‏ 2 Esd 7

L’on ne parvient que par les tribulations à la vie immortelle. Les prières des justes sont utiles pendant le temps de la vie ; mais après le jugement dernier, les choses ne changeront plus. Les hommes livrés à toutes sortes de vices, le Seigneur est plein de miséricorde.

1Quand j’eus cessé de parler, l’ange qui m’avait été envoyé la nuit précédente
Litt. : Les nuits précédentes.
, me fut encore envoyé.
2Et il me dit : Esdras, lève-toi et sois attentif à ce que je te vais dire. 3Je lui dis : Parlez mon Seigneur. Il me répondit : La mer a été renfermée dans de vastes espaces, afin que son immensité égalât sa profondeur. 4Or, suppose à présent que l’embouchure en soit étroite, et qu’elle n’ait pas plus de largeur que le lit ordinaire d’un fleuve ; 5Quel est celui qui, poussé du désir
Litt. : Qui voulant vouḍrait. Hébraïsme pour marquer un désir ardent.
de parcourir la mer et de la mettre sous sa puissance, pourrait arriver au milieu de ce vaste empire, si auparavant il n’y était entré par ce passage étroit ?
6Suppose encore qu’il y ait une ville bâtie et située dans un lieu champêtre, qu’elle soit remplie de toutes sortes de biens ; 7Que l’entrée en soit étroite et glissante, qu’à droite il y ait du feu, à gauche une eau très-profonde ; 8Et qu’enfin ces deux gouffres ne soient séparés que par un petit sentier où à peine un homme puisse marcher ; 9Celui qui doit avoir cette ville pour héritage, s’en mettra-t-il en possession qu’il n’ait auparavant franchi ces obstacles terribles ? 10Je dis Seigneur, cela est ainsi que vous le dites. Il ajouta : Tel est le sort d’Israël. 11Car c’est pour ce peuple que j’ai créé le monde
Litt. : Le siècle. Voy. ch. vi, 50-59.
, et aussitôt qu’Adam eût violé mes préceptes, le jugement fut porté contre le monde
Litt. : Contre ce qui avait été fait, c’est-à-dire que toute sa postérité fut corrompue, et que toutes les autres créatures ne lui furent plus soumises. Gen. iii, 17 et suiv. — [Voyez encore ci-dessus, chap. i, 7, 21.]
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12Les entrées en devinrent étroites, pénibles, fâcheuses, en petit nombre, mauvaises, pleines de danger et d’afflictions. 13Mais quand aux entrées du siècle futur
Litt. : Du grand siècle, du monde futur ; c’est-à-dire de la béatitude et du royaume de Dieu. — [Voy. Matth., chap. vii, 13, 14.]
, elles sont spacieuses, tranquilles et parées de fruits immortels.
14Ainsi ceux qui vivent dans le siècle ne pourront obtenir ces biens réservés à leurs efforts, s’ils ne passent auparavant par ces sentiers étroits et malheureux
Litt. : Vains, c’est-à-dire de ce monde terrestre, visible et charnel, où tout n’est que néant et passager.
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15Maintenant donc : Pourquoi te troubler, puisque tu es sujet à la corruption ? Pourquoi t’inquiéter, puisque tu es mortel
Et qu’ainsi les maux de cette vie ne dureront pas toujours, et qu’ils te serviront à te conduire à la jouissance du monde futur, et te mettront en possession des fruits immortels. Voy. le verset 13, ci-dessus.
?
16Et pourquoi enfin, n’aspires-tu pas à connaître les choses futures
Autr. : Et pourquoi ne jouis-tu pas en toi-même, dès à présent, de l’espérance de ces biens futurs ?
plutôt que les choses présentes
Plutôt que de l’attrister des maux du siècle présent.
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17Alors je répondis : Seigneur dominateur, vous avez promis dans votre loi que les justes auraient ces biens pour héritage ; mais que les impies périraient. 18Que les justes passeraient par les tribulations avant que d’entrer dans ces vastes demeures
Que les justes souffriront ces peines et ces travaux, mais en se consolant par l’espérance de jouir de ces grands biens. — Autr. et litt. : Ils souffriront volontiers de passer par les sentiers étroits pour jouir ensuite de ces lieux larges et spacieux.
; mais que les impies, quoique éprouvés par mille peines, en seraient exclus.
19Et il me dit : Il n’y a point de juge plus juste que Dieu, et nul ne pénètre les cœurs comme le Très-Haut. 20Plusieurs ne périssent en cette vie, que parce qu’ils ont méprisé la loi qu’il leur avait prescrite
Cette loi c’est celle de souffrir patiemment les maux de cette vie dans l’espérance de jouir de ceux de la vie future. Voy. le verset 17, ci-dessus. Autr. La loi de Dieu, soit la loi naturelle, soit la loi écrite. Voy. le verset suivant. [Voy. aussi saint Jean, chap. v, 14, et ses parallèles.]
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21Car Dieu en les mettant sur la terre leur a expressément marqué ce qu’ils devaient observer pour vivre, et ce qu’ils devaient éviter pour n’être point punis. 22Mais ils n’ont point écouté ces avis salutaires ; ils les ont contredits, et ils ont suivi la vanité de leurs pensées. 23Et après s’être livrés à des actions honteuses et criminelles, ils ont poussé leur orgueil jusqu’à nier qu’il y eût un Dieu, ils ont refusé de marcher dans ses voies. 24Ils ont méprisé sa loi, ils ont renoncé à ses promesses, ils n’ont point été fidèles à garder ses ordonnances, et n’ont point accompli ses œuvres. 25C’est pourquoi, Esdras, la vanité sera le partage de ceux qui l’ont suivie
Litt. : Les choses vides seront la récompense des vides ; c’est-à-dire que ceux qui ne seront occupés que des choses vaines, ne recevront pour récompense que des choses vaines, c’est-à-dire des biens passagers et périssables, tels que ceux qu’ils ont désiré.
, et la vérité remplira le cœur de ceux qui l’ont recherchée
Litt. : Les choses pleines seront pour ceux qui se trouveront pleins, c’est-à-dire ceux qui auront recherché les biens solides en seront comblés.
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26Voici les temps où l’on verra les signes que je t’ai prédits
Voy. ci-dessus, chap. v, 1.
. L’épouse paraîtra, et celle qui est maintenant cachée dans le sein de terre, en sortira avec éclat
C’est-à-dire l’Église, qui est comparée à une épouse. Voy. Matth., chap. xxv, 1.
:
27Et celui qui aura été délivré de tous les maux que je t’ai prédits, sera témoin des prodiges que je ferai alors. 28Car mon Fils Jésus
Selon les Hébreux, ce nom est synonyme de celui de Josué ; il semble que l’auteur de ce livre veut désigner nommément le Fils de Dieu. Mas comme en ce même verset et au suivant, il distingue ce Jésus du Christ par l’intervalle de quatre cents années de paix, de joie et de tranquillité, après lesquelles il dit que le Christ sera mis à mort, il est difficile de concilier ces contrariétés. Voyez la note suivante. — Voy. aussi les chap. v, 6, et vi, 25.]
paraîtra dans sa gloire avec ceux qui sont à lui, et les hommes qui se trouveront alors sur la terre, y vivront comblés de joie l’espace de quatre cents ans
On ne sait point ce que veut dire cet auteur par ce règne de Jésus, qui devait durer l’espace de quatre cents ans à la vérité Daniel a dit, chap. ix, 26, qu’après soixante-neuf semaines, c’est-à-dire quatre cent quatre-vingt-trois ans, le Christ serait mis à mort, et qu’avant sa mort Jérusalem serait rebâtie et que le peuple jouirait de la paix : ainsi l’auteur a peut-être réduit sous un nombre rond ces quatre cent quatre-vingt-trois ans de Daniel. Mais il reste toujours une supposition impossible, qui est que le même Jésus, Fils de Dieu, jouisse et ses disciples de ce nombre d’années de paix, et qu’ensuite il soit mort ; il faut nécessairement qu’il se soit ici glissé quelque faute de copiste, ou que, sous cet intervalle de paix, l’auteur ait entendu autre chose. Voy. le verset suivant.
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29Au bout de ce temps, le Christ mon Fils mourra, et tous ceux qui seront alors sur la terre mourront aussi
On ne sait point non plus ce que l’auteur veut dire par cette mort universelle, qui doit suivre celle du Christ, à moins qu’on ne l’explique de la mort au péché, ce qui paraît d’autant plus vraisemblable, qu’après avoir dit ici que tous ceux qui seront alors sur la terre mourront, il ajoute au verset suivant que le monde retombera dans son premier chaos, etc., jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’hommes sur la terre.
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30Le monde retombera dans son premier chaos
Litt. : Dans son ancien silence. Voyez ci-après le verset 32. — [Et ci-dessus, ch. vi, 39.]
; il restera en cet état pendant sept jours
Litt. : Comme il est arrivé dans les précédents jugements. Ceci peut avoir rapport à ce que l’auteur a dit au chap. i, ci-dessus, où, selon d’autres, il compare ce silence à celui qui précéda la création du monde, et à celui qui se fit au temps de Noé. Les sept jours paraissent être mis ici pour les sept semaines dont parle Daniel, ch. ix, 25, après lesquelles le Christ devait paraître ; mais l’auteur de ce livre applique au second avènement de Jésus-Christ ce que le prophète entend du premier.
, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’hommes sur la terre.
31Et quand ce temps sera passé, le siècle
Litt. : Qui est encore endormi.
se réveillera de son assoupissement ; et ce qui est corrompu, mourra :
32Les tombeaux s’ouvriront, les morts quitteront la poussière, et la terre
Autr. : Les lieux de réserve. Voy. ch. iv, 35, note 1157.
rendra tous ceux
Litt. : Les âmes des défunts retenues dans ces lieux de réserve. Autr. : Les corps de ceux qui étaient morts, car l’âme est souvent prise par les Hébreux pour la vie du corps, et pour le corps même. — [Il semble, pourtant, qu’il s’agit ici de la résurrection des corps. Les Hébreux croyaient aussi à ce dogme.]
qu’elle retenait dans son sein.
33Alors le Très-Haut paraîtra sur son Tribunal pour entrer en jugement ; les maux cesseront, et la patience ne sera plus mise à aucune épreuve
Litt. : La longue patience se resserrera. On a suivi dans la version d’autres exemplaires qui portent : Et la patience finira.
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34La justice et la vérité régneront seules, la foi s’affermira de plus en plus. 35On en verra les œuvres, et la récompense les suivra de près : la justice dominera partout, et l’injustice sera bannie. hé 36. Alors je lui dis : Abraham pria autrefois
Litt. : Le premier
pour les habitants de Sodome. Moise pria pour nos pères après qu’ils eurent péché dans le désert .
37Et ceux qui vinrent après lui, prièrent pour Israël dans les temps d’Achaz
Autr. Achan, c’est une méprise du copiste qui s’est trompé sur la ressemblance des deux lettres hébraïques et . Voyez Josué, ch. vii, 1, 18, etc.
et de Samuel .
38David pria pour obtenir la victoire sur ses ennemis
En plusieurs endroits des livres des Rois et des Psaumes.
, et Salomon pria pour ceux qui assistèrent à la dédicace de son temple .
39Élie pria pour faire tomber la pluie sur la terre
III Reg. xvi, 42 et suiv.
et pour tirer un mort du tombeau .
40Ézechias pria pour garantir le peuple de la fureur de Sennachérib ; plusieurs enfin ont prié pour leurs frères
Il y aurait ici plusieurs passages à indiquer.
.
41Si donc, à présent que la corruption s’est accrue, et que l’injustice s’est multipliée, les justes prient pour les impies, pourquoi ne seraient-ils pas écoutés ? 42Et il me répondit : Le siècle présent n’est point le terme de la durée des temps ; il y a toujours sur la terre un grand nombre de justes dont la vertu éclate aux yeux de Dieu, et ce sont ceux-là, qui prient pour les faibles. 43Mais le jour du jugement en sera la fin et le commencement d’une vie immortelle ; alors il n’y aura plus de corruption. 44L’intempérance et l’incrédulité seront bannies ; la justice et la vérité régneront seules. 45Et personne alors ne pourra, ni délivrer celui qui est tombé dans la perdition, ni renverser celui qui sera resté victorieux. Et je répondis : 46Je l’ai dit et je ne cesserai point de le dire : Qu’il eût été plus avantageux pour nous qu’Adam n’eût point été créé sur la terre
[Voy. ch. iv, 12.]
; ou que l’y l’ayant placé, il fallait l’empêcher de tomber dans la prévarication.
47Car quel avantage est-ce pour l’homme de passer ses jours dans la tristesse et dans la misère, et de n’attendre après sa mort que des supplices et des tourments ? 48Et toi, Adam, vois quelle a été l’énormité de ton crime ! Car en péchant tu t’es perdu toi-même, et tu as entraîné dans ta chute tous les hommes dont tu étais le père
Voy. ci-dessus, verset 11 et ch. iii, 7, 21.]
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49Et que nous sert que l’immortalité nous soit promise, si nous avons fait des œuvres dignes de la mort : 50Que nous vivions dans l’attente de l’éternité, si nous sommes livrés à la corruption et à la vanité : 51Que nous aspirions au repos et à la paix, si nous avons mené une vie criminelle : 52Que la gloire du Très-Haut soit un jour l’ornement de ceux qui auront vécu dans la patience, si nous avons suivi les voies de l’impiété : 53Que le paradis soit ouvert, et que ce soit un lieu de délices dont les fruits sont incorruptibles, le séjour de la santé et du repos, 54Si après avoir passé nos jours sur une terre malheureuse, nous en sommes encore exclus. 55Et que nous sert enfin que ceux qui ont été tempérants soient un jour plus brillants que les étoiles, si nous devenons plus noirs que les ténèbres mêmes ? 56Car pendant notre vie nous ne songions point qu’en commettant l’iniquité nous en serions punis après la mort. 57Et il me dit : Voilà une juste idée du combat auquel l’homme est exposé dès qu’il commence à voir le jour. 58En sorte que, s’il y est vaincu, il souffrira ce que tu dis ; et si au contraire, il en sort victorieux, il recevra la récompense dont je t’ai parlé : 59Car c’est de cette vie immortelle que Moïse parlait autrefois au peuple, lorsqu’il lui disait  : Choisissez la vie afin que Vous viviez. 60Mais ils ne crurent ni Moïse, ni les prophètes qui vinrent après lui. Et ils ne m’ont point cru moi-même quand je leur ai assuré, 61Que l’état funeste où ils étaient réduits se terminerait moins à la perte qu’au bonheur de ceux qui auraient vécu dans l’espérance du salut. 62Et je dis : Seigneur, je sais que le Très-Haut est véritablement un Dieu de bonté, en ce qu’il l’a fait éclater sur ceux qui ne sont point encore arrivés à ces derniers temps ; 63Et qu’il a pitié de ceux qui se convertissent à lui
Litt. : À sa loi.
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64Je sais qu’il est un Dieu patient, puisqu’il attend avec patience ceux qui dans toutes leurs actions
Autr. : Qui étant l’ouvrage de ses mains.
ont commis l’impiété ;
65Qu’il est magnifique et généreux, puis qu’il prodigue ses dons selon les divers besoins de ses créatures ; 66Et que sa miséricorde est infinie, puisqu’il la répand si abondamment sur les hommes qui sont, qui ont été, et qui seront dans la suite des temps. 67Car s’il ne multipliait sa miséricorde, ceux de ce siècle ne pourraient subsister, ni ceux qui doivent l’habiter, recevoir la vie. 68Si par sa bonté il ne remettait les iniquités commises contre lui, de dix mille hommes il n’y en aurait pas un seul de sauvé. 69Et si celui même qui doit les juger ne leur pardonnait après les avoir purifiés par sa parole et qu’il n’oubliât le nombre de leurs crimes, de cette multitude innombrable d’hommes, à peine y en aurait-il quelques-uns de sauvés
Il n’y en aurait que très-peu de sauvés.
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