‏ Job 34

1C’est pourquoi continuant son discours, Eliu dit encore ceci :
Job 34,1 : IIe discours d’Eliu : Apologie de la justice divine, chapitre 34. ― Job ne lui répond rien. Eliu a consacré en partie son premier discours à montrer que Dieu n’est pas injuste envers l’homme ; il consacre le second tout entier à développer cette idée et à établir que Dieu gouverne le monde avec équité. ― Il prie les assistants de l’écouter et de prononcer. Job accuse Dieu de ne pas le traiter avec justice, versets 2 à 9 ; ― mais comment Dieu pourrait-il être injuste, puisqu’il créé et gouverne le monde librement ? Versets 10 à 18. ― La justice de Dieu envers ses créatures éclate de toutes parts : sa toute-puissance et sa science infinie lui permettent de juger avec pleine justice, versets 19 à 28. ― Comment pourrait-on calomnier les voies de Dieu, puisqu’il se propose comme but le bien des hommes ? On doit plutôt s’humilier devant lui, et c’est parce que Job ne le fait pas qu’il mérite le châtiment divin, versets 29 à 37.
2Sages, écoutez mes paroles, et vous, savants, prêtez-moi attention ; 3Car l’oreille discerne les paroles comme le palais juge des mets par le goût.
Job 34,3 : Voir Job, 12, 11.
4Formons-nous un jugement, et voyons entre nous ce qu’il y a de mieux.
Job 34,4 : Formons-nous, etc. ; c’est-à-dire discutons, examinons ensemble, en commun, toute cette dispute, et voyons ce qui s’y trouve de plus vrai, de plus juste.
5Job a dit : Je suis juste, et Dieu détruit mon bon droit.
Job 34,5 : Mon bon droit ; littéralement Mon jugement. Le mot jugement (judicium) de la Vulgate, comme le terme hébreu dont il est la traduction, signifie aussi juste jugement, cause juste, justice, etc. Job veut dont dire ici que Dieu, en l’affligeant, fait que sa juste cause paraît injuste.
6Car dans le jugement porté contre moi, il y a fausseté : une flèche ardente m’a percé sans qu’il y ait en moi aucun péché.
Job 34,6 : Une flèche ardente, la maladie qui l’a blessé et couvert de plaies, comme s’il avait été frappé par une flèche qui produit des douleurs cuisantes.
7Quel est l’homme comme est Job, qui boit la dérision comme l’eau ; 8Qui marche avec ceux qui opèrent l’iniquité, et chemine avec les hommes impies ? 9Car il a dit : L’homme ne plaira pas à Dieu, quand même il aurait couru avec lui.
Job 34,9 : Il aurait couru avec lui, dans ses voies ; hébraïsme, pour se conformer à ses désirs, ne faire que sa volonté.
10C’est pourquoi, hommes sensés, écoutez-moi : Loin de Dieu l’impiété, et loin du Tout-Puissant l’iniquité ! 11Car il rendra à l’homme selon ses œuvres, et il traitera chacun selon ses voies. 12Certainement Dieu ne condamnera pas sans sujet, et le Tout-Puissant ne détruira pas le bon droit.
Job 34,12 : Le bon droit. Voir le verset 5.
13Quel autre que lui a-t-il constitué sur la terre ? ou qui a-t-il établi sur l’univers, qu’il a formé ? 14S’il dirigeait vers lui son cœur, il attirerait à soi son esprit et son souffle. 15Toute chair périrait en même temps, et l’homme retournerait en cendre. 16Si donc tu as l’intelligence, écoute ce que l’on dit, et sois attentif à mes paroles. 17Est-ce que celui qui n’aime pas la justice, peut être guéri ? et comment toi condamnes-tu si hautement celui qui est juste ?
Job 34,17 : Celui qui est juste par excellence, Dieu.
18Celui qui dit à un roi : Apostat ; qui appelle les grands impies ;
Job 34,18 : Apostat, ellipse pour : Tu es un apostat. ― Le mot traduit par apostat est en hébreu Bélial, homme de rien, homme sans valeur, inutile.
19Qui ne fait point acception de la personne des princes, qui n’a pas connu un tyran, lorsqu’il disputait contre un pauvre, parce que tous les hommes sont l’ouvrage de ses mains.
Job 34,19 : Voir Deutéronome, 10, 17 ; 2 Paralipomènes, 19, 7 ; Sagesse, 6, 8 ; Ecclésiastique, 35, 15 ; Actes des Apôtres, 10, 34 ; Romains, 2, 11 ; Galates, 2, 6 ; Ephésiens, 6, 9 ; Colossiens, 3, 25 ; 1 Pierre, 1, 17.
20Ils mourront tout à coup, et au milieu de la nuit les peuples se troubleront, ils passeront et le violent sera emporté sans la main de l’homme.
Job 34,20 : Sans la main de l’homme ; sans que la main d’un homme le frappe, parce que Dieu lui-même l’enlève par la maladie, etc.
21Car les yeux de Dieu sont sur les voies des hommes, et il considère tous leurs pas. 22Il n’y a pas de ténèbres, et il n’y a pas d’ombre de mort, où puissent se cacher ceux qui opèrent l’iniquité. 23Car il n’est plus au pouvoir de l’homme de venir devant Dieu en jugement. 24Il en brisera une multitude innombrable, et il en établira d’autres à leur place. 25Car il connaît leurs œuvres, et c’est pourquoi il fera venir la nuit, et ils seront brisés. 26Il les a frappés comme impies, dans un lieu où on les voyait. 27Eux qui, de propos délibéré, se sont retirés de lui, et n’ont pas voulu comprendre toutes ses voies ;
Job 34,27 : Toutes ses voies. C’est ainsi qu’on traduit généralement ; selon nous, il serait plus exact de dire : Nulle, aucune de ses voies ; parce que, comme nous en avons déjà fait la remarque, le mot tout en hébreu, étant joint à une négation, signifie nul, aucun.
28En sorte qu’ils ont fait parvenir jusqu’à lui le cri de l’indigent, et qu’il a entendu la voix des pauvres. 29Car, lui accordant la paix, qui est celui qui condamnera ? et s’il cache son visage aux nations et à tous les hommes, qui est-ce qui pourra le contempler ? 30C’est lui qui fait régner un homme hypocrite, à cause des péchés du peuple. 31Puis donc que j’ai parlé à Dieu, je ne t’empêcherai pas de parler aussi.
Job 34,31 : J’ai parlé à Dieu ; c’est ainsi que porte la Vulgate, et le texte hébreu ; mais comme la particule hébraïque, traduite dans la Vulgate par ad ou à, signifie quelquefois de, au sujet de, surtout quand elle est jointe aux verbes parler, dire, la plupart des traducteurs lui ont donné ce dernier sens. Dans son discours, en effet, Eliu a parlé de Dieu dont il a entrepris la défense contre les prétendus blasphèmes de Job, mais sans s’adresser directement à lui.
32Si j’ai erré, instruis-moi ; si j’ai parlé iniquité, je n’ajouterai plus rien. 33N’est-ce pas à toi que Dieu demande compte de cette iniquité qui t’a déplu ? car c’est toi qui as commencé à parler, et non pas moi ; si tu sais quelque chose de meilleur, parle.
Job 34,33 : N’est-ce pas à toi, etc. ; selon d’autres : Est-ce à toi, etc. ; mais ce qui suit immédiatement : Car c’est toi qui as commencé, etc., s’oppose évidemment, selon nous, à cette dernière interprétation.
34Que des hommes intelligents me parlent, et qu’un homme sage m’écoute. 35Pour Job, il a parlé follement, et ses paroles n’annoncent pas la science. 36Mon père, que Job soit éprouvé jusqu’à la fin ; ne cessez point de frapper un homme d’iniquité.
Job 34,36 : Mon père, c’est-à-dire, mon Dieu, selon la version chaldaïque et plusieurs interprètes. Sanchez pense qu’Eliu appelle ainsi Eliphaz à cause de son grand âge et du respect dont il était environné. Cette explication semble mieux s’accorder avec ce qui suit.
37Parce qu’il ajoute à ses péchés le blasphème, qu’il soit, malgré cela, pressé par nos raisons ; et qu’alors il appelle Dieu en jugement par ses discours.
Job 34,37 : Ses, omis dans la Vulgate, est exprimé en hébreu.
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