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1Dans tous les lieux où ces ordres furent publiés, éclatait la joie commune par des festins et par des acclamations générales, et dans la licence de ces fêtes se montrait enfin cette haine secrète qu’on nourrissait depuis longtemps contre les Juifs. 2Pour eux, ils étaient dans une affreuse désolation, et déploraient, avec les larmes les plus amères et les gémissements les plus vifs, la perte inévitable
Litt. : Imprévue ; syr. subite, à laquelle ils ne s’attendaient pas, n’ayant rien fait qui méritât un si cruel châtiment.
de leur nation.
3Quelle province, quelle ville, quelles places, quels lieux enfin un peu connus des hommes, ne retentirent point de leurs malheurs ? 4Les ordres des gouverneurs s’exécutaient partout avec tant de barbarie et d’inhumanité, que plusieurs mêmes de leurs ennemis, cédant aux sentiments d’une compassion naturelle, et frappés d’une vive image de l’instabilité des choses humaines, ne pouvaient s’empêcher d’accuser la rigueur avec laquelle on les chassait de toutes les villes pour les conduire en Égypte. 5À la tête de toute cette multitude rassemblée marchaient des vieillards vénérables qui, malgré leurs corps pesants et courbés, étaient obligés de hâter leurs pas pour éviter les traitements cruels dont on ne rougissait point de les menacer. 6De jeunes femmes enlevées à leurs époux parmi les réjouissances de leur nouveau mariage, tombaient tout d’un coup dans un deuil affreux, et changeaient en d’horribles gémissements leurs chansons et leurs cantiques. Elles cachaient sous la poussière, dont elles se couvraient la tête, les ornements et les parfums de leurs cheveux, et toutes liées ensemble, elles suivaient jusqu’au rivage des conducteurs barbares et inhumains. 7Leurs nouveaux époux quittaient les couronnes qu’ils avaient sur leurs têtes, et dans l’attente de la mort des jours destinés chargés de chaînes pesantes, ils passaient au plaisir et à la joie. 8En cet état, on les traînait avec violence jusqu’au vaisseau qui les devait transporter, les uns attachés par le cou aux bancs des rameurs, d’autres avaient des entraves aux pieds, et pour leur ôter jusqu’à la vue de la lumière pendant tous les jours de la navigation, on mit par dessus leurs têtes une couverture d’ais fort épais ; ils furent traités comme les plus scélérats de tous les hommes. 9Les Juifs étant enfin arrivés en Égypte, le roi, ne voulant pas qu’ils eussent aucune communication avec les habitants d’Alexandrie, ni même avec ses troupes, ordonna qu’ils restassent sous des tentes dressées dans l’Hippodrome
Ιππόδρομος, mot qui signifie un lieu propre et destiné a l’exercice et à la course des chevaux, ce qu’on appelle l’amphithéâtre ou le cirque. Josèphe ne convient point de toutes les circonstances rapportées dans ce livre : il dit simplement que Ptolémée étant venu pour attaquer Onias, et s’étant emparé d’une de ses places, il fit tous les habitants prisonniers de guerre, et les exposa à la fureur de ses éléphants.
, qui était un lieu spacieux et très-favorable à exposer aux yeux de tous ceux qui entraient dans la ville et qui en sortaient, la vengeance qu’il allait exercer sur toute cette nation.
10Ayant ensuite été informé que quelques Juifs d’Alexandrie venaient souvent mêler leurs larmes à celles de leurs frères, il entra dans une étrange colère, et commanda qu’on traitât ces derniers comme les autres, qu’on les punît des mêmes supplices, et qu’on fit un dénombrement exact de toute la nation des Juifs. 11Ajoutant que la servitude à laquelle on les avait déjà assujettis ne les garantirait pas des tourments les plus horribles, jusqu’à ce qu’il eût enfin le plaisir de les voir tous périr en un même jour. 12L’on fit donc ce dénombrement avec beaucoup d’exactitude et de diligence, et, quoique on y travaillât régulièrement depuis le lever du soleil jusqu’au soir, il ne put néanmoins être achevé au bout de quarante jours. 13Le roi cependant, dans le transport de sa joie faisait des festins à toutes les idoles, et se livrant sans réserve à l’erreur de son cœur, il donnait des éloges profanes et criminels à des dieux muets et incapables de le secourir, pendant qu’il vomissait d’horribles blasphèmes contre le Dieu tout-puissant. 14Enfin, après quarante jours de travail, les secrétaires rapportèrent qu’ils ne pouvaient plus suffire au dénombrement des Juifs à cause de leur nombre prodigieux, les uns se trouvant répandus dans diverses provinces, les autres se tenant cachés dans les maisons ; en sorte que la chose n’était pas même possible quand tous les intendants de l’Égypte s’en mêleraient. 15Le roi, peu satisfait de ces raisons, leur fit des menaces très-sévères, et les accusa d’avoir reçu des présents pour soustraire les Juifs à sa vengeance. Cependant il ne douta plus de leur rapport lorsqu’il eut vu de ses propres yeux leurs registres remplis et leurs plumes entièrement usées. 16Ce qui sans doute était l’ouvrage de cette Providence à qui rien ne résiste, et qui du haut du ciel où elle réside, faisait éprouver aux Juifs les effets de sa protection.
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