Psalms 86
Le Psalmiste, en relevant la gloire de Jérusalem sous le nom de Cité de Dieu, décrit celle de l’Église de Jésus-Christ, et tous les peuples du monde se sont, rassemblés dans une même foi. 1Aux fils de Coré psaume de cantique. 2Le Seigneur aime les portes ▼▼Ps. 86,2 : Les portes de Sion, par une figure très usitée dans le style biblique, sont mises pour toute la ville de Sion. — * « La montagne de Sion, ce siège de l'empire à jamais florissant de ce grand roi (David), ne pouvait manquer de passer avec lui à la postérité. Quoique cette montagne fit petite et aride, elle n’en devait pas moins devenir la tête des nations, le point de départ d’où découleraient tous les fleuves vivifiants, c‘est-à-dire la loi et l’enseignement qui assurent la félicité des peuples. Cet honneur lui était prédestiné, parce que son roi devait donner a la terre la paix et la joie, et y répandre la lumière et la prospérité. Elle est fondée sur des montagnes saintes, etc. Quelle est belle, la lyrique couronne de louanges dont le poète pare la ville royale ! Qu’on se souvienne de tous les chants où Jérusalem est représentée comme la ville de Dieu et d’un royaume éternel, comme la tête de tous les peuples de la terre, et l’on se fera une idée des riches développements que les prophètes donnent à ces images. » (Herder.)
3Des choses glorieuses ont été dites de toi, cité de Dieu. 4Je me souviendrai de Rahab et de Babylone qui me connaissent. Voilà que des étrangers et Tyr, et un peuple d’Éthiopiens ont été là. ▼▼Ps. 86,4 : Rahab ; ce mot hébreu, qui signifie proprement orgueil, fierté, désigne très probablement et poétiquement l’Égypte, ici aussi bien que dans Psaumes, 88, 11 et Isaïe, 25, 11 ; 51, 9 ; passages où la Vulgate elle-même a rendu le même terme hébreu par orgueil, superbe. ― Des étrangers ; c’est-à-dire les Philistins. Voir sur ce mot, Psaumes, 59, 10.
5Est-ce qu’on ne dira pas de Sion : Un homme et un homme est né dans elle, et lui-même, le Très-Haut, l’a fondée ? ▼▼Ps. 86,5 : Est-ce qu’on ne dira pas ; littér. ne dira-t-il pas ; ce qui revient au même ; car, dans les phrases semblables, le motquelqu’un , oule participe du verbe, formant le sujet, se sous-entend très souvent ; en sorte que le sens rigoureusement grammatical est : Est-ce que quelqu’un, ou un disant ne dira pas ? L’hébreu porte : Il sera dit ; ce qui est encore la même chose. Quant aux Septante, où on lit aujourd’hui : Une mère Sion dira, saint Jérôme, dans son Commentaire sur ce passage, soutient que les anciens exemplaires portaient, comme il traduit lui-même Numquid Sion dicet ? ― De Sion. C’est ce qu’exigent évidemment les mots suivants, dans elle. Ainsi, la traduction, à Sion, est un contresens. À la vérité, la particule hébraïque, mise devant Sion, marque ordinairement le datif, mais elle signifie aussi quelquefois de, au sujet de, quand elle est jointe aux verbes dire, ordonner, et qu’elle n’est pas suivie d’un verbe à la seconde personne, comme nous avons déjà eu l’occasion de le faire observer. ― Un homme et un homme ; c’est-à-dire un grand nombre, une multitude d’hommes.
6Le Seigneur le racontera dans les écritures des peuples et des princes, de ceux qui furent dans elle. 7Ceux qui habitent en toi ont la joie de tous ceux qui se livrent à l’allégresse. ▼▼Ps. 86,7 : Ceux qui habitaient en toi ; littér. l’habitation en toi ; c’est un hébraïsme en vertu duquel le substantif se met très souvent au lieu de l’adjectif. ― * L’Église applique ce psaume à la très Sainte Vierge. M. Olier, dans ses mémoires inédits, donne un bel exemple des applications que l’on peut faire des chants sacrés aux offices liturgiques, par la manière dont il commente le Fundamenta ejus, entendu de la Mère de Dieu. « Les fondements, ou autrement les premiers sentiments et les prémices de la vie de la très Sainte Vierge sont élevés par-dessus les plus hautes montagnes de l’Église, c’est-à-dire par-dessus les âmes les plus parfaites et les plus éminentes de l’Église…, d’où vient que Dieu aime plus ces entrées, ou autrement ces portes, que les tabernacles de Jacob. Les entrées de la très Sainte Vierge sont deux, l’une cachée et inconnue, qui est sa sainte Conception ; l’autre est plus évidente, et c’est sa Nativité… Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei. Ô Sainte Vierge, vraie demeure de Dieu…, on ne peut exprimer la gloire et la grandeur de votre âme… Memor ero Rahab et Babylonis scientium me. Ecce alienigenæ et Tyrus et populus Aethiopium, hi fuerunt illic. À ce moment de ma Conception et de ma naissance, j’offrais toute l’Église à Dieu ; je présentais avec moi toute l’étendue des nations qui devaient servir à son honneur et à sa gloire. Et sa bonté a exaucé mes vœux et mon offrande… Numquid Sion dicet : Homo et homo natus est in ea, et ipse fundavit eam Altissimus ? À voir cette magnificence et sainteté de l’âme de Marie, est-il pas bien aisé de voir que Dieu l’a préparée pour naître d’elle son Fils unique Jésus-Christ, qui est le Fils de l’homme, et avec lui aussi toute l’étendue de son Église ? Homo et homo natus est in ea… Dieu remplira le cœur de tous les hommes d’honneurs et de ressentiments pour sa personne… C’est une joie commune et universelle de tous les fidèles chrétiens. » Oraison sur la Nativité de la Sainte Vierge, 8 septembre 1641.
Copyright information for
FreVulgGlaire1