à tout Israël, à ceux qui sont près et à ceux qui sont loin, dans tous les pays où vous les avez chassés, à cause de leurs iniquités qu’ils ont commises contre vous. 8Seigneur, à nous la confusion de visage, à nos rois, à nos chefs, et à nos pères, parce que nous avons péché contre vous. 9Au Seigneur, notre Dieu, les miséricordes et les pardons, car nous nous sommes révoltés contre vous. 10Nous n’avons pas obéi à la voix de Yahweh, notre Dieu, pour suivre ses lois qu’il a mises devant nous par l’intermédiaire de ses serviteurs les prophètes. 11Tout Israël a transgressé votre loi et s’est détourné pour ne pas écouter votre voix ; alors se sont répandues sur nous la malédiction et l’imprécation qui sont écrites dans la loi de Moïse, serviteur de Dieu, parce que nous avons péché contre lui. 12Il a tenu ses paroles qu’il a prononcées contre nous et contre nos juges qui nous jugeaient, en faisant venir sur nous une calamité si grande, qu’il n’en est jamais arrivé sous le ciel de pareille à celle qui est arrivée à Jérusalem. 13Comme il est écrit dans la loi de Dieu, toute cette calamité est venue sur nous, et nous n’avons pas cherché à apaiser Yahweh, notre Dieu, en nous détournant de nos iniquités et en nous rendant attentifs à votre Vérité. 14Et Yahweh a veillé sur le mal, et il l’a fait venir sur nous ; car Yahweh, notre Dieu, est juste dans toutes ses œuvres qu’il a faites, et nous n’avons pas écouté sa voix. 15Maintenant, Seigneur, notre Dieu, qui avez tiré votre peuple du pays d’Égypte par votre main puissante, et qui vous êtes fait un nom, comme il est aujourd’hui, nous avons péché, nous avons été méchants. 16Seigneur, puissent, selon toutes vos justices, votre colère et votre indignation se détourner de votre ville de Jérusalem, votre montagne sainte ; car c’est à cause de nos péchés et des iniquités de nos pères que Jérusalem et votre peuple sont en opprobre à tous ceux qui nous entourent ▼▼16. À tous ceux qui nous entourent ; litt., à tout ce qui est autour de nous.
. 17Maintenant, écoutez, ô notre Dieu, la prière de votre serviteur et ses supplications, et faites briller votre visage sur votre sanctuaire dévasté, pour l’amour du Seigneur. 18Mon Dieu, prêtez l’oreille et écoutez ; ouvrez vos yeux et voyez nos désolations et la ville sur laquelle votre nom a été prononcé. Car ce n’est pas à cause de nos justices que nous déposons devant vous nos supplications, mais à cause de vos grandes miséricordes. 19Seigneur, entendez ; Seigneur, pardonnez ; Seigneur, soyez attentif et agissez ; ne tardez pas, à cause de vous-même, ô mon Dieu ; car votre nom a été prononcé sur votre ville et votre peuple ! » 20Comme je parlais encore, priant, confessant mon péché et le péché de mon peuple d’Israël, et déposant ma supplication devant Yahweh, mon Dieu, pour la sainte montagne de mon Dieu ; 21comme je parlais encore dans ma prière, cet homme, Gabriel, que j’avais vu auparavant en vision, s’approcha de moi d’un vol rapide ▼▼21. S’approcha (litt., me toucha) de moi d’un vol rapide : Daniel semble donner à l’ange des ailes (comp. Is. vi, 2 ; Ezéch. i, 6) Membre de phrase difficile dont la signification est incertaine. D’autres : que j’avais vu lorsque j’étais affaissé, voy. viii, 17. — Vers le temps de l’oblation qui accompagnait l’holocauste, c.-à-d. vers le temps du sacrifice du soir, un peu avant le coucher du soleil (Nombr. xxviii, 4).
vers le temps de l’oblation du soir. 22Il m’instruisit, me parla et dit : « Daniel, je suis venu en ce moment pour t’ouvrir l’intelligence. 23Dès le commencement de ta prière, une parole est sortie, et moi je suis venu pour te la faire connaître, car tu es un homme favorisé ▼▼23. Un homme favorisé, litt. un homme de désirs, c.-à-d. désiré, aimé de Dieu et l’objet de ses faveurs.
de Dieu. 24Sois donc attentif à la parole et comprends la vision. Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte pour enfermer la prévarication, pour sceller les péchés et pour expier l’iniquité, et pour amener la justice éternelle, pour sceller vision et prophète et pour oindre le Saint des saints. ▼▼24. La tradition de l’Église chrétienne a entendu ce verset de l’œuvre accomplie dans le monde par la venue de Jésus-Christ. — Soixante-dix semaines (litt. septaines) d’années (comp. 25 et 27), soixante-dix périodes de sept ans, comme celles de Lév. xxv, 8. — Déterminées, fixées par un décret divin. — Pour enfermer la prévarication, pour la rendre désormais impuissante au sein du peuple de Dieu, ou simplement y mettre fin par une souveraine expiation ; Théodotion et Vulg., pour consommer. — Sceller les péchés, les tenir comme sous le sceau, de manière qu’ils ne puissent plus se montrer. Vulg., pour que le péché prenne fin, soit expié et pardonné. — La justice éternelle, la sainteté propre au royaume du Messie. — Pour sceller vision et prophète. D’autres, avec la Vulg., pour que soient accomplies la vision et la prophétie. — Le, ou un Saint des saints, c.-à-d. une chose ou une personne très sainte (I Par. xxiii, 13 ; Luc. i, 35), le Christ lui-même.
25Sache donc et comprends : depuis la sortie d’une parole ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu’à un oint, un chef, il y a sept semaines, et soixante-deux semaines ; elle sera rebâtie, places et enceinte, dans la détresse des temps. ▼▼25. D’une parole, d’un décret ou édit royal. Cet édit paraît être celui qu’Artaxercès I Longuemain rendit la vingtième année de son règne (II Esdr. ii, 1-8), vers l’an 445 av. J.-C. Depuis cette date jusqu’à la quinzième année de Tibère, qui est l’année du baptême de Notre-Seigneur, il s’est écoulé environ quatre cent quatre-vingt-six ans, et nous arrivons ainsi à la soixante dixième semaine, au milieu de laquelle Jésus fut crucifié. — Un oint, un chef, ou bien un oint-chef, un personnage qui sera spécialement un prêtre, mais en même temps un chef, un roi, le Christ, le roi Messie (Jean, iv, 25) ; c’est lui que désigne ici toute la tradition chrétienne. — Sept semaines et soixante-deux semaines. Le premier cycle, celui de sept fois sept ans, se rapporte à la reconstruction complète de la ville ; le deuxième, celui de soixante-deux semaines d’années, représente le temps qui s’écoulera depuis cette reconstruction jusqu’à l’avènement du Messie ; la semaine d’années qui reste pour compléter le nombre 70, c’est l’ère messianique elle-même. — Nous avons adopté la division du texte telle qu’elle figure dans Théodotion et la Vulgate. Dans le texte massorétique, les mots soixante-deux semaines sont joints, non à ce qui précède, mais à ce qui suit : puis, pendant soixante deux semaines elle sera rebâtie etc.
26Et après soixante-deux semaines, un oint sera retranché, et personne pour lui. Et le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin sera dans l’inondation, et jusqu’à la fin il y aura guerre, ce qui est décrété touchant la dévastation. ▼▼26. Un oint, le même que celui du vers. 25, sera retranché, mis à mort. — Et personne, où rien, pour lui, termes forts obscurs et qui ont donné lieu à des interprétations très diverses. — Le peuple d’un chef, l’armée romaine commandée par Titus. — Sa fin, la fin de la ville et du sanctuaire. Selon d’autres, sa fin, la fin de l’ennemi ; l’empire romain sera emporté par une inondation, savoir l’invasion des peuples barbares. — Jusqu’à la fin : la guerre ne cessera pas que la Terre Sainte n’ait été complètement dévastée.
27Il conclura une alliance ferme avec un grand nombre pendant une semaine ; et, au milieu de la semaine, il fera cesser le sacrifice et l’oblation, et sur l’aile des abominations viendra un dévastateur, et cela jusqu’à ce que la destruction et ce qui a été décrété se répandent sur le dévasté. ▼▼27. Ce verset revient en arrière pour indiquer ce qui arrivera pendant la soixante-dixième semaine. — Il conclura : il, le Messie. — Une alliance ferme, la nouvelle alliance, il fondera le royaume messianique. — Avec un grand nombre, (Is. lii, 14 ; liii, 11 sv. Comp. Matth. xx, 28 ; xxvi, 28), tous les hommes en général, auxquels le Messie était promis. — Le sacrifice et l’oblation : les sacrifices sanglants et non sanglants de l’ancienne alliance perdront toute valeur et toute efficacité, après que la mort du Messie aura procuré aux hommes le vrai pardon du péché et amené l’éternelle justice. — Sur l’aile des abominations etc. : les ennemis viendront peu d’années après, comme portés sur les ailes de leurs abominations, c.-à-d. avec les images des faux dieux figurées sur leurs étendards. D’autres : sur le pinacle (Matt, iv, 5), ou bien sur le toit (les deux pans du toit) des abominations, c.-à-d. du temple tout rempli d’idoles (I Rois, xi, 5). — Sur le dévasté, sur le temple qui sera entièrement détruit. D’autres : jusqu’à ce que le dévastateur, devenu lui-même un dévasté, soit détruit à son tour.Il serait trop long d’exposer ici, avec ses variations, le système d’exégèse qui applique les vers. 24-27 au temps d’Antiochus Epiphane.
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