‏ 2 Esd 4

L’ange emploie différentes comparaisons, pour réprimer la curiosité de ceux qui veulent tout approfondir.

1Alors l’ange qui avait été envoyé vers moi
Voy. ci-dessus, ch. ii, 44.
et qui s’appelait Uriel
C’est-à-dire feu ou lumière de Dieu.
, me répondit,
2et il me dit : Ton cœur a formé de vains projets dans ce monde, en prétendant comprendre les voies du Très-Haut. 3Je lui dis : Ce que vous dites est vrai, mon seigneur. Il me répondit : Je suis envoyé pour te montrer trois choses et te proposer trois comparaisons. 4Si tu peux me rendre raison de l’une des trois, je te découvrirai la voie que tu cherches et la source de la malignité du cœur. 5Je lui dis : Parlez, mon seigneur. Et il me dit : Va, pèse le feu, mesure le vent, et rappelle le jour qui est passé. 6Je lui répondis : Quel est l‘homme qui pourrait faire ce que vous exigez de moi ? 7Alors il me dit : Si je t’avais demandé combien il y a de cavernes dans la mer, de sources dans l’abîme et au-dessus du firmament, et quelles sont les issues du paradis ; 8Tu m’aurais peut-être répondu : Je ne suis encore descendu ni dans l’abîme, ni dans les profondeurs de la terre, et je ne suis jamais monté au ciel. 9Mais je ne t’ai interrogé que sur le vent et le feu, dont tu es toujours environné, et sur le jour par lequel tu as passé ; et tu ne peux me rendre raison de ces choses. 10Et il ajouta : Si tu ne peux même connaître les choses qui naissent avec toi, 11Comment pourrais-tu comprendre les voies du Très-Haut, aussi bien que la corruption extérieure du siècle, et telle qu’elle paraît à mes yeux. 12Je lui dis alors : Il nous eût été plus avantageux de ne jamais être
[Voy. chap. vi, 46.]
que de vivre ainsi dans l’impiété, et d’être malheureux sans savoir la cause des maux qui nous accablent.
13L’ange me répondit : J’ai été dans la campagne, je me suis approché de la forêt, et les arbres ont tenu conseil entre eux
On voit des exemples de ces paraboles ou fables II Paral. xxv, 18.
.
14Ils ont dit : Venez, allons faire la guerre à la mer, afin qu’elle se retire de devant nous, et que nous puissions nous étendre. 15Le flots de la mer se sont aussi assemblés, ils ont tenu conseil, et ont dit : Venez, allons inonder les arbres des forêts, et ajoutons-les à notre empire. 16Mais la forêt avait vu avorter ses desseins ; car le feu s’en est approché, et elle a été consumée. 17Il en fut de même des desseins des flots de la mer. Car le sable leur résista et les contint. 18Si donc l’on t’établissait le juge de ces combats, qui entreprendrais-tu de condamner ou de justifier ? 19Je lui dis : Ils ont certes formé de vains projets. Les forêts naissent des entrailles de la terre, et la mer a son lit où elle peut rouler ses flots. 20Et il me répondit : Tu as bien jugé, pourquoi n’as-tu pas raisonné de même à ton égard ? 21De même que la terre est le lieu des forêts, et la mer celui des flots ; aussi ceux qui sont sur la terre ne peuvent comprendre que les choses de la terre ; ainsi ceux qui habitent au-dessus des cieux comprennent seuls les choses qui s’y passent. 22Alors je lui dis : Je vous prie, Seigneur, de me donner l’intelligence de ces mystères
Litt. Le sens d’entendre, c’est-à-dire le don de l’intelligence et de comprendre le juste sens des choses.
.
23Car je n’ai point prétendu sonder les choses qui sont au-dessus de nous ; mais celles seulement dont nous sommes tous les jours les tristes témoins. Pourquoi Israël est-il devenu l’opprobre de toute la terre, et le peuple chéri a-t-il été livré aux nations infidèles ? Pourquoi la loi de nos pères est-elle abolie, et pourquoi les livres saints ne se trouvent-ils plus
Non pas que ces livres fussent absolument perdus, ni que la loi fût entièrement abolie ; mais parce que, durant une si longue captivité, le culte de Dieu, l’observance de la loi et la lecture publique de l’Écriture, paraissaient comme abolies et anéanties.
?
24Semblables à de faibles sauterelles
Litt. : Pourquoi ne faisons-nous que passer dans le siècle ? Pourquoi sommes-nous errants et vagabonds sans demeure fixe, et dispersés de côté et d’autre, comme les sauterelles le sont par le vent.
, nous passons nos jours dans la frayeur et dans la crainte, et nous ne sommes pas dignes d’obtenir miséricorde.
25Mais Dieu oubliera-t-il son nom qu’il a établi au milieu de nous
Ou dont nous sommes appelés. Dans le nom d’Israël, que Dieu donna à Jacob, se trouve el qui signifie Dieu.
? C’est sur quoi je vous ai interrogé.
26Et il me répondit : Plus tu sonderas ces mystères, et plus ils exciteront ton admiration ; car le siècle se hâte d’arriver à sa fin, avec une rapidité incroyable
C’est-à-dire que les hommes se hâtent de pénétrer dans les mystères des siècles à venir par une curiosité très-imprudente. Voy. le verset suivant.
.
27Et il ne peut comprendre les choses qui sont réservées aux justes dans les temps à venir, parce qu’il est plein d’injustice et de misère. 28À l’égard des choses sur lesquelles tu m’interroges : Je te dirai que le mal a été répandu sur toute la terre comme une semence ; mais le temps de sa destruction n’est pas encore venu. 29Si donc la semence
Du mal. Voy. le vers. précédent.
n’est auparavant dissipée, et que le lieu où le mal a été semé ne soit détruit, le bien n’y portera aucun fruit
Litt. : Le bien qu’on y aura semé.
.
30Car Adam
[Le genre humain.]
porte dès le commencement
[Depuis que, par orgueil, le premier homme commit volontairement le péché à l’instigation du démon.]
dans son cœur un germe malheureux
[Le démon introduisit l’orgueil dans le cœur de l’homme, et c’est l’orgueil qui est ce germe malheureux, que la concupiscence échauffe et développe.]
. Combien n’a-t-il point produit de crimes, et combien n’en produira-t-il point jusqu’au temps de la moisson ?
31Examine toi-même quel fruit d’impiété n’est point sorti de cette semence funeste. 32Et quand on viendra à couper ces épis sans nombre, quelle sera l’abondance de cette moisson ? 33Je lui dis : Comment ces choses se feront-elles ? quand arriveront-elles ? pourquoi nos jours sont-ils courts et sujets à tant de maux ? 34Et il me répondit : Ne prétends point sonder les secrets du Très-Haut ; car quelque grands que fussent tes efforts, ils seraient inutiles. 35Les âmes des justes
Qui sont morts, c’est ce qui faisait le sujet de l’attente des justes morts avant Jésus-Christ : ils attendaient avec impatience leur délivrance par son avènement et sa mort. Abraham et les autres patriarches avaient désiré ardemment de voir ses jours, et, dans l’assurance de les voir, ils s’en étaient réjouis par avance.
n’ont-elles pas voulu apprendre ces choses des lieux-mêmes où elles sont retenues
Litt. : Des lieux de réserve. Il s’agit des limbes qui, selon les premiers Pères de l’Église, étaient un lieu de paix et de repos ; c’est ce qu’ils appellent, par opposition au lieu où sont les réprouvés, un meilleur lieu ; le sein d’Abraham, des patriarches et des prophètes, le lieu des saints. Voy.  ; les Const. apostol., liv. , ch. 17 ; ; et ; ; Origène, Peri archon., liv. . Voy. ci-après, vii, 32, où ces lieux sont pris pour des tombeaux.
, lorsqu’elles ont dit : Jusqu’à quand espérerons-nous, et quand viendra le fruit et le temps de la moisson ?
36Et l’archange Jérémiel
Ce nom est hébreu et signifie miséricorde de Dieu ou amour de Dieu. L’entretien de ces justes et la réponse de cet archange est une fiction de l’auteur de ce livre, qui n’a jamais passé pour être inspiré.
leur répondit en ces termes : Cela arrivera quand le nombre des semences
Autr. : De vos enfants, c’est-à-dire de la postérité des justes.
qui doivent être jetées en vous sera rempli ; car le Seigneur a pesé le siècle dans la balance.
37Il a mesuré les temps, il les a comptés ; et l’ordre n’en sera point troublé, que la mesure qui a été prédite ne soit remplie. 38Et je dis : Seigneur dominateur
C’est à Dieu directement que ces paroles s’adressent, parce que l’archange le représente et parle de sa part.
, et nous aussi nous avons commis l’iniquité.
39Peut-être le nombre des justes ne sera-t-il point rempli à cause des péchés de ceux qui sont sur la terre. 40Et il me répondit : Va demander à la femme qui est enceinte, si après neuf mois de grossesse, elle peut retenir dans ses flancs le fruit qu’elle y porte : 41Je lui répondis : Seigneur, cela ne se peut. Et il me dit : Les lieux souterrains
Litt. : L’enfer. ce mot est pris plus ordinairement par l’Écriture, pour marquer ce qu’il y a de plus profond dans la terre ; il est pris aussi dans ce sens très-souvent pour le tombeau, quelquefois aussi pour le lieu où sont les démons et les réprouvés.
qui servent de retraites aux âmes
Voy. ci-dessus le vers. 35, note 1052.
, sont semblables aux flancs de la femme.
42Et de même que celle qui enfante se hâte de se délivrer des douleurs de l’enfantement, ainsi l’enfer se hâte de rendre les âmes qui lui ont été confiées. 43Je te découvrirai dès le commencement les choses que tu veux savoir. 44Et je lui dis : Si j’ai trouvé grâce à vos yeux, si cela est possible, et que vous m’en jugiez digne, 45Dites-moi si le temps qui doit suivre sera plus long que celui qui a précédé, ou s’il s’en est déjà plus écoulé qu’il n’y en doit avoir dans la suite. 46Je sais ce qui est arrivé ; mais j’ignore les choses qui sont à venir. 47Et il me dit : Mets-toi à ma droite, et je te ferai voir, sous des similitudes, ce que tu me demandes. 48Et m’étant levé
Tout ceci se passe en songe ; ainsi il ne se leva pas effectivement. Voy. les versets 14 et 15 du chapitre suivant.
j’étais attentif à ce qui devait arriver aussitôt une fournaise ardente passa devant moi ; et quand la flamme fut dissipée, je regardai et je vis la fumée qui s’élevait.
49Après cela je vis un nuage plein d’eau ; 50Et il me dit : Considère et raisonne ; de même que la pluie est plus abondante que les gouttes d’eau, et le feu que la fumée, ainsi il s’est déjà écoulé plus de temps qu’il n’y en aura dans la suite : car les gouttes d’eau et la fumée n’ont paru qu’après la pluie et le feu
C’était une tradition presque généralement répandue dans les premiers siècles de l’Église, que le jugement universel et général était proche.
51Je le priai de me dire, si je vivrais jusqu’à ces temps-là, et ce qui arriverait alors. 52Et il me répondit : Quant aux choses que tu désires de savoir, je puis t’en découvrir une partie ; mais pour ce qui est de la durée de ta vie, je ne suis point envoyé pour t’en instruire, et je l’ignore
Il semble que l’auteur fasse allusion à ce que Jésus-Christ a dit lui-même ( Marc. xiii, 52) par rapport au dernier jugement.
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