2 Esd 10
Jérusalem représentée sous la figure d’une femme affligée et ensuite revêtue d’éclat, 1Mon fils étant entré dans sa chambre à coucher, il tomba et mourut ▼▼C’est la captivité du peuple Juif en Babylone et la ruine de la ville de Jérusalem et de son temple. Voy. le vers. 48 du chap. suiv.
. 2Nous éteignîmes aussitôt toutes les lumières ; tous mes concitoyens accoururent en foule pour me consoler, et je restai avec eux jusqu’à la nuit du jour suivant. 3Mais lorsqu’ils se furent tous retirés, afin de me laisser en repos, je me levai au milieu de la nuit, et prenant la fuite, je vins dans les champs où vous me voyez encore. 4Et maintenant, mon dessein est de ne pas entrer dans la ville, mais de rester ici sans prendre aucune nourriture, de pleurer sans cesse et de jeûner jusqu’à ce que je meure. 5Alors, changeant de langage, je lui répondis avec colère et lui dis : 6Ô la plus insensée de toutes les femmes ! ignorez-vous donc quelle est notre affliction et quels sont les maux qui nous accablent ? 7Sion, notre mère, est dans une affreuse tristesse, son humiliation est extrême et ses pleurs ne tarissent point. 8Quoi ! pendant que nous sommes tous dans le deuil et dans l’affliction, à cause des maux que nous ▼▼L’auteur parle ici au nom de tout le genre humain par comparaison au peuple juif qui n'était pour ainsi dire qu'un seul homme.
souffrons, faut-il que la mort d’un enfant vous arrache tant de pleurs et de regrets ? 9Interrogez la terre, et elle vous dira que c’est à elle qu’il appartient de pleurer la perte de tant de choses ▼▼ De tant d’hommes. Voy. le verset suivant.
qui sortent de son sein. 10Car tous ceux qui sont nés ou qui naîtront dans la suite viennent de la terre ; cependant ils courent presque tous à leur perte, et le plus grand nombre d’entre eux est destiné à périr ▼▼Autr. : Abandonné à leur perte.
. 11Celle donc qui perd un si grand nombre d’enfants, n’est-elle pas plus en droit de se livrer à la douleur, que vous, qui n’en avez perdu qu’un seul ? Mais, me direz-vous : 12Le sujet qui m’afflige est bien différent ; car j'ai perdu le fruit de mes entrailles, ce fruit que j’ai porté dans la peine, que j’ai enfanté dans la douleur. 13Mais pour la terre, la multitude qu'elle contient à présent, rentrera un jour dans son sein de la même manière qu’elle en a été tirée ▼▼Autr. : Comme l’expérience le justifie.
. Voici ce que je vais vous répondre ▼▼Ces paroles sont d‘Esdras, qui répond à la Synagogue.
; 14De même que vous avez enfanté dans la douleur, ainsi la terre, dès le commencement, donne son fruit à l’homme qui la cultive ▼▼C’est-à-dire : De même que le laboureur fatigue et travaille longtemps pour cultiver la terre, dans l’espérance qu’il a d’en recueillir la moisson, ainsi il exhorte cette femme à supporter les maux présents, dans l’attente de la récompense.
. 15Maintenant donc, réprimez l’excès de votre douleur, et supportez avec courage les malheurs qui vous accablent. 16Car si vous reconnaissez combien Dieu est juste dans tout ce qu’il fait ▼▼Autre. : Si vous reconnaissez la justice des vues et des desseins de Dieu.
, vous vous soumettrez aux desseins qu’il a résolu d’exécuter dans les temps marqués, et cette soumission fera votre véritable gloire. 17Rentrez donc dans la ville, et retournez vers votre mari ; alors elle me dit : 18Je ne le ferai point et je mourrai ici. 19Je lui parlai encore, et je lui dis : 20N’agissez point ainsi, mais déférez à mes conseils ; considérez dans quels malheurs Sion est tombée, et apprenez par les maux que souffre Jérusalem, à supporter les vôtres. 21Car, comme vous le voyez, notre sanctuaire est abandonné, notre autel est renversé, et notre temple est détruit ▼▼C’est la description des maux que les Israélites souffrirent sous Nabuchodonosor. L’auteur a supposé, III, 1, qu’il écrivait ceci la trentième année de leur captivité en Babylone.
. 22Nos instruments de musique ▼▼Litt. : Notre psalterion est humilié, c’est-à-dire ne se fait plus entendre.
sont sans voix, on n’entend plus nos saints cantiques, les jours de fêtes et de réjouissances nous sont interdits, la lumière de notre chandelier est éteinte, l’arche de notre alliance a été pillée ▼▼Autre : enlevée.
. Les choses les plus saintes ont été souillées, le nom de notre Dieu a été sur le point d’être profané, nos enfants sont tombés dans l’opprobre, nos prêtres ont été brûlés, nos lévites ont été menés en captivité, nos vierges ont été déshonorées, nos femmes violées, les gens de bien ont été ravis, nos enfants ne sont plus, nos jeunes hommes sont captifs, les braves d’Israël ont perdu leur force. 23Et ce qui met le comble à nos maux, Sion, la fameuse Sion, a vu toute sa gloire anéantie, et elle a été elle-même livrée à ses ennemis. 24Sortez donc de la profonde tristesse où vous êtes, et modérez l’excès de votre douleur, afin que le Très-Haut vous rende ses miséricordes, et qu’après avoir mis fin à vos maux, il vous rétablisse dans un repos parfait. 25Pendant que je lui parlais, son visage devint tout à coup éclatant, ses yeux brillaient comme le feu ; j’en fus saisi de frayeur, et comme je pensais à ce que ce pouvait être, 26Elle fit entendre une voix terrible, et toute la terre en fut émue ; je regardai au même instant, 27Et je ne vis plus cette femme ; mais du lieu où je l’avais vue, s’élevait une ville ▼▼ Présage de son établissement et de sa gloire future. — Voy. le verset 50 ci-après.
dont l’enceinte paraissait fort spacieuse je fus saisi de crainte, et élevant la voix, je dis : 28Où est l’ange Uriel ▼▼Voy. la deuxième note sur le vers. 1 du chap. iv, ci-dessus.
, qui m’a été envoyé au commencement de cette vision ? car c’est lui qui a fait naître dans mes pensées le trouble et l’agitation où je me trouve, mes espérances ont été vaines, et ma prière retournera à ma honte. 29Comme je parlais ainsi, il vint à moi et me regarda. 30Je portais sur mon visage l’image de la mort, et je n’avais plus de connaissance ; alors il me prit par la main droite et me remplit de force, et m’ayant relevé sur mes pieds, il me dit : 31Que t’est-il arrivé, et pourquoi ton esprit et ton cœur sont-ils ainsi dans le trouble et dans l’agitation ? Et je lui répondis : 32Parce que vous m’avez abandonné ; cependant je suis venu dans ce champ, comme vous me l’aviez ordonné : j’y ai vu et j’y vois encore des choses que je ne puis raconter, et il me dit : 33Reprends tes forces, et je te dirai ce que tu dois faire. Je lui répondis : 34Parlez, mon Seigneur, et ne m’abandonnez point, de peur que je ne meure sans secours ▼▼ En vain, c’est-à-dire : sans consolation et sans espérance.
. 35Car j’ai vu des choses toutes nouvelles, et j’en entends dont je n’ai jamais ouï parler. 36Mes sens sont-ils abusés, ou est-ce l’effet de quelque songe ? 37Et maintenant je vous conjure d’expliquer ces prodiges à votre serviteur. Alors il me dit : 38Écoute-moi, je t’instruirai et je te parlerai des choses qui t’ont jeté dans la frayeur ; car le Très-Haut t’a déjà découvert plusieurs mystères. 39Il a vu la droiture de ton cœur. Il sait que tu n’as cessé de t’affliger pour ton peuple, et que tes pleurs n’ont point été interrompues à cause de Sion. 40Voici donc le sens de la vision que tu viens d’avoir : 41Tu as vu d’abord une femme éplorée, et tu t’es approché d’elle pour la consoler. 42Tout d’un coup, tu as cessé de la voir, et en sa place a paru une ville que l’on bâtissait. 43Elle t’a ensuite entretenu de la mort de son fils : Voici le sens de cette vision. 44Cette femme est la figure de Sion que tu vois à présent comme une ville bâtie. 45Quant à ce qu’elle t’a dit qu’elle avait été stérile l’espace de trente ans, c’est qu’il s’était écoulé un pareil nombre d’années sans qu’on eût encore fait aucune oblation dans cette ville ▼▼Dans le temple de cette ville, car David en avait fait dans le tabernacle de peaux, qu’il avait fait élever dans la ville ou cité qui portait son nom ; mais on n’en fit véritablement dans le temple que quarante-deux ans après. L’auteur parle surtout de ces sacrifices et de ce temple, parce qu’ils faisaient l’objet de la religion des Juifs, et la gloire de la ville de Jérusalem, mais sous ces deux choses, il comprend tout le peuple et toute cette nation. Voy. le vers. 47 ci-après.
. 46Mais au bout de trente ans ▼▼C’est un nombre complet pour un nombre rompu ; car il se trouve trente-trois années d’intervalle entre le temps que David amena l’arche à Jérusalem, et celui auquel Salomon commença à jeter les fondements du temple, et ce ne fut que neuf ans après que l’on y fit les premiers sacrifices, l’an du monde 3001.
, Salomon, ayant achevé de la bâtir, y offrit des sacrifices, et ce fut alors que celle qui était stérile enfanta un fils. 47Ce que cette femme t’a dit des peines qu’elle avait prises pour élever son fils marque ce que Jérusalem a coûté de soins et de travaux à bâtir. 48Et enfin, la mort funeste de son fils, signifie quelle a été la ruine de cette ville. 49Tu l’as vue elle-même sous la figure de cette femme ; et comme elle pleurait la mort de son fils, tu avais commencé à la consoler. Voilà ce que tu devais savoir de tout ce qui s’est passé à tes yeux. 50Et maintenant le Très-Haut, ayant vu la profonde tristesse et la douleur sincère où t’ont jeté les malheurs de Sion, t’a montré l’éclat et la gloire dont elle doit être un jour revêtue. 51C’est pour cela que je t’ai ordonné d’aller dans un champ où il n’y eût aucune maison. 52Car je savais que le Très-Haut allait t’y découvrir ces prodiges. 53Je t’ai donc dit d’aller dans un champ où l’on n’eût jamais jeté les fondements d’aucune maison. 54Car un lieu où devait paraître la ville du Très-Haut n’aurait pu soutenir aucun édifice bâti de la main des hommes ▼▼La ville pour le temple ; en effet, le champ d’Areüna, où il n’y avait du temps de David aucun bâtiment, fut acheté par ce prince dans le dessein d’y bâtir te temple, et il fut construit peu de temps après par Salomon, son fils. ( II Reg. xxiv, 24 ; I Par. xxi, xxii.)
. 55Rassure-toi donc et ne crains point ; mais entre dans cette ville, et autant que ta faible vue pourra le soutenir, contemple la splendeur et la magnificence de ses édifices. 56Et ensuite tu prêteras l’oreille à ce qui se dira, autant que tu en seras capable. 57Car tu es plus heureux qu’une infinité d’autres, et le Très-Haut t’a admis dans le petit nombre de ses élus. 58Passe encore ici la nuit suivante. 59Et il te fera voir ce qui arrivera dans les derniers temps aux hommes qui seront alors sur la terre. 60Je m’endormis donc cette nuit et la nuit suivante, comme l’ange me l’avait ordonné.
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