Daniel
1Or il y avait un homme habitant à Babylone, et son nom était Joakim. ▼▼Dn. 13,1 : Joakim était un des principaux Juifs captifs à Babylone.
2Et il prit une femme du nom de Susanne, fille d’Helcias, fort belle, et craignant Dieu. ▼▼Dn. 13,2 : Susanne signifie lis.
3Car, comme ses parents étaient justes, ils élevèrent leur fille selon la loi de Moïse. 4Or, Joakim était très riche, et il avait un verger près de sa maison ; et les Juifs affluaient souvent chez lui, parce qu’il était le plus considérable de tous. 5Et on établit juges d’entre le peuple en cette année là deux vieillards, dont le Seigneur a parlé, disant : L’iniquité est sortie de Babylone par des juges vieillards qui paraissaient gouverner le peuple. ▼▼Dn. 13,5 : On établit, etc. On voit par ces paroles que, quoiqu’en captivité, les Juifs n’étaient pas privés du droit de juger des cas qui concernaient leurs lois et les affaires des individus de leur nation entre eux. ― Disant. Voir sur ce mot, Daniel, 12, 7. ― L’iniquité, etc. Cette citation n’est pas écrite dans les Livres saints, elle pouvait se trouver dans la tradition. Quelques-uns prétendent qu’elle se rapporte à Jérémie (voir Jérémie, 23, 14 et chapitre 29), où on voit en effet une pensée analogue à celle qu’exprime ici Daniel.
6Ces juges se rendaient fréquemment dans la maison de Joakim, et tous ceux qui avaient des contestations venaient vers eux. 7Mais lorsque le peuple s’en était allé sur le midi, Susanne entrait et se promenait dans le verger de son mari. 8Et les vieillards la voyaient tous les jours entrant et se promenant ; et ils conçurent une violente passion pour elle ; 9Et leur sens fut perverti, et ils détournèrent leurs yeux afin de ne pas voir le ciel, et de ne pas se souvenir des justes jugements. ▼▼Dn. 13,9 : Des justes jugements de Dieu.
10Ils étaient donc tous deux blessés par l’amour de Susanne, et ils ne se dirent pas l’un à l’autre leur peine ; 11Car ils rougissaient de se faire connaître leur passion, voulant tous deux l’assouvir. 12Et ils épiaient tous les jours avec la plus grande vigilance le moment de la voir. Et l’un dit à l’autre : 13Allons à la maison, car c’est l’heure du dîner. Et, étant sortis, ils se séparèrent. ▼▼Dn. 13,13 : L’heure du dîner ; l’heure de midi (voir verset 7).
14Mais, comme ils revinrent, ils se trouvèrent ensemble ; et, s’en demandant mutuellement la cause, ils s’avouèrent leur passion ; et alors ils fixèrent ensemble le temps, quand ils pourraient la trouver seule. 15Or, il arriva que, lorsqu’ils épiaient le jour convenable, Susanne entra, comme la veille et l’avant-veille, seulement avec deux jeunes filles, et voulut se baigner dans le verger, car il faisait chaud. ▼▼Dn. 13,15 : La veille, etc. ; littéralement hier et avant-hier ; hébraïsme, pour auparavant.
16Et il n’y avait là personne, excepté les deux vieillards cachés, et qui la regardaient. 17Et elle dit donc aux jeunes filles : Apportez-moi de l’huile et des savons, et fermez les portes du verger, afin que je me baigne. 18Et elles firent comme elle avait ordonné, et elles fermèrent les portes du verger, et sortirent par la porte de derrière, pour apporter ce qu’elle avait commandé, et elles ne savaient pas que les vieillards fussent cachés au dedans du verger. 19Mais, lorsque les servantes furent sorties, les deux vieillards se levèrent et accoururent à elle, et dirent : 20Voici que les portes du jardin sont fermées, et personne ne nous voit, nous avons conçu une violente passion pour vous ; à cause de cela, rendez-vous à nos désirs et livrez-vous à nous. 21Que si vous ne voulez pas, nous porterons contre vous témoignage, qu’il y avait avec vous un jeune homme, et que c’est pour cela que vous avez renvoyé les jeunes filles d’auprès de vous. 22Susanne soupira, et dit : Je suis dans des angoisses de toutes parts ; car si je fais cela, c’est la mort pour moi ; et si je ne le fais point, je n’échapperai pas à vos mains. 23Mais il est mieux pour moi de tomber sans crime en vos mains, que de pécher en la présence du Seigneur. 24Et Susanne s’écria d’une voix forte ; mais les vieillards s’écrièrent aussi contre elle. 25Et l’un d’eux courut aux portes du verger, et les ouvrit. 26Lors donc que les serviteurs de la maison entendirent les cris dans le verger, ils coururent par la porte de derrière, afin de voir ce que c’était. 27Mais, après que les vieillards eurent parlé, les serviteurs rougirent d’une honte extrême, parce que jamais parole de cette sorte n’avait été dite de Susanne. Et le lendemain arriva. 28Et comme le peuple vint vers Joakim, son mari, vinrent aussi les deux vieillards, pleins d’une pensée inique contre Susanne, afin de la faire mourir. 29Et ils dirent devant le peuple : Envoyez vers Susanne, fille d’Helcias, femme de Joakim. Et aussitôt on y envoya. 30Et elle vint avec son père et sa mère, et ses fils, et tous ses parents. 31Or Susanne était extrêmement gracieuse et belle de visage. 32Mais ces hommes iniques commandèrent qu’on lui ôtât son voile (car elle était voilée), afin qu’au moins, de cette manière, ils se rassasiassent de sa beauté. ▼▼Dn. 13,32 : Commandèrent, etc. On voit, dans la loi mosaïque, que la femme accusée d’adultère par son mari, avait le visage découvert pendant le jugement (voir Nombres, 5, 18). Les accusateurs de Susanne prirent sans doute prétexte de cet article de la loi, pour lui faire ôter son voile, sans lequel aucune femme en Orient ne peut paraître en public.
33Et ses parents pleuraient, et tous ceux qui la connaissaient. 34Cependant les deux vieillards, se levant au milieu du peuple, mirent leurs mains sur sa tête. ▼▼Dn. 13,34 : Mirent leurs mains, etc. ; usage consacré chez les Hébreux, surtout dans les condamnations à mort (voir Lévitique, 24, 14).
35Et elle, en pleurant, leva les yeux au ciel, car son cœur avait confiance au Seigneur. 36Et les vieillards dirent : Comme nous nous promenions seuls dans le verger, cette femme est entrée avec deux jeunes servantes, et elle a fermé les portes du verger, et renvoyé d’auprès d’elle les jeunes filles. 37Et est venu vers elle un jeune homme qui était caché et a commis le crime avec elle. 38Pour nous, comme nous étions dans un coin du verger, voyant cette iniquité, nous avons couru vers eux et les avons vus ensemble. 39À la vérité, nous n’avons pu saisir le jeune homme, parce qu’il était plus fort que nous, et qu’après avoir ouvert les portes, il est sorti avec précipitation. 40Mais elle, lorsque nous l’avons eu prise, nous lui ayons demandé quel était ce jeune homme, et elle n’a pas voulu nous le faire connaître ; de ceci nous sommes témoins. 41La multitude les crut comme vieillards et juges du peuple ; et ils la condamnèrent à mort. ▼▼Dn. 13,41 : À mort. La lapidation était la peine de l’adultère (voir Lévitique, 20, 10 ; Jean, 8, 5).
42Mais Susanne s’écria d’une voix forte, et dit : Dieu éternel, qui connaissez les choses cachées, qui connaissez toutes choses avant qu’elles soient faites, 43Vous savez qu’ils ont porté un faux témoignage contre moi ; et voilà que je meurs, quoique je n’aie rien fait de tout ce que ces hommes ont malicieusement inventé contre moi. 44Or le Seigneur exauça sa voix. 45Et comme on la conduisait à la mort, le Seigneur suscita l’esprit saint d’un jeune enfant dont le nom est Daniel ; ▼▼Dn. 13,45 : L’esprit saint ; l’esprit de prophétie, pour découvrir le crime des vieillards et les convaincre par leur propre bouche avant l’instruction de l’affaire. ― D’un jeune homme (pueri junioris). L’épithète junior, littéralement plus jeune, ne change pas la signification de puer, qualification donnée déjà quatre fois (voir Daniel, 1, vv. 4, 13, 15, 17) à Daniel, sans cet adjectif. Au reste, quel que fût l’âge de Daniel, aidé d’une lumière surnaturelle, il n’a nullement été précipité dans son jugement, comme l’ont prétendu certains incrédules.
46Et il s’écria d’une voix forte : Je suis innocent du sang de cette femme. 47Et tout le peuple s’étant tourné vers lui, dit : Quelle est cette parole que tu as dite ? 48Et lui, se tenant debout au milieu d’eux, dit : C’est ainsi, insensés, enfants d’Israël, que ne jugeant et ne connaissant pas ce qui est véritable, vous condamnez une fille d’Israël ? 49Retournez au jugement, car ils ont porté un faux témoignage contre elle. 50Le peuple donc retourna promptement, et les anciens lui dirent : Viens, et assieds-toi au milieu de nous, et éclaire-nous, parce que Dieu t’a donné l’honneur de la vieillesse. 51Et Daniel leur dit : Séparez-les l’un de l’autre, et je les jugerai. 52Lors donc qu’ils furent séparés l’un de l’autre, il appela l’un d’eux, et lui dit : Vieillard plein de jours mauvais, maintenant ils sont venus, les péchés que vous commettiez auparavant, ▼▼Dn. 13,52 : Maintenant, etc. ; c’est maintenant que tous vos crimes sont retombés sur vous, et que vous allez les expier.
53Rendant des jugements injustes, opprimant les innocents et renvoyant les coupables, le Seigneur disant : Tu ne feras pas mourir un juste et un innocent. ▼▼Dn. 13,53 : Tu ne feras pas, etc. Voir Exode, 23, 7.
54Maintenant donc, si vous l’avez vue, dites sous quel arbre vous les avez vus s’entretenant. Et il dit : Sous un lentisque. 55Or Daniel dit : Vous avez précisément menti contre votre tête ; car voici qu’un ange de Dieu, ayant reçu sa sentence, vous coupera par le milieu. ▼▼Dn. 13,55 ; 13.59 : Contre votre tête ; de manière que votre mensonge va retomber sur votre tête, va tourner à votre perte. ― Vous coupera par le milieu. Il y a un jeu de mots dans le grec ; d’où on a prétendu que le grec était le texte original ; mais en bonne critique cela ne le prouve pas, parce que l’allusion a pu se trouver dans la version sans avoir été dans le texte, et qu’il pouvait y avoir dans le texte une allusion semblable à celle qui se lit dans la version ; mais on ne connaît pas assez les noms hébreux des arbres pour pouvoir déterminer quelles étaient les expressions du texte. Il est probable que l’expression, vous coupera par le milieu, signifie ici vous exterminera, et que les deux vieillards furent lapidés, suivant la loi du talion qui veut que le faux accusateur souffre la peine qu’il a voulu faire souffrir à l’innocent. Voir les versets 61 et 62 ; Deutéronome, 19, 18-19.
56Et l’ayant fait retirer, il commanda que l’autre vînt, et il lui dit : Race de Chanaan, et non de Juda, la beauté vous a séduit, et la passion a perverti votre cœur. 57C’est ainsi que vous agissiez avec les filles d’Israël, et elles, saisies de crainte, vous parlaient ; mais la fille de Juda n’a pas souffert votre iniquité. 58Maintenant donc, dites-moi sous quel arbre vous les avez surpris se parlant. Et il dit : Sous une yeuse. 59Or Daniel lui dit : Vous avez précisément menti vous aussi contre votre tête, car l’ange du Seigneur est tout prêt, ayant le glaive afin de vous couper par le milieu, et de vous tuer tous deux. 60C’est pourquoi toute l’assemblée s’écria d’une voix forte, et ils bénirent Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui. 61Et ils s’élevèrent contre les deux vieillards (car Daniel les avait convaincus par leur propre bouche qu’ils avaient porté un faux témoignage), et ils les traitèrent selon le mal qu’ils avaient fait à leur prochain, 62Afin d’agir suivant la loi de Moïse, et ils les mirent à mort, et un sang innocent fut sauvé en ce jour-là. ▼▼Dn. 13,62 : Voir Deutéronome, 19, 18-19.
63Or Helcias et sa femme louèrent Dieu pour leur fille Susanne, avec Joakim, son mari, et tous les parents, parce qu’aucune chose honteuse n’avait été trouvée en elle. 64Mais Daniel devint grand en la présence du peuple, depuis ce jour-là et dans la suite. 65Et le roi Astyage fut réuni à ses pères, et Cyrus le Perse reçut son royaume. ▼▼Dn. 13,65 : Ce verset n’a aucun rapport avec l’histoire de Susanne, arrivée au commencement du règne de Nabuchodonosor ; il appartient plutôt au chapitre suivant, où sont racontés des faits qui datent du commencement du règne de Cyrus. ― Astyage ; est selon plusieurs le fils d’Astyage, Cyaxare II, Darius le Mède, mais voir Daniel, 5, 31.
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