‏ Sir 31

1Veiller pour la richesse dessèche la chair, et y penser enlève le sommeil ;
Sir. 31,1 : La richesse (honestatis). Voir Ecclésiastique, 13, 2.
2La pensée de l’avenir renverse le sens, et une maladie grave rend l’âme sobre. 3Le riche a travaillé pour amasser son bien, et dans son repos il sera rassasié de ses richesses. 4Le pauvre a travaillé en épargnant sur sa propre vie, et à la fin, il devient privé de tout secours. 5Celui qui aime l’or ne sera pas justifié ; et celui qui cherche la corruption en sera rempli.
Sir. 31,5 : Celui qui aime l’or, etc. Comparer à Proverbes, 28, 20 ; 1 Timothée, 6, 9-10.
6Beaucoup ont fait des chutes, à cause de l’or, et leur perte est venue de sa beauté.
Sir. 31,6 : Beaucoup, etc. Comparer à Ecclésiastique, 8, 3.
7C’est un bois d’achoppement que l’or pour ceux qui lui sacrifient ; malheur à ceux qui le recherchent avec ardeur ; et tout insensé périra par lui.
Sir. 31,7 : C’est un bois achoppement jeté malicieusement dans un chemin pour faire tomber les passants. La même idée est exprimée plus bas, voir Ecclésiastique, 37, 10-11, et une semblable dans Lamentations, 5, 13, où la Vulgate a parfaitement rendu le verbe hébreu câschâlou par corruerunt. D’autres l’entendent de l’arbre de la science du bien et du mal, lequel était dans le paradis terrestre, et qui est devenu, par la faute de nos premiers parents, un arbre de chute ; d’autres des idoles, qui souvent étaient faites de bois (voir Isaïe, 44, 15) ; car l’avarice est une vraie idolâtrie (voir Ephésiens, 5, 5 ; Colossiens, 3, 5). D’autres, enfin, prétendent simplement que, comme il y a des pierres qui se trouvent tout naturellement sur le chemin, et qui font tomber lorsqu’on s’y heurte, il y a de même sur la voie des bois qui font tomber de la même manière. Cette dernière interprétation paraît la plus rigoureusement conforme à la simple expression du texte, bois d’achoppement ; mais suivante, ceux qui sacrifient, rend la troisième explication assez probable.
8Bienheureux le riche qui a été trouvé sans tache, et qui n’a point couru après l’or et qui n’a pas espéré dans l’argent et les trésors. 9Qui est celui-là, et nous le louerons ? car il a fait des merveilles durant sa vie. 10Celui qui a été éprouvé par l’or, et trouvé parfait, à celui-là sera une gloire éternelle ; à lui qui a pu transgresser et n’a pas transgressé ; faire le mal et ne l’a pas fait ; 11Pour cela ses biens ont été affermis dans le Seigneur, et ses aumônes, toute l’assemblée des saints les racontera.
Sir. 31,11 : L’assemblée des saints, des Israélites fidèles.
12Es-tu assis à une grande table ? n’ouvre pas le premier ta bouche. 13Ne dis pas ainsi : Il y a bien des choses qui sont sur cette table ; 14Souviens-toi qu’un œil mauvais est funeste.
Sir. 31,14-15 : L’œil mauvais ; c’est l’œil d’un homme avare et avide, qui pleure, lorsqu’il voit manger les autres plus qu’il ne voudrait, regardant cela comme une dépense superflue. C’est dans ce même esprit d’avarice que Judas se plaignit si amèrement de ce que Marie, sœur de Lazare, oignait les pieds de Jésus avec un parfum de grand prix. ― Lorsqu’il verra ; selon le grec : Là où il regardera ; et suivant la version Sixtine : Partout où il regardera. Dans l’un et dans l’autre textes, ces mots font partie du verset suivant ; dans l’édition latine de Turin, que nous suivons et qui a été approuvée par le Saint-Siège, ils sont rangés dans le 15e, mais la ponctuation les rattache au 16; de manière que le sens paraît être : Sur les mets sur lesquels il fixera ses yeux, ne porte pas la main le premier, de peur que par des manières ou des paroles insinuantes, inspirées par l’envie, il ne te fasse passer pour un indiscret et un gourmand, ce qui te flétrirait aux yeux des convives, et te couvrirait de confusion.
15Qu’a-t-il été créé de plus mauvais que l’œil ? c’est pour cela qu’il pleurera de toute sa force : lorsqu’il verra, 16N’étends pas ta main le premier, de peur que flétri par l’envie, tu n’aies à rougir. 17Ne t’empresse pas dans un festin. 18Juge les choses qui regardent ton prochain d’après toi-même ; 19Use comme un homme tempérant de ce qui t’est servi, de peur que mangeant beaucoup tu ne te rendes odieux. 20Cesse le premier par bienséance ; et évite l’excès, pour ne pas choquer.
Sir. 31,20 : Cesse le premier de manger.
21Et si tu t’es assis au milieu de beaucoup de personnes, n’étends pas le premier ta main sur la table ; ne demande pas le premier à boire. 22Combien est suffisant un peu de vin à un homme bien élevé ? et en dormant tu n’en seras pas fatigué, et tu ne sentiras pas de douleur. 23L’insomnie, la maladie noire et les tranchées à l’homme intempérant ; 24Un sommeil salutaire à l’homme sobre. Il dormira jusqu’au matin, et son âme en lui se réjouira. 25Et si tu as été contraint de manger beaucoup, lève-toi du milieu des convives, vomis ; et cela te soulagera, et tu n’attireras pas à ton corps une maladie.
Sir. 31,25 : Conseil médical, qui n’a d’ailleurs rien de commun avec la pratique des Romains dégénérés, interrompant de cette manière leurs festins par intempérance.
26Ecoute-moi, mon fils, et ne me méprise point, et à la fin tu trouveras mes paroles vraies. 27Dans toutes tes œuvres sois diligent, et aucune infirmité ne tombera sur toi. 28Les lèvres de la multitude béniront celui qui est splendide dans les repas qu’il donne ; et le témoignage en faveur de sa vérité sera fidèle.
Sir. 31,28 : De sa vérité ou de sa justice, de son équité (veritatis illius), ou mieux, selon le grec et la version Sixtine, selon sa bonté ; ce qui est en effet plus conforme au contexte.
29Contre le sordide dans les repas qu’il donne, toute la ville murmurera ; et le témoignage contre sa sordidité sera fidèle. 30Ne provoque pas à boire ceux qui aiment le vin ; car le vin en a perdu beaucoup.
Sir. 31,30 : Voir Judith, 13, 4-11.
31Le feu éprouve le fer le plus dur, de même le vin bu jusqu’à l’ivresse fera connaître les cœurs des superbes. 32C’est une vie favorable aux hommes que le vin bu avec sobriété ; si tu en bois modérément, tu seras sobre. 33Quelle est la vie pour celui qui manque de vin ?
Sir. 31,33 : Qui manque de vin ; c’est le sens de qui minuitur vino, expliqué par le texte grec, et par les versets 35 à 37 de la Vulgate elle-même. Comparer aussi, en faveur de ce sens, à Psaumes, 103, 15 ; Proverbes, 31, 6-7 ; 1 Timothée, 5, 23.
34Qu’est-ce qui nous prive de la vie ? La mort. 35Le vin a été créé dès le commencement pour la joie et non pour l’ivresse.
Sir. 31,35 : Voir Psaumes, 103, 15.
36C’est l’exultation de l’âme et du cœur, que le vin bu modérément. 37C’est la santé pour l’âme et pour le corps, que de boire sobrement. 38Le vin bu en grande quantité produit l’irritation, et la colère, et beaucoup de ruines.
Sir. 31,38 : Voir Proverbes, 31, 4.
39C’est l’amertume de l’âme que le vin bu en grande quantité. 40L’ardeur de l’ivresse est une pierre d’achoppement pour l’imprudent ; elle diminue la force et l’ait des blessures. 41Dans un repas où on boit du vin, ne reprends pas ton prochain, et ne le méprise pas dans sa joie ; 42Ne lui dis pas des paroles de reproche, et ne le presse pas en redemandant ton dû.
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