‏ Mark 14

1Or c’était la Pâque et les azymes deux jours après ; et les princes des prêtres et les scribes cherchaient comment ils se saisiraient de lui par ruse, et le feraient mourir.
Marc 14,1 : Voir Matthieu, 26, 2 ; Luc, 22, 1. ― La fête de Pâque (voir Matthieu, note, 26.2) s’appelait aussi les Azymes, parce que pendant les sept jours qu’elle durait, les Israélites ne devaient manger que des pains azymes ou non fermentés, en mémoire de la sortie d’Egypte.
2Mais ils disaient : Non pas un jour de la fête, de peur qu’il ne s’élevât quelque tumulte dans le peuple. 3Et comme Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, et qu’il était à table, il vint une femme ayant un vase d’albâtre plein d’un parfum de nard d’épi d’un grand prix. Or, le vase rompu, elle répandit le parfum sur sa tête.
Marc 14,3 : Voir Matthieu, 26, 6 ; Jean, 12, 1. ― Le nard a plusieurs épis qui servent à composer un parfum beaucoup plus estimé que celui qui se tire des feuilles de cette plante. ― Béthanie. Voir Matthieu, 21, 17. ― Simon le lépreux. Voir Matthieu, note 26.6. ― Un vase d’albâtre. Voir Matthieu, 26, 7. ― « Ptolémée dit que le nard est une plante odoriférante qui croît principalement à Rangamati, sur les frontières du pays qu’on nomme maintenant le Bootan. Pline en reconnaît douze espèces. Il met en première ligne celui des Indes, puis le syriaque, le gaulois, celui de Crète, etc. Il décrit ainsi le nard indien : « C’est un arbuste à racine épaisse et lourde, mais courte, noire et cassante, quoique onctueuse en même temps. L’odeur ressemble beaucoup à celle du cyperus ; le goût est acre, les feuilles sont petites et viennent en touffes. Les sommités du nard se développent en épis barbus. De là vient que le nard est si fameux pour sa double production, l’épi barbu et la feuille. » Le prix de ce nard était alors de cent deniers la livre (environ 85 francs en 1900). Les autres sortes, qui n’étaient que des herbes, coûtaient beaucoup moins cher et pouvaient s’obtenir pour quelques deniers. Galien et Dioscoride parlent du nard (en grec nardostachys, nard à épis) à peu près dans les mêmes termes. Ce dernier auteur prétend toutefois que le nard connu sous le nom de syrien venait en réalité des Indes et était apporté en Syrie, d’où on l’expédiait sur divers points… Sir William Jones, orientaliste distingué, fit une étude spéciale de cette question ardue, et finit par découvrir que le nard était une espèce de valériane appelée par les Arabes sumbul, ce qui signifie épi barbu, et par les Indous jatamansi ou mèche de cheveux, noms dus tous deux à la forme de la tige qui ressemble à la queue d’une hermine ou d’une belette. Il lui donna donc la dénomination de Valeriana jatamansi, qui été acceptée par tous les botanistes modernes. Le mot nard paraît être dérivé du mot tamoul nar qui désigne une foule de substances odorantes… Le nard des anciens était probablement un nom générique sous lequel ils désignaient les parfums les plus exquis. » (E. RIMMEL.)
4Quelques-uns s’en indignèrent en eux-mêmes, et ils disaient : Pourquoi avoir ainsi perdu ce parfum ? 5Il pouvait en effet, ce parfum, se vendre plus de trois cents deniers, et être donné aux pauvres. Et ils murmuraient contre elle.
Marc 14,5 : Les trois cents deniers font environ cent cinquante francs de notre monnaie (en 1900).
6Mais Jésus dit : Laissez-la : pourquoi lui faites-vous de la peine ? C’est une bonne œuvre qu’elle a faite envers moi ; 7Car les pauvres, vous les avez toujours avec vous, et quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas toujours. 8Ce qu’a pu celle-ci, elle l’a fait ; elle a d’avance parfumé mon corps pour la sépulture. 9En vérité, je vous le dis : Partout où sera prêché cet Evangile, dans le monde entier, ce que celle-ci vient de faire, sera même raconté en mémoire délie. 10Alors Judas Iscariote, un des douze, alla trouver les princes des prêtres, pour le leur livrer.
Marc 14,10 : Voir Matthieu, 26, 14.
11Ceux-ci l’entendant, se réjouirent, et promirent de lui donner de l’argent. Aussi cherchait-il une occasion favorable pour le leur livrer. 12Or le premier jour des azymes, auquel on immolait la pâque, ses disciples lui dirent : Où voulez-vous que nous allions vous préparer ce qu’il faut pour manger la pâque ?
Marc 14,12 : Voir Matthieu, 26, 17 ; Luc, 22, 7. ― On immolait la pâque, c’est-à-dire l’agneau pascal qu’on immolait et qu’on mangeait le 14 de nisan (mars-avril), en mémoire de la délivrance de la servitude d’Egypte, selon les rites prescrits par la loi. Voir Exode, 12, vv. 3-20, 27.
13Et il envoya deux de ses disciples, et leur dit : Allez dans la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau, suivez-le ;
Marc 14,13 : Un homme portant une cruche d’eau. Cet homme devait venir de la fontaine de Siloé. Voir Jean, 9, 11. Aujourd’hui, les Arabes du village de Siloam, au sud de Jérusalem, portent l’eau de Siloé et vont la vendre dans Jérusalem.
14Et, quelque part qu’il entre, dites au maître de la maison : Le Maître dit : Où est le lieu où je pourrai manger la pâque avec mes disciples ? 15Et il vous montrera un grand cénacle meublé ; faites-y les préparatifs pour nous.
Marc 14,15 : Un grand cénacle, l’anagaion, l’appartement supérieur où l’on recevait les hôtes, etc. Voir Marc, note 2.4. Saint Epiphane, dans son livre Des mesures, raconte que l’empereur Adrien trouva Jérusalem détruite, « à l’exception de quelques maisons et de l’église de Dieu, qui était petite et se trouvait à l’endroit où les Apôtres étaient montés au cénacle : c’est là qu’elle avait été bâtie, dans cette partie de Sion qui avait échappé à la dévastation. » En 1551, l’église du cénacle fut convertie en mosquée et reçut le nom qu’elle porte encore aujourd’hui de Nebi-Daoud ou le prophète David. « D’après la tradition, la maison [où était le cénacle] appartenait à saint Joseph d’Arimathie. Elle avait probablement deux étages divisés chacun en deux parties, comme on l’a toujours vu. La première partie [de l’étage supérieur] est le cénacle ou salle de l’institution de la Sainte Eucharistie, et la seconde la salle du Cénotaphe de David. Aujourd’hui la salle du cénacle a quatorze mètres de long sur neuf de large et elle est en style gothique du XIVe siècle parfaitement caractérisé. Deux colonnes correspondant aux piliers qui supportent l’étage inférieur la divisent dans le sens de sa longueur en deux nefs parallèles. L’étage inférieur est formée de substructions anciennes et divisé en deux salles dont la plus grande est [considérée comme] la salle du lavement des pieds ; c’est une vaste salle dont la voûte est supportée par des piliers dans la direction de l’est à l’ouest. À l’est de cette dernière salle se trouve celle du cénotaphe inférieur de David. » (LIEVIN DE HAMME.)
16Ses disciples s’en allèrent donc ; ils vinrent dans la ville, trouvèrent les choses comme il leur avait dit, et préparèrent la pâque.
Marc 14,16 : Ils préparèrent la pâque, l’agneau pascal et tous les accessoires prescrits. Voir Exode, 12, 3-20.
17Le soir étant venu, il vint avec les douze.
Marc 14,17 : Voir Matthieu, 26, 20 ; Luc, 22, 14.
18Et comme ils étaient à table et qu’ils mangeaient, Jésus leur dit : En vérité, je vous le dis, un de vous qui mange avec moi me trahira.
Marc 14,18 : Voir Jean, 13, 21.
19Alors les disciples commencèrent à s’attrister, et à lui demander chacun en particulier : Est-ce moi ? 20Il leur répondit : Un des douze, qui met avec moi la main dans le plat.
Marc 14,20 : Dans le plat. Voir Matthieu, 26, 23.
21Pour le Fils de l’homme, il s’en va, ainsi qu’il est écrit de lui ; mais malheur à l’ homme par qui le Fils de l’homme sera livré ! Il vaudrait mieux pour cet homme qu’il ne fut pas né. 22Et pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, et puis l’ayant béni, il le rompit, le leur donna, et dit : Prenez, ceci est mon corps.
Marc 14,22-23 : Voir sur ces deux versets, Matthieu, notes 26.26 à 26.28.
23Et, ayant pris le calice et rendu grâces, il le leur donna, et ils en burent tous. 24Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang du Nouveau Testament, qui sera répandu pour un grand nombre.
Marc 14,24 : Pour un grand nombre (pro multis). Comparer à Matthieu, 20, 28.
25En vérité je vous le dis, je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. 26Et, l’hymne dit, ils s’en allèrent au mont des Oliviers.
Marc 14,26 : L’hymne dit. Voir Matthieu, 26, 30. ― Ils s’en allèrent au mont des Oliviers. Voir Matthieu, note 21.1.
27Et Jésus leur dit : Vous vous scandaliserez tous de moi cette nuit ; car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis se disperseront.
Marc 14,27 : Voir Jean, 16, 32 ; Zacharie, 13, 7.
28Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. 29Pierre lui dit alors : Quand tous les autres se scandaliseraient de vous, moi, non. 30Et Jésus lui repartit : En vérité je te le dis, aujourd’hui, cette nuit même, avant qu’un coq ait chanté deux fois, tu me renieras trois fois. 31Mais Pierre insistait : Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renierai pas. Et tous disaient de même. 32Etant venu à une maison de campagne nommée Gethsémani, il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici pendant que je prierai.
Marc 14,32 : Voir Matthieu, 26, 36 ; Luc, 22, 40. ― Gethsémani. Voir Matthieu, note 26.36.
33Et il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à s’effrayer et à tomber dans l’abattement. 34Et il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; demeurez ici et veillez. 35Et, s’étant avancé un peu, il tomba la face contre terre, et il demandait que, s’il était possible, cette heure s’éloignât de lui. 36Et il dit : Abba, Père, toutes choses vous sont possibles, éloignez ce calice de moi ; toutefois, non ma volonté, mais la vôtre.
Marc 14,36 : Père est mis ici comme explicatif de abba, mot syriaque ― Toutefois, non ma volonté, etc. Voir sur cette traduction, Matthieu, 26, 39.
37Il revint ensuite, et, comme il les trouva dormant, il dit à Pierre : Simon, tu dors ? Tu n’as pas pu veiller une heure ? 38Veillez et priez, afin que vous n’entriez point en tentation. L’esprit est prompt, mais la chair est faible. 39Et, s’en allant de nouveau, il priait, disant les mêmes paroles. 40Etant revenu, il les trouva encore dormant (car leurs yeux étaient appesantis), et ils ne savaient que lui répondre. 41Il vint une troisième fois et leur dit : Dormez maintenant et reposez-vous. C’est assez ; l’heure est venue, voilà que le Fils de l’homme sera livré aux mains des pécheurs.
Marc 14,41 : Dormez maintenant et reposez-vous, etc. Voir pour le sens de ce passage, Matthieu, 26, 45.
42Levez-vous, allons ; voici que celui qui me livrera approche. 43Jésus parlant encore. Judas Iscariote, l’un des douze, vint, et, avec lui, une grande troupe armée d’épées et de bâtons, et envoyée par les princes des prêtres, et par les scribes et les anciens.
Marc 14,43 : Voir Matthieu, 26, 47 ; Luc, 22, 47 ; Jean, 18, 3.
44Or le traître leur avait donné un signe, disant : Celui que je baiserai, c’est lui-même, saisissez-le, et emmenez-le avec précaution. 45Etant donc venu, il s’approcha aussitôt de lui, disant : Maître, je vous salue ; et il le baisa. 46Et eux mirent la main sur lui, et le saisirent. 47Un de ceux qui étaient présents, tirant son épée, en frappa le serviteur du grand prêtre, et il lui coupa l’oreille. 48Alors prenant la parole, Jésus leur dit : Vous êtes venus comme à un voleur, avec des épées et des bâtons, afin de me prendre. 49J’étais tous les jours parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez point pris ; mais c’est pour que les Ecritures s’accomplissent. 50Alors ses disciples l’abandonnant, s’enfuirent tous.
Marc 14,50 : Voir Matthieu, 26, 56.
51Un jeune homme le suivait, couvert seulement d’un linceul ; ils se saisirent de lui.
Marc 14,51 : D’un linceul. Le terme correspondant en grec et en latin signifie aussi un vêtement de toile de lin dont on se sert pour la nuit. C’est une espèce de chemise qui couvre presque entièrement le corps. ― Plusieurs commentateurs croient que le jeune homme dont saint Marc est le seul à parler, était Marc lui-même.
52Mais, laissant le linceul, il s’enfuit nu d’au milieu d’eux. 53Cependant ils amenèrent Jésus chez le grand prêtre, où s’assemblèrent tous les prêtres, et les scribes, et les anciens.
Marc 14,53 : Voir Matthieu, 26, 57 ; Luc, 22, 54 ; Jean, 18, 13.
54Pierre le suivit de loin jusque dans la cour du grand prêtre ; et il était assis près du feu avec les serviteurs, et se chauffait.
Marc 14,54 : La crainte le retient, l’amour l’attire (saint Jérôme). ― Il était assis près du feu et se chauffait. « C’est encore l’usage en Orient où les nuits sont froides. On allume un feu de branchages ou d’herbes sèches et l’on s’accroupit autour pour causer longuement jusqu’à ce que le sommeil l’emporte. Alors on s’enveloppe dans son manteau et l’on dort. » (J.-H. MICHON.)
55Or les princes des prêtres et tout le conseil cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mourir, et ils n’en trouvaient point.
Marc 14,55 : Voir Matthieu, 26, 59. ― Le conseil. Le sanhédrin. Voir Matthieu, note 26.59. Les Grands-Prêtres, selon la loi, il n’y en avait qu’un seul mais comme beaucoup avaient été déposés et remplacés par le gouverneur romain, il y en avait là quelques-uns qui avaient été grands-prêtres (saint Théophile).
56Car beaucoup témoignaient faussement contre lui ; mais les témoignages ne s’accordaient point. 57Et quelques-uns, se levant, portaient contre lui un faux témoignage, disant : 58Nous l’avons entendu dire : Je détruirai ce temple fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre non fait de main d’homme.
Marc 14,58 : Voir Jean, 2, 19. ― Je détruirai ce temple, naos, la maison de Dieu. Voir Matthieu, 21, 12.
59Mais leur témoignage n’était pas uniforme. 60Alors le grand prêtre se levant au milieu d’eux interrogea Jésus, disant : Tu ne réponds rien à ce que ceux-ci déposent contre toi ? 61Mais Jésus se taisait, et il ne répondit rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau et lui dit : Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? 62Et Jésus lui dit : Je le suis ; et vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la majesté de Dieu, et venant sur les nuées du ciel.
Marc 14,62 : Voir Matthieu, 24, 30 ; 26, 64.
63Alors le grand prêtre déchirant ses vêtements, dit : Qu’avons-nous encore besoin de témoins.
Marc 14,63 : Déchirant ses vêtements. Il déchire ses vêtements pour montrer que Jésus avait prononcé un blasphème intolérable. Signe, chez les Juifs, d’une grande douleur ou d’une vive indignation. Voir Matthieu, 26, 65.
64Vous avez entendu le blasphème : que vous en semble ? Tous le condamnèrent comme étant digne de mort. 65Aussitôt quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à voiler sa face, à le déchirer à coups de poing et à lui dire : Prophétise ! et les serviteurs le déchiraient de soufflets.
Marc 14,65 : Voir, pour le mot déchirer, Matthieu, 21, 35.
66Et pendant que Pierre était en bas dans la cour, vint une des servantes du grand prêtre ;
Marc 14,66 : Voir Matthieu, 26, 69 ; Luc, 22, 56-57 ; Jean, 18, 17.
67Et lorsqu’elle eut aperçu Pierre qui se chauffait, le regardant, elle dit : Toi aussi tu étais avec Jésus le Nazaréen. 68Mais il nia, disant : Je ne sais ni ne connais ce que tu veux dire. Et il sortit devant la cour, et un coq chanta.
Marc 14,68 : Devant la cour, c’est-à-dire le vestibule : l’entrée du Palais ; on le traversait pour entrer dans la cour.
69Or la servante l’ayant encore vu, dit à ceux qui étaient présents : Celui-ci est un d’entre eux.
Marc 14,69 : Voir Matthieu, 26, 71. ― La servante. C’est ainsi que porte le grec ; d’où il paraît que c’est la même servante dont il est parlé au verset 66.
70Mais il le nia de nouveau. Et peu après ceux qui étaient là disaient à Pierre : Tu es certainement un d’entre eux, car tu es aussi Galiléen.
Marc 14,70 : Voir Luc, 22, 59 ; Jean, 18, 25. ― Tu es galiléen. Voir Matthieu, 26, 73.
71Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : Je ne connais point cet homme que vous dites. 72Et aussitôt un coq chanta encore. Et Pierre se ressouvint de la parole que lui avait dite Jésus : Avant qu’un coq chante deux fois, tu me renieras trois fois. Et il se mit à pleurer.
Marc 14,72 : Voir Matthieu, 26, 75 ; Jean, 13, 38.
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