2 Esd 14
Le Seigneur se fait voir à Esdras dans un buisson et lui révèle quelques-unes des choses qui doivent arriver à la fin des temps. 1Le troisième jour, m’étant assis sous un chêne, 2J’entendis tout d’un coup une voix qui sortait d’un buisson, et elle me dit : Esdras, Esdras ; je me levai aussitôt, et je répondis : Seigneur, me voilà ; alors la voix me dit : 3Je me suis fait connaître ▼▼Litt. En me faisant connaître, je me suis fait connaître ; hébraïsme, pour dire je me suis fait entendre très-réellement.
à Moïse dans le buisson, et je lui ai parlé pendant que mon peuple servait en Égypte. 4Je l’envoyai, et il tira mon peuple de cette terre étrangère. Je le fis monter ensuite sur la montagne de Sinaï, et je l’y retins plusieurs jours auprès de moi. 5Je l’entretins des grandes choses que je devais faire. Je lui découvris les secrets et la fin des temps, et je lui donnai cet ordre : 6Tu diras ces choses au peuple, et tu lui cacheras celles-ci. 7Et maintenant, Esdras, écoute ce que je vais te dire. 8Conserve dans le secret de ton cœur les signes que je t’ai montrés, les visions que tu as vues, et les interprétations que tu en as reçues. 9Car tu disparaîtras de dessus la terre, et tu reviendras à la fin des temps pour servir à mes desseins avec ceux qui te ressemblent. 10Le siècle a perdu sa force et sa jeunesse, et les temps touchent à leur dernier âge ▼▼C’était un sentiment presque généralement répandu, dans les premiers siècles de l’Église, que le jugement dernier et la fin des temps étaient proches, soit par l’incertitude du temps où cela devait arriver, son parce que Jésus-Christ, devant qui tout est présent, l’avait toujours prédit comme fort proche.
. 11Car il a été divisé en douze parties, il s’en est déjà écoulé dix, et la moitié de la onzième ▼▼Ceci, apparemment, est établi sur l’idée qu’on avait alors que la fin des siècles approchait ; car l’on ne voit pas sur quel autre fondement on supposait alors que le monde ne devait avoir que ce nombre de douze parties ; à la vérité, on a, depuis, divisé les âges du monde, par rapport aux années qui se sont écoulées depuis le commencement du monde jusqu’à Jésus-Christ, et ce temps se trouve partagé en sept âges ; mais il n’est pas possible de donner des parties fixes à celui qui doit durer jusqu’à la fin des siècles, puisqu’on ignore quand elle doit arriver. Sur cette supposition, de douze parties qui doivent composer la durée de ce monde, l’auteur, ayant assuré qu’il écrivait ceci la trentième année de la captivité de Babylone, chap. iii, v. 1 ci-dessus, c’est-à-dire, selon nous, l’an du monde 3435, suppose nécessairement que chacune de ces parties n’est que de 343 ans, ou environ, et qu’ainsi, jusqu’à la fin du monde, il ne restait plus qu’environ 514 ans ; mais peut-être cet auteur a-t-il suivi, dans son calcul, les Septante, qui comptent fort différemment de notre Vulgate.
. 12Et il n’y aura plus de temps que ce qui en reste jusqu’à la fin de la douzième partie. 13Maintenant donc, mets ordre aux affaires de ta maison, corrige les dérèglements de ton peuple, console ceux qui sont dans l’affliction, et cesse enfin de marcher dans des sentiers corrompus. 14Bannis toutes les pensées basses et mortelles, décharge-toi de ces soins accablants, dépouille-toi d’une nature pleine d’infirmités. Et renonçant à des pensées tristes et fâcheuses, hâte-toi de sortir de ce siècle. 15Car les maux dont tu l’as vu frappé ne sont rien en comparaison de ceux qui arriveront dans la suite. 16Plus le siècle s’affaiblira en approchant de sa fin, plus les maux se multiplieront sur ceux qui l’habitent. 17Car la vérité se retirera de jour en jour pour faire place au mensonge, et la vision que tu as eue ▼▼Celle du jugement dernier.
ne tardera point à s’accomplir. 18Et je vous dis alors : O Seigneur, 19Je m’en vais trouver le peuple comme vous me l’ordonnez, et je le reprendrai, mais qui instruira ceux qui viendront après nous ? 20Car le siècle est plongé dans d’affreuses ténèbres, et la lumière n’éclaire point les pas de ceux qui l’habitent 21Le livre de votre loi a été consumé par le feu ▼▼Cela ne se peut pas entendre des livres de la loi, qui étaient entre les mains des prêtres, des lévites et du peuple, mais de l’original ou de ceux qui étaient gardés dans l’arche. Ainsi, l’auteur n’a pas du attribuer l’ignorance du peuple à la perte de cet original, puisque chacun d’eux en avait des copies ; mais à l’état déplorable où ils furent réduits, au renversement de leur culte, à l’interruption du ministère, et à la négligence des prêtres et du peuple, qui furent les suites de la prise de Jérusalem et de l’embrasement du temple ; car il est certain que plusieurs des Juifs emportèrent des exemplaires de l’Écriture, et qu’ils la lisaient dans le lieu de leur exil. Voyez Daniel et Tobie, qui lisaient l’Écriture pendant leur captivité, puisqu’ils la citent. Il est à présumer qu’Ézéchiel, qui fut emmené en captivité avec le roi Joachim, emporta avec lui un exemplaire de l’Écriture ; et que Jérémie, à qui Nabuchodonosor donna toute liberté, s’en était muni. Les Israélites des dix tribus, qui furent emmenés en Babylone 130 ans avant l’embrasement du temple, avaient entre leurs mains les livres saints ; et les colonies que les rois d’Assyrie avaient mises en Samarie, avaient au moins conservé leur Pentateuque Samaritain. — Voy. la note sur le v. 22 ci-après.
. C’est pourquoi il ne se trouve plus personne qui soit instruit des grandes choses que vous avez faites, et de celles que vous devez faire dans la suite des temps. 22Si donc j’ai trouvé grâce devant vous, remplissez-moi de votre Esprit-Saint, et j’écrirai tout ce que vous avez opéré dans le monde dès le commencement, et tel qu’il était écrit dans le livre de la loi ▼▼Cette histoire du recouvrement des Écritures est une fable, établie sur quelque fausse tradition des Juifs, et sur quelques faits approchants, mais mal entendus, du recouvrement de quelques exemplaires des livres de la loi par le grand prêtre Helcias, sous Josias ( IV Reg. xxiii), et de la lecture qu’Esdras fit de la loi devant tout le peuple, après leur captivité ( II Esdr. viii, 2 et seqq.). L’auteur de ce livre la rapporte sous le nom d’Esdras, ainsi qu’il l’avait appris de ses pères ; et le récit qu’il en fait ici a servi à tromper plusieurs des anciens Pères, qui, prenant l’auteur de ce quatrième livre pour le véritable Esdras, ont cru que les livres de la loi avaient tous été brûlés ou perdus dans la destruction de Jérusalem, sous Nabuchodonosor. Ainsi, saint Irénée (1. iii, c. 25), Eusèbe (v Hist., 8), Clément d’Alexandrie (), Tertullien (), saint Basile ( Epist. ad Chilon.), et une infinité d’autres, depuis, ont suivi les sentiments de ces premiers Pères ; mais, saint Jérôme, saint Chrysostome et saint Hilaire soutiennent qu’Esdras ne fit autre chose que rassembler et décrire dans un seul volume tous les différents livres qui composent aujourd’hui ce que l’on appelle le Canon des Écritures reçues par les Juifs ; qu’il les récrivit en d’autres caractères, et corrigea sur les divers exemplaires les fautes que les copistes y avaient faites. Voy. saint Chrysostome, hom. 8 in Epist. ad Hebr., saint Hilaire dans son Prologue sur les Psaumes, Théodoret dans sa préface sur le même livre. — Voy. la note sur le verset précédent.
, afin que les hommes puissent marcher dans vos voies et vivre jusqu’à la fin des siècles, s’ils le veulent. 23Et le Seigneur me répondit : Va, assemble ce peuple et dis-lui qu’il ne te cherche point pendant quarante jours ▼▼À l’imitation de Moïse. ( Exod. xxxiv, 28.)
. 24Prépare plusieurs tablettes de buis, et prends avec toi Sarias, Dabrias, Sélémias, Echanus et Aziel, qui tous écrivent avec beaucoup de vitesse et de légèreté. 25Reviens ensuite ici, et je ferai luire dans ton cœur la lumière d’intelligence, et elle ne s’éteindra point que tu n’aies achevé d’écrire toutes les choses que je te dirai. 26Tu en découvriras quelques-unes aux parfaits et tu en diras d’autres en secret aux sages ; demain, à cette même heure, tu commenceras à les écrire. 27Je m’en allai comme il me l’avait ordonné, et ayant assemblé le peuple, je lui parlai en ces termes : 28Israël, écoute ce que je te vais dire ! 29Nos pères furent autrefois étrangers en Égypte, et ils en sortirent enfin. 30Ils reçurent une loi de vie, mais ils ne la gardèrent pas, et vous l’avez violée vous-mêmes après eux. 31Vous partageâtes au sort la terre de Sion, mais vous et vos pères, vous avez commis l’iniquité, et vous n’avez point marché dans les voies que le Très-Haut vous avait marquées. 32Mais comme il est un juge équitable, il vous a ôté pour un temps ce qu’il vous avait donné ▼▼Les tables et les livres originaux de la loi ; ce que les Juifs regardaient comme leur plus précieux trésor.
. 33Maintenant vous voilà tous assemblés ici, et il n’y manque aucun du peuple. 34Si donc vous vous élevez au-dessus de vos pensées terrestres et charnelles, et que vous remplissiez votre esprit d’intelligence, vous vivrez, et après votre mort, vous obtiendrez miséricorde. 35Car nous serons tous jugés après la mort, lorsque nous revivrons ▼▼Au grand jour, où tous les morts ressusciteront.
de nouveau ; alors, les noms des justes seront manifestés et on exposera au grand jour les œuvres des impies. 36Qu’aucun de vous ne s’approche de moi et ne me cherche pendant quarante jours. 37Je pris ensuite cinq personnes ▼▼Les mêmes qu’ils a nommés ci-dessous, v. 14.
avec moi, selon l’ordre que j’en avais reçu, et étant tous arrivés au lieu d’où j’étais venu trouver le peuple, nous nous y arrêtâmes. 38Le lendemain, la voix m’appela et me dit : Esdras, ouvre la bouche, et bois ce que je te présente. 39J’ouvris donc la bouche, et l’on me présenta un vase rempli d’une liqueur ; elle était semblable à celle de l’eau et elle avait l’éclat du feu. 40Je pris la coupe, et aussitôt que je l’eus bue, je sentis naître dans mon esprit une foule de pensées, la sagesse croissait en moi, et ma mémoire me retraçait diverses choses. 41Ma bouche fut ouverte et elle ne se ferma plus. 42Le Très-Haut remplit aussi d’intelligence les cinq hommes que j’avais choisis ; et ils écrivaient les merveilles qui leur étaient dictées dans le silence de la nuit ; mais ils ne les comprenaient pas. 43Ils prenaient quelque nourriture pendant la nuit, et pour moi, je parlais le jour, et je parlais la nuit. 44Et dans l’espace de ces quarante jours, ils remplirent deux cent quatre volumes ▼▼Des rouleaux, espèces de morceaux de parchemin ou d’écorces d’arbres, dont on composait des pages que l’on collait les unes aux autres, et que l’on fixait sur un rouleau de bois.
. 45Et quand ce temps fut expiré, le Très-Haut fit entendre sa voix et me dit : Publie ceux de ces livres qui ont été écrits les premiers, afin qu’ils soient lus de ceux qui en sont dignes et de ceux qui ne le sont pas. 46Mais tu réserveras les soixante-dix derniers pour les donner aux sages de ton peuple. 47Car, en eux se trouve une source d’intelligence, une fontaine de sagesse, et un fleuve de science ; et je fis ce que la voix m’avait ordonné.
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