Job 9
5. Chap. ix, 1-x, 22 : Réponse de Job. — En présence du Dieu juste et puissant, il faut se condamner, même si l’on se croit juste (ix, 1-20). Job est conscient de son innocence, mais Dieu en tient-il compte (ix, 21-31) ? Que Dieu arrête ses coups, et Job parlera (ix, 32-35) ! Dieu trouve-t-il plaisir à poursuivre un innocent (x, 1-7), à frapper l’œuvre de ses mains (x, 8-17) ? Qu’il laisse Job respirer un peu avant de descendre au schéol (x, 18-22) !
1Alors Job prit la parole et dit : 2Je sais bien qu’il en est ainsi :comment l’homme serait-il juste vis-à-vis de Dieu ?
3S’il voulait contester avec lui,
sur mille choses il ne pourrait répondre à une seule.
4 Dieu est sage en son cœur, et puissant en force :
qui lui a résisté, et est demeuré en paix ?
5Il transporte les montagnes, sans qu’elles le sachent,
il les renverse dans sa colère ;
6il secoue la terre sur sa base,
et ses colonnes sont ébranlées.
7Il commande au soleil, et le soleil ne se lève pas ;
il met un sceau sur les étoiles.
8Seul, il étend les cieux,
il marche sur les hauteurs de la mer.
9Il a créé la Grande Ourse, Orion, les Pléiades,
et les régions du ciel austral. ▼
▼IX, 9. Les régions du ciel austral, m. à m. les chambres du midi, peut-être quelque constellation particulière.
10Il fait des merveilles qu’on ne peut sonder,
des prodiges qu’on ne saurait compter.
11Voici qu’il passe près de moi, et je ne le vois pas ;
il s’éloigne, sans que je l’aperçoive.
12S’il ravit une proie, qui s’y opposera,
qui lui dira : « Que fais-tu ? »
13Dieu ! Rien ne fléchit sa colère ;
devant lui s’inclinent les légions d’orgueil. ▼
▼13. Les légions de l’orgueil, m. à m. les auxiliaires de Rahab. Peut-être allusion poétique à quelque croyance populaire, touchant la lutte du Créateur avec des êtres d’opposition.
14Et moi je songerais à lui répondre,
à choisir mes paroles pour discuter avec lui !
15Aurais-je pour moi la justice, je ne répondrais pas ;
j’implorerais la clémence de mon juge.
16Même s’il se rendait à mon appel,
je ne croirais pas qu’il eût écouté ma voix :
17lui qui me brise comme dans un tourbillon,
et multiplie mes blessures sans motif ;
18qui ne me laisse point respirer,
et me rassasie d’amertume.
19S’agit-il de force, voici qu’il est fort,
s’agit-il de droit, il dit : « Qui m’assigne ? »
20Serais-je irréprochable, ma bouche même me condamnerait ;
serais-je innocent, elle me déclarerait pervers.
21Innocent ! Je le suis ; je ne tiens pas à l’existence,
et la vie m’est à charge.
22Il m’importe ▼
▼22. Il n’importe, m. à m. c’est tout un.
après tout ; c’est pourquoi j’ai dit :« Il fait périr également le juste et l’impie. »
23Si du moins le fléau tuait d’un seul coup !
Hélas ! il se rit ▼
▼23. Il se rit, il semble se rire des épreuves de l’innocent, lorsqu’il les laisse se prolonger. « Dans tout le livre, dit S. Jérôme, il n’y a rien de plus hardi que ce verset » ; c’est l’explosion d’une indicible souffrance. D’autres : Si le fléau envoyé de Dieu (peste, guerre ou famine) tue subitement des populations entières, Dieu semble se rire des innocents, confondus avec les coupables dans le châtiment.
des épreuves de l’innocent !24La terre est livrée aux mains du méchant,
Dieu voile la face de ses juges :
si ce n’est pas lui, qui est-ce donc ?
25Mes jours sont plus rapides qu’un courrier,
ils fuient sans avoir vu le bonheur ;
26ils passent comme la barque de jonc,
comme l’aigle qui fond sur sa proie.
27Si je dis : « Je veux oublier ma plainte,
quitter mon air triste, prendre un air joyeux, »
28je tremble pour toutes mes douleurs,
je sais que tu ne me tiendras pas pour innocent.
29Je serai jugé coupable :
pourquoi prendre une peine inutile ?
30Quand je me laverais dans la neige,
quand je purifierais mes mains avec le bor,
31tu me plongerais dans la fange, ▼
▼31. Dans la fange. Litt. dans la fosse.
et mes vêtements m’auraient en horreur.
32Dieu n’est pas un homme comme moi, pour que je lui réponde,
pour que nous comparaissions ensemble en justice.
33Il n’y a pas entre nous d’arbitre
qui pose sa main sur nous deux.
34Qu’il retire sa verge de dessus moi,
que ses terreurs cessent de m’épouvanter :
35alors je parlerai sans le craindre ;
autrement, je ne suis point à moi-même.
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