‏ Daniel 1

Daniel, Ananias, Misaël et Azarias, choisis pour servir à la cour de Nabuchodonosor. Ils ne veulent pas se souiller en mangeant des viandes de la table du roi. Dieu les remplit de lumières.

1En la troisième année du règne de Joakim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint à Jérusalem et l’assiégea.
Dn. 1,1 : En la troisième année, etc. Nabuchodonosor partit de Babylone vers la fin de cette année, et vint former le siège de Jérusalem du commencement de la suivante (voir Jérémie, 25, 1). ― * La troisième année du règne de Joakim est l’an 606 avant Jésus-Christ. ― Sur Nabuchodonosor, voir Jérémie, 21, 2.
2Et le Seigneur livra en sa main Joakim, roi de Juda, et une partie des vases de la maison de Dieu ; et il les emporta dans la terre de Sennaar, dans la maison de son dieu, et il mit les vases dans la maison du trésor de son dieu.
Dn. 1,2. La terre de Sennaar ; ancien nom de la Babylonie ( Genèse, 10, 10. — Son dieu ; Bel ou Belus, dont le temple était le plus riche et le plus somptueux de tous ceux de Babylone.
3Et le roi dit à Asphénez, préposé des eunuques, de choisir d’entre les fils d’Israël, et de la race des rois, et des princes,
Dn. 1,3 : Préposé des eunuques (præpositus eunuchorum) ; c’est-à-dire chef des officiers de la cour. On donnait communément le nom d’eunuques aux officiers du palais des rois d’Orient, parce que pour l’ordinaire ils étaient réellement eunuques. ― Des princes ; des premiers par le rang ; c’est le vrai sens du tyrannorum de la Vulgate, expliqué par l’hébreu ou plutôt par l’idiome des anciens Perses, car l’hébreu Phartemîn ou Partemîn, tire probablement son origine de Pardomim, qui signifie en effet les grands, les premiers (primi, magnates). Nous dirons de même des différentes leçons des Septante, ( partommein, porthemmein, phortommin, porthommein).
4De jeunes hommes qui fussent sans aucun défaut, d’une belle apparence, et instruits en toute sagesse, habiles dans les sciences et dans les arts, et qui pussent demeurer dans le palais du roi, afin qu’il leur apprît les lettres et la langue des Chaldéens.
Dn. 1,4 : De jeunes hommes (pueros). Tout ce qui est dit de Daniel et de ses compagnons dans ce chapitre et les suivants, prouve qu’ils étaient au moins adolescents. D’ailleurs le terme hébreu est pris plus d’une fois dans ce sens, aussi bien que le mot latin puer, qui se dit d’un garçon de 17 ans, et que Cicéron lui-même a appliqué à Octave âgé de 19 ans. ― Les lettres ( litteras) ; les caractères de l’écriture des Chaldéens qui différait de celle des Hébreux. C’est aussi le sens du texte original, et en particulier des Septante qui traduisent d’ailleurs (voir verset 17) le même mot hébreu par grammaire. ― * L’écriture cunéiforme ou assyrienne, qu’on enseignait dans l’école royale, était très compliquée et fort difficile à apprendre. On enseignait de plus, dans cette école, une langue antique, nécessaire pour bien comprendre les monuments anciens, la grammaire, l’histoire, la géographie, l’astronomie, les sciences magiques, etc. C’est ce que nous attestent les livres écrits sur des tablettes d’argile, qui formaient les bibliothèques assyro-chaldéennes, et dont des restes considérables ont été retrouvés.
5Et le roi établit qu’on
Dn. 1,5 : En présence du roi ; pour le servir.
les nourrirait chaque jour de ses propres mets et qu’ils boiraient du vin dont il buvait lui-même, afin qu’étant ainsi nourris pendant trois ans, ils pussent ensuite demeurer en présence du roi.
6Or, entre ces jeunes hommes, il se trouva des enfants de Juda, Daniel, Ananias, Misaël et Azarias. 7Et le préposé des eunuques leur donna des noms, appelant Daniel, Baltassar ; Ananias, Sidrach ; Misaël, Misach ; et Azarias, Abdénago.
Dn. 1,7 : Leur donna des noms. Le changement des noms était une marque de domaine et d’autorité ; les maîtres, en prenant des esclaves, leur donnaient de nouveaux noms. ― En assyrien, Abdénago devait s’appeler Abed-Nebo, ce qui signifie « serviteur du dieu Nébo. » La signification exacte de Sidrach et de Misach est inconnue. ― Baltassar. La véritable forme assyrienne est Balatsu-usur, (Dieu) protège sa vie.
8Mais Daniel résolut dans son cœur de ne point se souiller par les mets de la table du roi, et par le vin dont il buvait, et il demanda au préposé des eunuques de ne point se souiller.
Dn. 1,8 : Daniel résolut, etc. Les païens mangeaient indifféremment de toutes sortes de viandes, et par conséquent de celles qui étaient défendues aux Juifs (voir Lévitique, chapitre 11 ; Deutéronome, chapitre 14). De plus ils consacraient à leurs dieux tout ce qui était servi sur la table.
9Or, Dieu fit trouver à Daniel grâce et faveur devant le prince des eunuques.
Dn. 1,9 : Le prince ; est le même que le préposé des eunuques.
10Et le prince des eunuques dit à Daniel : Moi je crains mon seigneur le roi, qui a déterminé pour vous les mets et le vin ; or, s’il voit vos visages plus maigres que ceux des autres jeunes hommes de votre âge, vous livrerez ma tête à la condamnation du roi. 11Et Daniel dit à Malasar, que le prince des eunuques avait établi sur Daniel, Ananias, Misaël et Azarias :
Dn. 1,11 : Malasar est un titre de dignité.
12Eprouvez, je vous prie, vos serviteurs dix jours, et qu’on nous donne des légumes à manger et de l’eau à boire ; 13Et après cela regardez nos visages, et les visages des jeunes hommes qui se nourrissent des mets du roi ; et selon que vous aurez vu, vous agirez avec vos serviteurs. 14Celui-ci, ayant entendu de telles paroles, les éprouva pendant dix jours. 15Mais après dix jours, leurs visages parurent meilleurs et d’un embonpoint plus grand que celui de tous les jeunes hommes qui mangeaient des mets du roi. 16Malasar donc enlevait les mets et le vin qu’on leur servait pour boire, et leur donnait des légumes. 17Or à ces jeunes hommes Dieu donna la science et la connaissance de tout livre et de toute sagesse, mais à Daniel l’intelligence de toutes les visions et de tous les songes.
Dn. 1,17 : Livre (liber). La Vulgate a traduit (voir verset 4) par lettres, le même mot hébreu qu’elle rend ici par livre. Voir le verset 4. ― De toutes les visions, etc., envoyées de Dieu lui-même.
18C’est pourquoi étant accomplis les jours après lesquels le roi avait dit qu’ils seraient introduits, le préposé des eunuques les introduisit devant Nabuchodonosor. 19Et lorsque le roi leur eut parlé, il ne se trouva point parmi tous les autres de jeunes hommes tels que Daniel, Ananias, Misaël et Azarias ; et ils demeurèrent en présence du roi.
Dn. 1,19 : En présence du roi ; pour le servir. Comparer au verset 5.
20Et sur toute question de sagesse et d’intelligence que leur fit le roi, il trouva en eux dix fois plus que dans tous les devins et les mages qui étaient dans tout son royaume.
Dn. 1,20 : Dix fois plus de lumières, de connaissances.
21Or Daniel fut à la cour jusqu’à la première année du roi Cyrus.
Dn. 1,21 : Daniel fut, etc. Comparer à Daniel, 6, 28 ; 10, 1 ; 14, 1.
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