‏ Sir 24


TROISIÈME PARTIE. [XXIV, 1 — XXXIII, 18.] ÉLOGE DE LA SAGESSE. MAXIMES CONCERNANT LES RAPPORTS SOCIAUX.

1. Chap. xxiv, 1-32 : Eloge de la sagesse. — L’auteur introduit la Sagesse qui va faire son propre éloge (xxiv, 1, 2). Ses origines et son action dans le monde (xxiv, 3-6). Comment elle s’est fixée en Israël (xxiv, 7-12) ; comment elle s’y est élevée et a porté des fruits (xxiv, 13-17). Ses appels (xxiv, 18-21). L’auteur reprend la parole pour montrer dans la loi la manifestation de cette sagesse (xxiv, 22-27) ; il y a lui-même puisé en abondance pour l’instruction de ceux qui veulent être sages (xxiv, 28-32).

1La sagesse se loue elle-même,
et se glorifie au milieu de son peuple.
XXIV, 1. Avant ce vers, le grec porte un titre :  Louange de la Sagesse. — Après le membre la Vulg. ajoute : elle trouve son honneur en Dieu.

2Elle ouvre la bouche dans l’assemblée du Très-Haut,
et se glorifie en présence de sa Majesté :
2. La Vulg. (3, 4) ajoute deux versets :  elle est exaltée au milieu de son peuple, et admirée dans l’assemblée sainte. Elle reçoit des louanges parmi la multitude des élus, et des bénédictions parmi les bénis de Dieu. Elle dit. Les expressions élus, bénis de Dieu, trahissent une main chrétienne.


3Je suis sortie de la bouche du Très-Haut,
3.  Je suis sortie de la bouche du Très-Haut. Il n’y a pas loin de cette image à l’appellation de Verbe qu’on lit dans le Prologue de S. Jean. — La Vulg. (5, 6) ajoute après le membre : engendrée la première avant toute créature (comp. [[Col. i, 15). C’est moi qui ai fait lever dans le ciel une lumière indéfectible.

et, comme une nuée, je couvris la terre.
4J’habitai dans les hauteurs,
et mon trône était sur une colonne de nuée.
5Seule, j’ai parcouru le cercle du ciel,
et je me suis promenée dans les profondeurs de l’abîme.
6Dans les flots de la mer et sur toute la terre,
dans tout peuple et toute nation j’ai exercé l’empire.
6. La Vulg. (11) ajoute :  j’ai eu sous les pieds par ma puissance les cœurs des grands et ceux des petits.


7Parmi eux tous j’ai cherché un lieu de repos,
et dans quel domaine je devais habiter.
7.  Dans quel domaine, litt. dans le domaine de qui. Vulg. (11), et j’habiterai dans le domaine du Seigneur.

8Alors le Créateur de toutes choses me donna ses ordres,
et celui qui m’a créée fit reposer ma tente ;
8.  Fit reposer ma tente, jusque-là errante, fixa ma demeure. Vulg. (12), reposa dans ma tente. La Vulg. (13) ajoute, après le membre : étends tes racines parmi mes élus.

et il me dit : « Habite en Jacob,
aie ton héritage en Israël. »
9Avant tous les siècles, dès le commencement il m’a créée,
et jusqu’à l’éternité je ne cesserai pas d’être.
10J’ai exercé le ministère devant lui dans le saint tabernacle,
et ainsi j’ai eu une demeure fixe en Sion.
11De même, il m’a fait reposer dans la cité bien-aimée,
et dans Jérusalem est le siège de mon empire.
12J’ai poussé mes racines dans le peuple glorifié,
dans la portion du Seigneur, dans son héritage.
12. La Vulg. (16) rend ainsi le membre :  et son (d’Israël) héritage est dans la portion du Seigneur. Elle ajoute : et j’ai fixé mon séjour dans l’assemblée des saints.


13Je me suis élevée comme le cèdre sur le Liban,
et comme le cyprès sur la montagne d’Hermon.
13.  Sur la montagne d’Hermon ; Vulg. (17), de Sion.

14Je me suis élevée comme le palmier sur les rivages,
14.  Sur les rivages ; Vulg. (18), à Cadès. — Comme un platane. La Vulg. (19) ajoute : au bord de l’eau, sur le chemin.

et comme les rosiers à Jéricho ;
comme un bel olivier dans la plaine,
et je me suis élevée comme un platane.
15J’ai donné du parfum comme la canelle et comme le baume odorant,
et comme une myrrhe choisie j’ai répandu une odeur suave,
comme le galbanum, l’onyx et le stacte,
et comme la vapeur de l’encens dans le tabernacle.
15.  De l’encens dans le tabernacle. La Vulg. (21) traduit : et comme la goutte d’encens obtenue sans incision (tombée d’elle-même), j’ai parfumé ma demeure. Elle ajoute : et mon odeur est comme celle d’un baume sans mélange.

16J’ai étendu mes branches comme le térébinthe,
et mes rameaux sont des rameaux de gloire et de grâce.
17Comme la vigne, j’ai produit des pousses charmantes,
et mes fleurs ont donné des fruits de gloire et de richesse.
[Je suis la mère du pur amour, de la crainte de Dieu,
17.  Je suis etc. Ce verset ne se trouve que dans plusieurs manuscrits grecs et dans la Vulgate. Celle-ci ajoute (25) : en moi toute la grâce de la voie et de la vérité, en moi toute l’espérance de la vie et de la vertu.

de la science et de la sainte espérance].

18Venez à moi, vous tous qui me désirez,
et rassasiez-vous de mes fruits.
19Car mon souvenir est plus doux que le miel,
et ma possession plus douce que le rayon de miel.
19. La Vulg. ajoute (28) :  et ma mémoire passera dans toute la suite des siècles.

20Ceux qui me mangent auront encore faim,
et ceux qui me boivent auront encore soif.
21Celui qui m’écoute n’aura jamais de confusion,
et ceux qui agissent par moi ne pécheront point.
21. La Vulg. (31) ajoute :  ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.Ici finit le discours de la Sagesse ; l’auteur reprend la parole pour en éclaircir quelques points.


22Tout cela, c’est le livre de l’alliance du Dieu très haut,
c’est la loi que Moïse a donnée,
pour être l’héritage des assemblées de Jacob.
22.  Tout cela, c’est la loi : tout ce que la Sagesse vient de dire s’applique à la loi de Moïse, est vrai de cette loi. Ou bien : ces promesses (vers. 19-21), le livre de la loi les contient et les réalise. La Vulg. paraphrase ce verset (32, 33). Tout cela est le livre de vie, l’alliance du Très-Haut et la connaissance de la vérité. Moïse nous a donné la Loi avec les préceptes de la justice, l’héritage de la maison de Jacob et les promesses faites à Israël. Elle ajoute (34) : le Seigneur a promis à David son serviteur de faire sortir de lui un roi tout-puissant, le Messie, qui doit être éternellement assis sur un trône de gloire.

23Cette loi fait déborder la Sagesse, comme le Phison,
et comme le Tigre au temps des fruits nouveaux.
23.  Phison et Géhon, deux fleuves du paradis terrestre (Gen. ii, 11, 13) — Tigre, fleuve d’Assyrie, que grossit la fonte des neiges au temps des fruits nouveaux, à l’époque de la Pâque, dans le mois de Nisan (mars-avril) ; il est, lui aussi, mis en relation avec le Paradis terrestre (Gen. ii, 14).

24Elle répand à flots l’intelligence, comme l’Euphrate,
comme le Jourdain au temps de la moisson.
24.  L’Euphrate, mis aussi en relations avec le paradis (Gen. ii, 14). — Au temps de la moisson, en avril, alors que fondent les neiges du Liban.

25Elle fait jaillir la science, comme le Fleuve,
comme le Géhon au temps de la vendange.
25.  Le Fleuve, le Nil (Is. xxiii, 3), en hébr. ieor. Le traducteur grec (φῶς) a lu or, la lumière. — Au temps de la vendange, en septembre : c’est l’époque du débordement du Nil.

26Le premier qui l’a étudiée n’a pas achevé de la connaître,
et de même, le dernier ne l’a pas pénétrée.
26. Vulg. (38) :  C’est lui qui le premier a connu parfaitement la Sagesse, et elle est impénétrable aux âmes faibles.

27Car son intelligence est plus vaste que la mer,
et son conseil plus profond que le grand abîme.
28Et moi, j’ai coulé comme un canal dérivé d’un fleuve,
comme un aqueduc arrosant un jardin de plaisance.
28.  Après et moi, la Vulg. (40), qui glose ce verset, ajoute le mot Sapientia, en sorte que c’est la Sagesse elle-même qui se trouve parler dans le reste du chapitre : moi, la Sagesse, j’ai fait couler des fleuves ; je suis comme le chemin par où s’écoule l’eau immense d’un fleuve, comme le canal d’une rivière et comme une prise d’eau sortant du paradis.

29J’ai dit : « J’arroserai mon jardin,
j’abreuverai mon parterre. »
Et voilà que mon canal est devenu un fleuve,
que mon fleuve est devenu une mer.
30Je veux donc faire briller encore l’instruction comme l’aurore,
faire connaître au loin ses maximes ;
30. La Vulg. (45) ajoute :  je pénétrerai toutes les profondeurs de la terre, je visiterai tous ceux qui dorment, et j’éclairerai tous ceux qui espèrent dans le Seigneur : allusion à la descente de Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, aux enfers.

31je veux encore répandre la doctrine comme une prophétie,
et la laisser en héritage aux générations lointaines.
31. La Vulg. (46) glose ainsi le membre :  et je la laisserai à ceux qui recherchent la sagesse, et je ne cesserai pas de leur être présente de race en race jusqu’au siècle saint.


32Reconnaissez que je n’ai pas travaillé pour moi seul,
mais pour tous ceux qui cherchent la Sagesse.
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