Luke 1
PRÉFACE. [I, 1-4.]
1Après que plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses dont on a parmi nous pleine conviction ▼▼I, 1. Dont on a… pleine conviction : c’est le sens du verbe πληροφορἰω chez les auteurs grecs : et la Vulgate elle-même, qui le traduit ici par completae sunt, ont été accomplies, l’a rendu ailleurs par plenissime sciens, pleinement convaincu (Rom. iv, 21).
, 2conformément à ce que nous ont transmis ▼▼2. Nous ont transmis, par tradition orale. La première source des écrits évangéliques a donc été la prédication des Apôtres, choisis par N.-S. pour être témoins oculaires de sa vie et de ses miracles (Marc, iii, 14 ; I Jean, i, 1). — Dès le commencement du ministère messianique de Jésus, inauguré par la prédication et le baptême de Jean Baptiste (Marc, i, 1, Luc, iii, 23 ; Act. i, 27 ; x, 37).
ceux qui ont été dès le commencement, témoins oculaires et ministres de la parole ; 3j’ai résolu moi aussi, après m’être appliqué à connaître exactement toutes choses depuis l’origine, de t’en écrire le récit suivi ▼▼3. Le récit suivi : le mot καθεξῆς, plusieurs fois employé par S. Luc, désigne toujours la continuité, l’ordre, la suite régulière des choses (viii, 1 ; Act. xi, 4 ; xviii, 23) ; mais il faut observer qu’à défaut du lien chronologique, les choses peuvent encore être logiquement enchaînées.
, excellent Théophile, 4afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus. PREMIÈRE PARTIE. [I, 5 — II, 52.] NAISSANCE ET VIE CACHÉE DE JÉSUS.
1. L’Ange Gabriel vient annoncer la naissance du Précurseur et celle du Messie (i, 5-38).
5Aux jours d’Hérode, roi de Judée, il y avait un prêtre, nommé Zacharie, de la classe d’Abia ▼ ; et sa femme, qui était une des filles d’Aaron, s’appelait Élisabeth. 6Tous deux étaient justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements et ordonnances du Seigneur, d’une manière irréprochable. 7Ils n’avaient point d’enfants, parce qu’Élisabeth était stérile, et ils étaient l’un et l’autre avancés en âge. 8Or, pendant que Zacharie s’acquittait devant Dieu des fonctions sacerdotales, dans l’ordre de sa classe, 9il fut désigné par le sort, selon la coutume observée par les prêtres, pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y offrir l’encens. 10Et toute la multitude du peuple était dehors en prière à l’heure de l’encens. 11Mais un ange du Seigneur lui apparut, debout à droite de l’autel de l’encens. 12Zacharie, en le voyant, fut troublé, et la crainte le saisit. 13Mais l’ange lui dit : « Ne crains point, Zacharie, car ta prière a été exaucée ; ta femme Élisabeth te donnera un fils que tu appelleras Jean ▼▼13. Jean, c.-à-d. Yahweh a fait grâce.
. 14Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance ; 15car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni rien qui enivre, car il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère. 16Il convertira beaucoup d’enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu ; 17et lui-même marchera devant lui, dans l’esprit et la puissance d’Élie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les indociles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple parfait. » 18Zacharie dit à l’ange : « À quoi reconnaîtrai-je que cela sera ? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. » 19L’ange lui répondit : « Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu ; j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette heureuse nouvelle. ▼ 20Et voici que tu seras muet et ne pourras parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, qui s’accompliront en leur temps. » 21Cependant le peuple attendait Zacharie, et il s’étonnait qu’il demeurât si longtemps dans le sanctuaire. 22Mais étant sorti, il ne pouvait leur parler, et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le sanctuaire, ce qu’il leur faisait entendre par signes ; et il resta muet. ▼▼22. Muet : le verset 62 nous donne à entendre que Zacharie était aussi sourd.
23Quand les jours de son ministère furent accomplis, il s’en alla en sa maison. 24Quelque temps après, Élisabeth, sa femme, conçut, et elle se tint cachée pendant cinq mois, disant : 25« C’est une grâce que le Seigneur m’a faite, au jour où il m’a regardée pour ôter mon opprobre parmi les hommes. » 26Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, 27auprès d’une vierge qui était fiancée ▼ à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la vierge était Marie. 28L’ange étant entré où elle était, lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. » ▼▼28. Le texte reçu porte ici comme la Vulgate : « Vous êtes bénie entre les femmes. » Mais d’excellents manuscrits et des plus anciens comme le Vaticanus et le Sinaïticus, etc. omettent ce membre de phrase que tous les manuscrits s’accordent à mettre au vers. 42.
29Marie l’ayant aperçu, fut troublée de ses paroles, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. ▼▼29. L’ayant aperçu : quelques manuscrits de la Vulgate portent aussi vidisset, ayant vu, au lieu de audisset, ayant entendu.
30L’ange lui dit : « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. 31Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. ▼▼31. Is. vii, 14.
32Il sera grand, on l’appellera le Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ▼▼32. David son père : l’évangile insinue ici que Marie, la mère de Jésus, descendait de David, aussi bien que Joseph son fiancé. Dieu avait promis à David que le Messie naîtrait de sa race, et assurerait ainsi la perpétuité de son trône (II Sam. vii, 12) ; aussi le Messie-Roi est-il souvent appelé, dans l’Écriture, Rejeton, Fils de David ou même David tout court. Voy. Jér. xxiii, 5 ; Ezéch. xxxiv, 24 ; Osée, iii, 5 ; Apoc. xxii, 16.
; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, 33et son règne n’aura point de fin. » 34Marie dit à l’ange : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » 35L’ange lui répondit : « L’Esprit-Saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ▼▼35. Ombre : Cette métaphore est empruntée à l’Ancien Testament, où plusieurs fois le Seigneur se manifesta sous forme d’une nuée qui couvrait l’arche d’alliance (Exod. xl, 34 sv.). — De vous : ces mots manquent dans un grand nombre de manuscrits grecs, et dans quelques-uns de la Vulgate.
. C’est pourquoi l’être saint qui naîtra (de vous) sera appelé Fils de Dieu. 36Déjà Élisabeth, votre parente, a conçu elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et c’est actuellement son sixième mois, à elle que l’on appelle stérile : 37car rien ne sera impossible à Dieu. » 38Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. » Et l’ange la quitta. 2. Marie visite Élisabeth ; naissance de Jean-Baptiste ; cantique de Zacharie (39-80).
39En ces jours-là, Marie se levant, s’en alla en hâte au pays des montagnes, en une ville de Juda ▼▼39. En une ville de Juda : selon l’opinion plus commune, Hébron, au sud de Jérusalem. D’autres proposent de lire, en la ville de Jutta (Jos. xv, 55), un peu au sud d’Hébron.
. 40Et elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. 41Or, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. 42Et élevant la voix, elle s’écria : « Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. 43Et d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? 44Car votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mes oreilles, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. 45Heureuse celle qui a cru ▼▼45. Celle qui a cru : Vulgate : vous qui avez cru ; mais quelques manuscrits latins ont, comme le texte grec, la troisième personne : credidit. — Car elles seront accomplies, etc. : le grec, et même la Vulgate, pourraient aussi se traduire : qui a cru à l’accomplissement, etc.
! car elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur ! » 46Et Marie dit ▼▼46. Quelques rares manuscrits latins portent : Et ait Élisabeth ou et ait. (Il n’est pas exact que dans Origène, In Luc., Hom. vii, il s’agisse du Magnificat.) Mais l’autorité de l’immense majorité des manuscrits et des meilleurs : le témoignage unanime des Pères les plus anciens et les plus doctes (S. Irénée, Origène, Tertullien, S. Ambroise, S. Jérôme, S. Augustin, etc.) et le contexte s’accordent à voir en Marie l’auteur inspirée du Magnificat.
: « Mon âme glorifie le Seigneur ▼▼Ce cantique est tissé en quelque sorte de réminiscences des Prophètes et des Psaumes et suit un certain rythme et parallélisme.On peut y distinguer comme trois strophes : a) 46b-50. Cf. I Sam. ii, 1 sv. ; Hab. iii, 18 ; Is. lxi, 10 ; Ps. xxxii h. 8 ; Gen. xxx, 13 ; Ps. cxxvi h. 3 ; cxi h. 9 ; ciii h. 17. — b) 51-53. Cf. Is. iii, 10 ; Ps. cxlvii h. 6 ; Job, v, 11 ; Ps. cvii h. 9 ; xxxiv h. 11. — c) 54-65. Cf. Is. xli, 8, 9 ; ; Deut. vii, 8 ; Gen. xvii, 7, etc.
.47Et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur,
48Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante.
Voici, en effet, que désormais toutes les générations m’appelleront bienheureuse,
49Parce qu’il a fait en moi de grandes choses, Celui qui est puissant,
Et dont le nom est saint,
50Et dont la miséricorde s’étend d’âge en âge,
Sur ceux qui le craignent.
51Il a déployé la force de son bras ;
Il a dissipé ceux qui s’enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur ;
52Il a renversé de leur trône les potentats,
Et il a élevé les petits ;
53Il a comblé de biens les affamés,
Et les riches, il les a renvoyés les mains vides.
54Il a pris soin d’Israël son serviteur,
Se ressouvenant de sa miséricorde,
55(Ainsi qu’il l’avait promis à nos pères)
Envers Abraham et sa race, pour toujours. »
56Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, et s’en retourna chez elle. 57Cependant, le temps s’accomplit où Élisabeth devait enfanter, et elle mit au monde un fils. 58Ses voisins et ses parents, ayant appris que le Seigneur avait signalé en elle sa miséricorde, se réjouissaient avec elle. 59Le huitième jour ▼
▼59. Le huitième jour, d’après la loi, (Gen. xxi, 4 ; Lév. xii, 3) ils le nommaient, selon l’usage alors existant, d’imposer le nom à la circoncision ; voyez ii, 21.
, ils vinrent pour circoncire l’enfant, et ils le nommaient Zacharie d’après le nom de son père. 60Mais sa mère, prenant la parole : « Non, dit-elle, mais il s’appellera Jean. » 61Ils lui dirent : « Il n’y a personne dans votre famille qui soit appelé de ce nom. » 62Et ils demandaient par signe à son père comment il voulait qu’on le nommât. 63S’étant fait apporter une tablette, il écrivit : « Jean est son nom » ; et tous furent dans l’étonnement. 64Au même instant sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia ; et il parlait, bénissant Dieu. 65La crainte s’empara de tous les habitants d’alentour, et partout dans les montagnes de la Judée, on racontait toutes ces merveilles. 66Tous ceux qui en entendirent parler les recueillirent dans leur cœur, et ils disaient : « Que sera donc cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui. » 67Et Zacharie, son père, fut rempli de l’Esprit-Saint, et il prophétisa ▼▼67. Prophétisa, parla sous l’inspiration, sous l’influence de l’Esprit de Dieu.
, en disant : 68« Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, ▼▼68. Nous divisons ce cantique en parallélisme et en strophes, comme nous avons fait pour le Magnificat.
Parce qu’il a visité et racheté son peuple.
69Et qu’il a suscité une Force pour nous sauver, ▼
▼69. Une force pour nous sauver : litt. une corne libératrice. La métaphore de la corne, symbole de force, est assez fréquente dans la Bible, et plusieurs fois elle s’applique au Roi-Messie (I Sam. ii, 20 ; Ps. cxxxii h. 17).
Dans la maison de David, son serviteur,
70(Ainsi qu’il l’a promis par la bouche de ses saints,
De ses prophètes, dès les temps anciens).
71Pour nous sauver de nos ennemis
Et du pouvoir de tous ceux qui nous haïssent.
72Afin d’exercer sa miséricorde envers nos pères. ▼
▼72. ; .
Et de se souvenir de son pacte saint ;
73Selon le serment qu’il fit à Abraham, notre père ▼,
De nous accorder que, 74sans crainte,
Affranchis du pouvoir de nos ennemis,
Nous le servions, 75avec une sainteté et une justice
Dignes de ses regards, tous les jours de notre vie.
76Quant à toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut,
Car tu marcheras devant la face du Seigneur,
Pour lui préparer les voies ;
77Pour apprendre à son peuple à reconnaître le salut
Dans la rémission de leurs péchés :
78Par l’effet de la tendre miséricorde de notre Dieu,
Grâce à laquelle nous a visités, d’en haut, le Soleil levant ▼
▼78. Déjà Balaam (Nombr. xxiv, 17), Isaïe (Matth. iv, 15 sv.) et Mal. (iv, 2) avaient annoncé l’avènement du Messie comme le lever d’un astre, de l’aurore, du soleil ; comp. le Psaume xix (héb.), 6 sv.
,79Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort,
Pour diriger nos pas dans la voie de la paix. »
80Or l’enfant croissait et se fortifiait en esprit, et il demeura dans le désert ▼
▼80. Désert de Judée, voisin de la mer Morte.
jusqu’au jour de sa manifestation devant Israël.
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